• Les "billets d'hôpitaux" de Grignon....

     

    « Les billets d’hôpitaux » du général Grignon…

     

    Deux pièces d’archives vous sont présentées ici concernant Grignon. Commençons si vous le voulez bien par une lettre de Commaire au ministre de la Guerre qui nous parle d’un combat méconnu entre Grignon et La Rochejaquelein début janvier 1794 (1) :

     

    Les "billets d'hôpitaux" de Grignon....

     

    « A quartier de l’Etat-Major, à Saumur

    4 janvier 1794

    Le quinze jour de nivose de l’an second de de la République française une et indivisible.

    Le général divisionnaire Commaire au ministre de la Guerre.

    Je me suis empressé, citoyen, aussitôt ta lettre reçue de mettre à exécution l’ordre que tu m’as doné pour le départ des grenadiers de la Convention ; comme il  sont en ce moment à Angers avec la commission militaire, j’ai prévenu de suite le commandant de la force armée de cette ville de les faire venir de Saumur pour y prendre leur route, ils ne pourront partir le 14 ainsi que la route le porte, il ne sont point encore arrivés aujourd’huy 15.

    Deux brevets d’accusateur militaire dont l’un est pour le citoyen Guillaume Bonnemant et l’autre pour le citoyen Lepine ; ne sachant ou peuvent être ces deux citoyens, et ayant trouvé ces deux brevets dans des papiers laissés dans les bureaux du général Rossignol, j’ai cru ne pouvoir mieux faire que de t’en instruire pour en ordonné ce que tu jugeras nécessaire.

    Grignon à reçu son brevet de général de brigade, a battu la petite armée des brigands de cinq à six cents hommes, commandés par La Rochejacquelin, un de nos volontaires s’est battu à l’arme blanche avec ce scélérat et n’a pu en délivrer encore la terre. Les Brigands ne servent plus que comme des assassins de grandes routes ; je prends des mesures pour leur donner une dernière chasse s’il est possible, ils n’iront pas loin j’espère et ça ira.

    Salut et fraternité

    Le général divisionnaire

    Commandant à Saumur

    Commaire »

     

    Les "billets d'hôpitaux" de Grignon....

     

    A présent et si vous le voulez toujours, mais je n’ai aucun doute là-dessus, présentons une pièce rarissime où le terme « billets d’hôpitaux » est mentionné en parlant des Vendéens tués. On connait par les rapports des généraux de colonnes infernales que ce terme, qui équivaut à « passer derrière la haie » ou « emmener au quartier général » signifient, fusiller, sabrer et massacrer d’une manière générale. Il devait certainement y avoir eu une concertation afin de nommer les choses d’une manière discrète mais facile à comprendre, le tout sur un ton ironique. Ces correspondances, nous les connaissons par l’ouvrage de Savary et elles ont mystérieusement disparues. L’historien républicain Chassin accusera Turreau d’avoir nettoyé les archives durant ses fonctions sous Louis XVIII… Comme le souligne Alain Gérard, il eut fallut pour cela que Savary fasse des copies de ses lettres avant 1816 (Turreau est mort le 10 décembre de la même année), pour ne les publier qu’en 1824. Et Alain Gérard d’aller plus loin en émettant la possibilité que ce soit Savary lui-même qui les aurait fait disparaître, laissant ainsi que ce qu’il voulait bien nous faire connaître (2). On sait, et nous l’avons déjà vu dans nos articles, que Savary a quelquefois arrangé les documents originaux à sa sauce en omettant certains passages, pas très reluisant pour ses idées. Accordons-lui tout de même le mérite d’avoir osé le premier (si l'on excepte Lequinio) reconnaître les horreurs commises. Après, il n’est pas interdit de penser que ces documents ont pu disparaître sous la 3° république, c’est du moins une hypothèse.

