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    Le camp de Bessay… 

     

     

    Dans la liste officielle des camps retranchés souhaités par le général Vimeux, ne figurent pas quantité de cantonnements et postes divers. Je vous présente ce soir l’un d’eux : le camp de Bessay, dans le Sud de la Vendée et qui délimite traditionnellement la limite du pays blanc et du pays bleu. 

    Situé à l’Est de Mareuil-sur-Lay et à deux kilomètres au Sud des Moutiers-sur-le-Lay, Bessay ne devait pas avoir beaucoup à craindre des incursions royalistes, très sporadiques et assez peu dangereuses dans cette région depuis les débuts de la guerre et la prise de Bessay et Corpe. Ainsi écrivait Esprit Baudry à Boulard le 26 mars 1793 (1) : 

    Le camp de Bessay....

     

    « Marans le 26 mars 1793 an  1er de la république françoise

     

    Le Citoyen Esprit Baudry

    au citoyen Boulard

     

    Je vous rend conte mon cher commandant que la municipalité de Chalié (Chaillé-sous-les-Ormeaux ?) étoit a celle dicy, que les brigands se sont emparé des paroisses de Corpe, Bessai et qu’il demande 300 hommes au passage de Maureil (Moreilles ou Mareuil ?) avec deux pièces de canon. Jatend vos ordres, pour exécuter.

     

    Le commandant de Marans

    Esprit Baudry

     

    Le pavillion blanc est (illisible) »

     

    Pas beaucoup de nouvelles de Bessay durant l’année 1793. Il y a bien eu les trois batailles de Luçon des 28 juin, 30 juillet et 14 août, mais soudain, c’est l’affolement en ce 1er août 1794 et le général Vimeux demande immédiatement du renfort au camp du Pont-Charron (2) pour le camp de Bessay. Tiens donc ! On apprend ainsi qu’il y a un camp à Bessay. S’agit-il d’un vrai camp ou d’un simple cantonnement ?

     

    Ci-dessous la lettre de Vimeux au général Guillaume (3) commandant le camp de Saint-Cyr-en-Talmondais le 1er août 1794 (4) :

    « Je reçois ta lettre, mon camarade et je donne ordre aussitôt à l’adjudant général Desriau (Pierre Vidalot du Sirat, plus connu sous le nom de Dusirat) de partir sur le champ du Pont Charron avec cinq cents hommes au camp de Bessay. Tu les renverras aussitôt que tu n’en auras plus besoin.

    Signé le général Vimeux. »

     

    A la même date, Guillaume annonce à Vimeux quelques soucis avec les Vendéens. Voici ce qu’en dit le 3ème « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest » (5)

     

    « Sur les 9 heures du matin une colonne de brigands est sortie de Champ St Pierre (Le Champ-Saint-Père), s’est portée au moulin St Vincent où elle s’est mise en bataille. Leur cavalerie s’est étendue dans la plaine en deça des moulins, où elle a égorgé plusieurs moissonneurs. Elle a pris ensuite la route de Chaillé. Elle est au moins de 3 000 hommes d’infanterie et 5 à 600 de cavalerie. Selon les rapports de l’espion elle médite un coup de vive force sur un de nos points. Les brigands sont bien armés mais on leur soupçonne peu de munitions. Dans la nuit deux ordonnances ont essuyé plusieurs coups de fusils aux quatre chemins de Luçon à Fontenay. »

    Il y a donc quelques mouvement aux abords de la Plaine, néanmoins dès le 2 août Vimeux ordonne à Guillaume de faire repartir les 500 hommes du camp du Pont-Charron (6).

     

    « Du 15 thermidor

     

    Je t’ordonne mon camarade de faire partie sur le champ pour le Pont Charron les cinq cents hommes que se sont rendus cette nuit au camp de Bessay, j’en ai besoin pour une expédition importante qui va voir lieu. Tu m’accuseras la réception de cet ordre et me rendras compte de son exécution. Je te prévisn que tu demeures responsable (du) moindre retard que tu y apporterois.

    Signé le général en chef Vimeux. »

     

    Puis le lendemain, toujours de Vimeux (7) :

     

    «  Du 16

     

    J’ai reçu mon camarade ta lettre par laquelle tu m’annonces le départ de cinq cents hommes comme je t’en avois donné l’ordre. Je te fais passer quatre lettres pour le représentant du peuple Ingrand que tu voudras bien lui remettre s’il est arrivé à Luçon. On lui envoye jusqu’à l’endroit où on le rencontrera. Je n’ai pas besoin de te recommander de les mettre en mains sûres.

     

    Signé le général en chef Vimeux. »

     

    Parallèlement Vimeux écrit le 3 août cette fois au chef de bataillon Barbier qu’il peut renforcer ses troupes avec celles revenues de Bessay (8)

     

    « La colonne qui est partie l’avant dernière nuit de Pont Charron pour se rendre au camp de Bessay doit être de retour. J’ai donné ordre hier au général Guillaume qui m’en avoit demandé la garde deux jours, de la faire retourner de suite au Pont-Charron en le rendant responsable du moindre retard qu’il apporteroit. J’ai donné aussi hier ordre au général Huché de faire partir de suite pour le Pont-Charron la colonne de quatre mille hommes en station devant Ancenis au Mont Glonne,  et de lui faire prendre la route la plus courte et j’espère qu’elle y sera rendue sous huit à dix jours.

     

    Signé le général en chef Vimeux »

     

    Le 24 septembre 1794, un événement va changer la donne dans le Sud de la Vendée : la prise du camp de Moutiers-les-Mauxfaits par les hommes de Saint-Pal et de Charette (9). C’est la troisième fois qu’un camp républicain est pris par les Vendéens, depuis La Roulière et Fréligné. Il faut donc revoir l’organisation et c’est l’avis de Beaupuy, chef de l’état-major, qui écrit le rapport suivant le 1er octobre 1794 (10) :

    Le camp de Bessay....

     

    « ETAT-MAJOR GENERAL

     

    Au quartier général, à Fontenay le 10 vendémiaire

    an 2 (an 3 en réalité, l'imprimé datant de l'année précédente) de la République une et indivisible

     _______________________ 

     

    Rapport sur les actions

     qui ont eu lieu pendant

    la 1ère décade an 3e

     

     

    Le 3. L’adjudant général Marrot commandant les troupes campées en avant de Luçon écrivoit que le poste des Moutiers les Maux faits fort d’environ huit cents hommes avoit été obligé de se reployer sur Saint Cyr distant de deux lieues ; ce poste avoit été établi pour protéger l’enlèvement d’abondantes récoltes. Notre peu de forces nous avoit empêché d’y mettre un plus grand nombre de troupes ; d’après les différents rapports, il paroit que les brigands fors d’environ trois mille hommes ont attaqué ce poste sur trois colonnes, leur cavalerie dont le nombre n’est pas certain à vivement assailli notre gauche défendue par le 4e bataillon du Puy de Dôme et un détachement du 4e bataillon de la Vienne. Ces troupes ont reployé trop précipitament, ce mouvement a jetté un peu de désordre mais le 5ème bataillon de la Marne a fait la retraite avec un détachement de chasseurs à cheval des 10e et 15e régiments. Le commandant du bataillon de la Marne a eu son cheval de blessé sous lui.

    Le 5. Le général en chef de l’état major a été visiter les postes en avant de Luçon, il a jugé à propos de faire porter les troupes campées à Saint Ouen dans un site bien plus avantageux au-dessus de Bessay, ce nouveau camp est plus éclairé, beaucoup mieux défendu par la masure (?), couvre absolument Luçon a des eaux meilleures et plus à portée qu’à St Ouen, il réunit à la fois tout les avantages, tans pour le déployement qu’au cas qu’il fut employé comme offensif que pour la retraite, si on jugeoit convenable de lui faire faire un mouvement rétrograde.

     

    Le Chef de l’état

    major général de l’armée 

    Beaupuy »

     

    Faut-il donc penser que le camp primitif de Bessay avait été déplacé à Saint-Ouen, puis rétabli sur ses anciennes positions ?

    Je n’ai pas découvert à ce jour de traces indiquant que les conseils de Beaupuy ont été suivis mais je n’avais pas trouvé d’avantage de preuves de l’existence du camp de Saint-Ouen passé le mois de septembre 1794.

    Où pouvait se trouver le camp de Bessay ? Rien ne nous en indique l’emplacement avec certitude. Il est « au-dessus de Bessay » selon le rapport de Beaupuy et probablement sur une hauteur. Le point le plus haut de Bessay se trouve au Nord-Ouest du château, non loin de la route des Moutiers-sur-le-Lay. A l’emplacement de la croix rouge sur la carte IGN de Géoportail, il existait un moulin à vent dit « Moulin de la Motte » (le logis de la Motte Orson dont il dépendait se trouve sur la commune des Moutiers-sur-le-Lay). Etait-ce dans ce secteur que le camp était établi ? La « masure » dont parle Beaupuy était-elle le château ?

