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    Compléments sur le camp de Largeasse…

     

     

    Puisque nous sommes plongés depuis quelque temps dans l’histoire de la Gâtine et de ses camps républicains, voici quelques nouvelles précisions sur le camp de Largeasse où nous nous sommes rendus cet après-midi avec « La Maraîchine normande » et notre amie Anne-Dauphine.

    Bien entendu, les lecteurs de Chemins secrets connaissent l’histoire de ce camp avec cet article, ainsi que celui-ci. Nous y apportons quelques photos supplémentaires.

    La parcelle du cadastre napoléonien C351 appelée « l’Echo du Bœuf » au Sud-Ouest du camp, en face du chemin à la ferme du « Châtaigner ». Ici des bœufs d’attelage furent sacrifiés pour leur viande et on retrouva au début du XX° siècle, en labourant le champ, bon nombre de pièces métalliques de charrettes et des morceaux de roues.

     

    Compléments sur le camp de Largeasse....

     

    La parcelle C322 dite du « Champ du Poteau » près de la ferme de « La Cressonnière » qui n’existait pas à l’époque. Aujourd’hui envahi par la végétation, ce champ aurait connu de probables exécutions de Vendéens.

     

    Compléments sur le camp de Largeasse....

    Compléments sur le camp de Largeasse....

     

    Les dernières redoutes visibles du camp :

    Compléments sur le camp de Largeasse....

    Compléments sur le camp de Largeasse....

     

    RL

    Juillet 2017

     

     


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    Le choc de Largeasse…

     

     

    La Gâtine n’a pas la réputation d’avoir été des plus actives durant les Guerres de Vendée et pourtant, ce petit territoire à l’extrémité Sud de la Vendée Militaire a connu lui aussi son lot de combats et d’affaires. Le village de Pugny à lui seul en est témoin mais c’est plus au Sud cette fois que nos pas se dirigent, du côté du camp républicain de Largeasse, que nous avions déjà évoqué.

    Le 20 octobre 1794, va se dérouler un combat, ou plutôt un « choc » dans le langage des paysans vendéens entre ces derniers et des troupes sorties du camp. Voyons un peu ce qu’en dit Savary (Tome IV, p.152 et 153) :

    "Le 15, les camps de Largeasse et Chiché ont fait une sortie, huit brigands ont été tués.

    "Le camp du pont Charron était menacé, l'adjudant-général Delaage y est entré avec ses forces.

    "Le 20, un caporal du douzième bataillon du Bec-d'Ambez, ayant avec lui six hommes du camp de la Châtaigneraie, a attaqué vingt-cinq brigands, les a mis en déroute et leur a tué quatre hommes, parmi lesquels un chef armé d'une carabine, une paire de pistolets et un sabre.

    "Le même jour, un détachement sorti du camp de Largeasse, a soutenu une fusillade de plus d'une heure contre cinq cents brigands dont quarante ont été tués, et un grand nombre blessés. Un prêtre s'est trouvé parmi les morts. Ce succès a valu la prise de deux caisses de tambours, des selles, des bottes, quinze fusils, etc. Luneau et Baudu, chefs pris sans armes, ont été faits prisonniers. Nous avons perdu sept hommes et six blessés, dont deux à mort."

     

    Me méfiant un peu des retranscriptions de Savary (on verra pourquoi dans un futur article sur le même secteur), j’ai préféré aller aux sources et voici ce que l’on peut trouver aux archives du Fort de Vincennes (SHD B 5/10-73, vue 8/14) :

     

    « Le général Bonnaire écrit le 25 que dans une sortie faite la veille des camps de Chiché et Largeasse huit brigands armés ont été tués. Le 26, deux sentinelles de poste du poste de Secondigny ont été attaquées et le cheval d’un cavalier d’une escorte de convoy a été tué.../... Le 29 (29 vendémaire, soit le lundi 20 octobre 1794) le général Bonnaire ayant ordonné une forte sortie de la Chataigneraye et de Largeasse, celle de la Chataigneraye a eu quelques succès et des brigands ont été tués, mais il annonce un trait de bravoure d’un caporal du 42° bataillon du Bec d’Ambes qui doit être rapporté, il avait avec lui six hommes et a été attaquer 25 brigands il les a mis en déroute et leur a tué 4 hommes parmi lesquels se trouvait un chef armé d’une carabine, une paire de pistolets et deux sabres.

