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    Le camp de Thouars...

     

     

     

     

    Nous poursuivons ici l'étude des camps du système Vimeux avec celui dit de Thouars , mais plus certainement installé sur les hauteurs de Vrines à proximité du pont rendu célèbre par la bataille du 5 mai 1793.

    Comme nous le savons Thouars de par sa position géographique est une ville importante, qui ne dispose jusqu'à la création de camp que d'une garde nationale et d'environ 1600 hommes des 4ème, 5ème et 6ème bataillon de la Vienne, s'ajoutant à celà quelques gendarmes dont le nombre oscille entre 38 le 5 et 78 le 12 Novembre 1793, ce qui est très peu comparé aux 3962 hommes stationnés à Cholet ou bien encore aux 3730 de Saumur.

    Au tout début de l'été 1794 la région thouarsaise connait un calme relatif, les archives nous indiquant deux attaques de convois de vivres, un à la Chapelle Gaudin et un autre à deux lieues de Consourson, le second allant ravitailler à Vezins la colonne du général DELAAGE et de ses 600 hommes. On retrouve à cette occasion un bien triste sire, le dénommé général GRIGNON qui se propose de faire une sortie, très certainement du poste de Doué la Fontaine. Ensuite plus rien dans les archives jusqu'au 20 juin ou VIMEUX enjoint à GRIGNON de se rendre sur Thouars, ordre qui sera confirmé par un autre courrier daté lui du 23. Les premières troupes formant l'effectif de ce camp seront donc les bataillons de la Vienne cités plus avant ainsi que le 19ème régiment de dragons ainsi que des troupes en provenance de Rochefort et Thouarcé, pour lesquelles GRIGNON dans un courrier du 24 juin ne donne aucun effectif précis

    GRIGNON lui même ne se rendra pas sur Thouars avant le 27, car le 25 il fera du camp de Doué une sortie sur les bois de la Frappinière à Gonnord. Il indiquera néanmoins la présence de 400 hommes sur ce nouveau camp. Comme nous venons de le signaler l'arrivée de ce triste sire se fera le 26 juin, au plus tard le 27, il recevra d'ailleurs l'approbation de VIMEUX pour les dispositions prises, ainsi qu'un ordre de désarmement de la garde nationale de la ville, afin de pallier au manque d'armes de ses troupes. La confirmation de se fixer sur ce poste interviendra le 2 Juillet suivant.

    La première action de ce fameux général après sa nomination effective sera d’enfreindre les ordres du général en chef, en organisant le déplacement des chasseurs de Chinon vers Angers et non vers Tours comme ordonné. Sur cette période allant du 2 au 8 Juillet deux « combats » seront menés sans plus de précision, un à Mauzé-Thouarsais à moins d’une lieue de Thouars et un autre à Saint Pierre à Champs situé à 5 lieues de la ville, et qu’une bande de 200 brigands est allée se réfugier vers Argenton-Château. Nous apprendrons également par ces sources qu’au 8 juillet l’effectif du camp est de 622 hommes dont seulement 30 % sont armés : élément très intéressant que l’on retrouve dans tous les camps ou presque, c’est l’état de délabrement des troupes stationnées et leurs faibles effectifs. GRIGNON indiquant même en date du 11 Juillet que faute de troupes il limitera son activité à quelques patrouilles et rien de plus. Ceci étant corroboré par le citoyen PRIEUR, commis aux écritures de l’hôpital militaire de Thouars qui note qu’il n’y a pas assez de monde et rejette la responsabilité de la situation sur le citoyen ROBESPIERRE, cela bien sûr après l’exécution de ce dernier dans un courrier daté du 27 août.

    Autre source qui prouve que les conditions de vie dans ces camps étaient plus que rudes, la première du général Bonnaire qui signale que le camp de Thouarcé est ravagé par la gale et que les soldats trafiquent avec les brigands. Cependant à partir du 15 juillet les choses vont devenir plus sérieuses pour ce poste... En effet des rapports établissent un rassemblement de 400 brigands à Noirlieu, ce qui est sans doute une des raisons de l’arrivée de 1473 hommes (parmi lesquels 784 du 57ème régiment dont 228 seulement sont armés, et 649 autres dont l’unité n’est pas précisée) en renfort, dont seulement 273 armés, ce qui porte l’effectif total à 2035 soldats.

    Dans un courrier GRIGNON indique que TRAVOT a effectué une sortie du camp de Concourson, ce qui pour moi indique dans le système VIMEUX, un camp ou une localité abritant le quartier général d’une division, pour le camp qui nous intéresse, ce sera la ville de Doué la Fontaine siège de la 3ème division commandée par le général CAFFIN. Et autour une multitude de camps plus petits, pour notre étude on notera des postes à Passavant- sur-Layon (route de Doué à Argenton Château), Brissac, Le Puy La Montagne (Puy Notre Dame), Argenton Château, Concourson, Thouarcé et Beaulieu sur Layon.

    Ce qui est certain c’est qu’en date du 19 juillet GRIGNON dispose selon ses propres dire de seulement 700 hommes armés alors qu’il estime en avoir besoin de 2000. Pour des raisons inconnues, CAFFIN va pendant quelques semaines remplacer son infernal cousin parti pour La Chataigneraie, à la tête du camp ou dès son arrivée il enverra des patrouilles sur les secteurs connus pour être des passages de Brigands. Il se verra aussi retirer les 700 hommes du 14ème bataillon de la République envoyés dans la région de Luçon. Cette période sera marquée par une correspondance, ou reviennent souvent les soucis des faibles effectifs, rendant difficile voire impossible l’aide aux postes en difficulté comme celui d’Argenton que Caffin évoque comme barricadé par les rebelles le 28 Juillet. Lui comme son cousin ne recevront comme réponse de la part du général en chef de redoubler d’activité pour masquer la faiblesse numérique de leurs troupes. Il est également question de l’abandon de deux postes mais il n’est pas précisé lesquels.

