• Les émigrés en Vendée....

     

    Les officiers émigrés en Vendée...

     

     

     

    Les émigrés en Vendée....L'adaptation au combat dans le bocage vendéen fut une rude épreuve pour le petit nombre d'officiers émigrés ayant tenté l'aventure ; et peu réussirent à se ''tailler'' une réputation.

     

    En Vendée, on aime le gentilhomme qui se bat en volontaire, mais on n'accepte pas que le nouveau ''débarqué'' vienne imposer ses vues. Pour ce fait, beaucoup subirent un ''bizutage'' en règle.

      En 1795, après l'échec du débarquement de l'Ile d'Yeu, quelques émigrés réussissent  à rejoindre Monsieur de Charette. L'accueil des Vendéens fut glacial. Pierre-Suzanne Lucas de la Championnière, officier Vendéen, nous informe que le comportement « fier et dédaigneux » de la plupart de ces ''Beaux Messieurs'', attira de suite l'hostilité et l'animosité des soldats vendéens. Il précise même qu'on « en était venu à se détester comme si on n'avait pas été du même parti. »

     

    « Des émigrés échappés de Quiberon ou débarqués sur d'autres côtes vinrent à Belleville se joindre à nous. Nous ne pûmes sympathiser ensemble ; on avait eu la maladresse de nous annoncer précédemment, dans une proclamation, que des régiments d'officiers étaient formés pour venir nous commander. Cette nouvelle, loin de nous flatter, nous parut ridicule. Nos chefs, qui commandaient depuis deux ans n'étaient point disposés à céder leur place et nous leur étions pour la plupart trop attachés pour leur préférer des étrangers. Qu'ils fassent ce que nous avons fait disions-nous, qu'ils travaillent aussi longtemps, qu'ils se montrent au combat et dans les fatigues, alors les plus braves d'eux ou de nous auront des emplois, ou bien qu'ils fassent des corps entre eux et qu'ils marchent séparément ! De plus, l'affaire de Quiberon nous donna mauvaise idée d'eux, surtout après un combat qu'eut la division de Vieillevigne contre un corps de républicains assez nombreux revenant d'escorter un convoi à Montaigu. L'escorte fut battue et nos soldats revinrent avec de belles armes anglaises prises sur les émigrés.

    En arrivant, ces Messieurs, loin d'être prévenant envers ceux qui travaillaient à leur préparer les voies depuis deux ans, se montrèrent pour la plupart fiers et dédaigneux. Au lieu de se rapprocher des officiers Vendéens et de leur témoigner de l'admiration, ce qu'ils devaient, et par reconnaissance et par politesse, ils firent bande à part et, par un orgueil déplacé, ils firent fructifier les leçons des républicains qui prêchaient par toutes sortes de voies la haine et le mépris de la Noblesse.

    Un étranger qui arrivait parmi nous pour obtenir quelque distinction était obligé à la première occasion de faire preuve d'un grand courage, et la valeur consistait à courir sur l'ennemi tête baissée, sous les yeux des plus braves de l'armée ; sans cette épreuve, de quelque qualité qu'on fût, on n'obtenait jamais la crainte ni le respect du soldat.  

    Les vrais militaires se firent bientôt connaître ; malheureusement ils furent presque tous tués dès les premières affaires. Un M. de la Jaille, qui survécut à ceux-ci, malgré la dureté de son caractère, plaisait aux paysans parce que quoique âgé, il allait à pied et payait de sa personne. Un autre officier, nommé La Porte, éprouva qu'on accordait de respect qu'à ceux qui s'étaient fait connaître. Au milieu de la nuit, il se leva pour aller panser son cheval et fut frapper à la porte d'une grange où des soldats étaient endormis ; on lui demanda qui il était  : « Ouvrez, leur dit-il, je suis le Chevalier de la Porte, chevalier de Saint-Louis. - Eh bien, lui dit quelqu'un, si tu es le chevalier de La Porte, garde la porte. » Furieux d'une telle réponse, il la secoua tellement qu'il l'ouvrit, mais ayant voulu frapper le premier qui se trouva sous sa main, on lui tomba sur le corps il fut battu d'importance. Il fallu du temps pour courir au quartier général chercher des vengeurs et de la lumière, et la grange était vide lorsque tout arriva.

    Les divisions qui marchaient les premières au feu avaient aussi l'avantage d'être les mieux traitées, parce qu'en arrivant dans le village où on faisait halte, elles s'emparaient et des logements et de tout ce qui était à leur convenance ; aussi, avait-on bien soin dans les marches de ne laisser passer personne en avant outre que ceux qui avaient le droit ou l'habitude d'y être. Lors donc que quelqu'un, à l'approche du coucher, voulait essayer d'entrer aux premiers rangs, on l'accablait de brocards, mais c'était cent fois pis lorsque c'était un émigré. Enfin, on en était venu à se détester comme si on n'avait pas été du même parti.

    Mais ce qu'il y a de plus surprenant, c'est que Monsieur de Charette ne paraissait pas les aimer et il ne refusa point de permissions à ceux qui voulurent se retirer, ce dont plusieurs profitèrent.

    M. de Suzannet, depuis son arrivée, se tenait dans un château où l'on disait qu'il faisait bonne chère, tandis que nous manquions de pain le plus souvent ; M. Charette envoya chez lui une compagnie de volontaires avec une permission de tout emporter, ce qui fut bien exécuté. Ce n'était point par prédilection pour ses anciens officiers qu'il en agissait ainsi, car il les traitait durement et ne leur montrait pas grande confiance ; depuis la mort de Guérin, on ne lui connut pas un ami. »

                          

     

    Sources: Pierre- Lucas de la Championnière – Mémoires sur la Guerre de Vendée 1793-1796, page 135 – Photo MPF – des Marquis Pour La France. 

                                                        

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 

     


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