• Les Chouans chez Louis Rideau....

     

    Sur les chemins de Galerne…

    Les chouans s’invitent à dîner chez Louis Rideau.

     

       

    L’esprit public semble apaisé, les brigands semblent moins audacieux depuis quelques jours…

     

      « Mais brusquement, le 30 fructidor de l’an VII (16 septembre 1799), dix a douze brigands royaux se disant de l’armée catholique pénètrent au domicile de Louis Rideau, propriétaire de la Goronnière (Gauronnière) et de Quincey (Quinçay), biens situés à une demi-heure au couchant du bourg d’Avrillé et séquestrés sur les héritiers Gizeux et Charbon, émigrés.

     

      Sur les 8 h.1/2 du soir, toute la famille Rideau était à table quand les chiens se mirent à aboyer. Le « métivier » Baudry se leva et s’efforça d’ouvrir la porte du haut, - c’était une porte brisée : « la fille de Rideau voulut ouvrir les deux ventaux ». Plusieurs hommes apparurent, dont l’un demanda le chemin de Parçay, puis brusquement, saisit d’une main Baudry au col, tira de l’autre un poignard qu’il présenta sur la poitrine, le poussa et s’avança dans la chambre ». Cinq autres brigands, dont quatre armés d’un fusil à deux coups « garni de bayonnettes » et le cinquième d’un bâton, entrèrent vivement.

     

      Ils demandèrent de la lumière et comme il n’y en avait pas, on mit la moitié d’un cotret sur le feu.

     

      Les brigands prirent les armes de Rideau, réclamèrent 5000 francs à titre de rançon… Rideau leur répondit qu’il n’avait pas d’argent : « Eh bien, s’écrièrent-ils, tu viendras avec nous. »

      A défaut de vin, l’un des brigands fut « à la seille, but et dit que l’eau était bien fraîche ».

      La femme de Rideau leur dit en pleurant : « Où allez-vous me l’emmener ! » L’un d’eux répliqua : « Sous trois jours, nous te donnerons des nouvelles, mais surtout ne mets personne après nous ; si tu as le malheur d’y en mettre, ça te coûtera dix mille francs et ton mari sera fusillé. »

     

      Les brigands qui semblaient très au courant des affaires de Rideau, lui demandèrent ses pistolets qu’il avait emporté lors de son dernier voyage à Tours. Ils prirent les poires à poudre et les sacs de plomb.

      Rideau eut les yeux bandés à quatre pas de son domicile et fut conduit « dans une loge au milieu d’un taillis très épais », où il resta cinq jours.

     

      Une sorte d’ultimatum avertit la famille Rideau des conditions exigées pour la mise en liberté de Rideau. En voici le texte complet :

     

      Armée Royale.

      « Par l’article IV de l’ordonnance de notre Roy, en date du 6 mars 1799, le conseil de guerre des royalistes condamne tout acquéreur de biens nationaux à une amende métallique. C’est par cette ordonnance que le Conseil de guerre de la division royale vendéenne fait enlever un membre de la famille Rideau, lequel restera entre nos mains jusqu’à ce qu’il ait versé dans la quaisse (sic) royale, la somme de cinq mille livres et dix mille, si la république prend des otages. Si cette somme n’est pas effectuée le jour que nous ordonnerons, si l’on fait faire des recherches après nous, ou autres témérités pareilles, nous « fairons » fusiller la personne que nous tenons, telles sont nos volontés. »

    Par le Roy, Francoeur, lieutenant royaliste. 

     

      Cinq jours après, une heure environ après le soleil couché, les brigands ramènent Rideau les yeux bandés à son domicile. Il était porteur d’un billet ainsi conçu :

     

     « Je fais mettre en liberté Louis Rideau, cultivateur, sous la promesse qu’il m’a faite de ne point porter les armes contre les royalistes, ni ne dévaster le bien national par lui acquis. S’il manque à sa promesse, je le ferai passer au Conseil de guerre de ma division. 

    21 septembre 1799. signé : Branche d’Or. »

     

      « A la suite de l’enlèvement de Rideau, Laval, gendre de l’émigré Charbon*, est arrêté et pris comme otage. Il était soupçonné d’héberger les Brigands à la Morellerie, son habitation située à proximité de la Goronnière. »

     

    Les Chouans chez Louis Rideau....

    Les Chouans chez Louis Rideau....

    Les Chouans chez Louis Rideau....

    Les Chouans chez Louis Rideau....

    Les Chouans chez Louis Rideau....

    * de Cherbon de la Morellerie : Pierre de Laval épouse le 18 janvier 1791  en la paroisse de Saint-Etienne de Chinon, Demoiselle Hélène-Marguerite-Renée de Cherbon.

      Il est le fils de Louis-Joseph de Laval, capitaine au régiment de Saintonge, elle est la fille de Messire Charles-Melchior-Séraphin de Cherbon, décédé avant 1783 et de Françoise Le Bourgouin ; descendante de François de Cherbon, lieutenant de louveterie du Roy et de Madeleine Hervé.

      Le 7 août 1807 décède à Avrillé Athanase Laval, âgé de sept ans et demi.

      Le 19 novembre 1807, décède à Avrillé Hélène-Marguerite-Renée de Charbon femme Laval âgée de 42 ans.

      Le 29 mai 1810 Hélène-Louise-Agnès Laval, fille de Pierre de Laval, épouse Pierre Laurent, Pierre-de Laval est considéré comme absent avec acte de notoriété à l’appui.

     

      Louis Rideau est le fils de Jean Rideau et de Françoise Mercier. Il épouse à Avrillé-les-Ponceaux, Marie Beilleau, fille de Louis Beilleau et de Perrine Sevault, d’une famille de marchands. Louis Rideau est un acheteur de biens nationaux, ce qui lui vaudra la visite des chouans. De cette union sont issus entre-autres enfants :

    1° Marie Rideau, née en 1781.

    2° Louis Rideau,, né le 4 février 1784 à Continvoir.

     

      Louis Rideau, propriétaire... s’en est bien tiré puisqu’il est décédé le 4 août 1830 à Continvoir, à l’âge de 77 ans.

     

    Sources :

     

    . Archives Départementales d’Indre et Loire, tous droits réservés – Registres d’état civil de Avrillé les Ponceaux – vues 10/321 décès.Mariage vue 33/321, année 1810. Registres d’état civil de la commune de Continvoir, décès année 1830, baptêmes 1784.

     

    . Chouans et Brigands de Touraine de R. Vivier avec la collaboration de H. Picard – illustrations de Georges Troussard de 1927. - Pages 61 et 62.

     

    . Photos de l’auteur : La Morellerie, repaire de Chouans.

                                                                 

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets


  • Commentaires

    1
    Noël Stassinet
    Vendredi 12 Février à 11:01

    C'était quand même une belle époque que celle de ces échanges de personnes pour obtenir son droit. Je me verrais bien enlever la femme de mon maire jusqu'à ce qu'il autorise l'abattage des corneilles !

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