• Les Souvenirs de Louise Barbier, 1° partie....

    Les Souvenirs de Louise Barbier,

    1° partie…

     

    Nous publions ce texte tel, qu’il le fut dans la revue des Sciences, Lettres et Arts de Cholet en 1937. Le document est également consultable ici.

    Afin d’en faciliter la lecture, nous avons scindé le récit en plusieurs parties.

    RL

    Septembre 2016

     

    LES 

    Souvenirs de Louise Barbier (1783-1871) 

    sur l'Insurrection Vendéenne 

      

    A la mémoire de notre ami 

    Léon BONNINEAU. 

      

    AVANT-PROPOS 

    Ce n'est pas sans une certaine tristesse que l'été dernier nous avons rentré dans la Bibliothèque de notre Musée, avec quelques centaines de brochures, de nombreuses liasses de toutes sortes, vieux documents authentiques, notes, lettres, papiers divers en partie déclassés par des déménagements successifs. L'ensemble provenait de la bibliothèque et des archives de notre regretté camarade Léon Bonnineau. Nous songions à la vie toute intérieure et si brève de notre ami, à son travail continuel, de « bénédictin », au milieu de ses papiers tant aimés, à ses recherches scrupuleuses si brutalement interrompues, à l'intérêt qu'il portait à notre Musée et à ses collections. 

      

    Un premier examen nous permit de réunir rapidement toute une série de papiers, en quelque sorte de famille, parmi lesquels nous découvrîmes des « Notes » sur les événements de la Révolution et sur l'Insurrection vendéenne, des « Souvenirs » dictés par une arriére grand-maman et par des grand-tantes qui avaient vécu et souffert ce terrible drame. 

    La lecture de ces minces cahiers jaunis, des feuillets séparés qui les accompa­gnaient, des notes tantôt écrites à l'encre, tantôt griffonnées au crayon sur quelque débris d'enveloppes, des essais généalogiques raturés et maintes fois repris, nous donna bientôt la certitude que la plume avait été tenue par M. Joseph Chaillou, le grand-père de notre ami, dans le cours des années de 1866 â 1870. Nous connaissions depuis longtemps déjà son goût intense pour tous les souvenirs choletais. 

      

    L'énoncé des événements que nous parcourions nous parut empreint d'une vie intense ; des détails particuliers, — de ceux qu'on ne peut inventer et qui ne se copient pas, — attirèrent notre atten­tion. Nous trouvâmes deux rédactions de la partie principale de ces souvenirs : celle d'apparence la plus soignée nous parut postérieure à l'autre. En la relisant, nous y retrouvâmes des indications déjà notées dans l'Histoire de Cholet de M. Amaury-Gelusseau, parue en 1862. Nos préférences allèrent vers les notes écrites plus hâtivement, entremêlées de ratures, aux phrases quelquefois incorrectes, souvent sans ponctuation. Elle nous parut la dictée même de l'aïeule, Louise Barbier, veuve Champeaux, dont la mémoire était mise à contribution et qui racontait simplement, naïvement même, à ses petits-enfants les événements vécus dans son enfance. 

      

    Par quelle pudeur, et M. J. Chaillou, et notre ami Léon Bonnineau gardèrent-ils secrets ces intéressants souvenirs ? 

    Un souci scrupuleux de ne pas éveiller les anciennes passions qui dressèrent nos concitoyens les uns contre les autres ? Nous inclinerions à penser qu'ils ne leur attribuèrent qu'un intérêt tout personnel ou familial. A l'époque où ils furent recueillis, la mode n'était pas encore aux documents de première main. Plus tard, les publications de souvenirs particuliers, ceux de Poirier de Beauvais, ceux de Mme de la Bouëre, et plus près de nous surtout les Mémoires d'un père à ses enfants, de M. Boutillier de Saint-André, par notre vénéré maître l'abbé Eugène Bossard, parurent sans doute donner des renseignements plus complets. Peut-être furent-ils l'occasion de cette rédaction plus soignée, mais demeurée inachevée ? 

      

    Peut-être, à la suite, le grand-père laissa-t-il à son petit-fils qu'il découvrait intensément épris, comme lui, du culte du souvenir, le soin de présenter ces notes ? Peut-être enfin, notre ami, lancé dans ses recherches généalogiques et tout entier encore à l'accumulation et à l'analyse des documents, réservait-il à plus tard le moment de mettre à jour ces Mémoires vécues ? 

