• Le Perrier - Une aventurière dans le Marais....

     

    Une folle, une aventurière ou une royaliste ? 

     

     

     

    Le Perrier - Une aventurière dans le Marais....Certainement une aventurière et une royaliste, utilisée comme leurre par les émigrés ?

    En 1802, une femme inconnue hante le marais Vendéen, pour le Préfet Merlet de Vendée, il s’agit d’une folle.

    La correspondance de Jean-François Merlet, avec le Ministre de la Police Générale ne laisse filtrer aucun nom. Cette femme est arrêtée, interrogée puis le silence se fait sur cette affaire, alors que l’on désirerait ardemment connaître son identité…

    Si Merlet a fait silence, c’est qu’en réalité il s’agit d’une véritable histoire d’amour, d’aventures rocambolesques, où des maraîchins se sont fait mystifier.  Je  vous laisse découvrir, par vous-même, les aventures de la « princesse de Condé » dans l’annuaire de la Société d’Emulation de la Vendée - Le marais de Saint-Jean-de-Monts : ses brigands, les avatars d’une princesse royale dans ces parages – 1796-1802, par M. Georges Loquet - référencé dans les sources : (pages 69 à 98).

    « On l’avait vue à Vieillevigne chez M. de Juigné, et chez Madame de Laroche à Commequiers, se pavaner devant les paysans ébahis de son titre de princesse, que ses hôtes s’empressaient de confirmer ou tout au moins de ne pas désavouer... » 

    « En avril 1802, une femme de qualité est arrêtée par un gendarme déguisé en paysan dans la commune de Grand’ Landes, qui l’a conduite le 12 avril à Fontenay, devant son capitaine Prier. »

    «  Interrogée, elle déclare se nommer : Jeanne-Baptiste-Ursule-Rosalie-Victor-Louis-Anne-Marie et Marie Antoinette de Condé, de Bourbon, âgée de 30 ans* environ, ex-princesse Victor. » (*née en 1770)

    Après plusieurs déclarations mensongères, elle déclare se nommer :   « Antoinette** Cornuailles, âgée de 30 ans environ, fille de feu François Cornuailles, aubergiste au bourg d’Auvernay-le-Petit (Le Petit Auverné) près de Châteaubriant et de Perrine Binot, sans domicile fixe… »

     

    La princesse de Condé, redevenue fille d’auberge opérait du côté du Perrier, de Soullans et de Saint-Hilaire-de-Riez…

    **Je n’ai retrouvé qu’une Etiennette Cornuailles née au Petit-Auverné le  22 mai 1770 – vue n° 4/8 ; année 1770.

     

    « On y apprend que la fameuse aventurière vagabondait en effet, depuis plus de quatre ans dans l’arrondissement des Sables d’Olonne et qu’elle vécu d’abord très intimement, avec le bandit Laidain***, qu’elle revit souvent dans la suite…

    Elle fut jugée le 3 août 1802. 

    Malgré le réquisitoire très sévère du Commissaire du Gouvernement Sourouillé-Cailletière, qui demandait trois années d’emprisonnement – Antoinette Cornuailles fut condamnée le 2 septembre par des juges indulgents – qui n’apportèrent pas à cette aventure plus d’importance qu’elle n’en comportait ; les principaux coupables étant en liberté, - à trois mois de prison seulement et à tous les frais. »   

     

    ***  Quant à Jean Laidin, garçon de 28 ans, fils de Jacques Laidin, laboureur au Perrier, et de Renée Caillon, fileuse, il a été purement et simplement assassiné le 20 germinal an X (10 avril 1802), au Perrier, à 4 heures du matin, par un gendarme de la brigade de Challans.

     

    Voici ce que nous en dit Merlet le 25 Germinal de l’an 10 (15 avril 1802)

     

    « N°436 – Cabinet du Préfet 

    A Fontenay,25 germinal an 10 

    Le Préfet du Département de la Vendée 

    au Ministre de la Police Générale. 

     

    C.M, 

     

    Depuis longtemps il existait dans l’arrondissement des Sables une aventurière, connue sous le nom de la Comtesse ou la princesse de Condé, qui y excitait beaucoup de désordres et y abusait de la crédulité des gens de la campagne. 