     

    RL

    Avril 2020

    Le camp de Bessay.... 

    Illustration : tour du château de Bessay, photo prise par mes soins il y a environ vingt ans.

    Le camp de Bessay....

     

     

     Notes :  

    (1) SHD B 5/3-23, v. 5 et 6/10, bulletin analytique compris.

    (2) Malgré le fait que j’ai déjà publié sur ce blog, il y a déjà longtemps, une partie de la correspondance du camp de Pont-Charron, je pense y revenir prochainement avec sa localisation et la suite de ce que vous avez déjà pu lire.

    (3) SHD B5/10-3, v. 5/9, bulletin analytique renvoyant au registre de correspondance de Vimeux en B 5/81, N° 95, v. 44/129.

    (4) Le cantonnement de Saint-Cyr est connu pour avoir été la cible d’une attaque manquée de Charette le 25 septembre 1795.

    (5) SHD B 5/10-3, v. 7/9, bulletin analytique renvoyant au « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest » , en B 5/10-1, 3ème tableau, p. 12, v. 9/26.

    (6) SHD B 5/10-4, v. 6/14, bulletin analytique renvoyant au registre de correspondance de Vimeux en B 5/81, N° 101, v. 47/129.

    (7) SHD B 5/10- 5, v. 6/14, bulletin analytique renvoyant au registre déjà cité, v. 48/129.

    (8) SHD B 5/10-6, v. 1/5, bulletin analytique renvoyant toujours au même registre, v. 48/129.

    (9) Ne souhaitant pas un article trop long qui nous éloignerait de notre sujet, je vous invite à consulter la relation de cette victoire vendéenne dans les Mémoires de Lucas de la Championnière, p. 102 et/ou dans Bittard des Portes (à mon avis le meilleur ouvrage sorti à ce jour sur Charette), p. 379 et 380.

    (10) SHD B 5/10-61, v. 4 à 6/9, bulletin analytique compris.

     

     


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    Le camp des Moulières…

     

     

    Continuons notre tournée des camps républicains établis sous l’autorité de Vimeux. Dans la liste, figure le camp de « Saint-Georges près La Mothe-Achard ». Il ne faut être grand clerc pour comprendre qu’il s’agit de Saint-Georges-de-Pointindoux. Dès le début de la guerre un cantonnement républicain existait aux Moulières de Saint-Georges-de-Pointindoux, sur la route de La Mothe-Achard à Aizenay. Du 27 au 29 avril 1793, plusieurs combats ont lieu dans ce secteur. Je ne vois pas utile de les détailler. En effet, Boulard est contraint d’abandonner le poste des Moulières le 29 avril en raison de la désertion de « 15 hommes partis au sein de leur famille surveiller leur propriétés qui sont dans les environs de Beaulieu, Aizenay et Palluau ». Il ne reste plus dans le camp que 20 hommes, officiers compris. La petite troupe restante se retire donc sur La Mothe-Achard. La missive est signée de Porteau, capitaine, Gautreau, lieutenant, Gutteau, sergent et Epaud, caporal (1). Suite à cette désertion le commandant Denis avertit Boulard le lendemain dans une lettre écrite à  Beaulieu-sous-la-Roche et précise qu’effectivement, il n’a trouvé personne aux Moulières (2).

    Le camp des Moulières....

    Le camp des Moulières....

    On sait par ailleurs que le général Delaage incendiera le hameau des Moulières et sa chapelle, probablement au printemps 1794. Une tradition orale précise que des prisonniers vendéens auraient été massacrés au lieu-dit « La Barrière Rouge » sur le bord de la route menant à La Roche-sur-Yon (4). Je n’ai pas encore localisé « La Barrière Rouge » avec certitude.

    Plus de nouvelles du camp des Moulières dans les papiers officiels à partir de cette période…

    A suivre…

     

    RL

    Avril 2020

     

    Position des Moulières sur la carte de Cassini avec un curieux décrochement au niveau du hameau :

    Le camp des Moulières....

     

    Notes :

    (1)  SHD B 5/3-90, v. 4 à 6/8, BA compris.

    (2)  SHD B 5/3-92, v. 5 à 7/15, BA compris.

    (3)  AD85, 4 num 503 238, Fascicule XV, Canton de La Mothe-Achard par CC. FF. Noël et Etienne-Joseph de l'Institut Saint-Gabriel (Dictionnaire Géographique et Topographique de la Vendée), v. 93 et 138/171. Merci à Nicolas Delahaye pour cette source.  

     

     


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    Le camp de Nesmy…

     

     

    Le 25 août 1794, Vimeux annonçait depuis Fontenay à la neuvième commission de la guerre son plan de quatorze camps retranchés qui devaient succéder au système des colonnes mobiles de Turreau (1). La mise en place de ces camps est assez nébuleuse et mérite d’être étudiée. Je vous en indique ci-dessous la liste officielle avec un lien hypertexte en bleu lorsque ceux-ci ont déjà fait l’objet d’une étude complète ou partielle sur ce blog ou sur celui de Nicolas Delahaye :

    1° En avant de Nantes. « La Plée » (La Louée ?), sur la route de Nantes à Valet. La Roullière ou Les Sorinières route de Nantes aux Sables et à La Rochelle. 

    Fréligné près de Touvois. 

    Apremont.

    Saint-Georges (de Pointindoux) près de la Mothe-Achard. Attention à ne pas le confondre avec le camp de Saint-Georges-de-Montaigu (en réalité aux Brouzils) qui était placé aux Landes des Corprais.

    Nesmy.

    6° Creil Bournezeau, en fait Saint-Ouen-des-Gâts.

    Le Pont-Charron près de Chantonnay, route de Nantes à La Rochelle.

    8° La Châtaigneraie, en fait Antigny.

    9° Moncoutant, en fait Largeasse.

    10° Chiché.

    11° Thouars ou le Pont de Vrines.

    12° Concourson, route de Doué à Vihiers et Cholet.

    13° Thouarcé sur la rive droite du Layon.

    14° Beaulieu-sur-Layon, au dessus du Pont-Barré, rive droite du Layon, route des Ponts-de-Cé à Chemillé.

    Vimeux indique que ces quatorze camps enferment 400 lieues carrées (2) de superficie, Montaigu se trouvant « en flèche » dans le pays. Les camps ont vocation à se resserrer petit à petit vers le centre du pays en fonction « lorsque l’organisation de l’armée le permettra. » Les rives de la Loire demeurent sans camps, des chaloupes canonières gardant le passage du fleuve.

    Je vous disais plus haut que les informations sur ces camps sont très parcellaires car pour certains d’entre eux, on ne trouve ni correspondance, ni état de situation que ce soit en effectifs ou en armes. Il est curieux que les historiens toujours prêts à parler de « génocide » en veux-tu en voilà n’aient jamais songé à étudier de plus près ce système, car les massacres, les pillages et la volonté d’affamer les populations n’ont pas disparu avec Turreau. Nesmy fait partie de ces camps républicains à la destinée obscure dont on n’entend jamais parler. A-t-il bien existé ? A priori oui puisque le général Dutruy annonce depuis Les Sables au général en chef Vimeux le 2 thermidor an II (20 juillet 1794) que : « Le camp de Nesmy est tracé et qu’il n’attend plus que des troupes. » (3) Il note en outre qu’il aurait préféré que le camp « fut placé à la Roche ». Cette note est intéressante car Dutruy avait peut-être raison d’un point de vue stratégique, la véritable ceinture sud de la Vendée insurgée s’arrêtant à la Roche-sur-Yon, le territoire plus au Sud étant acquis aux idées révolutionnaires dans son écrasante majorité. La Roche-sur-Yon n’est qu’un petit village détruit par la colonne infernale de Duquesnoy mais il a davantage de chances de pouvoir s’attaquer aux combattants vendéens. Oui, mais il y a un hic. Et ce hic se nomme Saint-Pal…

    En effet, le 14 juillet, le général Guillaume prévient Vimeux qu’un rassemblement a été vu en train « d’entasser des grains près du Tablier et de Nesmy » (4). Les Vendéens sont donc actifs dans ce secteur et il serait sans doute imprudent d’avoir un camp qui leur tourne le dos. Les choses vont encore se vérifier le 29 juillet car Saint-Pal sera repoussé à Nesmy, qu’il occupait. Ainsi la lettre de Dutruy à Vimeux (5) :

    « Onze cents hommes, divisés en deux colonnes, se sont portés la nuit dernière sur Nesmy où se tenait Saint-Pal, qui s’est retiré avec perte de soixante hommes, quelques bons fusils et deux pistolets. Il avait avec lui sept cents fantassins et une soixantaine de cavaliers. On a trouvé dans leur camp deux bœufs tués et beaucoup de pain. Les métayers, qui étaient occupés à travailler dans leurs champs, se sont prêtés de bonne grâce à transporter les farines... »

    C’est en effet Valentin, qui est chargé de cette opération depuis Luçon, comme on peut le voir avec la pièce ci-dessous (6) :

    Le camp de Nesmy....