            La sortie  de Largeasse a été plus avantageuse, les brigands ont été rencontrés au nombre de cinq cents, ils étoient embusqués dans un petit bois chataigner, une fusillade de part et d’autre a duré plus d’une heure,  et nos braves en sont venus aux mains avec les scélérats qui ont pris la fuite, quarante ont été tués, un grand nombre blessés parmi les morts a été reconnu un prêtre ; ils ont perdu en outre deux caisses à tambour, des selles, des bottes, enlevées à leur quartier général, quinze fusils, deux chevaux, un mulet, une voiture et quatre bœufs (« d... boucherie  », illisible), et le nommé Luneau fameux brigand a été pris sans armes ainsi qu’un autre nommé Baudu dont le frère est du comité des brigands, nous avons perdu dans cette affaire sept hommes tués, six blessés dont deux à mort.

     

    Salut Fraternité

    Pour le général chef d’état major

    L’adjudant général Thouron. »

     

     

    Le choc de Largeasse.....

     

     

    Le camp de Largeasse que l’on dit ne jamais avoir été attaqué l’a bien été en fait, du moins sur une sortie de ses troupes. Reste à déterminer le lieu exact de ce combat, ce qui se fera probablement avec le concours d’une petite sortie des Amis du Pont-Paillat un des ces prochains dimanches…

    A suivre donc…

     

    RL

    Juin 2017

     

    Le choc de Largeasse.....

     

     

     


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    Antigny (La Châtaigneraie), camp républicain...

     

     C'est sur les terres de mes ancêtres paternels que nous nous sommes rendus aujourd'hui, plus précisément à Antigny, tout près de la Châtaigneraie. Nous nous arrêtons d'abord au hameau de la Croix dont la Maraîchine Normande a publié l'histoire récemment ici. Le calvaire ayant changé de place, il est probable que ce soit en face de ce dernier que l'on pourrait peut-être trouver quelques ossements et esquilles de vendéens de 1793...

     

     

    Antigny....

    Antigny....

     

     

     

    Tout près d'ici et de l'autre côté de la grande route de Fontenay, se trouvait un camp républicain où siégea le républicain Chalbos, au Nord du village de la Mignonnière jusqu'à l'actuelle ferme de l'Aubépine qui n'existait pas à cette époque.

     Il n'y a plus aucune trace de ce camp, et le cadastre de 1835 étant trop récent, nous n'avons pas la chance de découvrir le moindre témoignage de redoute comme c'est le cas pour Chiché ou Largeasse. Cependant, en regard de la configuration du terrain, on comprend tout de suite l'intérêt de cet emplacement sur une hauteur.

     

    Antigny....

    Antigny....

     Notons pour mémoire les noms des martyrs d'Antigny

     

    1 - René-Hubert Julliot, 38 ans, officier vendéen, exécuté à Fontenay, le 25 octobre 1793.

     2 - Louis Marrois, 70 ans, de la Gralière, exécuté à Fontenay, le 3 février 1794.

     3 - Pierre Gendreau, meunier, 30 ans, exécuté à Fontenay le 3 février 1794.

     4 - Jean Pétreau, journalier, 32 ans, exécuté à Fontenay, le 3 février 1794.

     5 - Pierre Bonnaud, maçon, exécuté à Fontenay, le 29 octobre 1793.

     6 - René Bouffoux, fusillé à Angers, en 1794.

     7 - Jacques Sarrazin, charpentier, 24 ans, fusillé à Angers, en 1794.