    Le seul combat qui marquera l’histoire de ce camp sera celui du 3aôut 1794 à Noirlieu ou 200 hommes du camp passeront par Coulonges pour ensuite faire jonction avec des troupes venues du camp de Chiché, la défaite sera royaliste qui laisseront 200 morts, 40 prisonniers et un drapeau capturé par un certain JAMURY caporal de la 7ème compagnie du 29 régiment d’infanterie légère, drapeau qui sera ultérieurement envoyé au quartier général. La situation à cet instant demeure fragile pour les républicains malgré leur victoire, car plusieurs rassemblements royalistes sont signalés (La Fougereuse, Saint-Clémentin et Noirlieu) menaçants Thouars, Bressuire ou encore Argenton.

     

    Cliquer sur la carte pour voir Noirlieu et Thouars :

    Le camp de Thouars....

     

    A partir de ce moment l’incorruptible étant tombé on verra la parole se libérer comme l’ont dit de nos jours, où CAFFIN et le dénommé Prieur que nous avons évoqué plus haut vont se lâcher en accusant ce dernier et ses partisans de leurs situations précaire. Mis à part le combat de Noirlieu que Richard a très bien raconté dans un autre article publié il y a quelques années, l’activité se bornera à de simples patrouilles comme celle durant deux jours commandée par un certain MAILLEFER comportant 350 fantassins et cavaliers allant jusqu’à Argenton en passant par Cersay, Genneton et Massay, ou encore la rencontre au château de Beaurepaire (situé sur la source du Layon en la paroisse de Cléré-sur-Layon à la limite des Deux-Sèvres et du Maine-et-Loire) de 50 paysans faisant leur pain. Sur cette même période la peur d’une attaque de grande ampleur sur la ville sera plus que présente, les rapports signalant une troupe de 3000 hommes avec à leur tête STOFFLET, Louis RICHARD et TROTTOUIN, se portait sur la ville. Malheureusement il n’en fut rien, car sans troupes ou presque la cité fût prise. Le grand changement de ce mois d’août est l’arrestation de GRIGNON et son remplacement par le général Charlery en date du 14 ; et à qui sera adjoint le 17 l’adjudant général VERGNOT. Dans les archives , du SHD on ne parlera plus du camps de Thouars, mis à part les écrits de PRIEUR lesquels feront l’objet d’une autre étude, jusqu’au mois de septembre ou il sera fait état de la prise du camp de la Roulière, et d’attaques sur Concourson, Thouars et Thouarcé sur la même période.

     

     

    Que retenir de cette étude ? Tout d’abord la république n’envoie pas ses meilleures troupes sur ces fameux camps « VIMEUX », les équipements à défaut d’être médiocres sont inexistants, la


    maladie règne comme la corruption. Les troupes à défaut d’être bonnes sont numériquement faibles (par exemple le 15 décembre 1794 les effectifs de la division Caffin dont dépend le camp de Thouars dispose au total de 13 501 soldats sur 18 879 prévus) et elles sont éparpillées sur plusieurs endroits comme par exemple ces 392 gendarmes à cheval répartis entre Brissac, Doué, le Puy-la-Montagne et Thouars, où ces 195 hommes du 14ème régiment retrouvés sur Thouars , Doué et Argenton.

    Le plus remarquable étant pour moi la peur que certains noms engendrent chez les bleus, car on voit bien que ceux-ci rechignent à s’aventurer trop loin en pays insurgé, même si au final cela n’aurait sans doute rien changé, la guerre était perdue avant même d’être commencée. Elle aura mis en exergue une phrase qu’Edmond Rostand a fait prononcer à Cyrano : « On ne se bat pas dans l’espoir du succès. Non !  Non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ».

     

    Alors oui, ces combats étaient sans doute inutiles, mais ils nous auront fait connaître le panache de certains, l’humanité d’autres, voire la férocité d’un troisième.

    Voyons les comme des exemples dans les jours sombres qui nous arrivent.

     

    Pierre Périeau pour Chemins secrets

     

    Août 2020

     

     

     

    Cotes d’archives consultées :

    SHD B5/9-42

    SHD B5/-51

    SHD B5/9-56

    SHD B5/9-58

    SHD B5/9-59

    SHD B5/9-62

    SHD B5/9-67

    SHD B5/9-73

    SHD B5/9-74

    SHD B5/9-79

    SHD B5/9-85

    SHD B5/9-89

    SHD B5/9-91

    SHD B5/9-99

    SHD B5/9-100

    SHD B5/10-3

    SHD B5/10-5

    SHD B5/10-8

    SHD B5/10-10

    SHD B5/10-11

    SHD B5/10-12

    SHD B5/10-14

    SHD B5/10-22

    SHD B5/10-25

    SHD B5/10-37

    SHD B5/10-49

    SHD B8/9-101

     

     

     

    Cotes relatives aux effectifs :

     

    SHD B5/119-2

    SHD B5/119-3

    SHD B5/119-19

    SHD B5/120-1

    SHD B5/120-2

    SHD B5/120-3

    SHD B5/120-5

    SHD B5/120-7

    SHD B5/120-16  et SHD B5/120-19


     


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    Deux attaques du camp de Chiché...