    Au vu de ce qui précède, on peut donc douter que le camp républicain de Nesmy ait été mis en place à la date du 29 juillet, sinon comment expliquer que Saint-Pal y ait tenu lui-même un cantonnement ? De plus, Valentin, n’est visiblement pas encore installé dans son camp de Saint-Ouen-des-Gâts, probablement car celui-ci n’est pas encore formé.

    A partir de cette date, plus de nouvelles du camp de Nesmy. Où pouvait-il, ou plutôt où aurait-il pu être ? Car je vous avoue franchement que j’ai des doutes sur sa création effective. A mon sens, il devait nécessairement se trouver sur une hauteur et donc pobablement entre Le Chaillot et le bourg de Nesmy.

    Le camp de Nesmy....

    A suivre…

    RL

    Mars 2020

     

    Notes :

    (1)  Savary, Tome IV, p 99 et 100. On retrouve cette organisation dans le « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest » au SHD en B 5/10-1, p. 24 du registre, v. 15/26 des AD85.

    (2)  Soit environ  8 100 km².

    (3)  SHD, B 5/9-90, v. 4/5, bulletin analytique renvoyant au « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest »,  en B 5/10-1, 1er tableau, p. 2, v. 4/26 des AD85.

    (4)  SHD, B 5/9-83, v. 13/14, bulletin analytique renvoyant au « Tableau des opérations de l’Ouest », SHD B 5/10-1, ibid.

    (5)  SHD, B 5/9-100, v. 17/20, bulletin analytique renvoyant au « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest », en B 5/10-1, ibid. Correspondance reprise par Savary, tome IV, p. 47.

    (6)  Ibid.

     

     

     


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    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts…

     

     

    Dans la longue liste des camps retranchés républicains ayant succédé au système de colonnes mobiles dites « infernales », il ne me semble pas que la littérature vendéenne ait fait grand cas du camp de Saint-Ouen-des-Gâts. Ce minuscule village aujourd’hui rattaché aux Pineaux, près de Bournezeau, avait fait l’objet d’un petit article ici qui mériterait bien un rafraîchissement ; mais passons directement au vif du sujet.

    Ancien emplacement de l’église de Saint-Ouen-des-Gâts :

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts....

    Dès le début de la guerre de Vendée, Saint-Ouen est occupé par les Vendéens. Ainsi trouve-t-on une lettre datée du 27 juin 1793 de l’adjudant-général Sandoz au général de brigade Boulard que je reproduis ici intégralement (1) :

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts....

    « Mon général

    Je n’ay pas reçû votre dernière lettre par laquelle vous m’authorisiés à tirer des forces de Marans. Je n’ay pu faire d’autres dispositions pour les Moutiers que les patrouilles ordinaires. Vous connaissés ma faiblesse, vous savés sy je peut me dégarnir. Je viens d’envoyer vos ordres à Marans. Demain les Moutiers recevront des secours.

    J’ay marché toute la nuit pour surprendre les Brigands qui tiennent une espèce de garnison à St Ouen. Cette expédition n’a pas été sans succès. Nous avons tués quatres hommes à l’ennemi, nous lui avons fait onze prisonniers parmis lesquels se trouvent des chefs de parti. Les rebelles enlevaient trente deux bœufs, ils ont été chargés avec tant de vigueur par mes dragons qu’ils n’ont pu échapper à nos poursuites, deux de leurs cavaliers démontés nous ont laissés leurs chevaux. Ma petite troupe à déployé une ardeur incroyable, il n’y à plus q’un cri dans l’armée, celui de marcher.

    L’adjudant général chef de brigade

    Sandoz »

     

    Le 25 août 1794, le général Vimeux ayant remplacé Turreau annonce la finalisation de quatorze camps dont ceux de Chiché et de Moncoutant (en fait Largeasse) (2) dont j’ai publié les plans et les positions sur ce blog. Eh oui, n’hésitez pas à utiliser le moteur de recherche ! Dans la liste de ces camps, il en est mentionné un à Creil-Bournezeau, soit le Bournezeau que nous connaissons actuellement. On ne connaît rien de l’époque précise de la création de ce camp mais on trouve aux archives militaires une correspondance du général Valentin à Vimeux datée du 22 juillet 1794. Dans celle-ci, il lui répond sur des détails demandés à propos de ses troupes et lui annonce qu’il a environ 3 000 hommes non armés et qu’il lui sera difficile de former le camp de « Bourneseau » (3).

    Carte des camps retranchés provenant du blog ami «Vendéens et Chouans » :

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts....

    Portrait de François Valentin, par André Dutertre :

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts....

     

    En réalité, le camp de Bournezeau ne sera pas installé à Bournezeau même, mais à Saint-Ouen-des-Gâts, aujourd’hui rattaché aux Pineaux. Mention de son existence en est faite le 5 septembre 1794 par une lettre de Vimeux aux représentants du peuple depuis Fontenay dont voici un extrait (4). Nous en verrons l'original plus loin.

    « J’apprends que les brigands forment des rassemblemens et projettent l’attaque du camp de Saint-Ouen. »

    Savary qui produit cette lettre ajoute en note : « Les chefs de la Vendée profitèrent de cette espèce de désorganisation de l’armée pour attaquer plusieurs camps. » En effet, l’armée républicaine est à cette époque en pleine purge. Après que le général Guillaume ait critiqué ouvertement la politique d’amnistie de Vimeux auprès du Comité de Salut public dans une lettre du 10 août 1794 (5), ce dernier lui signifie qu’il a l’intention de le remplacer dans une correspondance du 19 du même mois. C’en est fini de la politique de terre brûlée et des grands massacres et les responsables sont écartés (6).

     

    Le 3 septembre 1794 Vimeux écrit au commandant des sapeurs du camp de Bournezeau pour lui annoncer que des plaintes ont été portées contre ses sapeurs et ouvriers qui se livrent au pillage dans les villages voisins. Il donne l’ordre de « la plus grande surveillance pour les empêcher de s’en écarter » (7). Dans la foulée, Guillaume fait partie des généraux destitués et arrêtés. Il sera remplacé par Annibal Marrot (8).

    Vimeux écrit donc à Marrot le 5 septembre 1794 en ces termes (9) :

    « Au citoyen Annibal Marot adjudant général à Luçon

    Ce 19 fructidor

    J’ai bien reçu ta lettre mon cher Marrot. Je vais la communiquer aux Représentants du peuple et je te ferai part de leur décision rélativement à la place de Luçon. D’après le raport des hommes pris dans le paÿs insurgé et amenés ici hier les Brigands forment des rassemblemens et projettent l’attaque du camp de St Ouen. Je tentaye (t’engage ?) à apporter toute ton attention sur cette partie de ton commande (ment ?) et a prendre les mesures que tu jugeras les plus convenables pour que leur projet n’ait pas d’éxécution.

    Signé le général en chef

    Vimeux »

     

    Je n’avais pas trouvé comme pour le camp de Largeasse, d’état de situation mentionnant le nombre précis d’hommes au camp de Saint-Ouen, et pour cause… Ils ne sont pas dans la même liasse... Vous verrez cela à la fin de cet article. On sait toutefois que le 23 mai 1794, Guillaume se plaignait d’un manque de forces à Luçon (10). Une chose est sûre, début septembre 1794, le camp est commandé par le général Valentin dont on retrouve la correspondance avec Marrot dans les papiers de celui-ci. Ces documents étant très abîmés et ne produisant parfois que des lettres fragmentaires, je vais essayer ici de vous en résumer le contenu tout en vous livrant au maximum ce qui peut être retranscrit (11).

    Ainsi le 19 fructidor an II, soit le 5 septembre 1794, Valentin écrit depuis le camp de Saint-Ouen à Marrot pour lui annoncer que le matin même la vedette du poste avancé était venu l’avertir que l’ennemi se présentait. De l’infanterie et de la cavalerie se portaient sur la gauche du camp. Arrivé sur la hauteur il n’a aperçu que la trace de la cavalerie des brigands qui paraissait être assez nombreuse. Les brigands emmenaient avec eux une charrette sans doute chargée de « bleds ». Ils sont poursuivis jusqu’à un lieu inconnu (papier déchiré) où ils n’ont pas pu être atteints. Valentin pense qu’ils se sont retirés vers le Cerisier (Cerizelet). Une patrouille partie en direction de la droite du camp et de Puymaufrais n’a rien découvert.