     8 - François-Aimé Roy, régent, guillotiné aux Sables, le 6 janvier 1794.

     9 - Pierre Normand, 60 ans, exécuté à Niort, le 3 mars 1794.

     10 - Pierre Roche, 43 ans, mort en prison, à Niort, 5 mars 1794.

     11 - Pierre Bièvre, 28 ans, mort en prison à Niort.

     12 - René Cousin, 34 ans, mort en prison, à Niort..

     13 - Pierre Vormer, 60 ans, mort en prison, à Niort.

     14 - Louis Bourreau, 62 ans, mort en prison, à Niort

     15 - Pierre Vergnereau, 34 ans, mort en prison, à Niort.

     16 - François Légeron, 31 ans, mort en prison, à Niort.

     17 - René Rousseau, 28 ans, fusillé à Saumur, le 26 décembre 1793.

     18 - André Avril, 22 ans, tisserand, fusillé aux Ponts-de-Cé.

     19 - André Noleau, 29 ans, domestique, fusillé aux Ponts-de-Cé

     20 - Jean Métais, 23 ans, fusillé aux Ponts-de-Cé

     21 - Louis Fumoleau, 25 ans, journalier, fusillé aux Ponts-de-Cé

     22 - Bâty de la Gripponnière, fusillé à Fontenay.

     23 et 24 - Deux Moret, tués pendant la Révolution.

     

     Sources :

     

    AD85 - Bulletin paroissial d'Antigny - 1904

    Antonin Proust, "La justice révolutionnaire à Niort", 1869.

     

     RL

     Octobre 2015


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    Le camp de Largeasse...

     

     

     Comme nous l'avions fait pour le camp de Chiché, nous nous sommes rendus aujourd'hui sur l'emplacement de l'ancien camp républicain de Largeasse.

     

     Le département des Deux-Sèvres où étaient situés ces deux camps possède la chance de disposer d'un cadastre napoléonien dans les plus anciens. Ainsi Largeasse fut cadastré en 1810/1811 (comme Chiché), alors que la loi n'imposait son usage que depuis 1807 et que bon nombre d'autres départements ne disposent que de cadastres bien plus tardifs. C'est une chance inouïe pour le chercheur qui veut s'approcher au plus près du paysage que l'on pouvait rencontrer durant les Guerres de Vendée.

     

     Situé au Sud du bourg au croisement de la route de Largeasse à Vernoux-en-Gâtine et de l'ancien chemin de l'Absie à Parthenay, ce camp fut tracé par le général Macors et ses retranchements furent réalisés " avec plus d'art que ceux du camp Chiché" si l'on en croit Hilaire Alexandre Briquet dans son "Histoire de la ville de Niort...", volume II, 1832, p.148. Bien que moins étendu que celui de Chiché, le camp aurait contenu 3 000 hommes sous les ordres du capitaine Spital. Les Vendéens n'auraient jamais osé l'attaquer. Pour autant, si l'on en croit le chevalier de Courcelles dans (Dictionnaire historique et biographique des généraux français ... - Volume 4 - par M. le Chevalier de Courcelles - 1822) le chevalier de Céris l'aurait attaqué et y aurait tué 2 000 hommes. Voir le blog de mon épouse ici.

     

     

     

    L'emplacement du camp sur l'IGN marqué d'une croix rouge.

     

    Le camp de Largeasse....

     

      Situation du camp sur le tableau d'assemblage de 1811.

     

    Le camp de Largeasse....

     

     

     Sur la section dite "du camp" (sans date mais probablement 1810/1811).

    Le camp de Largeasse....

     

      Situation sur l'IGN près du point d'altitude 213.

    Le camp de Largeasse....

     

    Calque de L'IGN et du cadastre.

     

    Le camp de Largeasse....

     

     

    On notera sur la vue aérienne, comment les haies actuelles suivent parfaitement les séparations intérieures du camp.

    Le camp de Largeasse....