     

     

    Je vous avais montré ici dans les grandes lignes à quoi pouvait ressembler le camp de Chiché. Afin de compléter cette série d’études sur les camps républicains en 1794, je vous propose de présenter deux combats qui se sont déroulés pour tenter de prendre le camp. Le 12 juillet 1794, les Vendéens projettent tout d’abord d’attaquer le camp de Chiché, puis les gars de la division de Cerizay s’étant dispersés suite à la mort de Marigny, l’armée de Stofflet changera d’objectif et préfèrera se diriger contre La Châtaigneraie (1). J’ai présenté le détail de ces combats ici. On sait que les Vendéens ont projeté plus d’une fois une attaque au cours de l’été (2) sans jamais pouvoir parvenir à se rendre maîtres du camp. Il est probable que le manque d’effectifs et l’éloignement de ce camp, plus près de la Gâtine que du Bocage n’aura pas encouragé les paysans à s’y rendre. Pourtant le village très royaliste de Boismé aura à subir plus d’une fois les pillages et exactions des soldats.

    Il faudra donc attendre le 2 septembre pour que le camp soit enfin attaqué. Il est dommage qu’il n’ait pas pu l’être plus tôt car en septembre, le camp de Largeasse, situé entre Chiché et La Châtaigneraie vient d’être constitué, ce qui rend encore plus difficile une éventuelle percée ou du moins une prise à revers. Voici ce que rapporte Vimeux de cette attaque (3) :

     

    «  Du 3 septembre 1794.

    Le général Vimeux, au comité de salut public.

    (Fontenay).

      

    Les brigands ont attaqué hier le camp de la Roullière, commandé par le général Jacob, et celui de Chiché, commandé par le général Legros. Ils ont été repoussés et poursuivis sur les deux points ».

     

    Vimeux à nouveau le lendemain 4 septembre (4) :

     

    « 18e fructidor

     

    Aux représentants du peuple dans les départemens de l’Ouest et près l’armée.

     

    Je vous fais passer copie d’une lettre que je vient de réçevoir du général de division Bonnaire, commandant a la Chataigneraye, dans la qu’elle vous verrez que dans une sortie faite par le camp de Chiché les Brigands ont été mis en déroute avec une perte de quarante a cinquante hommes.

    Signé le général en chef Vimeux. »

     

    A la même date, les représentants Dornier et Guyardin écrivent au Comité de Salut Public pour le prévenir (5)

     

    « Le général Legros commandant le camp de Chiché, dans une sortie qu’il a ordonnée de 560 hommes qui se sont portés sur Bressuire Breuil et Chaussé, il a rencontré deux postes de Brigands qu’ils ont mis en déroute. 45 ou 50 de ces scélérats ont été tués. On leur a enlevé 52 bêtes à corne et pris 38 personnes. »

     

    Deux attaques du camp de Chiché....

     

    C’est donc une toute petite affaire que cette tentative d’attaque qui en fait, n’aura même pas permis aux Vendéens de s’approcher du camp. Sans doute est-ce ici qu’il faut placer un document trouvé par l’ami Bruno Griffon de Pleineville dans les demandes de pensions de soldats vendéens des Deux-Sèvres. Le 8 août 1824, Pierre Marcheteau, journalier et demeurant à Noirterre, expose ses motifs pour une demande de pension (6). Après avoir exposé ses blessures au combat de la Châtaigneraie en 1794, il signale que :

     

    « Son déffunt père faisait partie d’une garde établie au chef lieu de la commune de Faye Labesse. Dans une ataque qui eut lieu au pont de la Porèrre près le camp de Chiché il y fut tué  et une grande partie de ceux qui étaient avec lui ; et dans la déroute qui s’en suivit. Sa mère qui habitait le village de Chaume près le dit pont et qui nourrissait un enfant fut massacrée chez elle avec deux de ses enfants.

    Tout leur mobilier a été détruit par le feu et le village. »

     

    Deux attaques du camp de Chiché....

     

    Situation de Chaume et de la Poraire (où se situe un magnifique prieuré évoqué ici) :

     

    Deux attaques du camp de Chiché....

     

    Le pont de la Poraire se situait à environ 3 km à vol d’oiseau du camp de Chiché, 4 km pour le village de Chaume.

    Puis, c’est une seconde affaire, beaucoup plus nébuleuse celle-ci, que l’on trouve dans différents ouvrages sur les Guerres de Vendée. Dans les « Itinéraires de la Vendée Militaire » de Philbert Doré-Graslin (1979), on trouve à la date du 5 février 1795 (7) :

     

    « Bien qu’il n’ait rassemblé qu’une partie de ses divisions, Stofflet attaque le camp de Chiché entre Bressuire et Parthenay. Mais son arrière-garde est surprise et battue par une colonne de Bleus sortie du camp de Vrines, près de Thouars. Stofflet essaie, alors, de rassembler les fuyards mais, devant la débandade de ses troupes, il regagne son quartier-général à Maulévrier. »

     

    En jetant un oeil dans l’ « Histoire de la Vendée Militaire » de Crétineau-Joly (je sais, encore lui !), on trouve effectivement une histoire semblable mais non datée avec précision (8). Crétineau-Joly note que 300 républicains sortis du camp de Vrines « fondent sur leur arrière-garde (des soldats de Stofflet) et la mettent en déroute. »

    Si Jacques Crétineau-Joly et plus près de nous, Philbert Doré-Graslin avaient regardé une carte, il auraient pu se poser des questions sur les distances parcourues pour se rendre à Chiché par Stofflet, qui était à Vihiers trois jours auparavant. Cinquante kilomètres en deux jours pour rencontrer un détachement du camp de Vrines qui en a parcouru près de trente ! Bon allez, on va dire que Doré-Graslin a mal compris Crétineau-Joly qui lui, précise que Stofflet « est en route pour attaquer le camp de Chiché » mais sans doute loin d’être arrivé. Et Chassin ? Il se prend littéralement les pieds dans le tapis et déclare (9) :

