• Les Bleus et la Forêt de Grasla....

     

    Les Bleus et la forêt de Grasla…

    Quand un grand historien se prend les pieds dans le tapis…

     

     

    De retour dans le pays de Charette avec cet article, je vous propose de faire quelques révisions sur la forêt de Grasla, ou peut-être de tout simplement découvrir ce qui s’y est passé, attendu que récemment, un historien affirmait qu’il y avait eu là un massacre. Nous reviendrons à la fin de cet article sur cette contre-vérité, mais en attendant, les historiens sérieux, ceux qui connaissent le terrain, ont tous lu à minima des extraits du rapport du général Ferrand que nous allons voir dans son intégralité un peu plus loin.

    Les Bleus et la Forêt de Grasla....

    Si Ferrand découvre un tas de choses dans la forêt de Grasla, c’est tout d’abord car l’un des anciens soldats de Pajot, a renseigné les autorités républicaines, ainsi que nous le voyons ci-après (1) :

    2 juillet 1794

    « Copie de la lettre écrite par les administrateurs du district de Challans, au citoyen Boussard, général de brigade, en datte du 14 messidor l’an 2e de la république française une et indivisible, à 8 heures et demie du matin.

    Général,

    Nous croyons devoir t’informer que Pierre Blanconnier de la commune de Sallertaine, nous fit hier soir la déclaration suivante.

    Il a quitté l’armée de Charette le 7 de ce mois à six heures du soir ; Charette étoit alors à un village appelé la Bézilière, commune de Legé. Il avoit six mille hommes, dont il a vu à peu près trois cent de cavalerie ; mais on lui dit que le nombre étoit beaucoup plus considérable et que le surplus étoit à parcourir les campagnes ; Charette avoit avec luy quatorze pièces de canons qu’il croit de douze et de huit, ces canons avoient été amenés de la forêt de Touvois où ils avoient été enterrés avec deux affûts.

    Blanconnier ajoute qu’il passait pour certain que la division de Stofflet étoit en marche pour venir joindre l’armée de Charette, et que l’on disoit que c’étoit pour tomber sur Challans.

    L’armée de Charette avoit connaissance de la proclamation des agents d’agriculture et des arts. C’est ce qui a décidé Blanconnier à rentrer dans ses foyers.

    L’armée de Charette à de la peine à se procurer du pain ; mais la viande et le vin ainsi que l’eau de vie y sont en abondance.

    Pajot et sa colonne dont Blanconnier faisoit partie ont mis plusieurs jours à rencontrer Charette ; c’est à Belleville où se fit la réunion ; ils avoient trouvé une partie de son armée à une maison de Piravaud-Baudry, mais la plus forte partie et le chef étoient à Belleville ; c’est là que le 4 de ce mois Blanconnier à laissé Pajot avec sept cents hommes dont 400 armés.

    La colonne de Pajot en cherchant Charette avoit eu une espèce de déroute auprès de la forêt de Grala, près la paroisse de la Grêve (2) ; mais nos troupes ne les poursuivirent point, de sorte qu’il paroit que pendant que Pajot se replioit d’un côté, notre armée en faisoit autant de l’autre.

    Blanconnier dit que Charette fait fabriquer de la poudre dans la forêt de Grala, où il y à un moulin et cinquante hommes qui y travaillent continuellement. La partie où est le moulin se trouve sur la droite de la forêt en arrivant par le chemin de la Greve ; il est dans l’intérieur de cette forêt à la distance à peu près des halles de Challans à Ponthabert, ce qui peut faire environ six cent toises  (3) ; mais il faut avancer dans le chemin qui traverse la forêt, environ trois quarts de lieües avant d’entrer dans cette partie droite où sont les cazes qui renferment le moulin et les ouvriers ; le déclarant à vu cette manufacture il ne passoit point de sentier battu pour y arriver, et le tout est placé dans un bois tailly fort épais. Nous pourions donner sur ces localités des renseignements plus étendus si la carte de ce département, que le général Dutruy à enlévé de cette administration y avoit été rapportée, et c’est avec d’autant plus de regrets que nous nous en voyons privés, que cette carte empruntée d’abord pour 24 heures seulement, à disparu du quartier général et peut être du département, sans qu’on sache ce qu’elle est devenue, et sans avoir donné aucun reçu au propriétaire qui l’avoit acheté fort cher.

