• Les blessés vendéens....

                         

    Les blessures des demandeurs de pensions vendéens...

     

              

                                     

    Les blessés vendéens....Première question : comment peut-on survivre à des blessures aussi horribles ? Les crânes enfoncés par des coups de crosses, des balles restées dans les chairs, des plaies qui suppurent en permanence, « rendant » des éclat d'os, de tissus....

    Cette question reste sans réponse.

     

    En général le blessé vendéen reste où il est tombé, car il est très difficile de s'écarter du lieu du combat par ses propres moyens. Ces malheureux doivent donc attendre que la bataille s'éteigne pour espérer un secours.

    Souvent après « le choc », s'il est victorieux, les combattants de chaque paroisse récupèrent leurs compagnons et les transportent chez eux où ils sont remis à la famille. Ils sont alors soignés par le « chirurgien » local, des religieuses, où par la personne de la paroisse qui en connaît plus long que les autres sur l'usage des plantes et du bistouri de fortune... la sage-femme, la bonne du curé etc... Pour les grands blessés, la Vendée dispose d'hôpitaux comme à Saint-Laurent-sur-Sèvre où des médecins-chirurgiens, des religieuses dévouées s'affairent autour des blessés.

    Lorsque le combat est perdu, les Républicains pillent, déshabillent et achèvent les blessés qui restent à l'endroit où la mort les a fauché. Il arrive parfois que des « mal tués » échappent à ces nouvelles blessures, quand des âmes charitables vendéennes procèdent à leur ensevelissement.

     

    Une blessure reçue par balle à Châtillon, à Cholet ou à Coron en 1793 doit avoir le même aspect que celle reçue à Wagram les 5 et 6 juillet 1809.

      Je ne peux donc résister au plaisir de vous raconter l'histoire d'un patient « hors série », celle du commandant de Lenthonnye, tirée de l'ouvrage de (Marcel Baldet, « La vie quotidienne dans les armées de Napoléon » Librairie Hachette, 1964 – pages 169,170, 171 et réalisé par la Société Nouvelle FIRMIN-DIDOT- Mesnil-sur-l'Estrée en décembre 2001).

     

    Blessé au bras, il a été recueilli au quartier général de l'Empereur, après un rapide examen et un pansement de sa blessure...

     

    « Un valet de chambre de l'Empereur me réveilla pour me prévenir que je perdait tout mon sang ; en effet, le lit sur lequel j'étais tout habillé, était inondé, ainsi que mon pantalon qui était traversé. Bien vite les braves gens se mirent à l'oeuvre, on défit mon appareil et ils mirent sur l'entrée et la sortie de la balle une pièce de cinq francs tamponnée avec de la charpie. Après avoir bien attaché le tout, je revins sur mon lit jusqu'au départ des prisonniers. 

    Mon canonnier vint me prévenir, je fus mis sur mon cheval, et nous gagnâmes Paris, non sans souffrir horriblement. 

    Je fus débarqué à l'hôtel Richelieu : je connaissais le chef de l'hôtel, qui me reçut on ne peut mieux. Ma blessure étant grave, il me conseilla d'entrer au Val-de-Grâce, me disant que j'y serais beaucoup mieux soigné. Ayant donné tout mon argent à mes camarades et n'ayant que six napoléons, je ne pouvais prendre d'autre parti : mon hôte m'y conduisit en voiture. 

    Depuis six jours je n'avais pas été pensé ; lorsque le docteur Lacroix défit mes compresses, ma blessure me fit peur, la peau était jaune. Les deux pièces de cent sous étaient presque recouvertes par la chair qui avait crû par-dessus. Le vert-de-gris s'y était mis, les poux aussi, c'était une odeur affreuse. Pour sortir les deux pièces, il fallu faire des incisions. Le docteur Lacroix fut étonné de ma blessure ; il donna l'ordre de faire un bain de guimauve et puis de bien la recouvrir avec des compresses de vin. On me faisait avaler quatre fois par jour une potion qui me relevait l'estomac et les forces.