    « Il y avait encore eu, dans les derniers jours d’avril, des petites affaires, notamment en Maine-et-Loire, près de Chiché, où avait été tué un brave Mayençais, Wolf, à la tête d’un détachement de 150 hommes. »

    Voilà donc Chiché en Maine-et-Loire ! Hélas, Chassin n’a pas inventé la mode des historiens qui ne connaissent pas le pays ; ils sont légions, et encore aujourd’hui à nous raconter les Guerres de Vendée depuis le fond d’un bureau sans avoir jamais mis les pieds sur le terrain. Quant à recopier inlassablement des ouvrages datés de cent cinquante ans pour produire du nouveau, je préfère taire ce que j’en pense, à fortiori lorsque ceux-ci sont truffés d’erreurs. La seule explication cohérente que j’ai pu trouver est rapportée par Edmond Stofflet (10) :

    « A la fin de janvier, les divisions royales du Bocage étaient convoquées pour attaquer le camp de Vrine. Une longue inaction avait énervé l’ardeur belliqueuse des Vendéens, et les actes conciliants de la république, humiliée devant eux dans tout l’éclat de sa gloire, leur semblaient les présages d’une paix durable ; ils marchaient donc à regret et avec mollesse. Devant le bourg de Mauzé, trois cents républicains, sortis du camp de Vrine et décrivant un long circuit, les prirent en queue, tandis que le gros de la troupe se rangeait en bataille devant les cantonnements et leur infligeait une sanglante déroute. »

    Les différents mémorialistes ne citent pas ce combat, ni Poirier de Beauvais, ni Monnier, ni Pauvert, ni Coulon. Seul Gibert paraît y faire une allusion très sibylline à la date du 6 janvier 1795 (11) :

    « Cette tranquillité continuait toujours ; le chef de la Division de Chemillé voulut en profiter pour prendre le camp ennemi par derrière. Le 6 janvier 1795 il se mit en marche pendant la nuit avec un gros détachement, et pénêtre assez avant de l’autre côté de la rivière, mais sa marche ne peut être si secrète que les républicains n’en eussent vent. Ils lui tombèrent sur le corps, lui tuèrent environ 200 hommes, et il eut bien de la peine à s’échapper. Ce fut la dernière opération de la guerre. »

     

    Deux attaques du camp de Chiché....

    Deux attaques du camp de Chiché....

     

    Mais quel camp fut donc attaqué le 6 janvier 1795, jour des rois ? Eh bien, il s’agit du camp de Beaulieu-sur-Layon ! Rien à voir avec Chiché, ni même avec Vrines. Nous voici donc avec une attaque dont la date varie entre le début de janvier et la fin d’avril, et entre les trois camps de Beaulieu-sur-Layon, Vrines (Thouars si vous préférez) et Chiché, soit sur plus de 70 km, si l’on excepte un passage par Thouars. Une attaque du camp de Chiché en 1795 ? Non, décidément, je ne le crois pas.

     

    A suivre...

     

    RL

    Mai 2020

     

     

    Notes :

     

     

    (1) Poirier de Beauvais, op. cit., p. 302 et 303 avec une note de M. de La Bouère. Crétineau-Joly, tome II, édition de 1895, p. 284.

    (2) Savary, tome IV, p. 75 et 76, d’après les déclarations du notaire de Cerizay, Basty la Foye.

    (3) Savary, tome IV, p. 107.

    (4) SHD, B5/10-43, v. 1/16, bulletin analytique renvoyant au registre de correspondance B 5/81 p.252, v. 128/129

     

    (5) SHD, B 5/10-43, v. 13/16.

     

    (6) AD79, R 69/11.

     

    (7) Op. cit. p. 158.

     

    (8) Op. cit, tome II, p. 331.

     

    (9) « Les Pacifications de l’Ouest », tome 1er, p. 364. A noter avec ce qui suit, qu’un officier et un chasseurs avaient bien été tués, entre le Parthenay et le camp de Chiché, mais l’année précédente, le 20 mai 1794. SHD B 5/10-1, v. 21/26, repris par Savary, tome III, p. 502.

     

    (10) « Stofflet et la Vendée », 1875, p. 311.

     

    (11) « Précis historique sur la guerre de la Vendée » suivi des « Observations faites en l’an dix sur le précis historique donné au public par M. Bournizeau, de Thouars, sur la guerre de la Vendée », SHD, 1 M 499, p. 95 et 96, v. 49 et 50/59.

     

     


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    Les landes de Corprais...

     

     

    C'est ici, aux limites des communes des Brouzils et de Saint-Georges-de-Montaigu que Turreau fit établir un camp pour ses colonnes infernales, où l'on retrouve un certain adjudant-général Pierre Vidalot du Sirat, dit "Dusirat". Au 28 mai 1794, sous le généralat en chef de Vimeux les effectifs du camp sont de 1 400 hommes (SHD B 5/10-1, 2ème tableau, p. 8., v. 6/26).

     Plus aucune trace de camp, bien entendu, dans ce qui était à l'époque une morne étendue désolée comme en atteste le cadastre napoléonien des Brouzils...

     

    RL

    Février 2014

     

    Les landes de Corprais....

    Les landes de Corprais....

    Les landes de Corprais....

    Les landes de Corprais....

     

    Je complète cet article en livrant un article d’Henri Bourgeois paru dans la « Vendée Historique et Traditionniste » nouvelle série, numéro 4, avril 1909, AD85, 4 num 499 13, v. 100 à 104/354.