     

     Le camp aujourd'hui, vu de l'Est, au carrefour des routes de Largeasse à Vernoux-en-Gâtine et de l'ancien chemin de Parthenay à l'Absie.

    Le camp de Largeasse....

     

     L'intérieur du camp.

    Le camp de Largeasse....

     

     L'ancien chemin de Parthenay à l'Absie...

    Le camp de Largeasse....

     

     ... qui se prolonge en chemin plus "authentique".

    Le camp de Largeasse....

     

     Emplacement des anciennes redoutes au Sud du camp dans la partie qui fait un décrochement avec le chemin (voir plans et vue aérienne ci-dessus).

    Le camp de Largeasse....

     

      Encore un "chemin secret" !

    Le camp de Largeasse....

    Le camp de Largeasse....

     

    Deux documents relatifs au camp de Largeasse trouvés aux archives du Service Historique de la Défense du Fort de Vincennes où l'on se rend compte du nombre de soldats cantonnés dans ce camp. Aux alentours de 800 hommes,  bien loin des 3 000 annoncés plus haut.

    Les 21 et 22 septembre 1794 : SHD B 5/120-4

    Le camp de Largeasse....

    Le camp de Largeasse....

     

     Le 21 novembre 1794 :  SHD B5/120-12 :

    Le camp de Largeasse....

     

             Le 20 décembre 1794, SHD B 5/120-18 :

    Le camp de Largeasse....

     

     

    RL 

    Janvier 2014

     

     

    Nous complétons cet article avec un texte d’Elie Auriault, paru dans le Bulletin de la Société Historique et Archéologique Les Amis des Antiquités de Parthenay, 1960,  N° 9, p. 22 à 25. Un grand merci à Bernadette Boureau de l’Association des Amis du Château de Pugny pour m’avoir transmis ce document.

    RL

    Juin 2017

     

    Le camp républicain de Largeasse

     

    Dès 1793, le bocage vendéen prit parti contre la République et s’insurgea contre elle. Une longue guérilla, des bleus contre les blancs, des blancs contre les bleus, ruina peu à peu le pays.

    Les blancs, appelés encore royalistes ou chouans, étaient chez eux, toujours insaisissables, à l’abri derrière les haies, les genêts et les taillis qu’ils connaissaient bien.

    Les bleus, appelés encore républicains ou patauds, étrangers au bocage pour la plupart, ne pouvaient au contraire jouir d’une complète sécurité dans ce pays couvert et hostile qu’ils connaissaient mal.

    Pour assurer une relative tranquillité à leurs partisans, les Conventionnels établirent de nombreux camps militaires. Ils aménagèrent aussi ceux, peu nombreux, déjà existants.

    Nous avons gardé le souvenir des camps suivants : Avrillé ; Challans ; La Châtaigneraie ; La Chaume, près des Sables-d-Olonne ; Chiché ; Concourson-sur-Layon ; Fréligné ; La Grève, au havre de la Gachère ; Largeasse ; Ligneron ; Luçon ; Mareuil ; Martigné-Briant ; Les Moutiers-les-Mauxfaits ; Pierre-Levée ; près de Fontenay-le-Comte ; Poitiers ; Port-la-Claye ; La Roullière ; Saint-Jean-de-Monts ; Saint-Philbert-du-Pont-Charrault ; Thouars.

     

    ***

     

    Notre présente étude se limite au camp de Largeasse, sis dans le canton bocager de Moncoutant, département des Deux-Sèvres.

    Ce camp, quasi complètement disparu, était installé à 1.700 mètres environ du bourg, près et au nord-ouest de la jonction des deux anciens chemins de Vernoux à Largeasse et de l’Absie à Parthenay. Le premier est aujourd’hui un chemin de voirie ordinaire, continué plus au Sud par le chemin départemental n° 176. Le scond n’est plus qu’un simple chemin rural qui donne accès au chemin privé qui mène à la ferme Le Châtaignier, construite en 1912.