    Blanconnier à vu affichée au poteau de Belleville la sentence de mort de Jolly. Elle porte permission à tout soldat de tirer sur ce chef. Il paroitroit par ses rapports que c’est pour avoir fait manquer l’attaque de Challans le 18 prairial.

    Blanconnier ajoute que Savin est à St Etienne du Bois avec 1200 hommes environ, et qu’en allant près de la chapelle de cette commune le 7 de ce mois il apperçut à peu près 150 hommes armés.

    Quand à l’armée de Charette ou du moins sa division, forte de 6000 hommes, il paroit suivant le rapport de Blanconnier que tous les soldats sont parfaitement armés de fusils et qu’ils ont tous les autres accompagnements.

    Nous espérons que tu tirerais party de ces renseignements qui nous paroissent de la plus grande importance.

    Pour copie conforme

    Lefebvre »

     

    Ces renseignements sont arrivés à l’oreille de Vimeux, qui écrit ainsi à Ferrand le 5 juillet 1794 (4) :

    « De Vimeux au citoyen ferrand général de brigade à Luçon

    Niort 17 messidor

    Je ne puis atteindre atout mon cher Ferrand, les bords de l’Anjou auroient aussi besoin de troupes et bien loin de leur en donner je leur en retire, j’abandonne la déffense de cette partie prétieuse de ma droite, et je mets à découvert la route d’Angers. Je ne puis te citer que cette partie, cent est assés pour les incrédules.

    Cépendant quoiqu’en dise Guillaume, il peut très bien se charger de Moutiers pour quelque temps, cela lui allongera sa gauche, mais je lui promets que ce ne séra que momentanément. Il faut qu’il sy décide dans le cas contraire, cette instruction deviendroit un ordre pour lui.

    Quant à la Motte à Charre (La Mothe-Achard) il faut que Guérin force de moyens voici bien une autre affaire pour toi, mon cher général et bien autrement importante.

    Des avis qui approchent de la probabilité nous apprennent que Charrette à 14 pièces de canon et qu’il fait fabriquer de la poudre dans le forêt de Grala, tu sens mon cher Ferrand combien il est instant, combien il est important d’aller éteindre ce voleau (sic !) et le service que tu rendras à la République si peux y parvenir.

    Cet ordre (mot illisible) porte toi sur le champ au camp de Pont Charron. Là tu formeras une colonne des bataillons les plus frais, et de la force que tu voudras, aussitôt tu te mettras en marche, après avoir donné les instructions à celui qui te remplacera, ordonné de correspondre avec soins et promptitude avec les agens de la commission.

    Le point ou tu dois te porter est la forest de Gralia (sic), tu ty dirigéras soit par la Grève, et les Essarts, soit par St Fulgent à ton choix. A l’approche de cette forest, et aussitôt que tu auras fait tes dispositions pour assurer le succès de cette expédition, tu ordonneras à tes guides de conduire le corps que tu déstineras à y pénéter dans cette partie de l’entrée de la forest, par ou passe le chemin de la Greve. De là en marchant avec toutes les précautions, l’ordre et le silence que nêcessite ce genre d’expédition le commandant de ce coup de fouilleurs suivra cette route qui traverse la forest, lespace de trois quart de lieües, alors il s’arrêtera, et prenant sa direction à droite à travers le bois, et sans chércher de sentiers battus, il se portera éncore à un quart de lieüe la dans les bois taillis, et touffus il trouvera dans plusieurs cases un moulin à poudre, et énviron 50 hommes qui sont emploiés constamment à cette fabrique.

