• Le massacre de la famille Rochard....

     

     

    Chemillé, en ce 5 pluviôse de l'an II.

     

    Le massacre de la famille Rochard.

     

     

        Avant la Révolution, François Rochard est métayer au château de la Sorinière, paroisse Saint Pierre de Chemillé en Anjou. Le château de la Sorinière est connu dès 1246 (terra de la Sorinère) Renée de Brie épouse Michel d'Escoublant (1598-1634) et Marie d'Escoublant apporte la terre à François du Verdier (1669).

     

        Le massacre de la famille Rochard....Claude-François du Verdier de la Sorinière fut président de l'Académie d'Angers, Lors de la Révolution, une de ses filles, bénédictine au Calvaire d'Angers, sa belle-fille Marie de la Dive, veuve d'Henri-François-Esprit-Sophie du Verdier de la Sorinière, les deux filles de celle-ci, Catherine et Marie-Louise, sont les deux premières guillotinées place du Ralliement le 26 janvier 1794 ; les deux autres fusillées au Champ-des-Martyrs le 10 février 1794 pour leur attachement au catholicisme. Elles ont été béatifiées le 19 février 1984 (Homélie de Jean-Paul II). Une sœur des deux jeunes filles, Henriette, épouse de Charles Davy, président du comité royaliste de Chalonnes et tué au combat, mourra prisonnière à Tours ; leur frère enfin, Henri-Gaspard avait été guillotiné à Saumur le 25 octobre 1793.

    Nous ne pouvons passer sous silence le geste sublime de sœur Rosalie : «  Marie-Louise du Verdier de la Sorinière était une jeune religieuse de la congrégation des Soeurs du Calvaire en Anjou. Quand elle fut arrêtée, durant la Révolution, elle fut condamnée à mort. Sur le chemin de son exécution, elle eut le temps de remettre sa pelisse qu'elle avait sur elle à une pauvre femme grelottant de froid qui l'implorait. Guillotinée le 27 janvier 1794, elle était la belle sœur de Marie de la Dive guillotinée le 26 janvier 1794 ». Le massacre de la famille Rochard....

     

        La famille du Verdier de la Sorinière a donc été très éprouvée par la Révolution ; la famille de ses métayers le sera également.

     

          En effet, le 24 janvier 1794 (5 pluviôse de l'an II), la Colonne Infernale de Crouzat arrive à Chemillé... après avoir mit le feu aux bourgs de Gonnord, de Joué et d'Etiau et à cinq châteaux des environs dont le château de la Sorinière, Cordellier avait raison de penser que « Crouzat se chauffait autant que lui ».

     

          Les registres de l'état civil de Chemillé en date du 24 janvier 1794, dans leur sécheresse épistolaire, nous livrent les noms des huit victimes de la famille Rochard :

     

    François Rochard, métayer, âgé de 75 ans, né à Cossé, fils de Michel Rochard et de Jeanne Ogereau - veuf – Témoins : Etienne Martineau et Jean Rochard, fils du défunt.

     

    Jeanne Dailleux, âgée de trente quatre ans, née à Chaudefonds, de Jean Dailleux et de Anne Denécheau, épouse de Jean Rochard – Témoins : Jean Dailleux, frère de la défunte et René Rochard, beau-frère de la défunte.

     

    Marie Dailleux, âgée de trente deux ans, née à Chaudefonds département de Maine et Loire, de Jean Dailleux et de Anne Denécheau, épouse de René Rochard. Témoins : Jean Dailleux frère de la défunte et Jean Rochard, beau-frère de la défunte.

     

    Henriette Rochard, 5 ans, de Saint Pierre de Chemillé, fille de René Rochard et de Marie Dailleux , Témoins : Jean Dailleux, oncle et Jean Rochard, oncle.

     

    René Rochard, 4 ans, de Saint Pierre de Chemillé, fils de René Rochard et de Marie Dailleux, Témoins : Jean Dailleux, oncle et Jean Rochard, oncle.

     

    Joseph Rochard, 8 mois, de Saint Pierre de Chemillé, fils de René Rochard et de Marie Dailleux, Témoins : Jean Dailleux, oncle et Jean Rochard, oncle.

     

    Jeanne Rochard, 4 ans, de Saint Pierre de Chemillé, fille de Jean Rochard et de Jeanne Dailleux, Témoins : René Rochard, oncle et Jean Dailleux Oncle.