     

    ***

     

    Le campement du camp de Largeasse était assuré par le capitaine Spital. En septembre 1794, le général Alexandre Dumas, père du célèbre romancier prend le commandement en chef de l’Armée de l’Ouest. Le 16 septembre, les représentants du peuple, Dornier, Guyardin et Bezard, transmettaient leur premier rapport, sur la situation au Comité de Salut Public.

    Il y est dit : « Pour cerner les Vendéens, ont été établis, sur un cordon de 80 lieues, 14 camps, à 4 et 6 lieues l’un de l’autre, sans seconde ligne intermédiaire, et ces camps ne sont que de 600, 1.000, 1.200 et 1.500 hommes, quelques-uns de 2.000 à 2.500, dont partie sans arme. »

    Lors d’une inspection des camps, faite à la même époque, le général Dumas «  a trouvé mauvaise la situation du camp de Largeasse. Il charge le général Macors de le fortifier. Il est mécontent des troupes, faisant mal le service, dans des postes qui ne se surveillent point. »

    Le camp de Largeasse, construit vers 1794, fut donc fortifié peu après, par le général Macors. En 1793, celui-ci était déjà chargé, par la Convention, de diriger la fabrication et la réparation des armes de guerre dans un atelier important installé dans la cour du château de Niort.

     

    ***

     

    Le cadastre de largeasse, établi en 1810 et non révisé à ce jour, porte, section C, le plan partiel du camp. Divers indices nous ont permis d’en compléter le tracé, tels que de courts éléments d’enceinte dans les anciennes haies conservées, des imperfections dans le nivellement des remparts à travers champs, une végétation plus abondante là où étaient les anciens fossés…

    L’exactitude de notre reconstitution nous a été confirmée par les deux plus anciens exploitants des terres du camp qui ont connu ces lieux à une époque où les vestiges étaient à la fois plus nombreux et plus visibles. Nous avons cité M. Gautreau Paul, 81 ans, domicilié à la ferme de la Cressonnière, construite en 1933, à 200 mètres au Sud du camp, et M. Boileau Célestin, 82 ans, domicilié plus au nord, près du bourg de Largeasse, au village de la Pézinière.

    Le tracé de l’enceinte, établi selon les conceptions de Vauban, était simple et régulier. C’était une ligne polygonale avec angles saillants alternant avec des angles entrants. L’enceinte limitait un rectangle de 275 m. d’est en ouest, et de 220 mètres de largeur. Chacun des angles E, G et J formaient un pan coupé, sur une longueur extérieure de 30 mètres. Deux saillants A et C protégeaient l’entré B du camp, considéré comme point faible. La défense du rectangle était assurée par les saillants médians H et D et par les saillants F et K, légèrement déplacés, le premier vers l’ouest, le second vers l’est, dans le bute évident de mieux surveiller un léger thalweg.

    La superficie couverte par la partie utile du camp était ainsi de 65.625 m², non comprise la superficie de l’enceinte, qui était elle-même de 11.900 m², soit au total 77.525 m², c’est-à-dire près de huit hectares.

     

    ***

     

    Selon M. Gautreau, l’enceinte du camp comprenait un mur en terre, avec fossé extérieur. La section de ce fossé était trapézoïdale : 5 mètres à l’ouverture, 2 mètres au fond et 2 m. 50 de profondeur. La section du mur, après tassement, était symétrique de celle du fossé, par rapport au sol naturel. Cette symétrie s’entendait avant translation horizontale du mur de 5 mètres vers l’intérieur du camp. La largeur d’emprise de l’enceinte était ainsi de 10 mètres, la crête du mur étant 5 mètres au dessus-du fond du fossé.

    Il est probable, bien que l’état actuel des talus conservés ne permette plus de le vérifier, que le talus interne du mur d’enceinte comprenait, à 1 mètre environ du sol, un étroit sentier formant chemin de ronde, ceci pour permettre aux guetteurs et éventuellement à la défense, d’avoir vue vers l’extérieur et une position commode pour le tir au fusil.

