• Les Vendéennes de Longnes....

                                                            

    Nuit du 30 Germinal au 1er Floréal de l'an 2, à Longnes, 

    département de la Sarthe...

     

     

      

     

     Les Vendéennes de Longnes.... Longnes est un petit village de la Sarthe situé sur la route du Mans à Laval, à environ vingt deux kilomètres du Mans et à cinquante trois de Laval.

     

      « Le jeudi 12 décembre 1793 dans la soirée, Westermann et Marceau pénètrent dans la ville du Mans, huit cents Vendéens mènent pied-à-pied un combat de rue. C'est la déroute totale des non combattants qui se bousculent dans les rues étroites du Mans et sur l'unique pont qui franchit la Sarthe. Ils fuient vers Laval, entraînant dans leur tourbillon humain, La Rochejaquelein et Stofflet ».... vous connaissez la suite..... : la ''chasse aux Blancs'' commence dans toute son horreur...

      C'est à cette époque que la garde nationale de Longnes et                 d' Auvers-sous-Montfaucon* amène à Longnes cinq Vendéennes échappées aux massacres, ''Femmes et filles qui étoient de la troupe des Brigands de la Vendée qui se sont sauvées lors de leur déroute du Mans'' Il s'agit de: Eulalie Bouffard, Marie Dabin, Rosalie Dabin, Magdeleine Dronneau et Marie Dronneau. * Village situé à 1,5km au Sud de Longnes.

      Elles vont rester dans la commune de Longnes sans être inquiétées jusqu'au 30 germinal de l'an 2 (Samedi 19 avril 1794), les municipaux des cette commune ayant fait preuve d'humanité en sauvant ces femmes d'une mort certaine.

      Dans la nuit du 30 Germinal au 1er Floréal quatre d'entre-elles disparaissent... (Nuit du Samedi 19 avril au dimanche 20 avril 1794)

     

    Les Vendéennes de Longnes....

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

      « Citoyens,

     

      Nous Officiers municipaux de la commune de Longne district de Sillé la Montaigne, département de la Sarthe prénons la liberté de texposer le fait cy après. Nous ayant été amenés plusieurs femmes ou filles qui étoient de la troupe des Brigands de la Vendée qui son sont sauvée lors de leur déroute du Mans pour aller à Laval parmy lesquelles il y en avait cinq qui sont Eulalie Boufard, Marie Dabin, Rosalie Dabin, Magdeleine Dronneau et Marie Dronneau qui demandent d'être réclamées disant quelles avaient été forcées de suivre l'armée sur le quel la ditte fille Bouffard nous ayant déclarés avoir son père qui est juge au Tribunal de Saumur et un frère dans les dragons de la République pour qui elle avoit demandé d'envoyer chercher son père, son père étant venue voyant sa fille et ses compagnes dans cet état en a eu compassion, en conséquence le Citoyen Bouffard nous a déclaré les réclamer et de les garder.

      En conséquence il en a été donné connaissance de fait au département et district et le dit Bouffard nous a déclaré faire une pétition à la Convention Nationnalle et d'y aller luy même ce qu'il a fait suivant les lettres adressées à l'agent nationnal de cette commune, les dénommées cy daprès ont été gardées une espèce de temps à la maison commune par le défaut de n'avoir point de maison darrest, lassée de payer les gardes, ce qui était couteux pour elles, elles ont été partyes et mises en différentes maisons chez le Citoyen Pierre Guittet et Joseph Plessis de cette commune après un temps long passé sans sêtre perçu d'autre chose delles que d'un patriotisme de leur part.

      Cependant quatre des susdites dénommées qui sont : Marie Dabin, Rosalie Dabin, Magdeleine Dronneau et Marie Dronneau ont évadés de chez les Citoyens Pierre Guittet et Joseph Plessis ou elles étoient dans la nuit du dernier Germinal au premier Floréal présent mois sans qu'ils s'en soient apperçus ny en aucune connaissance ainsi qu'ils sont déclarés sant sçavoir de quel côté elles sont allés après plusieurs information mais le tout inutile, nous en avons envoyé leur signallement au district et en plusieurs endroit pour les faire ramasser.

      Et la ditte Eulalie Boussard est restées chez le dit Guittet et nous a déclaré n'avoir point de connaissance de leur départs ; Fait au lieu ordinaire des séances, présent Nous officiers municipaux de la commune de Longne, quatre Floréal lan deux de la République Françoise une et indivisible signé de nous fors Pierre Têtu qui a déclaré ne savoir ».

     

    signé Lambert, maire – Pierre Guittet agent national – François Bourgoin officié – J Chanteau secrétaire.

     

      « Les citoyens officiers municipaux de Longne aux citoyens administrateurs de Sillé la Montaigne :

     

    Citoyens,

     

      La Citoyenne Eulalie Bouffard a été a conduit en notre commune par la garde Nationale de cet commune et de celle Danvers sous Montfaucon lors de la déroute du Mans, depuis cette époque elle a toujours habité dans cette commune chez le Citoyen Pierre Guittet de cette commune ou elle a montré jusqu'à ce jour le plus pur civisme et cy est comportée en brave Républicaine elle nous a assuré quelle navait parti avec les Brigands que malgré elle quelle était éloignée des foyers de son père d'environ dix huit lieues et que si elle eut prévu un tel malheur elle eut volé promptement dans ses foyers ; fait à la chambre commune de Longne, ce douze Floréal lan deux de la République Françoise une et indivisible ». rature deux mots rayé nuls.