     

    Pierre Rochard, 2 ans, de Saint Pierre de Chemillé, fils de Jean Rochard et de Jeanne Dailleux, Témoins : René Rochard, oncle et Jean Dailleux, oncle.

     

    Au total, huit personne d'une même famille disparaissent le même jour... lâchement assassinées.

     

     

    Contacté par une descendante de cette famille, j'ai essayé de trouver plus de détails pouvant éclairer « la scène du crime ». Les registres de l'Etat Civil ne nous apportent rien en ce qui concerne le lieu des sépultures : Inhumation sur les lieux mêmes de la tragédie dans un premier temps ? Au cimetière de Chemillé par la suite ? Dans cette situation, on ne peut que s'appuyer sur la tradition orale, locale ou familiale; les registres restant muets sur le sujet. Ont-ils été les seuls massacrés au château de la Sorinière ? A priori, OUI.

    Le propriétaire du château de la Sorinière est décédé le 4 avril 1790 à Angers. Son épouse, Marie de la Dive a été guillotinée à Angers le 26 janvier 1794.

     

    Le premier pluviôse an II (20 janvier 1794), René et Jean Rochard, métayers à la Sorinière, déclarent à Chemillé le décès de Aimée-Rosalie-Charlotte du Verdier de la Sorinière, âgée de trente deux ans, née à Saint Pierre de Chemillé le 21 mars 1762, fille de Henri-François-Esprit-Sophie du Verdier de la Sorinière et de Marie de la Dive, célibataire.

    Ce décès, survenu quatre jour avant le massacre du 24 janvier 1794 a très certainement été amalgamé par la mémoire populaire et enregistré comme personne massacrée avec la famille Rochard.

     

    Le 29 août 1788, baptême à Saint Pierre de Chemillé de Jean-Louis Rochard et de François-Jean Rochard, frères jumeaux, fils de Jean Rochard et de Jeanne Dailleux. voilà nos deux rescapés de la journée du 5 pluviôse de l'an II. Jean-Louis décèdera à la Sorinière le 10 avril 1871 et François-Jean à Chemillé le 25 février 1876.

     

     

    Quelques dates en feuilletant les registres....

     

    Henriette Rochard est baptisée le 9 juin 1788, à St Pierre de Chemillé, fille de René Rochard, métayer, et de Marie Dailleux le parrain est Messire Henri-Esprit-Sophie du Verdier, chevalier, seigneur de la Sorinière. La Marraine : Aimée-Rosalie-Charlotte du Verdier de la Sorinière.

     

    René Rochard est baptisé le 13 janvier 1790 à St Pierre de Chemillé, fils de René Rochard, métayer et de Marie Dailleux.

     

    Joseph Rochard est né le 28 thermidor an 1 (15.8.1793) St Pierre de Chemillé, fils de René Rochard, métayer et de Marie Dailleux.

     

    Jean-Louis Rochard et François-Jean Rochard baptisés le 29 août 1788 à St Pierre de Chemillé. Jean-Louis a pour parrain : Messire louis-Pierre du Verdier, Chevalier, seigneur des « Petites Tailles », ancien officier au régiment du Maine – Marraine : Dame Marie-Madeleine-Marthe-Victoire, Désirée de Brie Ferrant. François-Jean a pour parrain François Rochard, son aïeul et pour marraine : Anne Denécheau son aïeule.

     

    Pierre Rochard est né le 17 mars 1792, fils de Jean Rochard, métayer et de Jeanne Dailleux.

     

    Jeanne Rochard, je n'ai pas découvert son acte de naissance, (1790 ou 1791), fille de Jean Rochard et de Jeanne Dailleux.

     

     

     

     

    Sources : archives départementales du Maine et Loire – Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine et Loire – Célestin Port – tome IV – Crédit photos : Monumentum, carte des Monuments historiques Français – Chapelle du Château de la Sorinière et carte postale du Château de la Sorinière.

     

    Xavier Paquereau pour Chemins secrets

     

     

     

     

    Chemillé, en ce samedi 6 pluviôse de l'an II.

     

    Rochard Jean-Louis

     

     

        Les registres de l'état civil de Chemillé en date du 25 janvier 1794 (6 pluviôse an II), et non du 24 janvier, nous livrent les noms des huit victimes de la famille Rochard massacrées à la métairie du château de la Sorinière par la Colonne Infernale Crouzat.

         Un enfant âgé de cinq ans, très grièvement blessé, a été laissé pour mort, il s'agit de Jean-Louis Rochard.