    Après avoir bien fait fouiller cette forest, et s’être assuré de la réalité ou de la fausseté du sujet de cette expédition tu marcheras sur Leger et la ne manquera pas la Bézillière lieu dit-on ou Mr Charrette se plait beaucoup.

    Je vais écrire au commandant de Marchecoud (Machecoul) et Challans, pour les prévénir de ton arrivée sur le point de Légér, et quil te tienne le pain prêt pour énviron 4000 hommes. Tu les instruiras de ton arrivée tu te concerteras avec eux dans le cas, ou les avis qu’ils auroient reçus pouroient rendre utile un concert de mouvements et d’ataque, dans le cas contraire, tu viendras réprendre ta position du Pont Charron, adieu vive Sambre et Meuse.

    J’oubliois de te dire, qu’il n’est pas nécessaire, que tu détendes. Tu laisseras une garde suffisante à ton camp. »

     

    Le 7 juillet 1794, Aubertin écrit à Vimeux depuis Machecoul. La lettre est une copie conforme de Vimeux lui-même (5) :

    Les Bleus et la Forêt de Grasla....

    « L’arrivée de la colonne aux ordres de Ferand, citoyen général, ne peut arriver plus à propos, dans les environ de Légéer, vû les dispositions que fait Charrete pour attaquer de nouvau un des deux postes ; les renseignemens que nous avons à ce sujet, sont qu’il fait fabriquer de la poudre, dans la forêt de Grala qu’il à avec lui des pièces de canon en fer de calibre de douze.

    Le concert qui reigne entre les postes de Challans et celui-ci auroit sans doute rendû impuissans les eforts et les entreprises, mais cela ne suffit pas et nos vûes ne se trouvent pas remplies. On doit compter sur les semis lorsque la correspondance sera établie avec la colonne. Les mesures sont prises pour assurer sa subsistance.

    On m’annonce dans ce moment que Charrette est en marche avec du canon du côté de St Christophe du Ligneron. Une reconnoissance que les faits m’instruiront plus surement que l’avis.

    Hier j’ai rendü compte au général de division Huché d’une expédition qui a eu lieu le 17 à St Philibert et aux environs du lace de Grand Lieu où il y avoit un rassemblent de 6 à 7 cent brigands et à peu près 80 cavaliers à la tete desquels sont les scélérats Coétüs, la Robrie ; indigné des réponçes cy joint faites aux proclamations que j’avois faites placarder dans St Philibert, nous marchames la nuit du 16 au 17 sur eux et bientôt ils furent dissipés ; La cavalerie poursuivie et mise en fuite, deux cent vingt mordent la poussière dont deux cavaliers, un drapreau tricolor enlevé par le citoyen Courbière grenadier de la 7e compagnie au bataillon des grenadiers de l’Ardèche. Je te recommande ce brave republiquain. Le brigand qui portoit ce drapeau étoit un colosse par la taille et la grosseur ; le grenadier furieux de voir entre les mains de cet infâme le signe de notre raliment s’est élancé dessus lui arrache, et le tue. Je t’observe que ce drapeau avoit été pris la décade dernière par les brigands à la comune de Boué (6), tu voudras bien faire insérer ce trait dans le recueil des belles actions.

    Deux colonnes, aux ordres du général Crousat, opérant sur la rive droite de la Logne n’ont pas moins  eu de succès.

    L’empressement de quelque uns de mes tirailleurs en faisant feu trop tôt ont donné connoissance de ma marche et m’ont fait perdre la plus belle manœuvre, celle de couper toute retraite à la cavalerie, que j’étois au moment d’avoir cerné entre la rivière de Logne sans espérance de pouvoir s’échapper, c’en était fait.

    Salut et fraternité, signé Aubertin.

    Pour copie conforme.

