• Les Mémoires de l'abbé Remaud, 1ère partie....

     

    Les Mémoires de l’abbé Remaud, 1ère partie…

     

     

     

    Nous publions ici les Mémoires de l’abbé Remaud, piochés dans la « Vendée historique » de l’excellent Henri Bourgeois. L’introduction ne manque pas de ce sel si cher au célèbre avocat, dans tous les sens du terme, de la Vendée. On y verra ressurgir avec délice, les querelles chères à l’auteur admonestant le travail de Benjamin Fillon quand il n’excellait pas dans les passes d’armes entre « légendaires et documentaires ».

     

    RL

    Avril 2017

     

    Extrait de La Vendée Historique, N° 61, 5 juillet 1899.

     

     

     

     

    Mémoires de l'abbé Remaud

    ancien commissaire-général de l'armé de Charette

     

     

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    Quelques mots d'introduction

     

     

     

    Né à Chavagnes-en-Paillers, le 8 octobre 1756, Pierre-François Remaud y fut pendant deux ans, de 1786 à 1788, vicaire de son frère, l'abbé Pierre-Marie Remaud, alors curé de la paroisse. Ayant encouru la disgrâce de Mgr de mercy, évêque de Luçon, il continua néanmoins à résider à Chavagnes, à titre de précepteur dans la famille de Guerry de Beauregard. la Révolution le surprit dans l'exercice de ces focntions.

    Comme son frère, il refusa courageusement de prêter serment à la Conctitution civile du Clergé, et fut réduit à se cacher dans le pays, jusqu'au jour où éclata l'insurrection du Bocage. S'il faut en croire son témoignage, ce fu en quelque sorte à son corps défendant que l'ancien vicaire de Chavagnes se vit contraint, dès le début, de prendre fait et cause pour l'insurrection. Mais la contrainte dura peu, et l'abbé Remaud, d'abord simple aumônier, accepta bien vite - et de bonne grâce - un rôle plus militant dans l'armée de Charette. Au titre d'aumônier,  il joignit bientôt celui de commissaire-général et, jusqu'au bout, demeura l'un des plus zélés partisans et le confident de prédilection du général en chef du Bas-Poitou.

     

    Lors de la pacification du Consulat, l'abbé Remaud, jusque-là réfractaire parce qu'on ne cessait de le persécuter, fut nommé curé de Maché et se rallia avec enthousiasme au nouveau gouvernement. Avec trop d'enthousiasme peut-être, au dire de Benjamin Fillon, qui, dans une note inédite, insinue que l'ancien commissaire-général de Charette "s'enrôla dans la police du Consulat, et ensuite dans celle de l'Empire."

    Que l'abbé Remaud se soit rallié - même avec enthousiasme - au gouvernement du Consulat et de l'Empire, rien de plus naturel : il n'était pas le seul. Mais qu'il soit allé jusqu'à s'enrôler dans la police secrète et à se paire payer pour dénoncer les royalistes réfractaires, voilà ce don il est permis de douter, malgré la parole que nous donne Benjamin Fillon.

    Il suffit, au contraire, après avoir lu les premiers Mémoires de l'abbé Remaud, de faire un rapprochement entre l'esprit qui les anime et la date à laquelle ils ont été écrits, pour être convaincu que si l'auteur, au mois d'avril 1803, tenait à proclamer sa reconnaissance envers "l'homme extraordinaire" qui avait relevé les autels, il entendait bien ne rien renier de sa participation à la glorieuse insurrection qui venait de prendre fin.

    Vainement Benjamin Fillon - toujours dans la même note inédite, et à l'appui de son insinuation - allègue-t-il la correspondance échangée, plus tard, entre le curé de Maché et le dernier Préfet de l'Empire. Cette correspondance ne prouve qu'une chose : c'est que l'abbé Remaud était devenu bonapartiste ardent, et, si l'on veut, qu'il faisait tous ses efforts pour s'opposer, autour de lui, au renouvellement d'une insurrection qui n'aurait pu se justifier par les raisons dont s'étaient autorisés les insurgés de 93. Mais, de là à nous représenter l'ancien compagnon de Charette comme un vulgaire salarié de la police secrète, il y a loin ce me semble !...

    Aussi loin que de la vérité à la parole souvent suspecte de Benjamin Fillon !

