• Le gendarme et les colonnes infernales....

                        

    Un gendarme franc-maçon dénonce les excès des Colonnes Infernales…

     

     

                                      

      « Dieu se rit de ceux qui maudissent les conséquences des causes qu'ils chérissent. » Bossuet.

     

     

     

    Le gendarme et les colonnes infernales....Voici un courrier rédigé entre le 4 et le 14 Germinal de l'an 2 (24 mars et 3 avril 1794) par le gendarme Faurès.

     

    « Rapport de Faurès, gendarme National de la commune de Xantes (Saintes) ; créé vice-président de la Commission Militaire à Fontenai le Peuple, par Lequinio Représentant du Peuple.

    En peu de mots, voici mon opinion sur la guerre de la Vendée, et sur la non destruction des Rebelles.

    Depuis environ cinq mois, personne n'ignore que ce malheureux pays ayant été le théâtre de la plus atroce des guerres ; Depuis l'an dernier les patriotes de l'un et l'autre sexe des communes insurgées furent obligés de se réfugier soit dans les Sables, soit à Luçon, soit à Fontenay le Peuple, afin d'éviter la rage des Brigands, où la juste fureur des patriotes des différentes colonnes. Depuis plusieurs mois les cités que je viens de nommer étaient surchargées de tous ces malheureux frères réfugiés qui n'avaient commis d'autres crimes que celui d'être d'un pays où s'étaient coalisés une troupe de scélérats.

    Depuis un certain tems, les succès des armées patriotes se fortifiant de plus en plus ; nous étions sur le point de voir finir cette horrible guerre ; Déjà le pays commençait à se découvrir ; les habitans, ou pour mieux dire, les autorités constituées avaient envoyé leurs frères, les municipalités même à retourner dans leurs communes, afin de faire rentrer dans le devoir les personnes égarées ou de livrer les coupables à la justice nationale ; tous ces ordres avaient été suivis ; Différentes Commissions Militaires établies par Lequinio, Représentant du peuple près l'Armée de l'Ouest, ne s'occupaient qu'à faire tomber sous le glaive des lois la tête des coupables ou a relaxer les innocents. Dans ce moment là même, le département, les districts, toutes les différentes communes, les généraux travaillaient de concert pour la destruction totale des Brigands ; Charrete qui était la terreur de tous n'avait plus avec lui qu'environ trois mille hommes, qui n'auraient pas tardé à recevoir le châtiment dus à leurs crimes ; Lorsque tout à coup une armée Révolutionnaire est venue dans la Vendée, pour disait-on achever la ruine de ces hordes d'esclaves, dont elle devaient exterminer jusqu'au dernier, mais les généraux de cette armée, ont-ils exécuté le projet  ? Non, au contraire, loin de se battre, ils ont été battus ; au lieu de respecter les propriétés, ils ont pillé, volé, saccagé de toutes parts indistinctement. Ils se sont divisés en douze colonnes, la chose est simple. Une armée entière passant dans un petit village, ne ferait aucun butin, au lieu que, partagée en douze colonnes, elle pouvait beaucoup mieux piller, voler, s'enrichir des biens, je ne dis pas des Brigands, mais de ceux des vrais patriotes qui pour l'intérêt général étaient retournés à leurs postes.

    Lorsque les portefeuilles étaient bien pleins, on n'avait plus le désir de se battre, dans la crainte de les perdre, et les soldats demandaient des billets d'hôpitaux. Les généraux ont fait pire encore ; ils mettaient en réquisition les charretes des communes, enlevaient ce qu'il y avait de meilleur dans les maisons des patriotes et fésaient traîner à leur suite et permettaient à ces malheureux d'emporter le reste pour avoir le plaisir barbare d'incendier leurs maisons, après cet embrasement, ils n'étaient pas plutôt rendus au milieu de la colonne que les volontaires suivant l'exemple des généraux prenaient le reste, tiraient les hommes, violaient les femmes et les filles et les poignardaient ensuite... 