    « Récits de la « Grand’Guerre »

    Aventures de deux petits orphelins de l’Herbergement

    Le bon curé Hillairet avait puisé à plus d’une source et j’aurai encore à écouter bien des « histoires » du temps de la « Grand’Guerre », si je voulais reproduire toutes celles pieusement recueillies par lui, d’après le témoignage des anciens de sa paroisse. Mais, comme cela me cantonnerait un peu trop dans la même région, je dois faire un choix et me borner, sauf à revenir plus tard à cette précieuse mine. Toutefois, avant de passer à un autre coin de la Vendée Militaire, je ne puis résister à la tentation d’emprunter encore aux notes inédites de mon vieil ami le dramatique récit qui va suivre. Je le reproduis textuellement, dans sa rédaction naïve, tel qu’il fut dicté à l’abbé Hillairet par une ancienne de la Rabatelière, Hortense Guillemaind :

    « Dans le temps de la Grand’Guerre, mon grand-père Sauvaget demeurait, avec sa femme, à l’Herbergement. Ils avaient deux petits enfants : la petite fille, qui se nommait Madeleine, avait neuf ans, et le petit garçon, trois ans seulement. Les landes de Corprais entre les Brouzils et Saint-Georges-de-Montaigu, leur servaient de refuge. C’est là qu’ils se sauvaient quand ils apercevaient les Bleus.

    Un jour, la mère et les deux petits enfants, qui s’y trouvaient cachés, furent surpris par un détachement. Quelques coups de sabre et de baïonnette jetèrent la pauvre femme mourante entre ses deux petits orphelins. La frayeur les avait empêchés de fuir, et longtemps ils restèrent à pleurer auprès du cadavre de leur mère.

    D’autres soldats vinrent à passer et, plus humains que les premiers, leur dirent : « Que faites-vous là ? Votre mère est morte ; vous voyez bien qu’elle baigne dans son sang. Allez-vous-en ! sauvez-vous ; ne restez pas ici ! »

    Et les deux enfants s’en furent, mais sans savoir où ils allaient.

    La petite fille portait son petit frère à son cou. Ils rencontrèrent une femme qui les reconnut et qui leur dit :

    - Te voilà, ma petite Madeleine ?

    - Oui.

    - Où es ta mère ?

    - Elle est morte. Les Bleus l’ont tuée et nous on dit de nous sauver.

    - Ah ! ma pauvre petite, qu’allez-vous devenir ? Je ne puis pas vous emmener avec moi ; vous n’iriez pas assez vite et vous me feriez prendre. Allez-vous-en comme vous pourrez ! (Hélas ! le malheur rend quelquefois égoïste !)

    A la nuit, les deux pauvres petits arrivèrent au village de la Boralière : ils étaient si fatigués qu’ils n’en pouvaient plus. Les gens du village les reçurent avec charité, leur donnèrent à manger et les couchèrent.

    Au milieu de la nuit, ils entendirent du tapage. On criait partout : « Les voilà ! les voilà ! voilà les Bleus ! sauvons-nous ! »

    Et chacun de se sauver comme il pouvait !

    Les deux enfants furent oubliés et restèrent dans leur lit. Ils n’eurent aucun mal.

    Le lendemain, la petite Madeleine, après avoir fait sa prière et fait faire le signe de la croix à son petit frère, se remit en route avec lui, et ils s’en allèrent bien loin.

    Ils trouvèrent quelqu’un qui était boulanger et qui leur donna à manger. Après il leur dit : « Sauvez-vous maintenant comme vous pourrez ! »

    En chemin, ils rencontrèrent leur père :

    - Ah ! vous voilà, mes deux petits enfants ! Où est votre mère ?

    - Les Bleus l’ont tuée quand vous nous avez quittés.

    - Ah ! mes chers petits, qu’allez-vous devenir ? Moi, je ne puis rester avec vous.

    Le camp de Bleus était à Montaigu, à peu de distance. Ils se quittèrent et s’en allèrent chacun de leur côté.

    Ils rencontrèrent une femme qui les reconnut :

    - Ah ! mes pauvres petits, vous devez être bien fatigués ! Ma petite Madeleine, où est-elle, ta mère ?

    - Elle est morte, les Bleus l’on tuée !

    - Eh bien ! vous allez venir avec moi ; nous ferons comme nous pourrons !

    Elle avait du pain qu’elle leur donna à manger, et tous trois s’en allèrent dans les landes de Corprais.

    Les Bleus les y trouvèrent. Il y en eu un qui donna un grand coup de sabre sur l’épaule de la femme. Elle tomba dans une rigole de fossé. Les Bleus s’en allèrent.

    Il y en avait un pourtant qui voulait retourner pour voir si elle était bien morte. Il voulait la tuer tout à fait, et les deux petits enfants, qui étaient à côté d’elle, les entendaient parler. Un de ses camarades lui dit : « Ne vois-tu pas qu’elle est morte ? Elle ne bouge plus ; laisse donc ces deux petits ! »

    Quand ils furent plus loin, la femme leur demanda :

    - S’en vont-ils ?

    - Oui.

    - Sont-ils rendus loin ?

    - Non.

    Un moment après, elle leur demanda encore :

    - Sont-ils rendus loin ?

    - Oui.

    Elle commença à relever sa pauvre tête. Elle aperçut qu’ils étaient rendus bien loin. Elle se releva et se mit à marcher, malgré les grandes souffrances qu’elle devait endurer.

    Ils arrivèrent au village de la Boralière, où ils se reposèrent pendant quelques jours. Une fois qu’on y était à boulanger, on crie tout à coup : « Les Bleus ! les Bleus ! » On laissa le pain dans le four et on se mit à se sauver !

    Et la naïve narration d’Hortense Guillemaind se termine ainsi :

    Et penser que cette vie a été menée pendant des années et des années ! »

    Article publié également sur le Blog de ma femme ici.

