• Les colonnes infernales à Saint-Aubin-du-Plain....

     

     Les colonnes infernales

    à Saint-Aubin-du-Plain

     

     

     

       Souvent cité dans les travaux sur les colonnes infernales en raison du fameux massacre de la municipalité en 1794, Saint-Aubin-du-Plain est un village qui eut particulièrement à souffrir des exactions républicaines. Et qu’on se le dise, qu’on se le répète, les colonnes infernales n’ont pas été des  bandes en marge du système mais bien des troupes parfaitement aux ordres de la république naissante.

     

       Qui pourra un jour retrouver les tombes de tous ces innocents ?

     

       Sur la population de Saint-Aubin (ou plutôt « Aubin » à cette période) au moment de la Révolution, les chiffres divergent : selon le dictionnaire des Deux-Sèvres du préfet Dupin, elle aurait compté 400 habitants en 1792 et seulement 160 en 1803. Selon les travaux de Pierre Arches (1987) (1) on obtiendrait 250 habitants en 1790. Une consultation aux archives des Deux-Sèvres nous donne effectivement 250 habitants en 1790 (2) et 211 en 1806 (3). Saint-Aubin compte aujourd’hui 570 habitants environ. Ici aussi les horreurs de la Révolution sont passées. Tout avait pourtant commencé comme dans les autres paroisses. On avait élu en 1789 Pierre Martin et René Puichaud comme délégués pour le tiers état. Puis en 1793 comme dans les paroisses voisines c’est le grand soulèvement. A cette époque le curé Louis Richardin est déjà en Espagne, il est remplacé par le curé insermenté Berthelot dont la famille habite la paroisse.

     

       Lorsque la colonne infernale de Grignon arrive ici nous sommes le mardi 21 janvier 1794. Grignon décide de massacrer toute la municipalité qui l’accueille et s’exprime en ces termes : « J’arrive à l’instant avec ma colonne, après avoir parcouru de droite et de gauche les bois et hameaux d’Argenton à Bressuire. J’ai fait brûler quantité de métairies, surtout le bourg de Saint-Aubin- du-Plain où j’ai trouvé dans l’église un drapeau noir et blanc. Les hommes et les femmes qui s’y sont trouvés, tous ont été passé au fil de la baïonnette… » (4) La cure sera incendiée et l’ancienne église portait encore sur son portail les impacts de balles de la colonne de Grignon avant sa reconstruction au même emplacement, dans les dernières années du XIX° siècle par l’abbé Cossin et  telle que nous la connaissons actuellement (5) . Voyons un peu ce qu’en pense Auguste Chauvin, membre du comité révolutionnaire de Bressuire : « A partir d’une lieue d’Argenton, dans l’extrémité de la paroisse de Chambre ou tel (Sic, il s’agit de Chambroutet), sur le chemin de Bressuire, tout ce qui fut rencontré fut sacrifié à la rage de Grignon, et le massacre fut horrible ; à St.-Aubin-du-Pluz (sic), sous le prétexte ridicule que l’on avoit trouvé dans le clocher un drapeau de brigands, qui n’étoit cependant qu’un devant d’autel, il fit massacrer toute la municipalité, qui s’étoit présentée au-devant de l’armée, décorée de l’écharpe, ainsi que tous les bons citoyens de la commune qui s’y étoient réunis pour faire le service de la garde nationale, en vertu d’une lettre du district qui le leur prescivoit. Grignon satisfit sa rage par le massacre de tous les individus (sans distinction) qu’il rencontra, et l’incendie de plusieurs maisons ; la continuation de sa marche pour arriver à Bressuire, fut aussi la continuation des mêmes horreurs : je dois observer que Grignon, dans cette dévastation générale, qui eut lieu dans l’espace de deux lieues de pays, brûla une très grande quantité de subsistances de toutes espèces. » (6) Turreau, répondra tranquillement à Grignon (pour le rassurer sans doute) :

     « Les officiers municipaux de Saint-Aubin-du-Plain n’ont pu ignorer qu’il y avait un drapeau noir et blanc dans leur commune ; c’était un signe de rébellion : ainsi ils sont coupables. » Il y eut ainsi plusieurs massacres à Saint-Aubin tout au long de l’hiver : Le 21 Janvier et probablement aux alentours du 21 février (7) ainsi qu’ au début de mars (8). Nous ne sommes malheureusement pas capables de dater avec précision ce qui va suivre et même l’abbé Michaud, dans ses notes pense à deux massacres distincts. Toujours est-il que revoilà Grignon qui rassemble 79 personnes dans la paroisse. Emmenés dans la plaine de Milayron (9) près du Bois-Roux, ( non loin de l'actuelle route de Bressuire à Argenton) on leur fait creuser une grande fosse. Ils sont impitoyablement massacrés et jetés dans la fosse où ils sont toujours. Cette indubitable preuve des « lumières » de la Révolution aurait eu lieu un dimanche selon la tradition. Point de noms de victimes connus à rattacher avec cette tuerie, si ce n’est celui de François Courjault qui fut fusillé avec son fils.