     

         En mai 1825, il fait une demande de pension en ces termes :

     

    «  A Messieurs les membres de la Commission des secours à accorder aux anciens militaires des armées Royales de l'Ouest, a l'honneur d'exposer très humblement ;

     

        Jean-Louis Rochard, cultivateur, demeurant à Chemillé arrondissement de Beaupréau département de Maine et Loire.

          Qu'il n'a cessé dans tous les temps et dans toutes occasions de donner des preuves de son inviolable attachement et de son entier dévouement à l'auguste famille des Bourbons, que n'étant âgé que de cinq ans à l'époque de 1793, il ne pu faire partie alors de l'armée Royale de l'Ouest ; mais que tandis que son père et tous ses parents combattaient pour le trône et l'Autel, il fut massacré par les républicains qui le laissèrent pour mort (ainsi que sept autres de la famille qui n'ont pas survécus), et dont il conserve une blessure grave à la tête qui lui cause de très vives douleurs, l'empêche souvent de travailler et finira par l'empêcher tout à fait de gagner sa vie ainsi qu'il est constaté par le certificat ci-joint.

          Qu'aussitôt que l'exposant s'est trouvé en état de porter les armes, il s'est rangé parmi les fidèles royalistes et a fait preuve de zèle, de courage et d'intrépidité, notamment à l'époque des cent jours.

            Qu'en 1793 ses parents ont tout perdu par le pillage et l'incendie révolutionnaire.

            Que son infirmité venant à l'empêcher tout à fait de travailler, et n'ayant aucune fortune ni aucune ressource, il tombera dans la misère la plus affreuse.

             Pourquoi il vous supplie, Messieurs d'avoir pitié de lui et de vouloir bien le faire participer aux bienfaits accordés par le Roi aux fidèles vendéens en lui faisant obtenir un secours annuel en raison de sa malheureuse situation ».

     

     

    Chemillé le 31 mai 1825. signé J . L Rochard

     

     

    Nota : Jean-Louis Rochard parle de sept victimes, en réalité : huit victimes et lui même laissé pour mort.

     

     

    Le 31 mai 1825, il est visité par un chirurgien à Chemillé, le Docteur en chirurgie Thibault,

     

    «  Nous soussigné, chirurgien demeurant ville de Chemillé 4ème Arrondissement de Maine et Loire, certifie que :

     

        Jean-louis Rochard, métayer du domaine du château de la Sorinière en cette commune a reçu un coup d'instrument tranchant qui a entièrement abattu le tiers inférieur de l'oreille droite et une portion triangulaire de la longueur de deux pouces sur un pouce et demi de largeur de l'os de la tête correspondant à cette partie de l'oreille.

       D'où il est résulté une cicatrice assez profonde avec adhérence 2° diminution dans la perception des sons de ce côté, 3° maux de tête assez considérables surtout au milieu des travaux de l'été ; accidents qui peuvent augmenter avec l'âge et mettre ce laboureur dans l'impossibilité de travailler. Pour quoi je lui ai délivré le présent – trois mots rayés nuls »

     

    signé Thibault

     

     

    Chemillé 31 mai 1825

     

    Visé par Mr de la Sorinière, Chevalier de Saint Louis, Maire.

     

     

     

    Sources : Archives Départementales du Maine et Loire – Dessin : Petite Histoire des Guerres de Vendée d'Henri Servien, illustré par René Follet – Editions de Chiré, album relié, 190 pages - BP1 86190 Chiré en Montreuil.

     

     

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets

     

    Le massacre de la famille Rochard....

     

    Le massacre de la famille Rochard....

     

     

    Le massacre de la famille Rochard....


  • Commentaires

    5
    Hardellière
    Dimanche 19 Juillet 2015 à 01:01

    Vous pouvez vérifier à Gonnord de 1808 à 1812  (vue 80), premier mariage de J L R avec Marie Grellier et le frère jumeau de J L s'est marié avec la soeur de Marie Grellier, c'est bien le 25, il y a eu des polémiques à Chemillé sur la date, certains prétendent que c'est le 5 d'autres le 24 au soir, mystère ? Mais, où était ce frère jumeau pendant le massacre ? Il n'est mentionné nulle part, peut-être a-t-il réussi à se cacher avant l'arrivée des bleus ou bien alors, j'avais pensé aussi qu'il a peut être  accompagné son oncle René, réquisitionné pour emmener des vivres aux républicains à Angers.  Il reste sûrement des traces quelque part , dans les archives des notaires par exemple.

