• Louis Ganault,un bleu de Cholet....

                      Cholet, le 1er jour complémentaire de l'an 7... 

           

     

     

    Louis Ganault,un bleu de Cholet....Un ''bon patriote'' âgé de vingt deux ans, Louis Ganault, sous-lieutenant de la Colonne Mobile de Cholet, est abattu à la Caillère, commune de Cholet par des combattants royalistes. Fils d'un sympathisant des Colonnes Infernales, il est tué d'une balle en pleine poitrine, le premier jour complémentaire de l'an 7 (17 septembre 1799).

     

      « Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées »... 

     

      François Ganault, âgé de 51 ans, marié à Angers, ''bourgeois'' de Cholet, fait partie de la bourgeoisie ''bleue'' de cette ville.

      « Le ''Bleu'' de Cholet est, en 1793 un homme sinon instruit, du moins alphabétisé, dans la force de l'âge et établi. Il appartient, le plus souvent à la bourgeoisie toilière, moins fréquemment aux cercles de la basoche et du prétoire.

    Les ''Bleus'' de Cholet, constituent en l'an 1, un milieu urbain élitaire, économiquement et socialement privilégié, fermé aux couches les plus modestes et fortement structuré par la parenté et les alliances.»

    Bien entendu, les ''Affiches d'Angers'' (officine de la propagande républicaine) vont se faire l'écho de ce fait divers avec leur mauvaise foi habituelle et leur détestable esprit partisan.

     

      « Angers, 6e jour complémentaire.

     

      Le 1er complémentaire à une heure de l'après-midi, deux brigands en armes entrèrent dans la maison de la Caillère*, à cent pas de Cholet, où se trouvait le citoyen Gasnaut, fils, de Cholet. Dès qu'il les aperçut, il voulu les faire sortir, mais il était sans armes ; l'un d'eux lui tira un coup de fusil à bout portant dans la poitrine, dont il est mort sur le champ entre les bras de son père et de sa mère présens à cette scène horrible. Les deux scélérats se retirèrent ensuite du côté de Latouche-Aubert et rejoignirent leur bande qui les y attendait ; il paraît qu'ils savaient que ce citoyen était là, et qu'ils étaient venus exprès pour l'assassiner ; c'était l'un des braves qui se sont distingués à l'affaire du 18 fructidor à Saint-Macaire.

      Ce crime horrible a jetté l'épouvante dans Cholet, et chacun prend des précautions pour se préserver de pareil attentats. Voilà cependant quels sont les défenseurs de l'autel et du trône ; c'est à de pareils traits qu'on reconnaît les royalistes, ab uno dice omnes - Ces scélérats n'ont pu vaincre les républicains, ils les assassinent en détail !

      Républicains, telles sont les destinées qui vous attendent, si la république ne triomphe pas ; vous voyez comme les brigands préludent, par des assassinats partiels, au massacre général de tout ce qui a été patriote ; serrez-vous, il est tems encore d'éviter de si grands malheurs. »

    Louis Ganault,un bleu de Cholet....

     

     

    * Hôtel particulier au Sud de Cholet (actuellement rue de la Caillère à Cholet).

     

      La République, représentée par le Directoire, oublie les mesures qu'elle vient de prendre vis à vis des Vendéens, méthode habituelle de passer sous silence ses mauvaises actions ; ''on ne nous dit pas tout'', méthode toujours d'actualité.

     

      En effet, « Le Directoire craint que la Vendée, appuyée sur les mécontents de plusieurs provinces, n'allât déployer des forces considérables et renouveler ses anciens combats d'autrefois. Cette crainte, jointe aux embarras sérieux que la chouannerie d'outre-Loire lui suscitait dans le moment, le mit de nouveau en fureur ; il décréta contre elle des mesures rigoureuses, ordonna des visites domiciliaires dans toutes les paroisses pour arrêter les suspects et exiger de tous les habitants le serment d'une haine irréconciliable à la royauté. Mais ces visites qui fournirent à ses satellites l'occasion d'arrêter des vieillards, des infirmes, ne firent comme toujours, qu'augmenter le nombre des révoltés. Le serment ne fut prêté que par ses adhérents et ne produisit aucun effet pour sa cause. Ces moyens politiques n'ayant amené aucun résultat, le Directoire recouru à des procédés encore plus iniques et repoussés par tout homme qui se respecte.