     

       A l’autre bout de la paroisse, sur le chemin qui mène au manoir de la Rochejacquelein en Voultegon se trouve une croix, dite du « souvenir ». Elle commémore une bataille entre Vendéens et Républicains à une date là aussi inconnue… ou peut-être un autre massacre… Nous plaçons ici une anecdote racontée par l’abbé Drochon et tirée du tome II de l’Histoire de la Vendée Militaire ( p. 137 et sq en note). Nous reprenons le texte intégral :

    « Pendant que nous étions élève au Petit Séminaire de Bressuire, en 1850, on nous conduisit en promenade sur l’ancien chemin de Bressuire à Argenton. Comme nous nous livrions aux jeux de notre âge, un paysan passa et s’arrêta tout rêveur au milieu de nous. On se rassembla autour de lui. « Vous vous amusez ici mes petits messieurs, dit-il, vous ne savez pas ce qui c’est passé à cet endroit. Tenez ! il y a de cela cinquante-six ans, à cette même place, ma mère, qui se sauvait des Bleus, fut rencontrée par une patrouille. Elle me tenait par la main et me disait : « Cours donc plus vite, petit, les Bleus vont venir et ils nous tueront tous trois ! » Car ma pauvre mère portait sur les bras ma petite sœur, âgée de dix-huit mois. A ce moment, les Bleus arrivaient sur nous, et ils tuèrent maman ici-même ! » Et il nous montrait la place. « Puis ils prirent ma petite sœur et l’un d’eux l’embrocha dans sa baïonnette et la jeta à un autre qui lui renvoya jusqu'à ce qu’elle fut morte. –Et vous ? dîmes-nous ensemble.- Moi, reprit le vieillard, moi je fus sauvé par la bonté d’un soldat. Il y a des braves gens partout. Pendant que ses camarades s’amusaient avec le cadavre de ma petite sœur, il me cacha sous sa capote et, me poussant dans ce buisson qui est là, il me fit entrer dans ce champ. Il y avait alors du genêt, et je fus recueilli par une voisine qui s’y trouvait cachée. Ah ! je n’ai pas envie de rire, allez ! quand je passe par ici. » Et il s’éloigna en pleurant. » Ces faits, imprécis sur le lieu, mais assez évocateurs, se seraient produits sur la route de Bressuire à Argenton. Gageons qu’ils ont peut-être un rapport avec une colonne infernale venue de Saint-Aubin-du-Plain…

     

    L'ancienne route d'Argenton-Château à Bressuire, quelque part du côté de Saint-Aubin-du-Plain...

     

    Les colonnes infernales à Saint-Aubin-du-Plain....

     

    Une liste non-exhaustive de victimes de Saint-Aubin-du-Plain peut être dressée en y comptant les morts au combat, en prison, éxécutions et autres.

     

    1. François Courjault, pris vraisemblablement dans la tuerie de Milayron.

    2.   Son fils, dans les mêmes conditions.

    3.  Jean Proust, massacré « pendant la Révolution sur la paroisse de Saint-Aubin-du-Plain » (Abbé Michaud)

    4. Benoît de Saint-Aubin-du-Plain, âgé de 40 ans, décédé à la maison d’arrêt de Saumur le 5 novembre 1793.

    5.  Pierre Massereau de Saint-Aubin-du-Plain, âgé de 50 ans y décède lui aussi le 12 novembre 1793.

    6.   Rémond de Saint-Aubin-du-Plain, âgé de 50 ans, idem, le 29 novembre 1793 (10)

    7.  Charles Bertheleau, 38 ans, décéda en prison à Niort le 7 avril 1794. (11)

    8.    Jean-Baptiste Ganne, 25 ans, condamné à mort le 4 nivôse an II (mardi 24 décembre 1793)  par la commission Bignon à Savenay.

    9.    Jean Cochard (pour Clochard), 27 ans, condamné à mort comme « brigand de la Vendée » le 28 nivôse an II (vendredi 17 janvier 1794).

    10.  Urbain Balard, condamné à mort comme brigand de la Vendée le 3 pluviôse an II ( mercredi 22 janvier 1794) à Savenay.

    11.  Pierre Bichon, idem le 4 nivôse an II (mardi 24 décembre 1793).

    12.  Pierre Cochard (Clochard) idem, le 3 nivôse (lundi 23 décembre 1793).

    13.  Pierre Pommeray, idem le 17 nivôse (lundi 6 janvier 1794), commission militaire de Nantes.

    14.   Pierre Pressay, idem, le 9 nivôse (dimanche 29 décembre 1793).

    15.    Hilaire Tranchet, domestique, idem, le 17 nivôse an II (lundi 6 janvier 1794). (12)

    16.   Louis Sauvestre, conspirateur ! idem, le 23 nivôse an II (samedi 12 janvier 1794), commission militaire d’Angers. (13)

     

       Plus tard le 7 janvier 1796, Jean et Louis Bernard, deux frères de 20 et 17 ans seront massacrés en plein bourg de Saint-Aubin par les républicains. Leurs corps seront inhumés par Marie-Gabriel-Pierre Berthelot, prêtre desservant de Saint-Aubin-du-Plain.