    Le général en chef

    Vimeux »

     

     

    Puis arrive enfin le long rapport des opérations de Ferrand (7) du 25 juillet 1794 :

    « Rapport sur la marche des trois mille six cens hommes partis de Pont Charron le 22 messidor, lesquels, commandés d’abord par le général Ferrand ont fait une expédition dans la forêt de Grala, et qui ensuite sous les ordres du général divisionnaire Huché, ont parcouru la Bésilièrre, Belleville, etc.

    Le 22 messidor (10 juillet).

    Après avoir fait assembler tous les régimens envoyés au Pont Charron, avoir répété au centre de chacun d’entre eux ce qui est enjoint dans les proclamations, avoir ordonné respect aux propriétés, aux hommes paisibles, aux femmes aux enfans, avoir défendu à tous les individus sous les peines les plus rigoureuses, les traits d’inhumanité, je suis parti à dix heures du soir et ai pris la route de Sainte Cécile, où j’avais connaissance qu’il existait un rassemblement de brigands.

    Arrivé à trois heures du matin dans ce village, je l’ai fait fouiller, ai parlé à quelques habitans que j’ai trouvé occupés dans leurs foyers. Ayant eu connaissance que cens brigands sont partis à cheval, s’étaient portés et mis en bataille au dessus du village, j’avancai sur eux avec le corps de bataille lorsque d’après les dispositions que j’avais prises, mon avant garde commandée par l’adjudant général Verpot les a pris en flanc, en a tué une cinquantaine et mis le reste en déroute. Je me suis mis en route pour les Essarts, que j’ai traversé sans rencontrer aucun habitant. A peine sorti de ce bourg, avec cinq dragons et un guide, pour aller reconnaitre un lieu propre à établir un bicouac, j’apperçus une vingtaine de brigands, dont plusieurs montés. Je les ai chargé, ils ont fait peu de résistance ; et huit à dix ont été tués. Quatre chevaux assés bien équipés ont été pris et laissés à ceux qui s’en étaient emparés. Le bivouac reconnu dans une lance entre les Essarts et la forêt de Grala ; je mus suis établi militairement. Pendant la journée, un sergent major du 29’ régiment lavait une chemise près du bivouac a été tué par un brigand, qui s’est glissé jusqu’à lui à travers les buissons. Une femme que des soldats prétendaient avoir entendu indiquer au brigand le lieu où était ce sergent, a été tuée par eux. Ne voulant point que dorénavant on put donner un tel prétexte, j’ai ordonné qu’en pareille circonstance on m’amena les femmes soupçonnées pour vérifier les faits.

    Je me suis mis en marche à deux heures et demie et ai traversé le bourg de Chauché, ou tout indiquait que les maisons qui sont en assés bon état, étaient habitées (8) : je ne vis pas un seul individu. Arrivé près de la forêt de Grala, j’ai détaché cinq cens hommes pour cotoyer la droite et huit cens pour cotoyer la gauche : j’ai répandu à gauche et à droite dans la forêt, pour la fouiller, mes bataillons de chasseurs et j’ai traversé avec ce qui me restait de troupe, ayant soin de me tenir toujours à la hauteur des tirailleurs. Nous avons trouvé dans cette forêt des cases pour loger près de deux mille personnes. Dans quelques unes étaient des portefeuilles, pelotes et reliquaires nouvellement faits ; dans d’autres des moulins à bras, des mortiers pour écraser le grain ; dans un près de la quelle étaient deux forgges bien garnies, ont été découverts une trentaine de bois de fusils, des batteries, des canons de fusil, les batits nécessaires pour réparer des armes, tout enfin ce qui annonce un petit attelier de guerre. Dans toutes on a trouvé des tais et des matelas outits de plume. Deux ou trois personnes seulement ont été rencontrées et nous ont dit que ces cases étianet habitées par des gens des campagnes voisines qui s’y étaient retiré depuis qu’on avait brulé leurs maisons, qu’il y avait quelques religieuses et des prêtres, dont un prieur qui disait la messe tous les dimanches et fêtes, et que tous ces individus ayant connaissance que nous avions bivouaqué à quelque distance et craignant notre visite s’étaient surement retirés pendant la nuit dans la forêt voisine.  La fouille dans celle de Grala nous avait tenu une partie de la journée ; et après avoir renvoyé ceux que nous avons rencontré, à qui j’avais remis plusieurs proclamations, j’allai établir mon bivouac dans une lande à une lieüe de la forêt de Grala et deux lieües de Montaigu. Dans toute cette partie, j’ai remarqué, de distance en distance, sur les arbres les plus hauts des échelles attachées par le bas aux branches les plus élevées : de là les trompettes, car on y place cuex qui sonnent de la corne, découvrent ce qui se passe de loin et peuvent avertir à l’instant.