    Le fossé avait été creusé à la pioche. Des jets de pelle latéraux avaient permis de construire le mur d’enceinte, parallèle au fossé. Ce travail avait été réalisé par les soldats, aidés sans doute par les habitants de Largeasse et des environs. Ceci représentait un déblai, avant foisonnement des terres de l’ordre de 10.500 m3 et avait nécessité pas moins de 3.360 journées de travail, de 10 heures chacune, y compris le temps nécessaire à la confection du remblai et du pilonnage des terres.

    Ajoutons que ce camp avait été établi sur un petit mamelon, de 220 m d’altitude moyenne, avec point culminant en B.

    A ce jour, les fossés ont partout été nivelés et mis en culture. Quelques éléments du mur en talus, partiellement d’ailleurs utilisé dans les fossés, subistent en Ca et Kb. La partie K A B C a été rasée en 1903 par M. Gautreau qui nous a précisé que le fossé était interrompu en B, sur 6 à 8 mètres de longueur, ce qui confirme la position de l’entrée du camp en ce point. La date de disparition des autres éléments reste inconnue.

     

    ***

     

    Pour faciliter la surveillance du camp, plus particulièrement vers le sud-ouest, où la vue embrasse un vaste horizon, un déboisement général fut ordonné par l’autorité militaire. Les exploitants de Largeasse reçurent à cet effet l’ordre de couper les bois, haies et les genêts, de les scier ou de les fagoter et de les transporter à l’intérieur pour les feux de camp.

    Les bœufs des attelages furent sacrifiés pour la viande. Les charrettes furent brûlées pour le feu. Ne faut-il pas voir le souvenir des ces abattages clandestins dans la désignation l’ « écho du bœuf » de la parcelle, toute proche, C 351 ? Les pièces en fer des charrettes furent ramenées à la surface du sol au cours des labours, en particulier les nombreuses sections de cercle de roue avec leurs gros clous de fixation en fer forgé. Le cercle ferré monobloc, fixé par une simple contraction consécutive à une dilatation du métal par le feu, n’existait pas en effet à cette époque.

    Des foyers de cuisine, cendres et charbons avec pierres parallépipédiques de 20 cm environ de section carrée et 50 cm de longueur furent également mis à jour. Deux pierres du modèle ci-dessus et quelques brindilles de bois enflammées suffisaient alors pour constituer l’un des nombreux foyers destinés à cuire les aliments de la troupe. Il faut attendre en effet l’année 1915 pour assister à la première mise en service d’une cuisine roulante militaire.

    Parmi les objets déterrés, nous citerons encore des écumoires, des passoires, tous les ustensiles de cuisine en général, des boutons de costume militaire, des pelles, des pioches, des balles en plomb durci…

    Les balles sphériques, de 15 à 16 mm de diamètre, étaient utilisées dans les fusils à pierre. Ceux-ci comprenaient, en particulier, une petite roue en acier trempé qui venait frapper un silex dans une coupelle ou bassinet. Les étincelles provenant du choc pénétraient dans un petit trou latéral aménagé dans la culasse fixe du canon et mettaient le feu à la charge. La poudre et la balle étaient introduites par l’ouverture du canon. Il y avait un nombre considérable de ratés. Le canon était lisse. La portée de tir était facilement déviée par le vent.

    La coalition de près de toutes les puissances d’Europe contre la Révolution, venant s’ajouter aux insurrections internes, obligèrent la Convention à procéder d’urgence à une fabrication accélérée de fusils de guerre. On assembla des pièces souvent disparates, ce qui explique la variation des calibres et l’irrégularité dans la production des armes révolutionnaires, connues sous le nom de modèles « républicains » ou « dépareillés ».

    Le nombre considérable de balles en plomb retrouvées chaque année après les labours correspond sans doute aux nombreuses fusillades qui eurent lieu près et sur le camp.