    Pendant l’insurrection elle parcourait les villages, y entretenait la révolte et répandait partout les bruits les plus mensongers : depuis la pacification elle n’a cessé de continuer les mêmes manœuvres, elle avait même acquis un certain crédit sur l’esprit des habitants du marais de l’Ouest du Département, puisque partout elle était accueillie, nourrie avec soin et mise à l’abri des recherches les plus scrupuleuses : l’année dernière je la fit suivre pendant plus de deux mois par un gendarme à pied déguisé, très actif, qui la rencontra plusieurs fois, mais ne pût jamais s’assurer d’elle, parce qu’il aurait couru les plus grands risques, elle lui échappa ensuite. 

    Enfin elle vient d’être arrêtée par les soins et l’intelligence de ce même gendarme et elle est déposée dans la maison de justice de Fontenay. Elle a fait dans sa première déclaration, les contes les plus absurdes, les plus invraisemblables ce qui caractériseraient une aliénation d’esprit, si je ne m’étais assuré par moi même qu’elle n’est point folle - Le Commissaire du gouvernement près le tribunal criminel a dû adresser copie de ces interrogatoires au Ministre de la Justice : je me dispenserai de vous l’envoyer, tant les déclarations sont absurdes, ridicules et évidemment controuvées. 

    Je présume que cette femme avait suivi l’armée Vendéenne pour y piller, voler et s’y prostituer, qu’elle n’est pas née loin du pays et qu’on parviendra à découvrir son vrai nom, du moins c’est ce que m’a dit le Commissaire près le tribunal Criminel : elle sera probablement renvoyée devant le jury d’accusation des Sables, attendu qu’elle a commis beaucoup de vols et d’escroqueries dans cette arrondissement.  

    Cette malheureuse ne pouvait être bien dangereuse par elle même depuis le retour de la tranquilité : son influence ne s’exerçait que sur des hommes ignorants et crédules ; les prêtres du pays l’avaient même signalée comme une aventurière et une impudique, de sorte qu’on n’a rencontré aucun autre obstacle que sa défiance  et ses connaissances des localités, pour s’assurer d’elle. 

      Comme il y a un an, j’avais eu l’honneur de vous entretenir de cette femme, je vous annonce aujourd’hui son arrestation, je présume qu’il y aura contre elle des charges suffisantes pour la faire condamner par le tribunal à la réclusion ; mais au cas qu’il n’y en eue pas de suffisantes aux yeux du jury, je veillerai à ce qu’elle ne soit pas rejettée dans la société, où elle serait toujours très dangereuse, sous le rapport de l’escroquerie et des mauvaises mœurs. 

    X -  Elle est enceinte, ce qui retardera peut-être son jugement quand il sera rendu, je vous en donnerai avis. 

    J’ai donné au gendarme qui l’a fait arrêter, la somme de 50 francs à titre de récompense due à ses recherches et à son zèle.  

     

    S et Res. » 

     

    Extrait du courrier synthèse n°452 du Préfet de Vendée du 6 Floréal an 10 (26 avril 1802), au Ministre de la Police Générale.

     

    « La Gendarmerie a arrêté dans cet arrondissement la fameuse aventurière, connue sous le nom de la comtesse ou la princesse de Condé ; ainsi que j’ai eu l’honneur de vous en instruire particulièrement le 25 du mois dernier : déjà elle a subi plusieurs interrogatoires. » 

     

    Des courriers sont également échangés entre le préfet et le capitaine commandant la gendarmerie du département de la Vendée au sujet de l’assassinat de Jean Laidin. Le Préfet demande la mutation du gendarme dans une autre brigade.

     

    « N° 466- Cabinet du Préfet 

    A Fontenay-le-Peuple, le 23 Floréal l’an 10 (13 mai 1802) de la République Française, une et indivisible. - Liberté Egalité -  

    Le Préfet du Département de la Vendée au Capitaine, commandant la gendarmerie du département de la Vendée.  

