• Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....

     

    Sur les chemins de Galerne... 

    Les 800 chouans de Bernard de la Frégeolière 

     

     

     

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....En 1799, Henry-René Bernard de la Frégeolière réussit à lever 800 chouans dans le Baugeois. Cet officier royaliste effacé a laissé un souvenir unanime dans la mémoire collective...

     

    « A dix sept ans il prête au Roi, comme garde du corps, ce serment de fidélité dont le souvenir, planant sur sa vie entière, lui fera jusqu’au dernier jour repousser tous les traités de paix que signeront les autres chefs. Justement suspects depuis le 6 octobre, les gardes du corps sont licenciés et gardés à vue par la Révolution. Bernard de la Frégeolière que révolte son inaction forcée en présence des dangers de Louis XVI, va chercher aux frontières la liberté de la défendre, et laisse au berceau son onzième enfant pour rejoindre, à travers mille dangers, les défenseurs du trône ralliés autour des princes. 

    Bientôt la Champagne ouvre ses portes aux frères de son Roi, on marche sur Paris. Courage, vaillants proscrits, la patrie vous est rendue, les fers de Louis XVI vont tomber / rêve d’un jour, qui rendra plus amer le pain de l’étranger : la retraite sonne, il faut reprendre le chemin de l’exil. Seul, quand les plus fiers courages sont abattus, quand tous appellent la mort, un cavalier sans pain, blessé, sans asile, a conservé l’espérance et console ses compagnons d’infortune : tu l’as déjà nommé. A peine guéri de sa blessure, le soldat des princes vole à de nouveaux combats, et commence, en 1793, dans une armée sans discipline, ce rude métier des troupes d’élite, sur qui retombe tout le poids de la guerre. Entre deux campagnes, chassé par l’invasion, abandonné sur une plage inhospitalière à la fureur de nouveau sauvages, ou bien entraîné dans une expédition digne de la chevalerie errante contre les sujets rebelles d’un prince sans armée, il ne lui sera pas donné de prendre un seul jour de repos. 

    L’année suivante, il fait aux hussards de Rohan cette désastreuse retraite de Hollande, où les émigrés, toujours placés à l’arrière garde, lui doivent la vie devant Nimègue. Que d’héroïsme, que d’abnégation chez ces hommes, hier encore privilégiés de la fortune, qui combattent comme simples soldats dans une campagne aussi douloureuse que celle de Russie, et tombent dans les neiges de la Frise sans qu’aucun écho de la patrie, sans qu’une voix amie vienne adoucir leurs derniers instants ! 

    De cavalier, devenu marin, ton aïeul s’embarque pour Quiberon. Le feu à bord, trois tempêtes, un combat naval dont les émigrés sont l’enjeu, le désastre de Quiberon, enfin cette agonie de six semaines à l’île d’Yeu où vient s’évanouir le rêve tant caressé du débarquement d’un prince en Vendée ; telles sont les pages de son journal de bord ; mais son indomptable énergie semble croître avec les épreuves, et notre plume se lassera plus vite que le courage de ce martyr du devoir. 

    Vois maintenant ces proscrits qui, par une nuit sombre, voguent vers les côtes de France où les appellent de nouvelles luttes pour Dieu et le Roi. L’Anglais refuse de les mener jusqu’au rivage : il faut se jeter dans les flots, c’est ton aïeul qui le premier s’élance et montre la route à ses compagnons hésitants. Ni les fatigues, ni la blessure que lui ont faite les rochers de la côte ne l’empêchent de prendre une part brillante aux combats de Puysaye, puis à ceux de l’armée de Scépeaux. Ses qualités militaires, son caractère chevaleresque, qui répugnera toujours à des représailles mêmes légitimes, s’imposent à tous, et Bientôt MONSIEUR HENRI devient l’âme de la division Gaullier. 

    Scépeaux a signé la paix, mais Bernard refuse d’y adhérer. Au lieu d’aller en Angleterre, comme tant d’autres, rappeler aux princes son nom et ses services, il reste courageusement au cœur des pays insurgés qu’il organise, avec Rochecotte, pour une nouvelle prise d’armes, voit sa tête mise à prix et, pendant trois ans, malade, errant de ferme en ferme, caché dans les halliers, il n’échappe que miraculeusement aux bourreaux. 

    En 1799, miné par deux années de fièvre, c’est de son lit qu’il recrute à la bonne cause un arrondissement et une légion de plus, et quand ses talents militaires, son influence, l’affection de ses soldats, tout l’invite à diriger en chef d’insurrection qu’il a créée, il accourt avec sa modestie ordinaire se ranger sous les ordres de Bourmont : la chouannerie lui doit son dernier triomphe, l’arrondissement de Baugé l’honneur d’avoir fourni son contingent aux Armées Catholiques de l’Ouest. 

    La soumission de Bourmont l’arrête au milieu de ses succès : Il licencie en frémissant les braves qu’il vient de mener à la victoire, et refuse encore de rien promettre, de rien signer pour garder jusqu’au bout le serment de fidélité ; cette fidélité lui vaudra de rester sous le glaive de la loi jusqu’au dernier jour de l’Empire. 