    Des exécutions individuelles eurent peut-être lieu également au « Champ du Poteau », désignation cadastrale de la parcelle C 322, sur laquelle est établie actuellement la ferme de la Cressonnière.

    Il est à présumer que le camp de Largeasse ne fut jamais l’objet d’un abandon précipité, puisque aucune arme à feu, aucune arme blanche n’y furent déterrées jusqu’à ce jour.

    La troupe vivait sous des tentes ou, plus rarement, sous des abris provisoires en bois, aucune maçonnerie n’ayant été trouvée en ces lieux. Il ne faut donc pas s’étonner si, pendant l’hiver, les soldats brûlaient force fagots de genêt pour se défendre contre le froid et se dégourdir un peu les doigts.

     

    ***

     

    Après la grande tourmente, le calme revint au pays. Cependant, près de deux siècles après, les rancunes ne semblent pas toutes éteintes. Quelques familles se transmettent encore, de génération en génération, les noms des lieux et de personnes attachés à ces pénibles souvenirs.

     

    Elie Auriault

     

    Le camp de Largeasse....

     

     

     


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    Le camp de Fréligné…

     

    Nous n’allons pas raconter ici en détails la prise du camp de Fréligné (orthographié également « Frérigné » et situé entre Touvois et Falleron) par Charette le 14 septembre 1794. Lucas de la Championnière, Crétineau-Joly, Bittard des Portes et même Wikipedia donnent de nombreux détails de cette violente et acharnée bataille opposant 2 à 3 000 hommes de Charette aux 2 000 républicains stationnés là depuis juin et aux ordres du chef de brigade Prat.

    Charette est tout d’abord mal renseigné sur les fortifications du camp. Celui-ci est de forme carrée, entouré de fossés et de pieux formant des palissades mais l’un des côtés est plus vulnérable. Le combat dans le brouillard est incertain, d’autant plus que sans le savoir, les vendéens ont attaqué le côté le mieux défendu. Hyacinthe de la Robrie a découvert le point faible du fort et en instruit Charette. Celui-ci contourne alors Fréligné par les bois de l’Epiardière (également orthographié "Les Epiardières") et non de la « Péargnière » comme l’a écrit Crétineau-Joly. C’est le début de la fin pour les républicains. Le bilan de la journée est une véritable boucherie : 1 200 morts chez les républicains et 400 chez les vendéens. Le fruit du pillage des colonnes infernales est repris et les soldats massacrés sans pitié. Le feu est mis au camp et les blessés républicains achèvent d’y périr. Point question de ma part de cautionner ces horreurs, mais que sont-elles en regard de ce que la république avait amorcé au début de cette terrible année 1794 ? Pensait-on réellement que les vendéens de Charette, allaient laisser impunis les crimes perpétrés l’hiver précédent au nom de prétendus  droits de l’homme dont la première mission s’avéra justement de bafouer la plus élémentaire des règles entre humains civilisés ?

     

    De nos jours, on notera à Fréligné la célèbre chapelle des XII° et XIII° siècle, bâtie par deux capitaines anglais miraculés d’un naufrage. L’humble chapelle aurait été prison, écurie puis cuisine avant d’être incendiée en 1793 (1). Charette, y aurait fait prier ses soldats avant l’attaque du camp, ce qui me semble assez douteux, vu dans les conditions dans lesquelles la bataille s’est livrée. Une chose à noter toutefois : L’immense bénitier que l’on peut apercevoir à droite, près de l’entrée, provient de l’abbaye du Val-de-Morière, autre lieu important dont nous parlerons bientôt…

    Nous n’avons à ce jour aucun plan précis du camp de Fréligné comme nous avons pu obtenir pour celui de Chiché.

     

    Merci de votre lecture,

     

    RL

    Août 2013

     

     

    Note :

    (1) « Guide des lieux insolites et secrets de Bretagne » par Alain Dag’Naud, 1996.

     

     

    Le camp de Fréligné....

     

    Le camp de Fréligné....

     

    Le camp de Fréligné....

     


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