    Il n’y a aucun village du nom de La Boralière sur le territoire cité mais je pense qu’il s’agit de celui de « La Baraillère » dépendant des Brouzils. Voici sa situation par rapport aux Landes de Corprais sur la carte IGN de Géoportail :

     

    Les landes de Corprais....

      

    Article connexe ici.

     

    RL

    Mai 2020

     


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    Signaux et feux entre les camps républicains...

     

    Nous continuons notre petite étude des camps républicains, avec cette fois-ci un focus sur un élément souvent ignoré dans l’histoire des Guerres de Vendée : la communication entre les troupes.

    Du côté des Vendéens, on a beaucoup colporté l’histoire des moulins qui auraient fonctionné comme des télégraphes, signalant ainsi les attitudes à adopter pour les combattants. Tout le monde connaît ces schémas, recopiés moult fois et qui ont fini par devenir une vérité historique :

    Signaux et feux entre les camps républicains....

    Vérité historique popularisée durant la moitié du XIX° siècle par, devinez qui ? Jacques Crétineau-Joly ! Inventeur de la fausse lettre de Westermann sur la bataille de Savenay, de celle Merlin de Thionville après la libération des prisonniers de Saint-Florent-le-Vieil et encore de bien d’autres forgeries, toutes reprises en chœur depuis des décennies par des historiens plus ou moins sérieux. Cette légende sera reprise par Pitre-Chevalier. Voir sur le blog de Nicolas ici.

     C’était beau, c’était mystérieux et ça impliquait une ingéniosité des Vendéens supérieure à celle des Républicains. Hélas, trois fois hélas ! La belle légende a du plomb dans l’aile (de moulin, je sais, elle est facile...) rien qu’en regardant le paysage du Bocage d’aujourd’hui et en s’imaginant celui de 1793, bien plus touffu encore à l'époque. Evidemment, le nombre de moulins, même en ruines, n’a plus rien à voir avec ce qu’il pouvait être il y a 227 ans mais regardez au moins une carte de Cassini, d’Etat-Major ou des plans cadastraux de votre région. Considérez le vallonnement et la végétation de l’époque.

    Maintenant que vous avez vu et réfléchi, pensez-vous vraiment que les moulins pouvaient transmettre des signaux ? Il eut fallu d’abord que les moulins puissent « se voir » les uns les autres depuis assez loin ce qui est rigoureusement impossible, le Bocage Vendéen n’étant pas un pays de montagne mais de collines de faible altitude. On notera d’ailleurs qu’on ne trouve aucune mention dans les rapports républicains du fait que les moulins vendéens auraient pu servir à envoyer des signaux. Si cela avait été le cas, il n’y a aucun doute sur le fait que les républicains auraient largement partagé l’information. Ceux qui racontent par exemple que Westermann a brûlé les moulins pour ce motif n’ont visiblement pas dépouillé la correspondance militaire. Non, les moulins n’ont pas été brûlés parce qu’ils envoyaient de quelconques signaux mais bien uniquement dans le but d’affamer la population. Ce fait est souligné par Haxo dans un courrier du 8 mars 1794 à Turreau où il écrit :

    « La guerre continuelle que je fais aux moulins va leur ôter toute ressource dans ce pays. »

    Vous retrouverez cette lettre ici.

    Donc, exit la belle légende des moulins vendéens. Gardons-cela pour les spectacles destinés aux touristes et occupons-nous d’histoire.

    Mais pourtant, allez-vous me dire, le télégraphe venait d’être inventé ?

    En effet, le télégraphe à sémaphore de Claude Chappe déjà expérimenté en 1791 est testé pour la première fois de manière sérieuse le 12 juillet 1793 sur une distance de 26 kilomètres entre Ménilmontant, Ecouen et Saint-Martin-du-Tertre au nord de Paris. L’essai est concluant et le 25 juillet Chappe est désigné ingénieur du télégraphe par décret. L’idée est sensationnelle et on se demandait comment personne n’y avait pensé plus tôt. Pourtant il y a un bémol à l’invention de Chappe. Voici ce qu’en dit un rapport présenté à  la Convention dans sa séance du 1er avril 1793 par Charles-Gilbert Romme et cité par le Moniteur (1) :

    « Romme, au nom des Comités réunis d’instruction publique et de la guerre. Dans tous les temps on a senti la nécessité d’un moyen rapide et sûr de correspondre à de grandes distances. C’est surtout dans les guerres de terre et de mer qu’il importe de faire connaître rapidement les événements nombreux qui se succèdent, de transmettre des ordres, d’annoncer des secours à une ville, à un corps de troupes qui serait investi, etc. L’histoire renferme le souvenir de plusieurs procédés conçus dans ces vues ; mais la plupart ont été abandonnés comme incomplets et d’une exécution trop difficile. Plusieurs mémoires ont été présentés sur cet objet à l’Assemblée législative, et renvoyés au Comité d’instruction publique. Un seul lui a paru mériter votre attention. Le citoyen Chappe offre un moyen ingénieux d’écrire en l’air, en y déployant des caractères très peu nombreux, simples comme la ligne droite dont ils se composent, très distincts entre eux, d’une exécution rapide et sensible à de grandes distances. A cette première partie de son procédé, il joint une sténographie usitée dans les correspondances diplomatiques. Nous lui avons faits des objections ; il les avait prévues, et y répond victorieusement ; il lève toutes les difficultés que pourrait présenter le terrain sur lequel se dirigerait la ligne de correspondance ; un seul cas résiste à ses moyens ; c’est celui d’une brume fort épaisse, comme il en survient dans le nord, dans les pays aqueux, et en hiver ; mais dans ce cas fort rare, et qui résisterait également à tous les procédés connus, on aurait recours momentanément aux moyens ordinaires... »

    Le procédé de Chappe est réellement révolutionnaire et c’est le cas de le dire. Sauf, qu’il ne fonctionne pas en cas de brouillard et encore moins la nuit...