    Cela dit, je reconnaîtrai bien volontiers – parce que l’impartialité m’en fait un devoir – qu’il y aurait certaines réserves à faire sur le compte de l’abbé Remaud. Mgr de Beauregard ne semble point l’avoir eu en grande estime, et ses brusques changements d’opinions aux trois époques de la première Restauration, des Cent-Jours et de la rentrée définitive de Louis XVII, rendraient la tâche quelque peu difficile à qui voudrait entreprendre, en sa faveur, un pur et simple panégyrique. Mais pour n’avoir pas mérité les honneurs d’un panégyrique, il ne s’ensuit point nécessairement qu’on doive être cloué au pilori : les prisons seraient par trop encombrées si tous ceux qui ne peuvent prétendre au titre de héros devaient être considérés comme des criminels, et si j’admets qu’il serait imprudent de réclamer le procès de canonisation du prêtre trop politicien que fut l’abbé remaud, je me refus pourtant à croire, jusqu’à preuve du contraire, qu’il ait mérité d’être damné !

    L’abbé Remaud mourut à Maché, le 24 septembre 1830.

    Pendant son séjour en Angleterre, il avait écrit une sorte d’histoire à peu près complète de l’insurrection vendénne. Malheureusement, lors de son retour en France, il négligea d’emporter avec lui son manuscrit, et il lui fut impossible de le retrouver plus tard. Mais il a laissé de curieux Mémoires inédits, rédigés postérieuremet à la pacification, et ce sont ces Mémoires, dont une copie se trouve à la bibliothèque de Nantes, que la Vendée Historique entreprend de publier aujourd’hui.

     

    Les manuscrits de l’abbé Remaud sont au nombre de trois.

    Le premier a pour titre : Ma vie pendant la Révolution. Il fut rédigé en 1803, après que l’auteur eut été installé à Maché.

    Le second, rédigé au mois de décembre 1814, est intitulé : Manuscrit présenté à Messieurs les Commissaires du Roi, chargés de constater l’état des blessures et des services des Vendéens pendant la guerre civile de la Vendée, par M. l’abbé Remaud, ancien commisssaire général de l’armé catholique et royale de la Vendée sous les ordres du général Charette.

    Le troisième, daté du 16 août 1817, est un Rapport sur la pérsécution de la religion et de ses ministres dans la Vendée, pendant la Révolution, présenté à Monseigneur l’Evêque de La Rochelle, par l’abbé Remaud, desservant de Maché et Saint-Paul, Chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis, ancien commissaire général de l’armée royale de la Vendée.

    Ces trois manuscrits offrent un ensemble de Mémoires des plus curieux, mais ils n’ont peut-être pas la même autorité historique.

    S’il me fallait, à ce point de vue, faire un choix entre eux, je n’hésiterais pas à placer le premier bien au-dessus des deux autres. En 1803, en effet, l’abbé Remaud paraît n’avoir écrit que pour un petit cercle d’amis et de confrères, et sans aucune arrière-pensée d’intrigue ou d’ambition. Plus tard, en 1814 notamment, préoccupé surtout de faire sa cour en vue d’une récompense à obtenir. Il faut savoir en convenir, et j’ai cru que l’impartialité me faisait un devoir d’en prévenir à l’avance le lecteur.

    Sous le bénéfice de cette observation, on lira avec intérêt, j’en suis convaincu, les curieux Mémoires de l’ancien commissaire-général de l’armée de Charrette. La forme en est littéraire et le style coulant. Benjamin Fillon, sans les avoir jamais lus, ne s’était pourtant point gêné pour en plaisanter, à priori, « le baragouinage à peine intelligible… ».

    Le lecteur va pouvoir apprécier du même coup : et le « baragouinage » de l’abbé Remaud, et la sûreté d’informations du farceur à froid qu’était Benjamin Fillon !

     

    H.B.