    Le lendemain 6 septembre, Valentin réclame du renfort à Marrot. Il veut des troupes de Luçon aux Moutiers-sur-le-Lay en attendant le secours de celles du camp de Pont-Charon.

    Le même jour, il annonce à Marrot que le citoyen Barbier est arrivé au camp de Saint-Ouen avec 400 hommes de Pont-Charon. Il précise que si les brigands l’eussent attaqué, ils auraient été rossés de bonne manière.

    Toujours à la même date, il accuse réception de 50 cartouches qu’il va distribuer au bataillon « le Vengeur » qui en a le plus besoin. Il annonce qu’il a choisi le citoyen Jacques Dupuy capitaine au bataillon « le Vengeur » pour remplacer le citoyen Boudet dans le commandement que le général Guillaume lui avait donné qui est de surveiller la rive gauche du Lay depuis les Moutiers jusqu’à la Marionnière. Tous les postes qui sont sur cette ligne sont sous ses ordres. Il l'a chargé de correspondre directement avec Marrot comme étant le plus à portée. Il doit en même temps l’instruire de tout ce qui se passera de nouveau dans son arrondissement. Il a été menacé par l’ennemi et a fait mettre la troupe sous les armes un quart d’heure avant le jour. Des patrouilles envoyées en avant et sur les flancs sont revenues sans rien apercevoir. Il espère que l’ennemi ne le surprendra jamais. Il rappelle à Marrot qu’il lui a remis la veille l’état de situation des troupes du camp, que le bataillon « le Vengeur » qui occupe le poste des Moutiers est compris dans l’effectif mais qu'il est distrait de la force totale. Il aimerait que les Moutiers soient gardés par deux bataillons du Puy de Dôme ce qui permettrait de renforcer le camp de Saint-Ouen par le bataillon « le Vengeur ».

    Le 7 septembre, il a reçu la série de mots d’ordre pour la dernière décade de fructidor et signale qu’il n’y a rien de nouveau au camp.

    Le même jour. Lettre entière :

    « Au camp de St Ouen le 21 fructidor l’an 2ème de la république

    Valentin adjudant général

    A Annibal Marot commandant à Luçon

    Je t’ai annoncé mon camarade hier au soir que la troupe venue du Pont Charon pour faire diversion à l’ennemi s’il m’eut attaqué étoit partie à 4 heures1/2. J’ai fait partir à la même heure les compagnies de grenadiers, chasseurs à pied et 10 hommes à cheval, à la suite de cette colonne pour leur faire connoître la route et l’endroit où nos patrouilles de correspondance avec celle du Pont Charon feroient leur jonction. Nous avons examiné, Barbier et moi tout le terrein et nous n’avons pu rencontrer un endroit propice à établir des signeaux.

    Il n’y auroit qu’un moyen suivant moi, ce seroit d’avoir des boîtes à feu et ce seroit la le signal le plus prompt si ont peu les entendre du Pont Charon. Il faudroit en faire l’essay si tu le trouves à propos. Je suis convenu avec le citoyen Barbier que nos patrouilles feroient la jonction à St Vincent Fort du Lay aujourd’hui à dix heures du matin. Tu me donneras tes ordres afin que je change l’heure, ou je la confirme.

    J’ai poussé mes descouvertes très loin ce matin... (papier déchiré)... n’ont rien aperçu, la nuit a été bien tranquille. Je t’envoye cijoint un rapport du commandant du détachement du 4ème bataillon de la Vienne relatif a deux grenadiers de son détachement qui (se sont) absentés pendant vingt quatre heures a deux... du camp sans permission. Je les adresse au commandant de la place afin qu’il les mette en prison jusqu’à ce que tu décide sur leur compte.

    Rien autre chose de nouveau. Fais moi passer l’ordre et le mot. Salut et fraternité.

    Valentin »

     

    ***

     

    Le 8 septembre 1794 :

     

    « Valentin, à Annibal Marot adjudant général commandant la subdivision de Luçon

    J’ai mandé mon camarade, au chef de brigade Deviau, que tu serais bien aise d’établir un signal près St Vincent Fort du Lay, sur les hauteurs de l’Hopitau ou à la Touche, en conséquence je le pries de faire examiner cet endroit. Demain sans doute me repondra (t-il ?) a cet sujet, je n’ai pu encore voir si je pourrois faire passer des ordonnances par Ste Pexine la Réhorthe mais demain je t’en rendrai compte. J’ai proposé à Deviau qu’un jour marqué il feroit partir une petite colonne égale à celle qui est venue ici à St Ouen. Elle passeroit par les Futieau (Fuiteau), St Hilaire le ouys (Vouhis), Bournezau et elle coucherait à St Ouen le même jour je porterai en avant de Bournezau une force ou elle prendroit position en poussant des fortes… (papier déchiré)… la route de St Hilaire, je crois que cette… nous feroit atraper quelques brigands… Je te ferai part de la réponse de Deviau… l’approuve j’executerai,

    Il n’y a rien de nouveau au...

    Ni au Pont Charon

    Salut et fraternité

    L’adjudant général

    Valentin »

     

    Carte des lieux cités (merci à Nicolas !)

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts....

    ***

     

    Le 10 septembre 1794 :

    « Au camp de St Ouen le 24 fructidor l’an 2ème de la république une et indivisible

    Valentin adjudant général à Annibal adjudant général commandant la subdivision de Luçon

    J’ai envoyé ce matin avant (le) jour mes grenadiers et chasseurs à pied faire (une) patrouille audela de Bournezeau, revenant par leur gauche passant à losilière (l’Oiselière), la Savarrière et au camp, ils n’ont rien découvert sur la marche des Brigands ; ils m’ont conduit les nommés Jean Baptiste Parents et Pierre Asseau et Joseph Sauvet tous les trois pris aux environs de Bournezeau. Je te les ferai passer dans la journée.

    J’attends aujourd’hui de Deviau le résultat de ces observations sur l’établissement des signeaux à la Touche ou à l’Hopitau, moi j’ai trouvé un emplacement sur la droite et en avant du camp distants d’un quart de lieue. J’ai visité le poste des Moutiers hier et celui de Mareuil, je n’ai pas trouvé ce dernier bien actif. J’ai recommandé aux officiers la plus grande surveillance et de faire faire des... fréquentes pour empêcher que quelques gueux... viennent faire des incursions en deçà du Lay. Le commandant de Mareuil étoit à Luçon il à dû te parler relativement a une garde que le district de la Roche sur Yon séant à Beaulieu lui demandait. Si tu avois des troupes je te proposerai de renforcer ce poste attendu qu’il te couvriroit parfaitement. Je te souhaite le bonjour.

    Salut et fraternité

    Valentin »

     

    ***

     

    Le 11 septembre 1794 :

    « Au camp de St Ouen le 25 fructidor l’an 2ème de la république une et indivisible

    Valentin adjudant général

    A Annibal Marot.

    J’attendois ce matin une lettre de Deviau relativement aux signeaux, je n’en ai point reçu. J’ai poussé mes découvertes assez loin ce matin, elles n’ont rien appris sur la marche des brigands... M’ont conduit deux hommes pris sur le pays insurgé que j’envoye au commandant de la place de Luçon. Il te préviendra de leur arrivée. Il n’y a rien de nouveau.

    Salut et fraternité

    Valentin »

     

    ***

     

    Le même jour :

    « ... Cy joint mon camarade coppie de la lettre de... général Devieau en date de ce jourd’huy. Tu y remarque... une reconnoissance qu’il à fait faire jusqu’à Monsireigne... Brigands étoient parvenûs à y faire un rassemblement (de) 300 hommes, et que ce détachement fut parti hier pour se réunir à un corps plus considérable à St Paul, ou... Boupère, il est certain d’après les renseignements que ces gueux méditent quelque attaque sur quelque point.

    Le détachement que j’ay envoyé à deux heures du matin à Bournezeau et audela n’a rien apris sur le mouvement des Brigands. Il m’a conduit  six hommes pris aux environs de Bournezeau que j’ay fait conduire de suite aux commandant de la place de Luçon, qui doit t’en avoir instruit ; tu véras par la letre de Devieau qu’il ne me parle pas de signieaux. Je t’invite au luy écrire une seconde fois à cet égard. Demain je luy rappelleray par ma letre de correspondance.

    Salut et fraternité

    Valentin »

     

    Un post scriptum parcellaire termine la missive, au dos de celle-ci, à propos de la pétition d’un citoyen « général » inconnu.