    Un souci arrive bientôt pour Chappe : ses appareils sont régulièrement détruits. Les croyances du « bas peuple » voient dans ces engins des machines infernales mais peut-être aussi et surtout des moyens de communication pour un gouvernement qui est loin de faire l’unanimité... Cependant le 15 août 1794, le télégraphe permet d’annoncer la reprise du Quesnoy et le 30, de celle de Condé-sur-l’Escaut. En une demi-heure, la Convention est prévenue de la victoire contre les Autrichiens entre 15 h 20 et 15 h 50 par 27 signaux. Mais en Vendée, point de télégraphe. La Vendée est cernée par les camps républicains au cours de l’été 1794 mais les Vendéens occupent tout le centre du territoire. Même si l’invention de Chappe avait pu s’y porter, les tours n’auraient pas manqué d’être détruites par les royalistes. Pourtant, les camps devaient nécessairement avoir des moyens de communications. Ceux-ci sont assurés la plupart du temps par des estafettes à cheval mais si vous vous souvenez de cet article, vous avez pu noter l’inquiétude du général Valentin au camp de Saint-Ouen-des-Gâts, concernant la liaison avec le camp du Pont-Charron. Le 7 septembre 1794, il écrit à Marrot (2) :

    « Nous avons examiné, Barbier et moi tout le terrein et nous n’avons pu rencontrer un endroit propice à établir des signeaux. 

    Il n’y auroit qu’un moyen suivant moi, ce seroit d’avoir des boîtes à feu et ce seroit la le signal le plus prompt si ont peu les entendre du Pont Charon. Il faudroit en faire l’essay si tu le trouves à propos. Je suis convenu avec le citoyen Barbier que nos patrouilles feroient la jonction à St Vincent Fort du Lay aujourd’hui à dix heures du matin. Tu me donneras tes ordres afin que je change l’heure, ou je la confirme. »

     

    Puis le lendemain, au même :

     

    « J’ai mandé mon camarade, au chef de brigade Deviau, que tu serais bien aise d’établir un signal près St Vincent Fort du Lay, sur les hauteurs de l’Hopitau ou à la Touche, en conséquence je le pries de faire examiner cet endroit. Demain sans doute me repondra (t-il ?) a cet sujet, je n’ai pu encore voir si je pourrois faire passer des ordonnances par Ste Pexine la Réorthe mais demain je t’en rendrai compte. » 

    Valentin veut donc établir un communication par signaux lumineux en plus des militaires d’ordonnances habituellement employés à cet effet. Bien loin des progrès apportés par les machines de Chappe, les camps républicains utilisent donc le bon vieux procédé des signaux lumineux employé depuis le Moyen-Age et bien avant encore, puisqu’on en parlait déjà dans l’Antiquité. C’est Guillaume Amontons (1663-1705) qui développa ce système. Les signaux sont répercutés de point en point par des observateurs équipés de longues vues. C’est probablement le procédé qu’emploient les camps républicains pour communiquer. Il y a peu de possibilités dans les messages mais les signaux sont visibles de nuit, ce qui est évidemment d’une importance primordiale autour d’un pays hostile, dont on ne sait jamais ni quand, ni comment les combattants vont attaquer. Quels étaient les codes employés ? Il serait intéressant de se pencher sur la question, tout comme sur celle du matériel utilisé. Quelles sont ces « boîtes à feu » mentionnées par Valentin ? Des coffrets de métal suffisamment poli pour être réfléchissants ? Dotés d’un volet occultant la lumière par intermittence ?

    Le code Morse ne sera inventé qu’en 1832 mais je ne résiste pas à vous mettre cette petite image animée pour réveiller ceux qui s’étaient endormis devant cet article. « SOS » en Morse :

     

     

    Si vous me permettez une légère digression, nous allons voir à présent où Valentin voulait voir installer ces feux. Il s’agit de l’ancienne commanderie de La Touche et le l’Hôpiteau (ce dernier lieu tirant son nom de la commanderie), lieux-dits dépendant de la Réorthe, non loin des rives du Lay. De l’autre côté, le village de Puymaufrais (3), au Sud, le gué de Poële-Feu. La Touche et l’Hôpiteau placés sur une hauteur de 57 mètres, ce qui en fait une colline au vu du faible relief du paysage en cet endroit sont respectivement à 6 km à vol d’oiseau environ de Saint-Ouen et 5 km du Pont-Charron.

    Les lieux cités sur la carte IGN de Géoportail au nord-ouest de la Réorthe. On distingue La Touche et L'Hôpiteau en haut à gauche de la carte :

    Signaux et feux entre les camps républicains....

    Le camp du Pont-Charron devait nécessairement se situer lui aussi sur une hauteur. Deux possibilités s’offrent à nous. Soit au Sud du Lay, du côté du Lion et de « L’Auberge du Pont-Charron » que l’on voit sur le cadastre napoléonien à 97 m d’altitude, soit plus sûrement, près des anciens moulins des Roches, au Sud-Est de la Tabarière, à 95 m d’altitude, moulins aujourd’hui disparus. Le sud-ouest du Pont-Charron est occupé par un bois et on a par ailleurs du mal à imaginer un camp placé dans la vallée dont les signaux auraient été masqués par la butte du Lion et le bois. Il fallait nécessairement que les signaux fussent visibles depuis la Touche. Quel était l’emplacement exact du camp de Pont-Charron ? Cela reste à découvrir.