    L'intérêt chaque jour croissant que suscite l'Histoire et en particulier celle de notre pays vendéen et choletais, ainsi que le désir d'apporter ce travail en hommage à la mémoire de notre ami, nous a inspiré la téméraire pensée de publier ces « Souvenirs ». Nous avons cru devoir en rectifier l'orthographe et surtout compléter la ponctuation dont l'absence nuit parfois à la compré-hension du texte. 

      

    Les « Souvenirs » de Louise Barbier sont surtout l'énoncé de faits observés ou vécus, tels qu'ils auraient pu être décrits au moment même où ils se sont passés. Dépouillés de cette ambiance légendaire et tendancieuse dont certains auteurs se sont plus à envelopper l'histoire de notre Vendée, peut-être paraîtront-ils trop simples et d'une vérité choquante. D'autres témoignages authen­tiques connus peuvent venir les appuyer de leur autorité ; nous en avons joint quelques-uns. Nous avons réuni aussi les quelques phrases éparses, concernant les événements préparatoires à l'insurrection, par des citations montrant plus nettement l'exaspé­ration croissante de nos populations contre les brimades des gens « dans le mouvement » alors, les misères des âmes froissées dans leurs convictions religieuses et l'explosion subite d'une grande colère qui en fut la conséquence obligée, lorsqu'en mars 1793 la conscription fit éclater la révolte. 

      

    Le 10 septembre 1767, les cloches de Saint-Pierre tintaient à toute volée pour le mariage de deux très jeunes gens, que M. David, le vénérable curé, venait de bénir. Louis Barbier, orphelin de père à vingt et un ans, épousait une jeune fille de seize ans, Renée Auvinet. Le jeune homme se disait fabricant de toiles et de mouchoirs, comme la majeure partie des habitants de notre ville. Il avait pris le même métier que son défunt père et faisait aller sa navette ou vendait des pièces de toile, tandis que sa mère, Marie Moreau, remariée déjà à Louis Martineau, plus jeune qu'elle de onze ans, continuait à tenir l'auberge des Barbier, en face de l'église, à l'enseigne, dit-on, de la Tête Noire. 

    Car depuis des générations, les Barbiers, au lieu de manier ciseaux et rasoirs ainsi que leur nom semblait l'indiquer, vendaient à boire et à manger, logeaient à pied et à cheval ; ceux dont nous faisons connaissance, à Saint-Pierre ; d'autres, des cousins, sur la place du Prieuré (la place Rougé actuelle), à l'enseigne du Lion d'Or. 

      

    En outre de sa mère et de son beau-père, le nouveau marié était assisté de Charlotte et de Madeleine Moreau, ses tantes, de Louise Martineau, sa demi-sœur, que nous verrons apparaître dans le récit Cette dernière épousera bientôt le blanchisseur Jean Blain, qui sera « l'oncle Blain » dont parle notre auteur. 

      

    Près de lui se trouvait encore son frère, Claude Barbier, plus jeune d'un an ; des oncles, des cousins, Jean Simon, Jean Pas­quier, Louis Camus, René et François Guillou, Adrien Delhumeau dont nous verrons la veuve recueillir notre jeune mémorialiste. 

      

    Les Auvinet étaient fabricants et tisserands, et mariaient leurs filles très jeunes. L'épousée du jour n'avait que seize ans et habitait sur la paroisse Notre-Dame. Son père, Pierre Auvinet, avait été chercher son épouse, Renée Guidon, au May, d'une vieille famille également de tisserands. 

    Les Guidon étaient venus nombreux à la noce et nous remarquerons particulièrement une tante de la mariée, Mathurine Guidon et son mari, François Dupont, qui compteront parmi les aïeux de notre dévoué Secrétaire et aimable cousin, Elie Chamard, et parmi les nôtres. Se trouvaient également deux jeunes sœurs de sa mère : Malhurine Auvinet qui deviendra trois ans plus tard la « tante Coudrais », et, toute enfant encore, Marie Auvinet, qui neuf ans après sera « la tante Brion, du May ». 