     

    ***

     

    Le 13 septembre 1794 :

    « Au camp de St Ouen le  27 fructidor l’an 2ème de la république une et indivisible

    Vallentin adjudant général à Annibal Marrot, adjudant général

    Je t’avois demandé des guides mon camarade. Je te pries de ne pas oublier d’en demander pour me les envoyer le plutôt possible, je ne puis pousser mes détachements pendant la nuit ou je voudray ; faute de connoitre les chemins. Mes reconnoissances de ce matin rentrent à l’instant, ils n’ont rien apperçu. L’officier d’artilerie à reconnu hier l’endroit ou serà placé le signal. Il à trouvé la position belle, il n’y a plus maintenant que celle du Pond Charon à trouver. Je t’observe que les deux voitures qui sont destinées pour faire le service du camp sont très mal atellées ; les chevéau ne vallent rien. Je vai prendre des mesures pour faire conduire de l’eau au camp pour la ... nous environne est mauvaise en... il me fait quatre voitures pour... journallier tu me fera le plaisir...demander au commissaire, le 4ème bataillon... Dordogne vient de me porter plainte... la mauvaise qualité de viande ;... d’en parler au préposé pour qu’à l’avenir  il n’y ait aucune plainte ;

    Salut et fraternité

    Valentin »

     

    ***

     

    La dernière lettre n’est pas de Valentin mais d’un certain Collet. Très abimée elle aussi, je vous en livre ce que j’ai pu déchiffrer. Elle est datée du 11 septembre 1794 et Collet semble être à la poursuite de quelqu’un et de quelque chose :

    « … de la patrouille du 25 fructidor

    Liberté , égalité où la mort.

    ... Nous n’avons trouvé personne ; cependant... Circonstances nous ont démontré que quelques (gueux ?) s’y retiroient et s’étoient évadés tels que... Les draps étoient encore chauds, four allumé... proprement meublée, portes et croisées...&c... hier dans la maison du curé... à eau, du bled et des mogettes ; en dernier ont été enlevées... des bœufs à la porte nous a démontré qu’il n’y avait pas longtemps que l’enlèvement avait été fait. En retournant par la droite du camp nous avons pris dans leur maison Jean Pilleau père, Jean Pilliaud et Louis Filieau fils, Louis Couturé, Pierre Blieneau, Pierre Blieneau fils, dans le village d’où étoit partie hier la charrette dont les traces de roues nous avoient conduites à Bournezeau, et laquelle y avoit enlevée du grain.

    Au camp d’Ouen le 25 fructidor 2e année rép.

    Collet capitaine commandant la patrouille »

     

    Concernant les effectifs du camp de Saint-Ouen, voyons à nouveau les papiers d’Annibal Marrot (12). Ce dernier dispose au 20 fructidor (6 septembre 1794) pour le camp de Saint-Ouen et le poste des Moutiers de 1 088 hommes d’infanteries dont 3 en prison, 3 en congé ou permission, 220 aux hôpitaux, et 862 sous les armes auxquels ils faut ajouter 27 officiers.

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts....

    On retrouve au camp de Saint-Ouen une compagnie de chasseurs de Nantes dont voici l’état de situation :

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts....

    Un détachement du 4ème bataillon de la Vienne :

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts....

    Le 1er bataillon le Vengeur :

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts.... 

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts....

    En ce qui concerne l’habillement, voici l’état des effets manquants pour le camp de Saint-Ouen (13) :

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts....

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts....

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts....

    Le camp de Saint-Ouen-des-Gâts....

    Ainsi s’achève la première partie de cette étude sur le camp de Saint-Ouen. Je ne manquerai pas d’y revenir dès que l’occasion s’en présentera.

    RL

    Janvier 2020

     

    Notes :

     

    (1)  SHD, B 5/5-67, v. 697 à 699/1344, BA compris.

    (2) Savary, tome IV, p. 100. Lettre à la 9ème Commission de la guerre depuis Fontenay.

    (3)  SHD B 5/9-92, v. 1007/1130. BA seul renvoyant au registre de correspondance, B 5/10-1, p. 12, v. 9/26.

    (4)  Savary, tome IV, p. 109.

    (5)  SHD B 5/10-17.

    (6)  Comme il serait trop long ici de développer les tenants et les aboutissants de ce « nettoyage » dans l’armée, je vous renvoie aux sources qui me semblent les plus intéressantes : Archives Nationales : D III, 348-6. Archives de Vincennes : B 5/10-28, v. 302/1061. B 5/81, p. 201, n° 200, v. 102/129. On y apprend beaucoup de détails qui intéresseront sans doute les vrais passionnés, mais qui seront probablement peu accessibles pour certains « histo-riens » qui s’auto-qualifient de « sérieux » mais qui sont incapables de citer une source originale d’archive (sans doute trop compliquée à trouver et à déchiffrer) sauf à pomper de la littérature périmée ou à faire de la redite sans intérêt avec des « belles illustrations » (il y a le catalogue de la Redoute pour cela, si vous préférez).

    (7)  SHD B 5/10-42, v. 404/1061, BA seul renvoyant au registre de correspondance B 5/81, p. 244, n° 239bis, v. 124/129.

    (8)  SHD B 5/81, p. 246 et 247, n° 241, 242 et 243, v. 125/129. B 5/10-43, BA seul, v. 417/1061 renvoyant au registre de correspondance B 5/81, p. 253, n° 249, v. 128/129. Savary, tome IV, p. 108.

    (9)  SHD B 5/81, p. 254, v. 129/129.

    (10)    SHD B 5/9-20, BA seul.

    (11)     AD85, 187 J 14. 11 lettres.

    (12)     Ibid., 187 J 6.

    (13)     Ibid., 187 J 8.

     

     


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    Affaires de Chanteloup et de la Châtaigneraie

    Juillet 1794

    « La Croix des Chouans »...

     

     

    C’est une fois de plus un article un peu long que je vous propose ce soir mais qui éclaircira, je l’espère, les deux combats méconnus de Chanteloup et de la Châtaigneraie des 10 et 12 juillet 1794. J’avais déjà évoqué l’affaire de Chanteloup brièvement ici, ainsi que dans une petite balade dominicale ici. A la date du 10 juillet 1794, on évoque la plupart du temps l’exécution de Marigny, en oubliant que les « affaires » se succèdent à cette période entre les armées vendéennes et républicaines. Ce qui va suivre est bien entendu comme à l’habitude une étude locale des événements mais aussi un nouveau complément sur la formation du camp de Largeasse que j’ai déjà abordé à plusieurs reprises (1). Certains documents vous seront probablement connus par de précédentes études mais je me dois de les citer afin d’être le plus exhaustif possible. Afin de comprendre ce qui va se passer à Chanteloup, abordons la correspondance du général Bonnaire à son supérieur Vimeux, qui a remplacé Turreau à la tête des colonnes dites « agissantes » (2)

     

    « Le 5 messidor (23 juin 1794), 

      

     Avertissement des habitants de l’Absie sur les incursions des brigands dans les communes environnantes ; ils enlèvent les bestiaux et emmènent les citoyens qu’ils surprennent. Suivant les rapports le parti de scélérats est encore nombreux : leurs rassemblements se font à Bressuire, Cerizay et Chanteloup. Il propose (Bonnaire) une attaque sur ces points. »

     

    Le 7 juillet, c’est encore Bonnaire à Vimeux (3) : 

      

    « Un exprès m'annonce que la commune de l'Absie a été attaquée la nuit dernière par huit à neuf cents brigands. Les habitans se sont repliés sur Champdeniers. Je n'ai point encore de détails. 

    Je donne ordre au commandant Lapierre à la Châtaigneraie d'envoyer un fort détachement au secours de cette commune pour observer les mouvemens de l'ennemi et rassurer les habitans. 

        J'apprends qu'il existe un rassemblement à Chanteloup. On pourrait faire sur ce point une attaque concertée avec les troupes de Thouars, du camp de Chiché et de la Châtaigneraie. La marche et l'heure du rendez-vous seraient indiquées. J'attends tes ordres à ce sujet. »

     

    Toujours au 7 juillet 1794, le « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest nous renseigne sur ce qui se passe dans le Bocage. Je me permets de signaler au passage, l’incursion de Vendéens à la Chapelle-aux-Lys et à Bourneau pour les chercheurs que ces villages intéressent (4) :

     

    « De Fontenay le Peuple le 19 messidor an 2

     

    Rassemblement de brigands à Chanteloup. Projet d’attaque contr’eux, plan de marche. Le général Legros partiroit du camp de Chiché avec 1800 hommes d’infanterie et 200 cavaliers, laissant 400 hommes au poste (ce qui laisse entendre que le camp de Chiché était pourvu de 2 400 hommes à cette date) ; il passeroit par Boïmé. Les troupes de Thouars pousseroient de fortes patrouilles vers Chiché pour le protéger le départ des forces. La colonne de la Chateigneraye avec laquelle il marcheroit passeroit par St Pierre du Chemin et Moncoutant. La troupe de l’Absie passeroit par la Chapelle Seguin, Largeasse, la Chapelle St Laurent, et se réuniroit lorsqu’elle entendroit le feu. L’heure du rendez-vous seroit donnée. Il espère et demande des ordres pour l’exécution de ce plan.

