• Les Mémoires de l'abbé Remaud, 5° partie....

     

    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 5° partie…

     

     

    La Vendée Historique, N° 66, 20 septembre 1899.

     

    J’arrivai à Nantes le 25 mais : il y avait plus d’un an que j’étais absent de mon pays, sans avoir pu en aucune manière communiquer avec mes parents et mes amis. Plusieurs personnes me croyaient mort. Les recherches qu’on avait faites pour me trouver dans la Vendée, pendant mon absence, avaient donné quelque vraisemblance à cette nouvelle, qu’on avait consignée dans plusieurs papiers publics.

    Je fus à peine arrivé à Nantes, qu’il me fallut prendre des nouvelles précautions pour ma sûreté personnelle. Tous les prêtres demeurés dans la Vendée étaient rentrés chez eux. On commençait à tolérer l’exercice public de la religion catholique ; tout annonçait un meilleur ordre de choses. L’espérance fut à peine conçue, qu’elle fut anéantie : la journée du dix-huit fructidor eut lieu !!

    Je ne dois pas passer sous silence les démarches que je fis, avant cette époque, pour rentrer dans mes foyers. Je fus assez heureux pour trouver à Nantes des connaissances sûres auprès du général en chef de la 12° division militaire E…..Gl…. Il accueillit avec bonté ceux qui s’intéressaient à moi, et donna l’ordre de me laisser rentrer dans la Vendée, moyennant la promesse que je ferais d’y demeurer tranquille.

    Je souscrivis sans peine à cette promesse, mais j’avais grande difficulté à vaincre pour arriver jusque dans ma famille. Il y avait à Montaigu un général de brigade qui avait fait la guerre contre nous. Il avait fait des efforts incroyables pour me faire arrêter ; il n’avait pu y parvenir. Je devais me présenter devant lui ; je l’obtins par le moyen de Mme de la Roche-Lespinay, qui correspondait avec lui, et qui se faisait un plaisir d’obliger les Vendéens opprimés pour un parti qu’elle avait elle-même soutenu avec beaucoup de courage et de constance.

    J’arrivai donc au château de Montaigu. Selon les indices que j’avais eux, je devais être arrêté. Je m’y attendais ; je fis néanmoins bonne contenance. Le commandant de la place me reçut froidement. Je lui présentai mes passe-ports ; il me conduisit, sans me dire un seul mot, jusque dans sa chambre. Après m’avoir fait asseoir, il me donna acte de ma présentation devant lui. Avant de signer cet acte, il me le donna à lire, et me demanda s’il y en avait assez pour ma sûreté et ma satisfaction. Comme il ne contenait effectivement que des chose obligeantes, et surtout qu’il savait les ordres qu’on avait donnés partout de m’arrêter, je lui témoignai à la fois ma reconnaissance et ma satisfaction.

    J’allais sortir de ce château, qui avait vu périr tant de mes infortunés camarades, quand un incident pensa tout perdre. L’aide-de-camp du général de brigade qui venait de me mettre en liberté, s’avisa de me faire des questions au sujet des évènements passés pendant la guerre. Il me demanda en outre où j’avais fait cacher de la poudre et de l’artillerie que le général Charette m’avait confiée. Je lui répondis que j’avais appris qu’elle avait été trouvée, qu’au surplus je n’avais jamais où étaient les dépôts, que j’avais ordonné de les faire sans me mettre en peine du lieu où ils avaient pu être faits.

    La conversation s’engagea insensiblement sur d’autres objets. L’épouse du général me reprocha, d’une manière assez vive et amère, mon attachement obstiné au parti du roi. Je lui répondis que mes sentiments étaient à moi, que, du reste, je saurais vivre sous la république, moyennant qu’on respectât ma liberté et mes opinions religieuses. Le général Gr… prit de là occasion de m’engager, d’exiger même de moi que j’eusse exercé les fonctions du saint ministère. Je lui fis part de toutes mes difficultés à ce sujet : je lui représentai qu’en vain je prêcherais la paix, on ne manquerait pas de dire que je cherchais encore à exciter la guerre. Il m’observa, en dernière analyse, qu’il convenait d’autant mieux que j’eusse prêché la paix publiquement dans la Vendée, que j’avais fait beaucoup de sensation dans le pays, et que je  ferais plus que bien d’autres rentrer une infinité de personnes dans le devoir. Je promis, parce qu’on l’exigea impérieusement de moi, que je reprendrais l’exercice public des fonctions du ministère. Mon acte de mise en liberté le portait expréssement, comme il contenait aussi qu’on exigerait de moi d’autres soumissions que la promesse de vivre paisible sous les lois du gouvernement.