     

     

     

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    Ma vie pendant la Révolution

     

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    Je vivais paisible à Chavagnes, au sein de ma famille, quand la Révolution commença, en 1793, uniquement chargé alors de l’éducation du jeune Guerry de Beauregard. Il semblait que je devais être un des moins recherchés pour mes opinions religieuses et politiques. Le calme dont je jouissais ne fut pas long. On exigea de tous les prêtres le serment prescrit par la Constitution civile du Clergé. Je fus enveloppé dans la mesure générale de proscription, parce que je refusai de le faire. Cependant je demeurai dans le lieu de mon domicile ordinaire sans de trop grands dangers jusqu’au mois de juillet 1792. A cette époque, les mesures de rigueur devinrent générales, il fallut se cacher ou partir pour l’exil. Je préférai la mort au bannissement de la plupart de mes camarades. Je demeurai dans la Vendée au milieu des dangers.

    Je fus assez heureux alors de pouvoir offrir un asile à cinq de mes amis, MM. Allain, prieur de Saint-André-Goule-d’Oie ; Remaud, curé des Clouzeaux, massacré depuis : mon malheureux frère, mort curé de Chavagnes ; Dolbec, curé de Saint-Cécile, massacré depuis dans la paroisse du Poiré ; Brillaud, vicaire de Saint-Fulgent, furent mes compagnons d’infortune. Je les conservai avec moi tant que je pus leur procurer des subsistances ; ma maison fut découverte pour receler des prêtres réfractaires. Bientôt après nous fumes enveloppés par la force armée. Nous eûmes le bonheur de nous sauver par une espèce de prodige, mais il fallut nous séparer ; nous ne pûmes jamais nous revoir tous réunis.

    Quand on n’a point vu la France dans ces temps de calamités, on ne peut s’en former une véritable idée. Rien n’était plus difficile que de pouvoir se procurer une retraite tant soit peu sûre. La peine de mort était prononcée contres tous ceux qui recelaient des prêtres insoumis. Par un sentiment bien naturel, nous ne pouvions exposer personne à une mort certaine pour nous avoir donné l’hospitalité. Nous prîmes tous, d’un commun accord, la détermination d’aller loger dans les bois.

    Nous y fûmes à peine rendus, nos petites huttes pour passer la nuit étaient à peine finies, que des chasseurs républicains nous découvrirent. Il fallut partir et abandonner les bois ; quand même nous n’aurions pas éprouvé ce contre-temps, il eut été impossible de pouvoir occuper longtemps les lieux ; l’eau nous manquait absolument. Je me rappelle encore avec attendrissement combien il nous en coûta cher pour nous séparer. Nous étions tous malheureux et pour la même cause, ce sentiment avait encore ajouté à ceux qui nous unissaient déjà. Il fallut se dire adieu, et, pour deux d’entre nous, ces adieux furent éternels.

    Je pourvus, autant qu’il était en mon pouvoir, au placement de deux de mes amis, qui, étant étrangers au pays, devaient naturellement y trouver plus difficilement que nous des connaissances bien sûres. MM. Allain et Brillaud furent sauvés au château de l’Hulière, où j’étais particulièrement connu. Le curé des Clouzeaux, avec mon frère, se retira chez ma sœur, et je fus accueilli par Mlle M.. (Mlle Mainguet que l’auteur désignera plus tard en toutes lettres) avec M. Dolbec, curé de Sainte-Cécile ; nous nous rendîmes au milieu d’une nuit obscure à Maché, où elle résidait alors.

    Nous trouvâmes, mon malheureux camarade et moi, dans cette nouvelle demeure, tous les égards dus au malheur, j’ose dire tous les soins de l’amitié.

    Nos jours auraient été heureux, s’ils n’avaient pas été empoisonnés par la crainte de voir arriver du mal à ceux qui demeuraient avec nous. Cette idée affreuse ne laisse jamais de repos. Nous entendions souvent des menaces et des imprécations ; enfin, jour et nuit, on menaçait d’incendier la maison de notre retraite. Nous voulions la quitter, dans la crainte de quelques grands malheurs ; mais nous fûmes charitablement retenus par la maîtresse de la maison, qui nous répétait sans cesse qu’elle n’avait pas plus à redouter que nous, et qu’elle avait fait le sacrifice de sa vie en nous donnant l’hospitalité.

    Nous passâmes ainsi cinq mois pendant un hiver rigoureux ; mon camarade tomba malade ; il fut soigné avec toutes sortes d’égards. Il commençait à peine à se guérir, quand la guerre de Vendée vint changer nos tristes destinées.

     

     

    Abbé REMAUD.

     

     

    (A suivre)

     

     

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