     

    signé : Pierre Lambert, maire – François Bourgoin officié- Chanteau secrétaire.

     

      Vous y croyez, vous, à toute cette histoire  ???? Un papa Juge à Saumur, un frère dragon républicain.... La réaction de la municipalité le 4 Floréal, soit quatre jours après le départ des fugitives, ce qui laisse quatre longues journées de marche sans connaître la direction prise. Puis n'ayant aucune réponse du District on délivre le douze Floréal  une sorte de certificat de civisme à Eulalie Bouffard afin qu'elle ne soit pas inquiétée suite au départ de ses compagnes. Tout cela laisse percevoir une certaine complicité dans les deux partis, surtout qu’ Eulalie Bouffard est logée chez Pierre Guittet, agent national...

     

      Par contre, ma famille étant originaire de Gorges en Loire-Atlantique, j'ai été frappé par un nom de famille très connu pour son royalisme dans la région de Clisson, la famille Dabin et par Rosalie Dabin qui épouse Julien-Louis Monnier, et Marie Dabin qui épouse François Gogué.

      Il semble peut être opportun de faire le rapprochement suivant : Jean Dabin combat outre-Loire jusqu'à Granville et il disparaît après la bataille de Savenay le 23 décembre 1793. Sa femme l'accompagnait. Après la bataille du Mans il laissa sa femme dans cette ville où elle n'échappa à la mort qu'après avoir connu les plus grands périls. Elle put se rendre à Angers et fut recueillie par une famille charitable et survécut à la Révolution. On dit que ses enfants furent cachés dès le début de la guerre chez des paysans fidèles aux environs de Clisson et furent également sauvés et un fils laissa postérité. Jean Dabin, notaire royal, Procureur à Clisson avait épousé Anne-Louise Hervouet.

      Marie, Françoise Dabin, née le premier mars 1764 à Clisson, épouse le 16 janvier 1801 à Saint-Hilaire-de-Clisson François Gogué, né le 30 janvier 1761 à Clisson. Le 19 août 1796, François Gogué, chef royaliste est arrêté, il avait pourtant fait sa soumission et allait être relégué à Saumur... François Gogué est chirurgien à Boussay, c'est un ancien sous- divisionnaire royaliste dont le nom de guerre est ''Tocsin ambulant'' ; son frère ex-bénédictin retiré à la Bruffière est considéré comme dangereux. Ces royalistes sévissaient dans la région de Gorges avec justement un nommé Paquereau dit ''de la Botte Fleurie'',  ''Tigre altéré de sang'' de Gorges...

      Rosalie Dabin, née le 30 mai 1770 à Clisson, épouse le 7 juillet 1795 à Saint-Germain-sur-Moine, Louis-Julien Monnier, mariage célébré par l'Abbé Bernier dans la chapelle du château de la Perrinière. Louis Monnier est un chef Vendéen qui exercera la fonction de Percepteur et décédera le 24 novembre 1851 à Montigné-sur-Moine.

     

      Au sujet des autres fugitives : Marie Dronneau, née le 8 février 1755 à La Boissière-de-Montaigu et Magdeleine Dronneau, née le 4 mars 1764 à la Boissière-de-Montaigu ; filles de Mathurin Dronneau et de Marie Lucas, laboureur à « Salini » sont peut-être celles que nous recherchons.

      Au sujet de Eulalie Bouffard, peut être Eulalie Bouffard, née le 20 janvier 1776 à Montaigu (St Jean-Baptiste), fille de Louis Bouffard et de Eulalie Félix ??? Nous ne savons pas ce qu'elle est devenue, elle ne s'est pas mariée à Longnes et n'y est pas décédée.... Aucun décès n'a été découvert en Vendée... Nous laisserons donc votre imagination vagabonder....

     

     

    Sources : Archives Départementales du département de la Sarthe tous droits réservés - Délibérations Municipales de Longnes. Vues n°59 et 60/227 – Cadastre de 1833 de Longnes, le bourg - Archives Départementales de la Vendée tous droits réservés, noms de Vendée. Archives Départementales de Loire-Atlantique tous droits réservés - commune de Clisson - Gorges- Saint-Hilaire de Clisson – Boussay - Archives Départementales du Maine et Loire, communes de Montigné-sur-Moine, Saint-Germain-sur-Moine – Clisson et ses Monuments par le comte Paul de Berthou édition de 1910, imprimerie de la Loire à Nantes. Photo de l'auteur, fresques de l'église de Chanzeaux. 

                                                                         

     

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets. 


  • Commentaires

    1
    Briscard
    Mardi 14 Février à 22:02
    Excellent, on peut imaginer que leur descendance a gardé le secret de ce qu'il s'est passé. Merci de partager vos recherches !
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