     

    Le 20 messidor

     

    Détachement de 200 hommes envoyé pour inquiéter les brigands qui sembloient se porter sur la Chapelle aux Lys. Hier a 10 heures et demie, environ 40 brigands sont entrés dans le village de Bourneau, éloigné de Fontenay d’une lieüe sur la route de la Chateigneraye, et ont égorgé 4 républicains.

     

    Le 21 messidor

     

    Départ de la légion du Nord du camp de Chiché, par ordre du représentant du peuple Bourbotte. Exécution pour le 22 du plan d’attaque proposé le 19.

     

    Suit le 22 messidor le résumé du rapport de l’attaque de Chanteloup que Savary a publié tel que ci-dessous (5).

     

     

    « Du 11 juillet

     

    Le général Bonnaire, au général Vimeux. (Fontenay.)

     

    Je te dois compte de ma marche sur Chanteloup. Je suis parti hier à une heure de la Châtaigneraie, sans rencontrer aucun obstacle jusque près de Chanteloup. Deux vedettes ont été tués à l’arme blanche. Mille à douze cents brigands armés occupaient le village. Avertis de notre approche, ils se sont embusqués hors du village, et ont un fait un feu de file si vif, que l’avant-garde, infanterie et cavalerie, a été repoussée et s’est repliée en désordre ; j’ai eu quelque peine à les rallier. Alors je me suis mis à la tête de la troupe ; l’attaque a été vive et les brigands ont été mis en fuite, laissant une soixantaine d’hommes sur la place, parmi lesquels étaient deux chefs, l’un La Rochejaquelin, et l’autre un curé revêtu de ses habits sacerdotaux.

    Ce prétendu La Rochejacquelin était un jeune homme à qui on avait donné ce nom et sur lequel on a trouvé une lettre adressée, à Monsieur de La Rochejacquelin, adjudant-major de l’armée du Poitou, commandant la garde à Chanteloup. Signé Richard (6), le chevalier de Beaurepaire.

    J’ai perdu quatre hommes, dix ont été légèrement blessés.

    Le général Legros ne s’est pas trouvé au rendez-vous, attendu que l’ordre lui est parvenu trop tard. »

     

    Retour sur les archives de Vincennes avec un bulletin le bulletin analytique suivant (7) :

     

    « Parthenay, 23 messidor an 2, (11 juillet 1794)

    Du général de brigade Legros au général en chef Vimeux

    Marche sur Châteloup (sic) le 22 au soir, d’après l’ordre du général Bonnaire. Point de connaissance de l’ennemi – retour. »

    La Croix dite « des Chouans » à Chanteloup ou plutôt à Courlay car elle est située sur le territoire de cette dernière commune. Cette croix nommée ainsi en mémoire des combattants Vendéens du 10 juillet 1794 fut redécouverte par l’historien local Pascal Paineau au début des années 2000. Celui-ci m'a signalé récemment que M. Bodin, de la ferme voisine de Puy Doré, lui avait raconté qu'un prêtre était enterré sous cette croix. Est-ce le curé revêtu de ses habits sacerdotaux dont parle le rapport cité plus haut ?

    Chanteloup et la Châtaigneraie, juillet 1794....

    Son emplacement marqué d’une croix rouge sur le cadastre de 1809 des AD79 ( 3 P 79/1) :

    Chanteloup et la Châtaigneraie, juillet 1794....

     

    Et sur l’IGN de Géoportail d'une croix bleue :

    Chanteloup et la Châtaigneraie, juillet 1794....

     

    Intéressons-nous à présent à un combat à la Châtaigneraie, qui aura lieu dans la foulée de celui de Chanteloup. En effet, les républicains partis de la Châtaigneraie pour attaquer Chanteloup, ne s’attendaient probablement pas à être attaqués à leur tour, dans leur propre camp, dès le lendemain. Le 12 juillet, Vimeux est informé par Bonnaire d’une attaque en cours sur le camp de la Châtaigneraie. Il en prévient immédiatement le représentant du peuple Ingrand, député de la Vienne (8). Voici le rapport de Bonnaire à Vimeux (9) :

     

     « Du 12 juillet,

    Le général Bonnaire, au général Vimeux.

    (La Châtaigneraie)

    Le camp de la Châtaigneraie a été attaqué aujourd’hui par les brigands. Au premier avis que j’en ai reçu, je m’y suis transporté de suite, et à mon arrivée, les attaquans étaient en pleine déroute. Un des principaux chefs à été tué, on assure que c’est Mistouflet (note de Savary : « on ignore à qui s’appliquait ce nom de guerre » - Les républicains ne savaient pas que Stofflet était nommé ainsi par les siens). Une colonne les poursuit encore. Les brigands s’étaient rassemblés de plusieurs points pour l’attaque de la Châtaigneraie. Les braves chasseurs qui les ont poursuivis à trois lieues viennent de rentrer avec un drapeau blanc (10).

    Voici quelques détails de cette affaire. Une colonne sortie du camp, qui s’était avancée à environ une lieue, a été attaquée à son retour par un grand nombre de brigands. Elle s’est bien battue, mais elle a été forcée de se replier précipitamment. Cette retraite a jeté l’alarme ; une partie du camp a pris l’épouvante, et est allé annoncer à Fontenay et à Niort que l’ennemi était maître de la Châtaigneraie. La moitié du camp est restée à son poste qu’elle a défendu opiniâtrement, et a donné la chasse complète aux brigands qui, dans leur déroute, ont perdu au moins cinq cents hommes. Le succès de cette affaire est dû aux commandans des bataillons du Bec-d’Ambèz (11) et deuxième de paris, qui, à l’aide du troisième de chasseurs à cheval et d’une partie de la gendarmerie, ont chargé impétueusement l’ennemi. Le camp s’est trouvé enveloppé par quatre mille hommes. Cent républicains ont été tués ou blessés dans cette affaire.

    Six volontaires, prisonniers depuis trois semaines, sont rentrés. Il confirment la mort de La Rochejaquelein, à Chanteloup, et celle de Marigny, fusillé par ordre de Stofflet, le lendemain de la précédente attaque de la Châtaigneraie (note de Savary qui se trompe : « cette attaque avait eu lieu le 2 mai 1794, ce qui fixerait la mort de Marigny au 3 mai » - On sait que Marigny fut tué le 10 juillet et Savary n’a pas compris qu’il est en fait question de l’attaque de la Châtaigneraie qui vient de se dérouler. Savary a t-il bien lu ce qu’il a retranscrit ? car il est coutumier des « arrangements » avec les correspondances).

    L’église de la Châtaigneraie en 1856 dans l’ « Album Vendéen » de Drake et Lemarchand :

    Chanteloup et la Châtaigneraie, juillet 1794....

    On sait que le camp républicain était situé au Sud de la Châtaigneraie, tout près du bourg d’Antigny. J’en ai déjà parlé ici.

     

    Continuons notre périple archivistique afin de mieux comprendre les faits : le 26 messidor (14 juillet), Vimeux demande des précisions à Bonnaire sur l’attaque de la Châtaigneraie (12) :

    « J’ai reçu mon cher camarade, tes deux lettres du 24 courant dans l’une des quels tu me donne des détails subséquens de l’affaire de la Chateignerai, je les attendois avec impatience et je te félicite du succès que ton activité à procuré à la république ; je vais rendre compte sur le champ à la commission de l’organisation et du mouvement des armées de terre du rapport que tu me fais afin quelle y voyez les succès des chêfs et des corps qui se sont bien conduit. Je te prie en attendant de leur en témoigner ma satisfaction ; quand à ta seconde lettre il faut absolument t’occuper de la position que doit préndre un camp à Moncoutant ou à Largeasse, et l’établir le plus promptement possible. Il faut que la communication s’établisse par de larges ouvertures entre le camp de Chiché et de la Chataigneray intermediairement par celui de Largeasse ou Moncoutant. Il faut établir des patrouilles pour assurer cette communication aux quel on désigneroit le point ou elle se réncontreroient avec les patrouilles des autres camps. Je te préviens au surplus que je donne ordre au général Ferand de faire porter sans délai une colonne de 2000 a 2600 hommes de troupes fraiches à la Chateigneraye. Cette colonne est déstinée à faire une croisière de Chiché à la Chateigneraye pour protéger l’établissement du camp intermédiaire. Tu voudras bien prendre des mésures pour (que) cette colonne trouve des subsistances dans un de ces deux points. Signé le général en chef Vimeux. »

    Ce que nous venons de voir annonce la nécessité d’un camp républicain supplémentaire. Décidément l’établissement de ce qui sera le camp de Largeasse n’est pas simple… 

    Le 14 juillet 1794, le général Vimeux écrit comme promis à Bonnaire à la commission de l’organisation des armées de terre  (13) :

    « Copie de la lettre du général Vimeux écrite de Niort le 26 messidor an 2ème de la République française une et indivisible.

