• Le journal de Elie Eyquard....

     

    Le journal de route de Elie Eyquard...

     

     

    Ce manuscrit à été retranscrit par Alain Gérard dans "Les oubliés de la Guerre de Vendée" ainsi que dans "Vendée, les archives de l'extermination". Le document original se trouve aux AD 33 en cote 3J52. Bien que largement connu des amateurs, ce journal d'un soldat de colonne infernale (sergent-major à la troisième compagnie du 1er bataillon de la Gironde), est à compiler avec d'autres, tels celui de Graviche ou de Chollet. On peut s'y rendre compte de l'humanisme des plus terre-à-terre qui guide la soldatesque de la première république, bien loin d'un héroïsme et d'une grandeur d'âme vantés dans les salons parisiens.

     Le sergent-major Eyquard ne fait pas état de massacres particuliers mais des brûlements afférents à l'avancée de sa colonne et surtout d'une passion non dissimulée pour la bonne chère et le vin. Il aurait été bien malheureux ce pauvre soldat si le vol et le pillage n'avaient pas fait partie intégrante des valeurs défendues par les idées de l'époque....

     

    RL

    Février 2016

     

    [20 janvier - 27 février 1794. Livre de route d'Élie Eyquard, sergent-major à la 3e Cie du 1er bataillon de la Gironde : ]

     

    De Doué à Vihiers, le 1er pluviôse [20 janvier 1794. Vihiers, est une petite ville, la moitié brûlée. Nous avons brûlé tous les villages en y allant, depuis Doué jusqu'à Vihiers, où nous avons arrivé à minuit bien fatigués. Chacuns s'est logé comme il a pu. Nous avons fait ribote toute la nuit. Nous avions apporté de quoi bouffer. Le vin était pour rien dans l'auberge. La cuisson de même.

     De Vihiers à Cholet, le 2 pluviôse an II [21 janvier 1794]. Cholet est une jolie ville. Il y avait quelques maisons d'incendiées. Nous avons brûlé tous les villages à deux lieues de droite et de gauche de la grande route. Nous y avons resté trois jours.

     De Cholet à Mortagne, le 5 dudit [24 janvier 1794] Mortagne est une petite ville en Poitou. Il y a une jolie place et une espèce de château. Nous y avons resté trois jours.

     De Mortagne à Cholet, le 10 dudit [29 janvier 1794]. Nous sommes revenus à Cholet. Chacun a repris son logement. Nous y avons resté trois jours.

     De Cholet à Tiffauges, le 13 dudit [1er février 1794], Tiffauges est une petite ville en Poitou, où les brigands étaient. On a tiré quelques coups de canon. Les brigands se sont échappés. Il n'y avait presque pas d'habitants dans la ville. Tous étaient partis, hormis, quelques femmes ou filles. On a trouvé beaucoup de butin dans cet endroit, surtout du beau linge caché [dans] des caves. Il y en a qui ont trouvé aussi beaucoup d'argent. Maillerie et moi, nous avons trouvé sous une vieille paillasse de lit trente-deux livres et quelques sols en assignats. Nous avons pris dans la cave, qui était pleine d'effets, des couettes et des draps pour nous coucher. Nous avons découvert aussi du vin. Nous y avons mis une garde, et personne ne pouvait y entrer sans le but de vie et ralliement qui était : bouteille vide. Nous avons parti le lendemain matin, après avoir brûlé le reste du village.

    De Tiffauges à Montaigu. Montaigu est aussi une petite ville close entourrée de remparts. Une citadelle. La moitié de la ville est brûlée. Nous avons été logés hors la ville chez un bonhomme. Il y est venu de suite quelqu'un de nos grenadiers. Nous avons fait la trouille ensemble et y avons mangé un veau. Nous avons fait cuire les cuisses avec une laine à la pendille [gigot à la ficelle ?] Tous les gens de la maison faisaient ribote avec nous et paraissaient très contents, malgré que le veau était à eux. Séjour : un jour.

     De Montaigu au bivouac, le 16 pluviôse [4 février 1794]. Ce bivouac est situé tout près des Quatre-Chemins[-de-l'Oie] sur la route des Sables-d'Olonne et celle de Nantes à La Rochelle, dans un bois. Nous y avons fait bon feu. Il s'y est mangé peut-être plus de six cents moutons, sans compter les boeufs. Nous avions, à notre foyer seulement, quinze quartiers de moutons à cuire. Le fricot a duré toute la nuit. Nous avons toujours brûlé où nous avons passé.

     Du bivouac à La Roche, le 17 dudit [5 février 1794], La Roche-sur-Yon, en Poitou. Presque toutes les maisons étaient brûlées et une partie des habitants s'était sauvée aux Sables. Chacun s'est logé comme il a pu. Une partie de la compagnie a été dans une bele maison où il y avait des drageons. Nous y avons trouvé de bonnes provisions : environ une demi-barrique de vin blanc, dindes, poules et oies que nous avons trouvées dans une petite chambre toutes plumées, de même que du bois pour faire cuire. Toute la nuit il y a eu grand fricot, de même que le lendemain. Mais malheureusement le vin nous manquait. Nous y avons resté deux jours.

     De La Roche à Grenet [pour Aizenay], le 20 pluviôse [8 février 1794]. Grenet est un petit village en Poitou. Tout était déjà brûlé. Nous brûlions seulement le restant en passant.

