• Les deux combats de Réaumur, déroute vendéenne de Saint-Mesmin....

     

    Les deux combats de Réaumur,

    Déroute vendéenne de Saint-Mesmin…

     

    Une souscription a été récemment lancée pour la restauration de la chapelle Sainte-Marie de Réaumur. On sait que sous l’entrée de cette dernière reposent plusieurs victimes de deux combats, les 30 septembre 1793 et 14 mars 1794. Il nous a semblé utile de rappeler à ceux qui doutent encore et qui écrivent un peu n’importe quoi sur ce sujet (1), la réalité de ce qui s’est passé.

    La plaque commémorative située à l’intérieur de la chapelle Sainte-Marie est claire et sans ambiguïtés.

     

    Les deux combats de Réaumur, déroute vendéenne de Saint-Mesmin....

     

    Lundi 30 septembre 1793

    Nous connaissons l’extrait de la lettre du municipal Chaigneau aux administrateurs du département de la Vendée cité ici par « La Maraîchine normande ». Cliquer ici.

    Une consultation des archives militaires nous confirme la réalité de ce combat avec la correspondance suivante de Chalbos à Rossignol.

     

    « A la Châtaigneraie

    Le 30 septembre 1793, l’an II de la République française une & indivisible

    La générale bat citoyen général, et on m’annonce qu’un détachement que j’avais envoyé du côté de Réaumur pour mettre à exécution la loi du 1er août rentre dans le plus grand désordre. Ces circonstances ne me permettent pas de vous écrire très au long mais je n’en serai pas moins exact à me conformer à ce que vous me prescrivez dans les lettres que je reçois de vous par un adjudant-général de Canclaux et par un de vos courriers qui arrivent en même tems.

    Ma malheureuse santé et mes douleurs de rhumatisme me permettent à peine de monter à cheval ; mais quelque pénible que soit ma position et quelque peu de force qui me reste je n’en serai pas moins à la tête de mon armée jusqu’à ce qu’on ait obtempéré à la demande que j’ai faite d’un congé et que je vous prie de solliciter vivement.

    Salut et fraternité

    Chalbos.

    On a élevé des doutes près de vous sur la conduite du général Beffroy et vous me demandez de m’expliquer avec franchise sur son compte. Je le fais parce qu’il est dans mon caractère de toujours dire la vérité et parce qu’il est doux de rendre justice à un brave homme que je crois qu’on calomnie. Je connais le général Beffroy depuis longtemps je l’ai toujours reconnu pour un bon militaire, un bon citoyen et il m’est impossible d’avoir le moindre soupçon sur son patriotisme. S’il m’avait mis dans le cas de le suspecter, je vous l’aurais dénoncé sur le champ. »

    Cote du document : SHD B 5/6-102 f° 12 et 13

    Les deux combats de Réaumur, déroute vendéenne de Saint-Mesmin....

     

        On pourrait penser suite à cela que Réaumur fut victime des colonnes infernales et d’aucuns se posent la question pourquoi on ne trouve aucune mention du passage de la colonne de Grignon et de son fidèle Lachenay. Il n’y a point d’énigme à résoudre sur ce point et la réponse est simple : elle n’y est jamais passée. A Pouzauges, certes, au Boupère, n’en doutons pas, à la Meilleraie, sûrement, mais pas à Réaumur !

     

    Vendredi 14 mars 1794

     

    Tout d’abord un grand classique, le « Savary ».

    On y trouve dans le tome III, p. 292, la missive suivante du chef de brigade Joba à Chalbos :

    " J’ai marché de concert avec Lapierre sur Réaumur. Lapierre passant par Cheffois. J’ai été salué de deux coups d’espingole mal ajustés. J’ai disposé trois cents tirailleurs. Lapierre étant arrivé en présence, j’ai fait donner le signal de l’attaque. La charge sonne, on court sur l’ennemi qui se débande, j’ai chargé avec ma cavalerie sur toutes les issues. Un grand nombre de brigands sont restés sur la place. 

    Arrivé à Pouzauge, je suis instruit qu'une forte colonne de brigands fuit sur Saint-Memin : je pars de Pouzauge avec deux cents hommes de cavalerie et, malgré une fusillade assez vive, je charge l'ennemi, et de quatre à cinq cents   qu'ils étaient, il ne s'en est pas sauvé soixante. J'ai couché à la Forêt et je suis rentré hier à la Châtaigneraie."