    4
    Xavier Paquereau
    Samedi 18 Juillet 2015 à 08:29

    Il faudrait que je revérifie, j'ai lu le 24 janvier, j'ai du faire une erreur car la date n'est pas lisible sur la version internet, j'ai cru voir un 4...... Donc Jean Louis a été laissé pour mort, et son frère jumeaux François-Jean où était-il ?, Il s'est caché ? Les voyous ne l'ont pas découvert?

    Vous savez, toutes les familles Vendéennes se sont retrouvées dans la plus grande misère. Les Paquereau avant la Révolution vivaient dans une aisance certaine, à la tête d'une métairie importante, propriétaires de plusieurs maisons, vignes etc. En 1797, mon ancêtre Jean -18 ans-rescapé - commence à reconstruire  la métairie brûlée et la maison de sa mère également brûlée à Clisson. Nous ne nous sommes jamais remis humainement et financièrement de ce drame. Lorsque je me suis intéressé à mes ancêtres du côté paternel et maternel, pour cette période, j'ai découvert l'horreur..... Mes parents et grands parents étaient très silencieux sur le sujet, on m'a transmis que nos ancêtres étaient des blancs sans plus de détails.

    C'est vrai que nous venions de passer à la deuxième saignée de 1914 1918 où j'ai perdu trois grands oncles et les rescapés blessés.... On envoyait les Vendéens et les Bretons catholiques dans les secteurs les plus chauds pour s'en débarrasser. La république n'aime pas les catholiques et ça continue toujours.......

    3
    Hardellière
    Vendredi 17 Juillet 2015 à 21:20

    Comme quoi, il faut tout vérifier, mais pour le massacre de la Sorinière, dans la demande de pension de Jean Louis R. il est clairement dit que les républicains l'ont laissé pour mort dans le massacre, avec une profonde blessure à la tête et une oreille tranchée dont le chirurgien donne des détails dans sa lettre, et que pendant ce temps son père combattait pour le trône et l'autel. Le pillage et l'incendie révolutionnaire de leur ferme sont aussi mentionnés, ce qui les a laissé dans la misère la plus affreuse. Dans les actes de décès de Chemillé, ils ont bien été tous tués le même jour, c'est à dire le 25 janvier, là aussi c'est sûr, sur l'acte du premier mariage de Jean Louis R. il est clairement dit que Jeanne Dailleux est décédée le 25 janvier 1794. La preuve est là et j'espère en trouver d'autres. Et que Mélanchon ne vienne pas encore nous dire que ce soulèvement n'a pas existé !!!

    2
    Xavier Paquereau
    Vendredi 17 Juillet 2015 à 08:45

    Il est possible que l'on ai comptabilisé toutes les personnes de la Sorinière disparues au cours de la Révolution. Ce qui donne un chiffre global pour un lieu donné. Et puis vous savez, la tradition orale est plus ou moins déformée au fil du temps. Nous avons un fond de vérité et une déformation des faits. J'en ai fait l'expérience au sujet d'évènements concernant ma propre famille. C'est pour cela que j'ai pris l'habitude de me baser essentiellement sur les écrits et sur des faits avérés.

    En ce qui concerne le curé de Chaudefonds, il s'agit de Charles, Prosper, Pierre, François JEAN du Verdier de la Sorinière qui effectivement est le frère de Henri-François-Esprit né à la Sorinière le 9.9.1725 et décédé à Angers le 4.4.1790. Né vers 1730, Il serait décédé à Londres le 15.2.1795, dans ce cas, n'est pas mort guillotiné.

    1
    Hardellière
    Jeudi 16 Juillet 2015 à 23:53

    Pour la petite Jeanne, je l'avais trouvé,  elle est née le 23-3-1790 (vue 549) . Alors, d'après vous, dans les 11 personnes, ils auraient comptabilisé les Dames Du Verdier de la Sorinière.  J'ai vu aussi, dans terreur en Anjou, (page 238) Jean Du Verdier De La Sorinière, curé de Chaudefonds qui refusa le serment depuis 1772 et qui aurait été guillotiné le 23-7-1794 à Paris ?  Frère de Henry François Esprit peut être ?    Merci Monsieur Paquereau pour toutes ces  recherches.                                                                                                                                                                                                                                                                                   ?                                                                                     

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