    Pour plus de commodité ils établissent un siège avec une ou deux planches. Après avoir placé mes postes, je remis le commandement au chef de brigade Spital à qui je donnai l’ordre de venir camper le lendemain près Montaigu (9) où je me rendis avec le commissaire des guerres pour pourvoir de pain et autres chose nécessaires (à) la colonne.

    Les Bleus et la Forêt de Grasla....

    Le général Huché avait été mandé à Nantes par le représentant Bo (10) : il n’y avait pas de pain à Montaigu. J’envoyai le commissaire des guerres à Nantes pour solliciter des souliers et presser l’expédition de pain. Mon aide de camp fut chargé de porter une lettre au général Huché.

    La colonne vint camper près Montaigu et je reçus, sur les deux heures après midy, l’ordre du général Huché pour me rendre à Nantes.

    Le 25.

    La colonne vint camper près Montaigu et je reçus, sur les deux après midy, l’ordre du général Huché pour me rendre à Nantes. Je parti à trois heures, accompagné de six hommes à cheval, et nous essuyames, entre Aigrefeuille et le camp de la Roulière, le feu de plus quatre vingt brigands cachés dans un champ de bled derrière une haye. Nous perdimes un dragon du 9e régiment, deux chevaux ; et de quatre qui furent blessés, un est mort quelques heures après. Je trouvai à Nantes Boussard et Aubertin, qui, comme moi, avaient été demandés pour arrêter un plan, d’après lequel on put rendre la Loire navigable. Le rendés vous donné pour le lendemain.

    Le 26.

    Nous nous rendimes à huit heures chés le citoyen Huché agent secondaire et frère du général. Il fut proposé et accepté un plan qui reçut la sanction du représentant Bô, et dont copie a été envoyée au général en chef. Le départ de la colonne fut fixé au 29 ; et le général Huché prévint qu’il se mettrait à la tête.

    Le 27.

    Je m’occupai avec le commissaire des guerres des besoins de la colonne en pain et en souliers.

    Le 28.

    Je parti de Nantes avec le général Huchée : nous nous rendimes à Montaigu.

    Le 29.

    Ayant du pain pour quatre jours, la colonne partit de Montaigu à cinq heures du soir, sous les ordres du général Huché. Noud passames par Vieillevigne, arrivames à la Roche Servière sur les dix heures. L’avant-garde rencontra à l’entrée de ce bourg une forte patrouille de brigands dont huit furent tués. Après avoir traversé la Roche Servière, nous établimes notre bivouac à une lieüe de ce bourg.

    Le 30.