      

    Si l’on en croit la morale habituelle des contes de fées, les époux durent être heureux, car ils eurent beaucoup d'enfants. Nous en donnons la liste pour que le lecteur puisse se retrouver plus facilement parmi tous les noms qui apparaîtront dans le récit. 

    1° Renée Barbier, née le 19 juillet 1768, épousera avant la Révolution François Cherbonnier, tisserand du May et habitera Mortagne ; 

    2° Marie Barbier, née le 11 septembre 1769 ; 

    3° Modeste Barbier, née le 10 février 1771, sera fusillée place Saint-Pierre en 1794 ; 

    4° Louis Barbier, né le 17 juillet 1772, tout d'abord tisserand, enrôlé militaire, fera onze ans de service ; 

    5° Pierre Barbier, né le 14 octobre 1773. Pris militaire à la conscription, il fut tué en Bohême ; 

    6° Jeanne Barbier, née le 23 février 1775 ; 

    7° Rosalie Barbier, née le 30 mars 1776 ; 

    8° Victoire Barbier, née le 17 septembre 1777 ; 

    9° Cécile Barbier, née le 13 mars 1780 ; 

    10° Alexis Barbier, né le ... juin 1782, dut mourir jeune, car on ne retrouve aucune de ses traces ; 

    11° Louise Barbier, née le 22 mai 1783, notre mémorialiste ; 

    12° Eugène Barbier, né le 18 septembre 1784, que nous verrons fréquemment près de sa sœur Louise ; 

    13° Joseph Barbier, né le 17 mars 1786.

     

    La naissance de ce treizième enfant coûta la vie à sa mère, Renée Auvinet. Elle fut enterrée au grand cimetière de Saint-Pierre, c'est-à-dire sur la place actuelle, le 20 mars 1786. 

    En 1788, deux ans après, Louis Barbier, le père, se remariait avec Marie Breault qui dut se charger de toute cette nombreuse famille. Le 30 juillet 1789, une petite fille, Marie, venait au monde, et le 4 janvier 1790, Louis Barbier succombait à son tour et était inhumé au grand cimetière. 

    En ces temps troublés, les habitués de l'auberge, que continuait à diriger la belle-mère de tous ces enfants, discutaient fortement. Louis Barbier passait pour avoir été plutôt « dans le mouvement ». Il semble bien qu'il ne fut qu'un élément de la majorité des habitants de Cholet, et aussi de tout notre pays. Enthousiaste d'abord dans l'espoir des réformes qui devaient soulager le pauvre peuple, il osa se ranger parmi les « Patriotes ». Son frère, Claude Barbier, commanda une compagnie de la Garde Nationale. Son fils Pierre obéit à la conscription et partit militaire. 

      

    Mais les bienfaits de la Révolution tardant à apparaître, on s'aigrit et on accuse de l'insuccès le mauvais vouloir des partisans de l'ancien état de choses et même la négligence des modérés. A l'auberge de la Tête Noire, les filles même bavardent et s'exaltent. L'aînée, Renée, au moment de son mariage à dix-huit ans, passe pour être une parfaite « démocrate ». 

    Peut-être lorsqu'il fit plus tard cette réflexion à sa jeune sœur, Louise, M. Boisnaud, curé de Saint-Pierre, n'avait-il pas parfai­tement compris le caractère de ces gens, de tous ces honnêtes gens, forme de franchise, d'indépendance et de fidélité. 

    Car, s'ils n'hésitèrent pas à dire parfois crûment leur opinion, tous demeurèrent fidèles à leurs convictions religieuses. Le lecteur jugera au cours du récit combien leurs croyances et leurs pratiques étaient choses sacrées pour nos héros. Et M. Boisnaud lui-même les inscrit en bonne place dans ses « Listes de ceux qui passaient pour notoirement catholiques et que les Républicains emmenèrent à Nantes » à l'évacuation de Cholet. 

      

    Pour nous, le récit laissé par Louise Barbier et recueilli par son petit-fils, M. J. Chaillou, est le document émanant directement de l'opinion moyenne et saine du pays. Il exprime sincèrement les transes et les misères de toute une population. Sa publication présente un réel intérêt dans la recherche de la vérité.

     

    A suivre…

     

     

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