     

    Au bout de cinq jours à quatre heures du soir, je vis arriver une trentaine de carabins, le premier portant une boîte assez grande où tous les instruments nécessaires pour une opération se trouvaient réunis. Maître Lacroix avec un grand tablier, vint me demander mon pouls et me dit qu'on allait me couper le bras ; « Docteur, lui répondis-je, avec sévérité, si vos jeunes gens ne voient d'autre opération que la mienne, je vous jure qu'ils n'en verrons de la vie ! » Ce pauvre homme se mit dans une colère épouvantable ; il me fit observer que la gangrène était dans ma blessure, que ma mort était inévitable si je ne souffrais point qu'on me fit l'amputation. « Docteur lui dis-je,  je préfère mourir avec mes deux bras que de vivre avec un » Avec un air très en colère, ce bon docteur me répliqua : « Qu'êtes vous venu faire ici si vous ne voulez pas qu'on vous soigne ? - Y mourir, docteur, mais non me faire amputer. Ne savez-vous pas, docteur que je n'ai que vingt cinq ans, que j'ai été nommé chef de bataillon sur le champ de bataille ? Que m'importe de vivre si je ne peux plus servir ! Mes observations ne firent que l'aigrir ; il eût la bêtise de me dire : « Prenez garde que je ne vous fasse attacher. »' 

      Ma musette était près de la tête de mon lit, mon canonnier me la donna. Il y avait deux pistolets. J'en pris un, et avec un air des plus en colère, je répondis à ce brave homme : « Je vous défie de me faire attacher : le premier qui avancerait, je le mettrait à bas ! - Eh bien, me dit alors le docteur, puisque vous voulez mourir, mourez ! Aucuns soins ne vous seront donnés.- C'est ce que nous verrons, le ministre n'est pas loin ! » 

    Les carabins me quittèrent et furent entourer le lit du numéro 27, qui avait la même blessure que moi ; c'était un capitaine de la Garde. Dans un clin d'oeil son bras droit fut par terre. Ce malheureux paraissait très satisfait de l'opération. Que de larmes n'a-t-il pas versées depuis ! 

    Le docteur Lacroix tint parole. Il passait tous les jours mon numéro 14 sans m'adresser un mot. Cependant, par les soins que me prodiguait en-dessous un aide-major, j'eus la conviction qu'il avait donné des ordres ; plus tard il me dit que deux fois par jour il se faisait rendre compte de ma blessure. »

     

      Deux fois par jour, on lui mettait le bras dans un bain de guimauve pendant deux heures, ensuite, un grand cataplasme de graines de lin de l'épaule au poignet, après avoir fermé à la charpie les deux orifices. Sa main toute noire et enflée, était enveloppée dans une compresse de vin de kina. Peu à peu, l'enflure disparaît et les doigts commencent à obéir. Au bout de vingt jours, sa figure « était revenue » ... 

     

    « Le docteur ne put s'empêcher de demander de mes nouvelles. Je sortis mon bras du lit, et remuais bien mes doigts. « Docteur, voici le bras que vous vouliez couper ». Il devint très rouge et me dit : «  La nature a fait un miracle pour vous, sur cent, pas un n'en serait guéri ». Il me fit défaire le bras et ordonna qu'on me brûlât avec la pierre infernale des chairs qui repoussaient trop vite. 

     

      Trente sept mois il portera le bras en écharpe, jusqu'au jour où un gros morceau de drap en sorti. Larrey, pour s'assurer que les os n'étaient pas fêlés avait tourné et retourné son doigt dans la plaie*, et de la sorte entraîné des parcelles de tissus de mon habit... »

     

    Le premier travail du chirurgien est de sonder la plaie pour juger de l'état de l'os : os fracturé  = amputation. 

     

    Nota : François Rivereau, un de mes ancêtres, a reçu une balle dans la jambe droite au combat de Beaupréau en avril 1793. Le projectile s'est arrêté sur le tibia et a été extrait par l'orifice d'entrée, avec une pince... Il en gardera en souvenir, une tumeur... 

    Les blessés vendéens....

     

     

    Sources: 

    - Marcel Baldet, ''La vie quotidienne dans les armées de Napoléon'' Librairie Hachette, 1964 – pages 169,170, 171 et réalisé par la Société Nouvelle FIRMIN-DIDOT- Mesnil-sur-l'Estrée en décembre 2001)     

    - Photos: De l'auteur, et du Blog Armae , reconstitution Historique  : Traiter une blessure par balle en 1815. 

                                             

         

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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