    Ils ont fait plus ; ils ont immolé une municipalité entière revêtue de l'écharpe tricolore. Dans un petit village habité par environ 50 bons patriotes qui avaient toujours résisté à l'oppression Brigantine, on apprend que des frères d'arme viennent porter secours aux patriotes et les venger de tous les maux qu'ils avaient soufferts ; on leur prépare un banquet civique fraternel ; la colonne arrive, leur donne l'accolade, mange les vivres de ces malheureux, et aussitôt après le repas, ô barbarie inouïe ! Ils les emmènent dans un cimetière, et là on les poignarde les uns après les autres. Comment s'étonner après tant d'horreurs, que cette guerre désastreuse dure encore ; n'en soyés pas surpris ; et apprenés que Charette, connaissant les mouvements et les désordre de cette armée a saisi cet instant favorable ; pour capter la confiance des malheureux habitans des campagnes réduits au désespoir. On leur fit croire que s'ils se rangeaient parmi les patriotes, ils éprouveraient le même sort que s'ils restaient chez eux, c'est à dire qu'ils seraient tous sacrifiés – Eh bien ! Croiriés-vous que ce monstre avec un pareil langage, s'est fait en quinze jours de tems, un parti de 15 à 20 mille hommes au moins.

    Que c'est avec ces mêmes hommes qu'il a battu à diverses fois cette armée révolutionnaire endormie dans le crime, succombant sous le poids du pillage et de la débauche et cela d'après l'exemple des généraux* qui ne tarderont pas vraisemblablement à payer de leurs têtes les forfaits qu'ils ont commis en abusant des pouvoirs qu'on leur avait confié. 

     

    Signé : FAURES – gendarme National. »

     

    * Pas un seul de ces généraux débauchés n'a été inquiété. 

     

    Mais qui est ce Gendarme Faurès, arrivé dans les bagages du Représentant du Peuple Lequinio*, à Fontenay-le-Peuple en 1793 ?

    Nous savons qu'il a été nommé vice-Président de la Commission Militaire de Fontenay par Lequinio*. En réalité, il est capitaine commandant le bataillon de Saintes.

    Les archives nationales concernant la Légion d'Honneur vont me fournir les noms de deux frères originaires de Saintes en Charente-Inférieure : Michel-Antoine Faures, Commissaire rapporteur près les Tribunaux de la marine et Pierre-Hyacinthe Faurès dit de Bonnegens, officier d'artillerie de marine. La lecture de son dossier nous informe qu'il est entré dans la garde nationale de Saintes, le 15 mars 1792 ; blessé en Vendée le 16 juillet 1793, capitaine le 19 juillet et entré en gendarmerie le 20 novembre 1793, voici notre homme.

     

    *Lequinio : Avocat – Député de la Convention -régicide, se consacre avec zèle à la déchristianisation de la Charente-Inférieure à Rochefort. Il est à Fontenay le 10 décembre 1793, le jour même il abat un prisonnier d'un coup de pistolet. 

      

    Le 11 décembre, il forme une Commission Militaire où Faurès est désigné comme vice-Président, qui du 12 décembre au 31 mars 1794 juge 332 prisonniers et en condamne à mort 192 qui sont fusillés dans les 24 heures. 

     

    Issu d'une famille de francs-maçons, Pierre-Hyacinthe Faurès est né le 16 mars 1772 à Saintes. Il est le fils de Jean Faurès, écrivain de la marine, propriétaire, marchand, initié en 1773 dans la loge maçonnique ''L'Aimable Concorde'' de Rochefort et de Laurence Loyé.

    Le gendarme et les colonnes infernales....

     

    Il épouse le 25 janvier 1795 à Saintes, Elisabeth-Denise de Bonnegens, née le 2 janvier 1777 à Saint-Jean-d'Angely, fille de Charles III Guillaume de Bonnegens, officier de marine, reçu en la loge maçonnique de Bedford, co-fondateur en 1764 de la loge maçonnique ''L'Egalité'' de Saint-Jean-d'Angély et de Denise Bonnin de la Chesnaye. Il a accolé le nom de sa femme ''Bonnegens''** à son nom pour le distinguer de ses deux frères également au service de la marine (sources Généanet).

     

    **Bonnegens : famille où l'on rencontre des prévôts de la Maréchaussée à Saint-Jean-d'Angély   : Pierre de Bonnegens, Jean de Bonnegens en 1689. 