    On verra ci-dessous que Joba a en fait tué 60 brigands alors que le précédent rapport laisse supposer seulement 60 survivants, ce qui n’est évidemment pas la même chose…

    On peut mettre en doute les recueils de correspondances publiés par Savary, comme il est souvent de coutume, mais là encore, ce sont les archives militaires de Vincennes qui nous apportent la preuve de l’incursion des troupes républicaines à Réaumur à cette date et à celle du lendemain 15 mars (25 ventôse an II) à Saint-Mesmin. Extraits du « Moniteur Universel » et du « Mercure ».

    « Joba (Adjud. Général)

    Affaire 25 ventôse an 2

    15 mars 1794

    St Memin /près la Châtaigneraye

    Le 25 les brigands furent battus par la colonne de l’adjudant général Joba ; il fut poursuivi, renversé, haché enfin exterminé avec 260 chasseurs, à la tête desquels, Joba a chargé les brigands pendant dix heures jamais plus affreuse boucherie.

    Après avoir vaincu à Réaumur, l’adjudant général Joba se porta à St Memin ou 800 brigands venoient secourir leurs frères déjà sacagés.

    Il entra, ventre à terre, à St Memin. L’avant-garde de sa cavalerie essuya un feu très vif et parut un instant renoncer à la victoire. Il la perdra, et bientôt on fut sur l’ennemi. Le bocage ne fut plus qu’une immense plaine ; les haies, les genêts, les fossés tout devint uni, et 260 hommes à cheval enveloppèrent à toute course 500 brigands. Soixante n’échappèrent pas à leur bouillante ardeur. Chaque pied de genêt comptois autant de cadavres ; jamais moins d’hommes, en moins d’une heure ne tua autant d’ennemis.

    Un chasseur fut reconnu pour en avoir tué à lui seul 42.

    Enfin rien ne manqua à la victoire. L’adjudant général Joba fit ce jour-là avec la cavalerie, plus de quinze lieues et toujours ventre à terre. »

    Cote du document : SHD B5/8-85 f° 9 et 10

     

    Les deux combats de Réaumur, déroute vendéenne de Saint-Mesmin....

     

        La lettre de Joba à Bard, datée du 26 ventôse (16 mars), et qui fait encore le rapport de ce combat en citant 800 brigands.

    Cote du document : SHD B 5/8-87 f° 5 et 6

     

    Les deux combats de Réaumur, déroute vendéenne de Saint-Mesmin....

     

        Ci-dessous, un extrait de cette lettre où le chiffre de 60 vendéens tués se confirme :

    Les deux combats de Réaumur, déroute vendéenne de Saint-Mesmin....

        Quelques précisions sur le fameux chasseur qui a tué à lui-seul 42 brigands :

       Ce « trait d’héroïsme » fut lu à la Convention par Carrier.

     

    « Le C. Dussard du 42° régiment a reçu trois coups de feu à côté de mon collègue Turreau (de Linières, NDLR) représentant du peuple. Intrépide, malgré ses blessures, il s’élance sur les brigands, en tue trois sur une pièce de canon, coupe les traits des chevaux qui la trainaient, et favorise ainsi la prise de cette pièce. »

    Cote du document : SHD B 5/8-85 f° 8

     

    Les deux combats de Réaumur, déroute vendéenne de Saint-Mesmin....

     

    On ne peut plus guère avoir de doutes sur le pourquoi de la plaque apposée dans la chapelle à l’initiative de l’abbé Pajot. Au vu des correspondances ci-dessus, on peut penser toutefois que le nombre de victimes réaumuroises est assez faible, le gros du second combat ayant surtout eu lieu le lendemain de l’incursion à Réaumur, sur le territoire de Saint-Mesmin.

    RL

    Mai 2016

     

     Note :

    (1)         Ce n’est pas pour une fois des détracteurs de la Vendée que viennent ces doutes, mais d’une personne qui prétend connaître beaucoup de choses tout en ne maîtrisant aucune source historique. Ce n’est sûrement pas par mauvaise foi, mais plutôt par excès d’assurance et de méthodes de travail largement éculées.

     

     


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