    A la commission de l’organisation et du mouvement des armées de terre

    Je vous ais instruit que j’allois me porter le premier thermidor (19 juillet) a Fontenai le Peuple. Je vous adresse aujourd’huy la copie de l’ordre général de mouvement que j’ai donné pour l’armée de l’Ouest afin de resserer les brigands dans un cercle plus étroit par des camps ou la discipline se rétablira et qui se rapprochant insensiblement cerneront absolument nos ennemis.

    Pour faciliter l’établissement d’un camp intermédiaire entre celui de la Chataigneraye et celui de Chiché, je donne ordre aujourd’huy a une colonne de 2  a 3000 hommes de partir de Pont Charron sur la route de Chantonnay a Fontenay pour se porter la croisière entre la Chataigneraye et Bressuire et couvrir par le pays de Thouars & qui est menacé. Cette colonne aura aussi pour objet de surveiller les rassemblemens des rebelles qui ont attaqué la Chataigneraye et qui paroissent en force sur ce point.

    Salut et fraternité

    Signé Vimeux

    Pour copie conforme

    Le commissaire... »

     

          A suivre à la même commission  (14). On apprend davantage de détails sur l’affaire de la Chataigneraie :

     

     « Au quartier général de Niort le 26 messidor l’an 2ème de la Répubique française une et indivisible.

    VIMEUX, Général en chef,

    Aux citoyens composant la commission de l’organisation et du mouvement des armées de terre.

    Citoyens,

    Je vous ay prévenû par ma lettre d’hier que je vous feroi passer successivement les détails de l’affaire qui eu lieu le 24 à la Chatégneraye. Je vous adresse en conséquence copie de la lettre que je viens de recevoir deu général de division Bonnaire. Vous y verrez que les brigands ont perdû 500 hommes au lieu de 300 que vous avois d’abord annoncé par son premier raport. Vous y verrez encore que plusieurs républicains s’y sont bien conduits ; je vous citerai entre autres le nom du brave Ambroise Lataillède chasseur à cheval du 3ème régiment 12ème compagnie qui a poursuivi et tué un des chefs des rebelles ; le général Bonnaire dans les détails qu’il donne garde le silence sur sa propre colonne ; c’est un effet de sa modestie qui ajoute à son mérite ; je suis informé qu’il s’est conduit avec autant d’intelligence que de valeur ; il s’est précipité suivi de six cavalier seulement au travers d’une colonne ennemie qui étonnée de cette charge audacieuse a commencé à se débander et a entraine le reste dans une déroute entière.

    Salut et fraternité

    Vimeux »

     

     

    On notera la différence de version par rapport à ce qu’a publié Savary :

     

    « Copie de la lettre du général Bonnaire de Fontenay le peuple le 25 messidor an 2 de la république une et indivisible.

    Au général en chef,

    Je t’ai promis général de te donner un détail plus exact de l’affaire qui c’est passé hier matin a la Chataigneraye. J’attendais pour cela le rapport de la colonne qui était sortie du camp pour poursuivre l’ennemi ; comme elle s’était avancée environ d’une lieux a la poursuite de l’ennemi elle à voulu rentré a la Chataigneraye, mais une seconde colonne de l’ennemi l’en ayant empeché et les poursuivant au contraire vivement, les a forcé de se réplier meme en désordre, c’est ce qui fût cause qu’une partie du camp, est vénue semé l’allarme à Fontenay et meme  a Niort, et à annoncé la prise du camp de la Chataigneraye.

    Cependant général la moitié du camp resté a son poste là deffendû oppignatrement et à donné une chasse complette aux scelerats qui dans leur déroute ont abandonné environ 150 fusils et 300 piques ou faux après avoir perdu au moins 500 hommes. Le succès de cette affaire est duë au zele, a l’activité et a la prudence du commandant de bataillon du Bec d’enbes et deuzième de Paris, qui à l’aide du détachement des chasseurs du 3e régiment, et d’une partie de la gendarmerie resté ferme a son poste ont chargé impétueusement les brigands.

    Les républicains repoussés par l’ennemi s’empressent de ce rendre à leur poste ; il en rentre a chaque instant et je crois pouvoir t’assurer que malgré le mauvais succès d’une partie du camp, qui c’est trouvé enveloppé par 4000 hommes, nous n’avons perdû dans cette affaire que cent républicains tant tués que blessés.

    Six volontaires récemment parmi nous après avoir été retenus prisonniers trois semaines par les brigands m’ont assuré que la Roche Jacquelin avait été tu a l’affaire de Chanteloup et que sa perte affligeait beaucoup les brigands. Ses même volontaires ainsi que deux brigands blessés que l’on a ramassé sur le champ de bataille, nous ont... (papier déchiré)... avait fait fusillier Marigny le... (papier déchiré)... de l’affaire de Chanteloup par suite d’une... (papier déchiré) ...particullière.

    Ainsi cette affaire loin d’être inquiétante pour la république est un nouveau succès pour elle. Sois assuré général que nous prendrons toutes les mesures nessessaire pour assurer sa tranquillité.

    Les officiers de ton état major te remettront le chapeau du chef tué dans l’affaire et le drapeau blanc pris par les chasseurs sans culottes.

    Salut et fraternité

    Signé Bonnaire

    Pour copie conforme

    Le général en chef

    Vimeux »

     

     

    Voyons à présent un tout autre son de cloche de la part d’un officer sans-culotte du nom de Lanzero qui donne sa version à un citoyen Mercier. Le document est malheureusement incomplet (15). J’ai signalé les passages manquant par des points de suspension :

    « Au camp devant la Chateigneraye le 3e thermidor deuxième année républicaine (21 juillet 1794)

    Je crois devoir te donner mon cher ami, Mercier le détail des deux affaires que nous avons euës avec les rebelles vendéens, que je t’ai annoncées par ma précédente du 24e du passé ; jour mémorable pour la garnison qui était ici. Accorde moi quelques instans pour lire ma longue période ; tu y verras avec peine comme bon républicain à qui le sort de tant des braves gens ait confié. Le détail le plus exact de ces deux malheureuses affaires et les faits que je te rapporte devraient être connûs s’il était possible dans toute la république, pour que l’on vit l’incapacité ou la malveillance des généraux qui nous commendent cette année. Je laisse à te prudence le droit de les transmettre au comité de salut public, qui désire autant que nous la fin de cette guerre. Si les moyens sages qu’il à indiqués par un de ses arrêtés du 14 messidor pour y parvenir, ne sont point entravés dans leur marche, nus pouvons espérer d’en voir la fin. Il y à longtemps que la Vendée serait purgée de cette horde de brigands si nous avions eu des généraux républicains et désinteressés, qu’ils eussent surveillé les mouvemens de l’ennemi, ils auraient vû que c’était l’affaire de 8 jours pour tout terminer. Je ne me permettrai aucune réflexion à ce sujet, mais en homme libre je dois dire la vérité et toute la vérité.

    Le 22e messidor l’armée campée devant la chataigneraye s’est mise en marche vers minuit : on la faite marcher tout d’un trait sur Chanteloup à 5 mortelles lieuës du lieu de nôtre départ. Il était dit que nous devions faire une jonction à 7 heures du matin avec la colonne campée devant Siché (Chiché), à deux lieues de Chanteloup et attaquer en même temps les imbécilles fanatisés qui étaient audit Chanteloup.