    Nous nous mimes en route à trois heures du matin et arrivames sur les cinq heures à la Bezillière. Nous découvrimes dans toutes les maisons dans rues ; sur les places, les carrefours de ce hameau des indices certains que les brigands en sortaient. Sur une esplanade pantée de tilleuls, ou était le bivouac de leur cavalerie, nous trouvames des foins nouvellement foulés aux pieds des chevaux, dont deux éclopés étaient encore au piquet. Nous jugeames par les traces que  ce bivouac avait pu contenir cent cinquante chevaux. Un homme très malade qui n’avait pu suivre, nous dit que Charrette était parti la veille à dix heures du matin, et que quelque tems après son départ il y était arrivé une autre troupe, qui s’était retirée deux heures avant notre arrivée. Après avoir fouillé ce hameaur et ses environs, nous primes une position militaire. Les généraux Chadeau, Aubertin et Levasseur, dont la colonne était postée à une demie lieüe, vinrent nous voir et nous dirent que la veille ils avaient eu une affaire dans laquelle ils avaient perdu une quinzaine de soldats et avaient tué près de quatre vingt brigands. Nous nous mimes en marche à trois heures et allames bivouaquer dans les plaines du Luc.

    Les Bleus et la Forêt de Grasla....

    Le 1er termidor.

    Après avoir fait fouiller les villages du grand et petit Luc, nous nous rendimes à Belleville, une des maisons de plaisance de Mr. Charette, ou tout nous prouva ce que nous dirent plusieurs personnes, qu’une demie heure avant notre arrivée les brigands en assés grand nombre, y étaient encore. On y trouva eau de vie, vin, pain, viande, une pharmacie complette et beaucoup de linges. Nous visitames ensuite Saligné et St Denos, où nous trouvames plusieurs barriques d’eau de vie qui furent défoncées, des fosses remplies de cuir, quelques armes réparées et à réparer. Nous nous portames ensuite sur Boulogne, dont le château fut fouillé sur le champ. Il contenait des provisions immenses en tout genre, plusieurs barriques de vin et eau de vie, quinze cens bouteilles de vin de Bordeaux et d’Espagne des vestes, linge de table, de corps et de lit, ainsy que beaucoup que beaucoup d’autres effets y furent trouvés : soixante matelas nous furent un garant, et on nous dit, qu’il y avait un hopital dans ce château. Nous bivouaquames à cinq cens toises de ce lieu. Le général Huché donna alors l’ordre qui fut la le lendemain au matin, dans lequel il fesait les mêmes défenses rélativement aux femmes, enfans et hommes paisibles, au viol et aux incendies que cellesque j’avais faites avant mon départ de Pont Charron.

    Le 2.

    Après avoir fait fouillé tous les environs de notre bivouac à une lieüe et demie, nous partimes à une heure après midy et primes la route du Poiré. Nous y étions à près de cinq cens toises, lorsque nous eumes connaissance d’une troupe de brigands qui suivaient la route de la Roche-sur-Yon. Le corps d’armée s’étant mis en bataille, l’avant-garde les poursuivit ; et sur deux cens, dont pouvait être composée cette troupe, quatre vingt six furent tués. Nous nous emparames de vingt voitures qu’ils escortaient. Chacune d’elles était atelée de quatre bœufs : toutes étaient chargées de bled. Nous y trouvames dix sept caisses en cuivre, quelques sabres, de mauvais fusils ; quatre ou cinq quintaux de balles et il y avait de plus près de qutre vingt femmes et enfans. Nous traversames le Poiré et apperçumes près de cent cinquante brigands qui, en raison de la distance et que nous étions séparés par une rivière, firent beaucoup de rodomontades. Nous continuames notre route et arrivames à minuit au moulin du Palluau ou nous bivouaquames.

    Le 3.

    On fit partir sur les trois heures du matin un détachement de cent cinquante hommes avec des bouviers, pour aller chercher près de cinq cens bœufs enlevés dans les campagnes par les préposés de la commission civile de Nantes ; lesquels avaient disparu pendant l’obscurité de la nuit. Le détacheemnt rentra sur les sept heures  et en ramena une cinquantaine. Un convoy de pain venu de Challans était arrivé à quatre heures du matin, et la distribution en fut faite pour un jour. Chacune des femmes et des enfans pris sur les voitures en reçurent une livre. On renvoya dans leurs foyers celles qui parurent le désirer ; et cinq à six qui demandèrent à aller à Challans y furent envoyées, sous l’escorte qui avait ammené le pain.

