• Les landes de Bois-Jarry....

    Les Landes de Bois-Jarry...

     

     

    Tout amateur des aventures de Charette a entendu parler des landes de Bois-Jarry souvent orthographiées "Béjarry" en raison de la prononciation locale de l'époque. Mais où donc se trouvent aujourd'hui ces fameuses landes qui ont été l'objet de plusieurs combats entre les hommes de Charette et ceux de la république naissante et même de massacres ?

     

    Afin de localiser l'endroit, nous invitons le lecteur à regarder sur une carte au Sud de Mormaison, non loin de l'ancienne paroisse de Saint-Christophe-la-Chartreuse, entre les villages de la Gélussière et de la Tréculière. C'est là que se trouvaient d'immenses landes et deux moulins à vent. Aujourd'hui, il n'y a, en cet endroit, plus de traces de landes mais des champs cultivés. Le curé Amiaud de Mormaison a laissé un registre particulièrement fourni en victimes des Guerres de Vendée et notamment des colonnes infernales dans ce secteur. "La Maraîchine Normande" l'a publié ici.

     

      C'est de ces landes que la colonne infernale de Cordellier ira massacrer les habitants du Petit-Luc, le 28 février 1794. Le 1er juin de la même année se déroule un petit combat aux landes de Bois-Jarry. Lucas de la Championnière nous en parle (p. 89 de ses mémoires) :

     

    "M. Charette prit alors la route de son pays où M. Stofflet devait bientôt le rejoindre. Le quartier général fut établi à la Bérillière, village dans la paroisse de Legé (La Bésilière). C'est de là qu'on apprit la marche d'un peloton d'ennemis qui pillaient et brûlaient dans les environs des Landes de Béjarry. Notre armée marcha à leur rencontre sur deux colonnes. Guérin commandant l'avant-garde, arriva le premier dans la lande et trouva l'ennemi en bataille au pied de deux moulins qui sont à peu près au milieu. Les républicains s'ébranlèrent aussitôt et vinrent au pas de charge sur les royalistes qui s'avancèrent aussi à leur rencontre ; mais les derniers, malgré l'exemple et les exhortations de Guérin, commençaient à plier lorsque M. Charette parut heureusement à l'autre extrémité de la lande : un cor de chasse annonça son arrivée : la fanfare épouvanta les républicains, ils se virent mis entre deux feux et prirent maladroitement la fuite. Notre cavalerie en eut bon marché."

     

    Puis vint un autre combat, le 23 novembre 1795 (ibid. p. 133) :

     

    " Depuis cette époque, nous fûmes toujours errans, occupant successivement le bourg de Saligné, de la Latterie, Saint-Denis, Montorgueil, la Chicaillère, etc. ; pendant ce temps, l'ennemi nous cernait de toute part et le cercle se resserrait tous les jours ; nous recommençâmes la marche qui nous avait sauvés autrefois et, nous mettant en bataille tout le jour dans de grandes landes d'où nous pouvions voir de fort loin, nous traversions pendant la nuit entre leurs postes, et c'est par ce moyen que nous vînmes attaquer 500 hommes aux landes de Béjarry ; M. de Couëtus dirigeait cette expédition ; nous fîmes peu de mal à l'ennemi, le pays était trop coupé pour que notre cavalerie pût agir.

    Nous y perdîmes Robrie, le plus brave officier de ceux qui nous restaient. Sa mort fut vengée quelques jours après par la destruction totale d'un autre détachement qui était venu près du même endroit remplacer le premier. "

     

    Lucas de la Championnière précise dans une lettre adressée à Alphonse de Beauchamp (p. 185):

     

    " Le récit que l'on a fait de la mort de la Robrie est fort beau, mais point véritable. J'ai vu La Robrie frappé du coup dont il mourut, j'en puis parler savamment. M. Charette n'était point à l'attaque du poste de Saligny. Il avait donné la moitié du commandement de l'armée à M. de Couëtus, et s'était porté vers le Poiré avec l'autre. Robrie qui n'était pas à l'armée, nous rejoignit avec un peloton de cavalerie dans la lande de Béjarry, au moment ou nous apercevions l'ennemi. Le poste des républicains cantonné sur le bord de la lande était peu nombreux et ne fit nulle résistance. La sentinelle tira son coup de fusil à cinquante pas et se sauva. Cavalerie et infanterie se mirent à sa poursuite. Dans un chemin fort étroit, sur le bord de la Boulogne, nous suivions d'assez près cinq à six républicains qui, après avoir gagné une hauteur opposée, firent leur décharge sur notre peloton. Un cavalier fut tué raide et Robrie fut blessé dans le bas-ventre. Il détourna son cheval. Je lui demandai : où vas-tu ? Je suis blessé à mort, me répondit-il. Ce sont, je crois, les dernières paroles qu'il ait prononcées. Il tomba à quelques pas de là. On l'enterra à Saligny. "

     

    Les Landes de Bois-Jarry sur la carte IGN...

    Les landes de Bois-Jarry....

     

    ...Et sur le cadastre de 1837. On y distingue les deux moulins dont Lucas de la Championnière fait mention.

    Les landes de Bois-Jarry....

     

    Selon les sources républicaines, les vendéens auraient eu 150 tués et les hommes du général Delaage, 57 morts et 32 blessés sur cette affaire et sur une autre s'étant déroulée à Saint-Denis-la-Chevasse, quatre jours plus tard.

     

     

    RL

    Juillet 2015

     

    Quelques images de l'emplacement des landes de Bois-Jarry aujourd'hui :

     

    Les landes de Bois-Jarry....

     

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