     

    Je vous fait passer cy-joint, Citoyen Capitaine, copie de la lettre que m’a écrite le Ministre de la Police Générale, au sujet de la mort du nommé Laidin tué par un gendarme de l’arrondissement des Sables . Vous y verrez qu’il me demande des renseignements sur cette affaire. 

    Je vous invite en conséquence à m’instruire du résultat des poursuites qui ont été dirigées contre le gendarme, afin que je lui en rende compte.  

      J’ai l’honneur de vous saluer. » 

     

    Le Perrier - Une aventurière dans le Marais....

     

    Le 8 Prairial an 10.

     

    « N° 483 - Cabinet du Préfet 

     A Fontenay-le-Peuple, le 8 Prairial l’an 10 (28 ami1802). 

    Le Préfet de la Vendée au Ministre de la Police Générale.

     

     C.M, 

       

    Par la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire les 16 du mois dernier, vous me demandez des renseignements exacts sur la conduite d’un gendarme de la brigade de Challan qui a tué d’un coup de fusil le nommé Laidin qui se dérobait à sa poursuite. 

    J’ai écrit à ce sujet au capitaine de la Gendarmerie pour savoir de lui l’issue de la procédure que je savais avoir été dirigée contre le gendarme ; il vient de me répondre qu’il avait été acquitté, d’après la déclaration du jury, qu’il n’y avait pas lieu à accusation : j’ai aussi eu occasion de voir à ce sujet le substitut, magistrat de sûreté de l’arrondissement des Sables, qui m’a instruit que le jury s’était déterminé par la mauvaise réputation de Laidin, qui avait figuré il y a quelques années dans les désordres civils. 

    Quoique, C.M, l’individu tué ait eu une mauvaise réputation, néanmoins je dois vous dire qu’il n’en a pas moins été assassiné, qu’il n’était prévenu d’aucun délit postérieur à l’amnistie et que la gendarmerie n’avait ordre de s’assurer de sa personne, que parce qu’il avait refusé de comparaître devant le Directeur du jury comme témoin, il est également constant qu’il a été tué en s’enfuyant sans armes ce qui n’était pas le cas d’une légitime défense de la part du gendarme. 

    J’ai manifesté au capitaine de la Gendarmerie de la Vendée, le désir de voir le gendarme homicide passer dans une autre brigade et même dans un autre département : en effet un pareil acte ne peut qu’aigrir les esprits des anciens insurgés et même exposer la brigade de Challan à des vengeances de la part de parents et amis de Laidin ; enfin il est temps que la loi reprenne tout son empire, qu’elle seule fasse justice et que l’arbitraire cesse ; voilà depuis la pacification, plusieurs évènements de cette nature, je désire vivement que celui-cy soit le dernier. » 

     

     

    Sources : 

     

    . Archives Départementales de la Vendée, tous droits réservés –  Correspondances actives du Préfet, 463 lettres – Préfet de la Vendée Merlet  clas 2 Num/ 110/18 – vues 42,43 et 59/583.- 25 germinal an 10 -15 avril 1802. et 6 floréal an 10 – 26 avril 1802. 

    . Archives Départementales de la Vendée, tous droits réservés –  Correspondances actives du Préfet, 463 lettres – Préfet de la Vendée Merlet  clas 2 Num/ 110/18 – vues 77, 98, 99/583.- Affaire Laidin. - 23 Floréal an 10. 

    . Archives Départementales de la Vendée – Notice descriptive 6BIBPC 16/27- Annuaire de la société d’Emulation de la Vendée – Bulletin périodique 1910 La Roche-sur-Yon Raoul Ivonnet -Imprimeur -éditeur 15 rue Lafayette. 

    .http://recherche-archives.vendee.fr/ark:/22574/vta1ed4876df012c672

    . Acte de décès de Jean Laidin le 20 germinal an X au Perrier (10 avril 1802)- registres d’état civil du Perrier – ADNMD AN X – vue n°29 AD2E172/3. 

    . Archives départementale de la Loire Atlantique – registres paroissiaux de la commune du Petit-Auverné. Baptême 1770 – Etiennette Cornuailles. 

    . Photo : de l’auteur. 

     

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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