    Avant de lire ce document, revenons sur ce que Grignon aurait déclaré à ses soldats le 17 janvier 1794 :

    « Mes camarades, nous entrons dans le pays insurgé. Je vous donne l’ordre de livrer aux flammes tout ce qui sera  susceptible d’être brûlé, et de passer au fil de la baïonnette tout ce que vous rencontrerez d’habitants sur votre passage. Je sais qu’il peut y avoir quelques patriotes dans ce pays ; c’est égal, nous devons tout sacrifier. » (3)

    Malheureusement, là encore, nous n’avons que le récit de Crétineau-Joly, qui n’est pas sourcé et dont Savary ne parle pas…

    Ce que nous allons voir maintenant est daté du 13 janvier et semble corroborer la plupart des détails que l’on retrouvera plus tard dans l’ouvrage considérable de Savary, du moins en matière de s’exprimer quand des massacres sont commis.

    Lettre de Grignon à Commaire, copie certifiée conforme par ce dernier (4) :

    Les "billets d'hôpitaux" de Grignon....

     

    « Au quartier de l’Etat-Major à Saumur

    Le 25... jour de nivose de l’an second de la République Française, une et indivisible.

    Copie de la lettre du général de brigade Grignon au général divisionnaire Commaire, daté d’Argenton le Peuple, le 24 nivose. (13 janvier 1794)

    Je viens de recevoir ta lettre à mon arrivée. Nous avons, les généraux Boucret et Caffin, fait une battue dans les bois et genêts, à environ 18 à 20 lieues de terrein. Il ne paroit plus y avoir de rassemblements depuis la déroute complette que j’ai donné à Larochejaquelin et à toute une horde de brigands.

    Il les à congédiés, en leur disant, allés chacun chés vous ; quand j’aurai besoin de vous, je vous le ferai dire, et le lieu de rassemblement sera dans la forèst de Vésins.

    Ces scélérats là ; sont effectivement répandus dans les mettaÿries, par deux et trois, et ÿ font leurs anciens travaux à l’ordinaire. J’en ai pris un vingtaine, a qui j’ai fait donner des billets d’hopitaux.

    En outre, trouvé un nommé Molas avec son fils, de St Varan (Saint-Varent) près Thouars, absent de chés lui, depuis six mois et depuis ce tems, ont été à la tête des brigands à cheval, et, lors de la déroute de Collet, il s’est retiré dans une mettaÿrie, est dans un endroit isolé, au milieu des bois, et il fait connoitre absolument le terrein, pour les découvrir.

    Je compte ce jour de la décade, avec quelques autres, leur donner un billet d’hopital. Je vais m’occuper, à faire fouiller de nuit, les mettaiÿries, par des détachements , ou je compte ramasser quantité de ces scélérats là. C’est le seul moyen d’en venir à bout. Rien autre chose pour le moment. J’attens tes odres pour les mettre à exécution. Je te demanderai des souliers, ma colonne étant presque nuds pieds.

    Signé Grignon.

    Certiffié conforme à l’original, par moi général divisionnaire Commaire. »

     

    Les "billets d'hôpitaux" de Grignon....

     

    Les "billets d'hôpitaux" de Grignon....

     

    Les problèmes de souliers et de pieds nus sont récurrents chez Grignon comme on peu le voir ici bien plus tard. Pour ceux qui veulent aller plus loin, et à tout savoir, sur Grignon, je les engage à lire son mémoire, daté du 25 décembre 1794, fait dans le but de sauver sa tête, aux Archives Nationales (5).

    RL

    Janvier 2018

     

    Notes :

    (1)  SHD B 5/8-6, v. 5 et 6.

    (2)  Alain Gérard, « Les Archives de l’extermination », CVRH, 2013, p.298. A mon humble avis, l’ouvrage le plus complet actuellement pour comprendre ce qui s’est passé, le tout indépendamment des opinions politiques de l’un ou l’autre bord.

    (3)  « Histoire de la Vendée Militaire » par Crétineau-Joly, tome II, p. 129.

    (4)  SHD B 5/8-17, v. 2 et 3.

    (5)  AN, AD XVIII C 306-16.

     

     


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