     De Grenet à Paillers [pour Palluau], le 21 dudit [9 février 1794]. Palluau est aussi un village en Poitou. Nous avons brûlé tout le long de la route.

     De Palluau au Pont-James, le 22 [10 février 1794]. Le Pont de [James] est un village sur la route de Nantes.

     Le lendemain 23 [11 février 1794], nous avons rencontré les brigands. Nos éclaireurs et tirailleurs furent d'abord repoussés, mais toujours en se battant. La colonne arrivait et se battait à mesure et repliait en même temps, étant trop faible. Notre bataillon arriva. Le commandant ordonne de battre la charge et de foncer. Ce qu'on a fait. Ils ont soutenu un instant mais quand ils ont vu que nous y allions de bon, ils ont pris la fuite. Nous les poursuivîmes très loin. Nous en tuâmes beaucoup. Le reste s'échappa, connaissant mieux le terrain que nous et étant plus lestes, ayant laissé leurs sabots et une partie de leur butin. Je puis assurer qu'il y avait au moins dans un pré deux mille paire de sabots. Nous les repoussâmes jusqu'au village de Saint-Colomban, éloigné d'une lieue du Pont de James. Nous passâmes dans deux villages qui étaient des bourgs morts et il s'y en noya quelques-uns qui se jetèrent à l'eau. Nous avons bivouaqué deux jours, où le vin n'a pas manqué.

     Du Pont de James à Clisson, 24 pluviôse [12 février 1794]. Clisson est une petite ville presque toute brûlée. Il y a haute et basse ville, et très joli endroit en Poitou. Nous étions logés dans une bonne maison, où il y avait beaucoup d'effets du curés de cachés, de même que la belle toile et beau linge.

     De Clisson à Cholet, le 25 dudit [13 février 1794]. Je ne dirai rien de Cholet. J'ai déjà parlé.

     De Cholet à Vihiers, le 26 dudit [14 février 1794]. Nous avons couché au bivouac et, les maisons étant toutes brûlées, nous avons cependant trouvé encore quelque peu de vin blanc.

    De Vihiers à Doué, le 27 dudit [15 février 1794]. Doué en Anjou, comme je l'ai déjà dit. Chacun a repris ses mêmes logements. Nous y avons resté trois jours.

    De Doué à Vihiers, le 30 pluviôse [18 février 1794]. Nous avons couché dans une petite maison. Nous y avons trouvé assez de paille et assez de bois pour bien passer la nuit. Il y avait également beaucoup de suif dans cette maison et, par ce moyen, nous avons eu de la lumière toute la nuit.

    De Vihiers à Cholet, le 1er ventôse [19 février 1794]. Chacun a repris encore son même logement. Nous y avons eu séjour le 2. Nous étions logés chez une bonne femme qui avait abandonné sa maison.

    De Cholet aux Herbiers, le 3 [21 février 1794], Les Herbiers est une petite ville toute brûlée. Nous y avons fait du bon fricot que nous avons abandonné à deux fois, ayant eu deux alertes. On a battu deux fois la générale, le tout par des fauses alertes. Il fallait quitter le fricot pour courir aux armes. Nous sommes cependant revenus manger ce que nous avions laissé avec regret. Nous avons passé la nuit sans aucune alerte et en ribotant.

    Des Herbiers à Saint-Fulgent, le 4 [22 février 1794]. Saint-Fulgent est aussi en Poitou et à trois lieues des Quatre-Chemins.

    De Saint-Fulgent à la lande, le 5 ventôse [23 février 1794]. C'est une grande lande de Montaigu (probablement les Landes de Corprais, note de Chemins secrets) où nous avons trouvé notre deuxième division. Nous y avons arrivé par chemins de traverse. Nous y avons bivouaqué. La lande était fort humide et presque pleine d'eau. Une partie de l'armée a été bivouaquer au sac, le long des haies et fossés, à l'abri du vent et hors de l'eau..

    De la lande de Montaigu, dans la plaine de Saint-Aubin[des-Ormeaux], le 6 [24 février 1794]. Cette plaine est encore en Poitou. Nous y avons bivouaqué.

    De la plaine de Saint-Aubin au village de Gressel [sic] (Aigrefeuille-sur-Maine ? Note de Chemins secrets), le 7 ventôse [25 février 1794]. Le village de Gressel est [en] Poitou. Il est également tout brûlé. Nous étions à la poursuite de Charette. Nous avons bivouaqué dans le village.

    Village de Gressel, au bivouac près d'un village brûlé, le 8 [26 février 1794]. Ce village est à une lieue et demie de Nantes et sur la route. L'armée y est arrivée très tard. Nous avons été à quatre ou cinq un peu en avant sur la route de Nantes. Nous avons aperçu de la lumière dans un village. Nous y avons entré, nous avons mangé une salade en buvant quelques bons coups de vin blanc que l'hôtesse a bien voulu nous aller chercher. Nous avons couché au foin bien tranquillement et mieux à l'aise qu'au bivouac. Le lendemain au matin nous avons déjeuné à la soupe au lait et avons rejoint le drapeau.

    Du bivouac à deux lieues sur la route de Nantes, le 9 ventôse [27 février 1794]. L'armée a bivouaqué à deux lieues de Nantes, sur la route de Rennes.

     

    Arch. dép. Gironde. 3J52, ms publié par Jean-François Tessier dans Alain Gérard et Thierry Heckmann (dir.), Les Oubliés de la Guerre de Vendée, 1993, p. 15-54.

     


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