    La carte d'Etat-Major de Géoportail autour du Pont-Charron avec les moulins de la Roche. Le carré gris symbolise une vigne !

    Signaux et feux entre les camps républicains.... 

    Tel était donc le but de ma digression et nous reprenons notre étude des signaux lumineux entre les camps car en feuilletant le tome IV de Savary, je me suis rendu compte que Valentin était loin d’être le seul à s’en préoccuper.

    En effet, en épluchant la correspondance des généraux dans le tome IV de Savary, on peut trouver plusieurs mentions de ces signaux.

    Le 27 juillet 1794, Beaupuy, chef de l’état-major écrit à Bonnaire depuis Fontenay (4) :

    « L’intention du général en chef est qu’il soit établi des signaux par le feu, sur les hauteurs de Bourneau à l’arbre du Gué. Demain à six heures du matin on en fera l’essai.

    Tu voudras bien établir de semblables signaux entre la Châtaigneraie et le camp de Chiché. Ce moyen de correspondance peut-être d’une grande utilité au besoin. Tu concerteras les mesures à prendre à cet égard avec le général Legros qui commande le camp de Chiché. » (5)

    Le 5 août, le même écrit à Guillaume  (6) :

    « Tes forces ne sont pas considérables... ; établis des signaux ; dans peu de temps on se porte mutuellement des secours. Je t’envoie un officier d’artillerie pour raccorder les feux avec Fontenay, Pont-Charron et les Sables. »

    Le 14 août, c’est Vimeux lui-même qui ordonne aux « Généraux de première, deuxième, et troisième division de l’armée, d’établir des signaux par le feu, sur les lignes de correspondance des camps. Des officiers intelligens seront envoyés pour reconnaître les hauteurs et les sites destinés à établir des feux et des postes pour les garder. Chaque signal aura deux feux. » (7)

    Pour finir, c’est encore Vimeux qui, le 25 août, présente son rapport au Comité de Salut Public, en même temps que son plan de quatorze camps retranchés. Il se dit heureux d’être déchargé du fardeau du commandement de l’Armée de l’Ouest au profit de Dumas, qui comme on le sait ne restera pas, écœuré de ce qu’il apprendra sur la Guerre de Vendée. Vimeux, donc, cite en huitième point des résultats de ses opérations le point suivant (8):

    « Des signaux ordonnés et établis dans plusieurs endroits. »

    On comprend mieux ainsi l’empressement de Valentin avec ses « boîtes à feu » entre les camps de Saint-Ouen et du Pont-Charron. Ce type de correspondance, ordonné par Vimeux était nécessaire et sans doute ce dernier avait-il entendu parler du télégraphe. Ne pouvant utiliser ce procédé en Vendée, il avait néanmoins saisi tout l’intérêt de l’établissement de signaux visuels entre les camps.

    Reste à savoir à quoi ressemblait l’appareillage utilisé et à connaître les codes utilisés.

    RL

    Avril 2020

     

    Notes :

    (1) « Procès-verbaux du Comité d’Instruction Publique de la Convention Nationale publiés et annotés par M.J. Guillaume », tome premier, 15 octobre 1792 - 2 juillet 1793, Paris, Imprimerie Nationale, M DCCC XCI (1891), p. 397.

    (2) AD85, 187 J 14.

    (3) Puymaufrais a fusionné en 1833 avec Saint-Vincent-Fort-du-Lay pour former Saint-Vincent-Puymaufrais. Les habitués de ce blog connaissent bien l’histoire du célèbre curé Desplobeins mais aussi le château de la Roche-Louerie, fief des Béjarry.

    (4) Savary, tome IV, p. 45 et 46.

    (5) Le camp intermédiaire de Largeasse, entre Chiché et La Châtaigneraie n’est pas encore établi à cette date.

    (6) Savary, tome IV, p. 66 et 67.

    (7) Ibid., p. 75.

    (8) Ibid, p. 99.

     


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    Le camp d’Apremont...

     

    Dans la liste des camps républicains voulus par Vimeux, figure Apremont. Pour mémoire vous pouvez en reprendre la liste non exhaustive et qui sera évolutive au cours du généralat de Vimeux dans cet article ou ci-dessous (1)

    Le camp d'Apremont....

    Bien entendu avant la décision de Vimeux, il existait déjà d’autres camps, cantonnements ou bivouacs dont la liste est longue mais qui sont quelquefois totalement méconnus, comme le camp de Pont-Chartan, entre les Sables-d’Olonne et Saint-Mathurin (2) ou celui de Beaulieu-sur-Mareuil (3) « fort de 1 200 hommes » au 5 août 1794 ou bien encore le Fenestreau en Château d’Olonne pour ne citer que ceux-ci.

    Si Apremont figure parmi les camps « officiels » voulus par le général en chef de l’Armée de l’Ouest afin de resserrer l’étau autour des « brigands », on ne trouve curieusement pas grand chose sur lui mis à part une simple mention dans le « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest » (4) qui lui dénombre 200 hommes au « château d’Apremont bien fortifié ». Le château d’Apremont étant juché sur une hauteur d’où le village tire son nom, faisait en effet une place forte idéale. Il est toutefois curieux de ne plus en voir mention nulle part dans la suite des opérations et je crois plutôt qu’il s’agissait d’une simple garnison plutôt que d’un camp au sens militaire du terme.

     

    RL

    Avril 2020

     

    Détail du château d’Apremont il y a une vingtaine d’années, avec votre serviteur au bas de la première tour :

     

    Le camp d'Apremont....

     

    Notes :

    (1) SHD B5/10-1, v. 15/26.

    (2) Ibid, cité dans le 1er tableau, v. 4/26.

    (3) Ibid.

    (4) Ibid.

     

     


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