    Le général Bonneraire (sic), qui nous commandait, était à son rendez-vous, nous fait arriver à l’heure indiquée à (une) demie lieue de l’ennemi. La disposition de la marche pour faire l’attaque à été changée ; ce général ne connaissant le terrain que l’ennemi occupait que pour l’avoir vû imparfaitement sur le papier ; il combine avec son état major qu’il faut faire marcher toute la cavalerie en avant et à cinquante pas de la colonne ; il fait porter des tirailleurs à droite et à gauche, à la vérité un peu trop éloignés pour pouvoir la prôtéger. Je t’observe que la majeure partie de nôtre cavalerie était des gendarmes dans le genre de ceux que nous avions l’année dernière. Les avant postes de l’ennemi sont égorgés par un piquet des chasseurs à cheval que nous avions pour escorter le général. L’ennemi instruit de nôtre apprôche, s’est embusqué dans un champ de genet, il à laissé approcher nôtre cavalerie apportée de pouvoir la cribler : et dans le fait, il à fait un feu si bien nourri quelle à été surprise et forcée de faire rétrograde sur la colonne ; ce qui à mis le terreur dans la majeure partie de nôtre armée et la mise dans un désordre affreux à un point qu’il à été impossible de l’arrêter. La partie de l’avant-garde qui avait portée sur les flancs, à été obligée de soutenir le feu d’environ 500 brigands ; ce feu à roullé pendant une demi heure : si malheureusement les brigands avaient eu connaissance de nôtre désordre, peut-être qu’ils ne nous auraient pas cédé le terrain comme ils ont fait et qu’il .../... cheval, tandis que deux bataillons, plusieurs compagnies franches, et tout la cavalerie, étaient au pré derrière la Chataigneraye, ou ils sont devenus inutiles.

    A 6 heures et demie, comme le feu s’engageait, l’officier général Communeau, avec les adjoints et autres de sa suitte paraissent en parcourant la ligne de l’armée et se trouvent cernés (comme nous l’étions) il ramasse toute la cavalerie qui était dans cette partie, il profitte de la trouée qu’avait faite 1500 hommes du bataillon des sans-culottes, la bayonnette en avant, et battent en rétraite jusqu’à colonges (Coulonges-sur-l’Autize), distance de 5 lieuës d’ici. Conséquament l’ennemi se trouve chassé par les républicains sans culottes, tandis que le restant de la colonne brigantine poursuit et met en déroute la partie gauche de nôtre armée. Nôtre compagnie qui était derrière les jacobins avec environ 40 hommes de la 1ère réquisition habillés comme les brigands, (il) nous à fallu faire face à la colonne du centre de ces coquins, tandis que leur colonne de gauche cernait la Chataigneraye. Nous avons suivi le mouvement de l’ennemi et soutenu leur feu jusqu’à ce que nous avons vû que nous ne pouvions plus y résister. Nous avons traversé quelques jardin qui nous ont conduits sur la terrasse des jacobins ou nous nous sommes mis en bataille, incertains pendant quelques minutes que ce fut nos frères qui vinrent joinde leur poste ; nous avons .../...

    ...Déjà formée. Ducos, se met à la tête de notre compagnie avec une partie du bataillon du Bec-dambès, et la cavalerie qui à semblant de charger ; les gueux des brigands prennent la fuite et vont se ralier dans un champ sur une hauteur. Nôtre infanterie les à poursuivi jusqu’au bas de la lande où ils étaient, voyant que cette mauvaise cavalerie ne chargeait qu’au pas d’infanterie pour lors n’a pas voulu s’exposer à la poursuivre.

    Pendant ce long intervalle, je vois arriver un chasseur à cheval du 3ème régiment qui annonce que son escadron qui était parti le matin pour aller à Fontenay-le-peuple revenait à nôtre secours. Ces braves arrivent au galop, et n’attendent point qu’on leur dise de se porter sur l’ennemi ; ils volent, ils les poursuivent. Ce mouvement vigoureux leur fit faire encore une rétrograde, ils se portèrent sur une hauteur dans une lande ou ils se réunissent en bataille. Les braves chasseurs à cheval, n’écoutant que leur courage foncèrent intrépidement le sabre à la main sur cette nombreuse colonne de fanatiques, quelques compagnies de la gendarmerie suivirent ces braves et font le carnage que peuvent faire des hommes qui combattent pour la liberté, mettent cette horde de scéllérats dans une déroute complette et en font une déconfiture.

    Un fait qui mérite d’être connû. Cent de ses scéllerats se sont avancés à nous dans le temps que nous étions en si petit nombre, en nous disant qu’ils se rendaient avec leurs armes pourvû que (nous) voulussions poser les notres. Le nombre de 40 hommes que nous étions n’était pas suffisant pour nous livrer aux propositions de ces polissons, qui peut-être venaient pour nous surprendre. Les colloques finies sans avoir aucun résultat, ses gueux se sont repliés sur leur troupe qui était à distance de deux cents pas de nous sans livrer un coup de fusil : nous en avons fait de même ne voulant engager un combat qui serait devenu préjudiciable au gain de cette affaire.

    Il était onze heures quand nous sommes rentrés dans nos camps respectifs ; approchant midi, le général Bonnaire, Lapierre et tous les autres rongeurs de nation sont arrivés, charmés dans le fond de leur ame que tout fut fini. Ce général, machine, sans prendre aucun renseignement sur ce qui s’était passé, ou bien imparfaitement, en à fait une longue rélation, et à ozé s’en attribuer toute la gloir ; et donner des louanges à ceux qui n’ont rien vû ni rien fait pour contribuer au gain de cette affaire.

    Voila donc deux affaires parfaitement conformes pour les combinaisons militaires, nous avons vû dans les deux affaires, les deux armées confonduës les unes aux autres, se donnant la chasse mutuellement ; voilà l’ordre qui à régné. Il est donc probable que des soldats qui savent oublier la tactique militaire pour être conduit au combat.../...

    ...chôse pour nous.

    J’ai reçu une lettre du brave général Chalbos, j’i vois avec peine qu’il ne peut m’accorder la place que lui avais demandée, à cause qu’il à trouvé son état major complet. Mais il me donne espoir.

    Adieu cher ami je tembrasse de tout mon cœur et suis pour la vie ton camarade républicain

    Lanzero »

     

     

    On se souvient des nombreux combats qui ont eu lieu pour la prise de la Châtaigneraie et ce, bien après les deux passages de l’armée vendéenne en route pour Fontenay. Ainsi, les 30 mars 1794 (16), 25 avril (17) et 2 mai (18). Sans doute, y aurait-il des études à mener sur chacun d’entre eux.

    RL

    Septembre 2018

     

     

     

    Notes :

    (1)  Il serait fastidieux d’énumérer dans le texte, tous les liens hypertexte concernant le camp républicain de Largeasse et je préfère laisser le lecteur utiliser la fonction recherche du blog afin de mieux collationner les informations y afférantes.

    (2)  SHD B 5/9-57, v. 8/11 Bulletin analytique seul (document manuscrit sans formulaire) se rapportant au Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest. B 5/10-1, v. 17/26, dont je cite l’extrait supra.

    (3)  Savary, tome IV, p. 11 et 12. SHD B 5/9-73, v. 18/21, Bulletin analytique seul.

    (4)  B 5/10-1, v. 18/26. 

    (5)  Savary, tome IV, p. 22 et 23. SHD B 5/9-79, v. 9/12, bulletin analytique seul.

    (6)  Ma femme a depuis déjà longtemps une biographie en cours sur Louis Richard pour son blog « La Maraîchine normande ». Ce dernier, marchand de moutons, habitait la Brechatière de Cirières au moment de la « Grande Guerre ». C’est un personnage connu dans le Cerizéen. Officiellement tué en février 1796, selon un rapport de Hoche, il l’aurait en fait été en novembre 1795 aux dires de sa fille.

    (7)  SHD B 5/9-79, v. 12/12, bulletin analytique seul.

    (8) SHD B 5/80, v. 141/148. Registre de correspondance de Vimeux, p. 279.

    (9)  Savary, tome IV, p 23 et 24. SHD B 5/9-80, v. 3/17.

    (10)         Une note du « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest précise  qu’un « brave chasseur a arraché le drapeau après avoir tué 4 brigands qui le défendoient ». SHD B 5/10-1, v. 18/26.

    (11)      Le département de la Gironde est renommé  « Bec d’Ambès » (lieu de confluence de la Garonne et de la Dordogne) par les terroristes après la chute des « Girondins ».

    (12)     SHD B 5/9-82, v. 1/13, bulletin analytique seul renvoyant au registre de correspondance de Vimeux en B 5/81, v. 2 et 3/129. Je cite le registre in extenso. Extraits également en B 5/83, v. 14 et 16/19.

    (13)   SHD B 5/9-83 v. 5 et 6/19, + v. 14 à 16/19 bulletins analytiques compris.

    (14)   SHD B 5/9-83, v. 7 à 13/19 avec une seconde copie. Bulletins analytique compris.

    (15)         SHD B 5/9-91, v. 1 à 5/21, bulletin analytique compris.

    (16)         SHD B 5/8-99. 

    (17)         SHD B 5/8-122. 

    (18)         SHD B 5/9-3 et B 5/9-5. 

     

     


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