    Des attaques de Gravelle (11) qui me fesaient depuis quelque tems les douleurs les plus aigües m’ont forcé sur les représentations de l’officier de santé et d’après les ordres du général Huché, de quitter la colonne. J’en ai laissé le commandement au chef de brigade Spital, qui ainsi qu’il était ordonné par le général Huché, a du aller dans la journée du 3 bivouaquer à trois lieües de Paluau pour se rendre le 4 au camp de la Roulière et y attendre de nouveaux ordres. Le général Huché s’est rendu de suite à Nantes, afin de rendre compte de son expédition au représentant Bô.

    Résultat

    Il résulte du rapport cidessus que, depuis le 22 messidor jusqu’au 4 termidor inclusivement, la colonne, d’abord sous les ordres du général Ferran et ensuiste sous ceux du général divisionnaire Huché a tué sans différentes affaires près de trois cens brigands, leur a enlevé vongt voitures et près de cent cinquante bœufs, douze barriques d’eau de vie, quantité de vins en bouteilles et en barriques, une infinité d’effets en habits et linges ; près de cent fusils, quinze à vingt chevaux équipés et a mis les lieux qui plaisaient le plus à Charrette hors d’état de le revoir de sitot.

    Observations

    Je pense que politiquement, la guerre de la Vendée n’est d’aucun danger pour la République, mais attendu l’épaisseur des forêts, hayes et bocages qui couvrent le pays, de son site, on ne doit pas s’attendre à en être débarqué de sitot, d’autant plus que les brigands qui conaissent parfaitement tous les sentiers et détours échapperont, quand ils le voudront, aux colonnes agissantes. Les mesures qu’on parait vouloir employer en les bloquant de tous côtés sont, suivant moi, les seules propres à en diminuer le grand nombre.

    Une grande partie des moulins à vent qui avaient été brulés, dans l’intérieur du bocage, sont remontés et en état de moudre. Presque tous les foins ont été faits. La récolte se fesait et il est à présumer qu’actuellement elle presque achevée. Les traces que nous avons vu devant les maisons nous ont indiquée que l’on bat le bled à fur et mesure qu’on le récolte.

    Plusieurs chasseurs et volontaires de la colonne, qui n’ont pas d’habits uniformes, se sont revetus d’habits ou vestes de différentes couleurs : il est absolument nécessiare de pourvoir à leur habillement. Quelques uns ayant été pris par leurs camarades, dans différentes affaires, pour des brigands ont été victimes de cette ressemblance dans le costume.

    Fait à Luçon le 7 termidor 2e année de la rép. Française une et indivisible.

    Le général de brigade

    Ferrand. »

     Les Bleus et la Forêt de Grasla....

     

    L’histoire de la forêt de Grasla ne s’arrête pas en 1794 puisque les habitants de la région s’y réfugieront à nouveau l’année suivante. Rien d’étonnant, en regard des pillages commis durant cette période par des troupes républicaines qui n’ont rien à manger. Ainsi Le procureur-syndic du district de Montaigu écrit au Comité de Salut Public le 6 septembre 1795 (12) :

     

    « Montaigu 20 fructifor an 3e de la République française une et indivisible.

    Le procureur sindic du district de Montaigu département de la Vendée

    Ausx représentants du peuple composants le Comité de Salut public.

    Représentants du peuple

    Un convoi bien escortés nous a améne quelques subsistances le 10 du courant, il n’a pas été attaquée en venant, mais nous avons lieu de croire qu’il la été en retournant, car la fusillade a été entandue icy depuis onze heures du soir, jusqu’au landemain midy, nous ne savons point encore ce qui s’est passé si cependant on s’en rapporte aux brigands leurs chefs Guérin de Vieillevigne, Rezeau de la Copechaignière et beaucoup d’autres ont été blessés, on nous a pris quelques voitures et tués quelques volontaires.