      Comme les nobles et les Emigrés, surtout étaient à ses yeux les promoteurs des soulèvements, il voulut les déconsidérer dans l'esprit des paysans, dans la persuasion que cette déconsidération une fois obtenue, l'insurrection n'aurait plus d'appui et serait facilement anéantie. C'était infâme, mais tout est bon à qui n'a plus de principes et a le triste courage de son déshonneur. En conséquence de cette hideuse résolution, des bandes d'espions furent organisées et envoyées dans la Vendée comme en Bretagne. On tira des prisons ce personnel d'un nouveau genre, et il eut pour mot d'ordre de jouer le rôle d'Emigrés et d'officiers royalistes, et sous ce faux nom de se permettre toutes sortes d'excès. Ces misérables devaient surtout exciter au pillage et au meurtre des Patriotes. Ils ne manquèrent pas à leur horrible mission ; Ils commirent un grands nombre de crimes. »

     

     

      Revenons donc à l'affaire qui nous intéresse :

     

      «  M. Gasneau de Cholet, républicain exalté, était signalé aux Royalistes comme un ennemi qui leur avait fait beaucoup de mal ; il habitait la Caillère (en ce moment il n'y avait que peu d'habitants dans Cholet).  Une bande d'enfants perdus, de Royalistes excités sans doute par ces faux Emigrés, résolut de le tuer ; ils tirèrent au sort ceux qui rempliraient cette affreuse fonction ; deux ou trois furent désignés ; ils se présentent à la Caillère et frappent à la porte. M. Gasneau, qui ne se doutait de rien, vint lui-même leur ouvrir, mais à peine a-t-il aperçu les hommes qu'il s'écrie : « Je suis perdu ! » Ils ne lui laissent pas le temps d'en dire d'avantage ; ils l'étendent mort d'un coup de pistolet tiré à bout portant et prennent la fuite avant qu'on ait le temps de les poursuivre. Ce fait causa une grande émotion dans la ville. La garde nationale battit tout le pays sans trouver les meurtriers, et à leur défaut, elle s'empara d'un excellent homme nommé Lefort, âgé de vingt et quelques années, qui habitait le Puy-Saint-Bonnet, l'amena à Cholet, et le fusilla sans pitié ni justice, à la porte de la Caillère : son cadavre resta longtemps exposé dans la rue aux outrages des passants, et un Choletais, nommé Barbier, s'acharna à lui écraser la tête avec un pavé. »

     

      Voici l'acte de décès de Louis Ganault :

     

      « Le trois vendémiaire an huit de la république française par devant moi Joseph-Jean-Louis Roquet, officier public, sont comparus à la maison commune de Cholet Marie-Prospert Doué de Denis Hobocq officier de santé ; lesquels m'ont déclaré que Louis Ganault âgé de vingt deux ans, né et domicilié à Cholet, fils de François-Louis Ganault, propriétaire et de Louise Tocquet son épouse, a été tué (rayé) est mort le premier vendémiaire (rayé) complémentaire an sept à la maison paternelle. D'après cette déclaration que les témoins ont certifié conforme à la vérité (pas tout à fait puisqu'on passe sous silence son assassinat en rayant le fait qu'il a été tué), je me suis transporté au domicile du citoyen François-Louis Ganault père, me suis assuré du décès de Louis Ganault fils, et j'en ai rédigé le présent acte que les dits Doué et Hobocq ont signé avec moi, en entre ligne Louis, fait à la maison commune de Cholet les jour mois et an ci-dessus (deux mots rayés). »

     

    signé : Rocquet – Doué – Hobocq.

     

     

      Voici l'extrait d'une lettre du général Delaage, commandant la rive gauche de la Loire – Elle est datée du 8 vendémiaire an 8 (30 septembre 1799) et libellée comme suit : « A la Séguinière, nous avons pris un des assassins de Ganaut, sous-lieutenant de la colonne mobile de Cholet, et son cheval ».

     

      François-Louis Ganault (père), né à Cholet, époux de Jeanne-Louise Tocqué, propriétaire, est décédé à Cholet le 15 mars 1808 à 10 heures du soir à la Caillère à l'âge de 66 ans. (Décès Cholet, vue n°73/144).

     

     

    Sources: Archives Départementales de Maine-et-Loire, tous droits réservés.  Registres d'état civil de Cholet – Les Affiches d'Angers Primedi 1er Vendémiaire n°1er an 8 de la République, vue n°1/31 et nonidi 19 vendémiaire n°10 an 8 de la République vue n°19/31 -  Les ''Bleus'' de Cholet en 1793, Jean-Joseph Chevalier, Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, année 1992, volume 59 n°4 pages 351 à 369 – Histoire de la Guerre de la Vendée – Abbé Deniau, Tome V, pages 784 et 785 - Photo de l'auteur. 

                                                             

     

     

     Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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