    Dès 1813, sa vive ardeur devance les évènements : seul il ose secouer le joug impérial, seul il brave les dangers d’un soulèvement contre Napoléon, et les Bourbons à leur retour trouvent leur indomptable champion. Le vaillant capitaine va modestement reprendre sa place aux gardes du corps ; il n’ambitionne d’autre récompense que le bonheur de pouvoir servir encore son Roi. Le bonheur ! Il n’est pas dans ta destinée, soldat des causes vaincues : vois déjà le 20 mars se préparer dans l’ombre. Aux armes ! Bonaparte est en France ! 

      Bernard est le premier prêt à la tête de deux légions. Placé comme autrefois à l’avant garde de la Chouannerie, il couvre les opérations des corps de la rive droite, remporte au Lude le principal succès des royalistes, et par sa fière contenance épargne à toute une partie de l’Anjou les rigueurs de l’invasion. 

      Il avait à peine licencié sa division qu’une brusque mise à la retraite vint lui apprendre qu’ici-bas les services qu’on néglige de faire valoir sont voués à l’oubli : il fallait qu’aucune récompense humaine ne vînt ternir la grandeur de cette vie de sacrifices. Désormais il ne lui sera plus donné de s’armer pour son Roi, mais plus tard la Révolution lui fournira, à soixante douze ans, une dernière occasion de souffrir pour les Bourbons et d’affirmer son dévouement jusque dans les fers.

    Les Bourbons, ils ont eu jusqu’au dernier soupir tous les battements de ce noble cœur. Son amour, son culte pour eux, voilà le secret de cette vie qui n’a été qu’un long combat pour le drapeau sans tache. C’est pour eux qu’il a tant souffert, ils étaient à ses yeux « la cause du droit et avec elle l’avenir de la France, ses plaies cicatrisées, son sol raffermi, sa grandeur morale reconquise. » ; c’est sa foi dans leur retour qui lui donne la force d’affronter pendant vingt cinq ans la mort, et de sacrifier famille, repos, santé, fortune, plutôt que de reconnaître un seul jour la Révolution triomphante. 

    Les Bourbons ! Il inonde de ses larmes leurs adieux aux émigrés, il frémit à la seule pensée qu’on ose incriminer leur conduite à l’île d’Yeu, et lui, si prompt à tirer l’épée, quand Charles X tombera sans combattre, il ne songera qu’à le justifier, à le remercier de n’avoir point risqué dans une lutte incertaine la vie du royal enfant confié à sa garde. 

     

    Les brillantes qualités qu’il déploya dans sa carrière militaire étaient rehaussée par cette générosité, cette douceur, cette bonté du cœur qui sied si bien aux braves. Tous, jusqu’au dernier soldat, trouvaient un père en lui et savaient qu’ils pouvaient compter sur leur chef jusqu’à la mort, ils le payaient de son dévouement par une affection si touchante que le nom du général de Bernard est encore prononcé avec émotion par les petits fils de ses anciens chouans. Aucun succès ne pouvait le consoler du sang répandu ; toujours généreux envers les prisonniers, ennemi des représailles, il poursuivit, en dépit de la barbarie républicaine, son idéal d’une guerre loyale et chevaleresque, auquel il eut enfin l’honneur de rallier les généraux de la Révolution eux-mêmes. 

    L’homme privé n’a pas moins de droits que le guerrier à ton admiration. Modeste à l’excès, d’une simplicité patriarcale, se refusant tout à lui même pour ne rien refuser aux autres, partageant jusqu’à son dernier écu avec les victimes de nos guerres civiles, le souvenir de son inépuisable charité vit encore, dans nos temps d’oubli, après plus d’un demi-siècle écoulé. » 

     

    « La mort, qu’il avait bravée trop de fois pour la craindre, ne fut pour lui qu’une délivrance : il l’accueillit comme une grave et sévère amie qui venait lui ouvrir les portes d’un monde où sont réparées les injustices d’ici bas ; où les vaincus de la terre connaissent enfin les joies du triomphe. Le vieux royaliste rendit son âme à Dieu le 25 janvier 1835, et fut inhumé, comme lui en avait témoigné le désir, au lieu de sa naissance, dans la chapelle de la Sionnière* aux Rairies - Ancienne terre noble avec manoir fortifié, en partie détruit vers 1870 mais dont subsiste quelques vestiges, en particulier une tour, la fuie et la chapelle désaffectée, autrefois dédié à St Jean l’Evangéliste et Ste Catherine. Il existait près du manoir une autre chapelle N.D des Vertus, vendue nationalement le 5 mai 1791 et rachetée par la famille de la Frégeolière. 

      * Il repose aujourd’hui à Varrains, près de Saumur. »  

     

    Les 800 Chouans de Bernard de la Frégeolière....

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    Sources : 

     

    . Extrait des Mémoires de Bernard de la Frégéolière.- pages 325, 326 , 327, 328, 329. 

    . Dictionnaire - Célestin Port – Tome n°IV, page 403. 

    . Archives Départementales du Maine-et-loire, tous droits réservés - Acte de décès de Henry-René Bernard de la Frégeolière. Etat civil du Vieil-Baugé, vue n°172, 173 acte n°8. 

    . Cadastre – La Sionnière commune des Rairies, B4 de la Rairie – Plan napoléonien de 1836. 

    . Portrait : Tiré des Mémoires de Bernard de la Frégeolière. 

    . Photos de l’auteur : la Sionnière aux Rairies et la tombe de Henry-René Bernard de la Frégeolière au cimetière de Varrains. Octobre 2020. 

                                                               

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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