    Sur les bruit qui s’est répandu que nos collones alloient marcher contre les brigands, quelques communes voisines d’icy ont délogées et se sont retirées du coté de Vieillevigne et du quartier général de Charrette a Belleville. Ils y ont conduit grain et fourages, on assure aussi que le forest de Gralla qui n’est qu’à deux lieues d’icy est déjà peuplée de brigands il y établissents leurs ménages.

    Salut et fraternité

    Trastour »

     

     

    II est indéniable que le mouvement de ces colonnes ne s’est pas fait sans massacres, contrairement à ce que prétend Ferrand et nous savons, que bien des horreurs se sont déroulées, rien qu’à la Bésilière, grâce au témoignage des officiers municipaux de Sainte-Cécile que j’ai déjà publié ici, ainsi qu’un document provenant de Crétineau-Joly (tome II, p. 282 à 284), ici.

    Cependant, aucun témoignage ne fait mention d’un massacre en forêt de Grasla. Malgré cela, un historien célèbre organise prochainement un voyage en Vendée Militaire, au modeste prix de 890 euros pour visiter des lieux hyper-connus liés aux Guerres de Vendée, parmi lesquels le Puy du Fou… qui au passage ne propose plus aucun spectacle sur les Guerres de Vendée. En ce qui concerne Grasla, l’historien en question annonce ceci :

    Les Bleus et la Forêt de Grasla....

    Ce n’est malheureusement ni le premier ni le dernier à raconter des âneries par méconnaissance du terrain. A-t-il confondu avec le massacre de la forêt de Vezins ? Avec le combat du Mortais ? La plaque du Souvenir Vendéen sur la Croix de Charette figurant au début de cet article l’a-t-elle induit en erreur ? Difficile de comprendre d’où viennent ces erreurs à répétition chez ceux qui sont censés être spécialistes de la question, mais une chose est sûre : la Vendée ne gagnera rien à s’inventer des faits qui n’ont pas eu lieu. Les horreurs réellement commises se suffisent à elles-mêmes, sans qu’on se sente obligé d’en rajouter.

    RL

    Avril 2019

     

    Notes :

    (1)  Archives Militaires de Vincennes : SHD B 5/9-67, v. 13 à 15/19.

    (2)  Il s’agit probablement de l’ancienne paroisse de la « Grève » où se situe encore un très joli château, près de Saint-Martin-des-Noyers, mais nous sommes là très loin de la forêt de Grasla.

    (3)  Nos administrateurs font là une erreur : 600 toises représentent environ 1,2 km. La distance entre les halles de Challans et Pont-Habert est de 2 km.

    (4)  SHD B 5/9-70,v.4/13, bulletin analytique seul. SHB B 5/80, registre 10, p. 204 à 206, N° 188, v. 104 et 105.

    (5)  SHD B 5/9-73, v. 5 à 7/21, bulletin analytique compris. Document en mauvais état. Repris en partie et modifié par Savary, tome IV, p 12.

    (6)  Bouaye, à ne pas confondre avec Bouée.

    (7)  SHD B 5/9-96, v. 10 à 14/14, bulletin analytique compris. Savary en a publié des extraits avec des variantes. Op. cit. tome IV, p. 38 à 40.

    (8)  On sait que Charette et Sapinaud y avaient arrêté la colonne de Grignon à la Chapelle de Chauché le 2 février 1794.

    (9)  Au camp des Landes de Corprais.

    (10)   On connait la suite et la série de massacres qu’opérera Huché durant cette expédition.

    (11)    Il s’agit de calculs dans les reins.

    (12)    SHD B 5/12-30, v. 1 à 3/13.

     

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    2
    Louis Baron
    Lundi 8 Avril à 18:37

    Passionnant, un travail à la Sherlock Holmes...

    1
    SCB
    Lundi 8 Avril à 00:17

    Bravo pour ce beau travail et félicitations.

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