    Je vis enfin terminer cette fameuse entrevue où j’avais craint de perdre ma liberté, et où je la recouvris véritablement. De Montaigu dans ma famille, il y a 2 heures de marche : j’arrivai chez mes parents qui ne m’avaient pas vu depuis longtemps. Nous confondîmes longtemps nos larmes dans les dous épanchements d’une tendre amitié. J’avais perdu ma sœur aînée pendant mon long et pénible voyage.

    Je fus à peine arrivé dans ma famille, que le bruit se répandit bientôt que j’étais dans la Vendée. Un grand nombre de personnes s’attendaient même à y voir reparaître Charette, avec qui l’on pensait généralement que j’avais passé le temps de mon absence. Dès mon arrivée à Nantes, les habitants de la Chapelle-Palluau m’avaient invité de me rendre dans leur paroisse pour remplacer leur curé, qui était alors en Espagne. Il me renouvelèrent leurs instances pendant mon séjour dans ma famille ; je me rendis à exercer leur vœu. Comme j’avais promis d’exercer et de prêcher la paix, je préférai le faire dans cette paroisse, dont je connaissais particulièrement les habitants.

    Je me rendis donc à la Chapelle-Palluau, où tout le monde voulut bien en témoigner le plus vif intérêt. J’y arrivai pour la fête patronale le premier d’août. J’avais invité à cette cérémonie plusieurs ecclésiastiques qui s’y rendirent. Une foule immense de peuple y accourut aussi de toutes parts, parce que c’était une chose toute nouvelle de voir le même lieu plusieurs prêtres réunis, tandis que la plupart des églises étaient encore privées de leur pasteur.

    Ce lieu de réunion, où tout annonçait une fête religieuse, devint bientôt un lieu de tristesse, où l’on entendait de toutes part que des imprécations. J’avais à peine célébré la messe, que je fus frappé d’un nouveau coup d’autorité. Le commissaire du gouvernement pour le canton de Palluau ordonna qu’on me fît faire un serment prescrit alors, de haine à la royauté, ou, dans le cas de refus, de m’empêcher de célébrer publiquement. Ma réponse ne pouvait être équivoque : l’église fut fermée. Plus de trois mille personnes s’en furent dans les paroisses voisines, sans avoir pu assister aux vêpres que j’avais annoncées. J’eus bien de la peine à calmer les esprits ; heureusement il n’arriva rien de fâcheux : on s’en tint à des propos et des murmures.

    Je quittai, dans le même jour, la paroisse de la Chapelle-Palluau. Je me rendis à Maché, où Mlle Minguet eu la bonté de m’offrir un asile dans la maison j’avais été caché pendant le temps de la plus forte persécution.

    Les habitants de cette commune, privés de leur pasteur qui était en Espagne, vinrent me prier de leur en tenir lieu en attendant son retour. J’avais le plus vif désir de les obliger, mais d’après ce qui s’était passé à la Chapelle-Palluau, j’étais fondé à croire que j’éprouverais de grandes difficultés de la part des agents du gouvernement. Cependant, pour leur prouver mon sincère attachement, je me rendis avec les principaux habitants à Apremont, où était le commissaire du pouvoir exécutif. On lui fit la demande que j’eusse exercé, dans l’église de Maché, le ministère du culte catholique. Il refusa formellement, à moins que je ne voulusse souscrire le serment de haine à la royauté. Je ne pouvais faire que la même réponse à la même difficulté qu’on m’avait déjà proposée. Je me retirai après avoir essuyé un refus auquel je m’attendais.

     

    Abbé Remaud

     

     

    (A suivre)

     

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