     

       Cet article sur le petit village de Saint-Aubin-du-Plain, nous sert d’introduction à un travail à venir plus approfondi et sans doute un peu plus « violent » dans les faits sur le pays du Bocage bressuirais et le pays argentonnais. Il est sans doute très honorable de recourir à des symboles tels que Les Lucs-sur-Boulogne, la Gaubretière en Vendée départementale ou Chanzeaux  et la Jumellière en Anjou, mais la Vendée, c’est mètre carré par mètre carré qu’elle s’étudie.

     

    RL

    Février 2007

     

     

     

     

    Notes :

    (1)       Figurant notamment dans Les quatres guerres à Châtillon-sur-Sèvre, de Louis Fruchard, Editions du Choletais, 1992. Saint-Aubin-du-Plain comptait « 80 feux » (environ 320 à 350 habitants) en 1789 selon la Carte du Poitou citée par l’abbé Michaud, Argenton-Château et ses environs, recueil de notes de 1931 à 1937, réédité par Res Universis en 1990.

    (2)       ADDS, L 2° supplément M 6.

    (3)       ADDS, 7 M 4/1.

    (4)       Savary, op. cit. Tome III, p. 60. Lettre du 22 janvier.

    (5)       Notes de l’abbé Michaud. Ajoutons que l’église avait été restaurée en 1736. Restaurée à nouveau mais assez sommairement, elle fut totalement remise à neuf à la fin du XIX° siècle et désorientée à l'Ouest. Plusieurs pierres tombales des du Vergier de la Rochejacquelein furent déplacées pendant les travaux.

    (6)       Ce texte à été reproduit à maintes reprises par différents historiens comme Henri Bourgeois par exemple. Nous avons préféré l’original avec son orthographe qui figure dans Lequinio, Guerres de la Vendée et des Chouans, Paris, Pougin, An III (1794).

    (7)       Les ordres de Turreau à cette date ne laissent guère de doute : Savary, op. cit.,tome III, p. 220 et 221.

    (8)       Correspondance de Grignon, ibid, p. 287, 288 et 291. Ces missives nous donnent des indications sur les allées et venues de sa colonne.

    (9)       Et non « Mille-Hérons » comme on l’a souvent écrit.

    (10)  Archives de la mairie de Saumur, reprises par l’abbé Michaud.

    (11)  Antonin Proust, La justice révolutionnaire à Niort, 1879 p.97. Alfred Lallié, La justice révolutionnaire à Nantes et dans la Loire-inférieure. 

    (12)  Prudhomme, Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes pendant la Révolution française. Ouvrage publié en l’an V (1797) et repris par l’abbé Michaud (op. cit)

    (13)  Notes de l’abbé Michaud d’après le registre paroissial.

      

          Croix mystérieuse pour un combat oublié :

     

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          Bien des fantômes rôdent par ici :

     

      

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          Près du "Boix-Roux" et de la plaine de Milayron, 79 personnes reposent sous cette terre...

     

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         Le probable parcours des victimes surligné en fuschia sur la carte IGN et le cadastre de 1813.

      


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  • Commentaires

    3
    Lundi 26 Mars 2012 à 22:21
    Vendée bernie

    Bien sur qu'il faut du temps pour enterrer tous les morts laissés partout par les batailles et les tueries immondes des 'soldats' de Turreau!!!!!!!! le 'spectacle' a été à la mesure des méfaits commis! Je ne sais comment te dire MERCi pour tout le Travail que tu fais sur le terrain et ici dans ton Blog! et puis quand on voit la fameuse carte ici, des parcours des assassins de Turreau de Janviier à Mai 1794 on peut commencer à prendre la mesure des massacres commis, c'est effarant, dantesque, immonde, ce qui c'est passé en VENDEE...


    2
    Le Loup Profil de Le Loup
    Lundi 26 Mars 2012 à 21:57

    Dans certains cas, les ossements ont été retrouvés 40 ou 50 ans plus tard et mis au cimetière. Dans d'autres cas, les cadavres sont restés sur place, "nettoyés" par les loups et les corbeaux, le tout dans une puanteur génératrice de nombreuses maladies. D'ailleurs, une lettre dont je ne retouve plus les références et émise depuis Poitiers, alerte les autorités parisiennes sur ces monceaux de cadavres de la Vendée qui infectent tout jusque dans le département de la Vienne.

    1
    Lundi 26 Mars 2012 à 21:50
    Vendée bernie

    Ces morts, on les retrouvera lors de travaux des sols comme on en fait partout aujourd"hui! Dans tous les villages sur le chemin des Colonnes Démoniaques de turreau, peut'on encore faire des travaux de sols sans trouver des cadavres? je crois que les gens ne prennent ou ne veulent pas prendre la mesure exacte des tueries de ces Salauds de génocidaires envoyés en Vendée par les Grands, les très très Grands MALADES qui gouvernaient et terrorisaient toute la FRANCE

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