     

    Au moment de la Révolution, il est expert de la loge maçonnique ''L'Aimable Concorde'' de Rochefort.

       

    Etats des services de Pierre-Hyacinthe Faurès de Bonnegens. 

     

    1° Entré au service comme volontaire dans la marine le 11 octobre 1786, jusqu'au 15 mars 1792.

    2° Entré dans la Garde Nationale soldée le 15 mars 1792, jusqu'au 19 février 1793.

    3° Capitaine du bataillon de Saintes le 19 juillet 1793. 

    Entré dans la Gendarmerie le 20 novembre 1793. 

    5° Passé dans la Marine, aspirant de 1ère classe le 24 octobre 1795.

    6° Passé lieutenant en 2° dans la 5ème1/2 brigade d'artillerie de marine, le 10 août 1796.

    7° Lieutenant en premier le 21 janvier 1801.

    8° Capitaine en second le 20 juin 1803.

    9° Capitaine Commandant le 3 mars 1809.

    10°Chevalier de la Légion d'Honneur le 24 juin 1813.

    11°Retraité le 27 septembre 1814.

     

    Pas un mot sur son activité révolutionnaire comme Vice-Président de la Commission Militaire de Fontenay-le-Peuple... en 1793 et 1794. Il fait simplement 3 campagnes en Vendée où il reçoit une blessure le 16 juillet 1793.

     

    Campagnes sur mer : 

     

    Embarqué sur la Seine, du 10 janvier 1787 au 31 octobre 1787.

    Embarqué sur La Fille Unique, du 13 octobre 1788 au 4 juin 1791.

    Embarqué sur la Bombarde Le Sphinx, du 22 octobre 1797 au 4 décembre 1797.

    Embarqué sur la Vénus, du 12 août 1798 au 23 avril 1798.

    Embarqué sur le Jemmapes, du 2 juillet 1805 au 3 mars 1806.

    Embarqué sur le Suffren, du 23 mars 1807 au 14 janvier 1809.

     

    Campagnes sur Terre : 

     

    Armée de la Vendée............ 3 campagnes. 

    Armée d'Italie.....................   du 23 septembre 1800 au 22 mars 1802.

    Grande Armée d'Allemagne   du 17 mars 1813 au 10 mai 1813.

    Armée de France.................  du 27 mars 1814 au 1er mai 1814.

     

    Le gendarme et les colonnes infernales....

    Blessures : 

    A reçu une blessure en Vendée le 13 juillet 1793. 

    Blessé par un boulet à la bataille de Lutzen, le 2 mai 1813 – au gros orteil du pied droit, s'est trouvé à la bataille de Paris.

     

     ''Cet officier ayant été obligé d'ajouter à son nom celui de Madame son épouse pour le distinguer de deux autres frères également au service''...

     

    Et, le 11 décembre 1816, il prête serment au Roi...

     

    « Je jure d'être fidèle au Roi à l'honneur et à la patrie, de révéler à l'instant tout ce qui venir à ma connaissance et qui serait contraire au service de sa Majesté et au bien de l'Etat ; de ne prendre aucun service et de ne recevoir aucune pension ni traitement d'un prince étranger, sans le consentement exprès de sa Majesté – d'observer les lois, ordonnances, règlements, et généralement faire tout ce qui est de devoir d'un brave chevalier de la Légion d'Honneur. 

     

    à Charente, le 11 décembre 1816.

    signé : P.H Faurès de Bonnegens.

     

    Le gendarme et les colonnes infernales....

     

    Pierre-Hyacinthe de Bonnegens est décédé à Paris le 24 juin 1849.

     

    Sources :     

    Archives Nationales, tous droits réservés. Les Représentants du Peuple – AN, D III 353-12, vues 7 et 8/8. 

    Archives Nationales, tous droits réservés - Base LEONORE - dossier n°LH/943/31- Notice n°L0943031.-copie de son acte de naissance, vue n°2/10 – serment au Roi, vue n°3/10 – certificat de services vue 9/10. 

    Lequinio : Wikipédia. 

    Généanet : Pierre-Hyacinthe de Bonnegens. 

    Photo de l'auteur. Pistolet de gendarmerie dit modèle 1770 de Maréchaussée  de la période révolutionnaire. 

                                                  

     

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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