• Le curé de Faye-l'Abbesse....

     

    Le curé de Faye-l’Abbesse…

     

     

    Tiré de « La Vendée historique », 1899, N° 55, 5 avril.

     

     On les avait arrêtés, pourquoi ? En leur âme et conscience ils l'ignoraient. L'un n'était qu'un simple charpentier, venu on se sait d'où, peut-être de Bressuire la ville voisine. Il s'était établi à Faye-l'Abbesse, afin d'y gagner sa vie. Il avait voulu profiter de la pacification de la Vendée, et s'en était reposé sur les promesses des conquérants. La politique lui était fort étrangère : son métier le préoccupait davantage. Il n'en fut pas moins saisi comme réfractaire.

    Tant on avait peur encore de cette Vendée que l'on proclamait partout anéantie ! On la disait sur les dents. On lui avait, criait-on brisé les reins. Et les moindres secousses de ce cadavre faisaient trembler d'effroi les farouches vainqueurs.

    Hoche, toujours prudent, et surtout habile, conseillait les voies de la douceur. Mais le Directoire, s'imaginant que l'on pouvait, impunément désormais, persécuter la Vendée, ne reculait pas devant les moyens de rigueur. Et parce que son administration louche et injuste mécontentait les populations, parce que mécontentement se traduisait vivement et menaçait de dégénérer en sédition, on crut bon d'en faire retomber le poids sur les prêtres, et on les choisit comme victimes.

    Ils étaient d'autant plus faciles à saisir que croyant, eux aussi, à la pacification annoncée avec tant de fracas, ils reprenaient peu à peu leur ministère dans leurs anciennes paroisses. Et voilà pourquoi le compagnon charpentier, Picard, marchait, en ce jour, aux côtés du vieux et bon curé de Faye-l'Abbesse.

    Pour achever de terroriser le pays, on avait établi, en grand, la délation, et l'on arrêtait, sur un simple soupçon, quiconque gênait. L'arrestation c'était la dure prison, c'était souvent le dernier supplice. Ils appelaient ça : pacifier.

     

    ***

     

    La côte était rude à monter. La pluie, tombée la veille et les jours précédents, avait détrempé la poussière du chemin, et l'on glissait sur cette boue légère. Harassés déjà par une longue marche, les deux prisonniers se soutenaient à peine. A chaque pas, leur corps défaillait et menaçait de cheoir. Leur âme était forte, mais ne faiblirait-elle pas, elle aussi ?

    La côte était rude à monter. Ce matin-là, le ciel, d'un coup de vent, s'était débarassé des nuages, et l'ardent soleil dardait ses premiers chauds rayons sur les prisonniers. Les Hautes moissons souriaient à l'astre bienfaisant ; et de chaque côté de la route, inconscients du drame lugubre qui allait se jouer, les oiseaux concertaient à l'envi dans les arbres voisins.

    La côte était rude à monter. Ce n'était pas la beauté de la Nature qui pouvait en adoucir la pente aux malheureux prisonniers. Le prêtre, calme et résigné, priait. Le compagnon charpentier commençait à trembler : il était jeune, lui et plus que jamais il aimait à vivre. C'est quand la vie va s'enfuir, qu'on en sent toute la douceur.

    La côte était rude à monter sous les injures des soldats de la République. L'occasion était trop belle pour eux ; ils ne la manquaient pas. Aussi, les propos insultants, les plaisanteries grosses, les blasphèmes pleuvaient sur le prêtre surtout, lequel ne répondait que par la patience et la résignation.

    Ne triomphez pas, ô Bleus ! Voyez les blés sont hauts, et peut-être que la faux de la mort vous aura coupés avant eux. Les blés sont haut. Bleus, prenez garde, il n'y a pas que des cailles et des perdrix dans les sillons profonds.

     

    ***

     

    Le vieux curé a dressé la tête : un souffle d'espoir vient de passer et son âme en est toute rafraichie. Son regard, sans rien laisser soupçonner, se fixe au loin, de côté, sur l'extrémité du champ de seigle dont les premiers sillons se déroulent à la gauche du triste cortège. La tête de tiges ondule légèrement, d'un mouvement lent qui se prolonge dans la direction de la route. Il faut l'oeil exercé d'un homme du pays pour deviner la manoeuvre qui s'accomplit là-bas : on se glisse en rampant, à travers les blés. Est-ce la délivrance qui approche ? Un imprudence peut tout perdre. Heureusement le compagnon charpentier ne se doute de rien, les soldats républicains non plus. Méfiez-vous, ô Bleus, de la hauteur des blés.

    Tout est perdu : l'un d'eux s'arrête : il a entendu un bruit suspect. Il regarde là, tout près maintenant, puis il se retourne menaçant vers les prisonniers.

    Il va parler : il n'en a pas le temps : une terrible détonation retentit : et les Bleus sont couchés, avant les blés, dans le sillon. Seuls d'eux d'entre eux restent debout, les deux qui conduisaient les prisonniers. La balle qu'on leur eût destinée, eût pu s'égarer sur leurs victimes. Mais ils n'ont pas le temps de respirer : les sabres les abattent.

    Les Blancs avaient bien travaillé : chacun d'eux, ayant choisi son homme, ne l'avait pas manqué. Et dans l'exubérance de leur joie, coupant les liens des prisonniers, ils riaient, criaient, sautaient, puis embrassant à pleine bouche et à plein coeur leur bon curé qu'ils avaient arraché à la mort, ils répétaient bruyamment : "Oh ! M. le Curé, c'était bien temps ! "

     

     

    Adolphe Durtaille.

     

     

    L’histoire que nous venons de publier est sujette à caution. En effet, de quel curé de Faye-l’Abbesse s’agit-il ? Hyacinthe Jollivet sera guillotiné le 22 janvier 1794 à Niort. Le blog de « La Maraîchine normande » en a raconté l’exécution ici, reprenant un ouvrage de votre serviteur. Dans son acte de condamnation daté du 1er janvier, on le dit âgé de 40 ans. Il n’a donc pu connaître, ni la vieillesse ni la pacification. Son vicaire se nommait Auriault et exerça d’août 1790 à décembre 1792. On perd sa trace ensuite. Il y a peu de chances que ce vicaire  se soit trouvé âgé à la Pacification. Quant au curé Dézanneau, ancien vicaire du célèbre curé Barbarin de Nueil, il ne desservira Faye-l’Abbesse qu’à partir de 1801, après son retour d’exil en Guyanne…

     

    Quant au charpentier Picard, il a bien existé et s’appelait Auguste. Il déclare la naissance d’un fils à Faye-l’Abbesse le 8 prairial an V de la république (samedi 27 mai 1797). Le fils est prénommé Pierre, Augustin, Julien. Sa femme est Marie Courgeault et le parrain Pierre-Henry Chevalier (parent du notaire de Faye-l’Abbesse ?) et la marraine Henriette-Julie Bonin. En l’an V (1797) Picard est âgé de 31 ans, ce qui est compatible avec la jeunesse décrite dans le récit. En revanche, on le trouve agent municipal à la même époque, en même temps que charpentier, ce qui réduit les chances de l’avoir vu fait prisonnier par les bleus deux ans auparavant. Il savait écrire et nous avons sa signature ci-dessous.

     

    Le curé de Faye-l'Abbesse....

     

    L’article reste donc en suspens jusqu’à de plus amples informations.

     

    RL

    Avril 2017

     

    Le curé de Faye-l'Abbesse....

     


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