• Le camp de Thouars....

     

     

    Le camp de Thouars...

     

     

     

     

    Nous poursuivons ici l'étude des camps du système Vimeux avec celui dit de Thouars , mais plus certainement installé sur les hauteurs de Vrines à proximité du pont rendu célèbre par la bataille du 5 mai 1793.

    Comme nous le savons Thouars de par sa position géographique est une ville importante, qui ne dispose jusqu'à la création de camp que d'une garde nationale et d'environ 1600 hommes des 4ème, 5ème et 6ème bataillon de la Vienne, s'ajoutant à celà quelques gendarmes dont le nombre oscille entre 38 le 5 et 78 le 12 Novembre 1793, ce qui est très peu comparé aux 3962 hommes stationnés à Cholet ou bien encore aux 3730 de Saumur.

    Au tout début de l'été 1794 la région thouarsaise connait un calme relatif, les archives nous indiquant deux attaques de convois de vivres, un à la Chapelle Gaudin et un autre à deux lieues de Consourson, le second allant ravitailler à Vezins la colonne du général DELAAGE et de ses 600 hommes. On retrouve à cette occasion un bien triste sire, le dénommé général GRIGNON qui se propose de faire une sortie, très certainement du poste de Doué la Fontaine. Ensuite plus rien dans les archives jusqu'au 20 juin ou VIMEUX enjoint à GRIGNON de se rendre sur Thouars, ordre qui sera confirmé par un autre courrier daté lui du 23. Les premières troupes formant l'effectif de ce camp seront donc les bataillons de la Vienne cités plus avant ainsi que le 19ème régiment de dragons ainsi que des troupes en provenance de Rochefort et Thouarcé, pour lesquelles GRIGNON dans un courrier du 24 juin ne donne aucun effectif précis

    GRIGNON lui même ne se rendra pas sur Thouars avant le 27, car le 25 il fera du camp de Doué une sortie sur les bois de la Frappinière à Gonnord. Il indiquera néanmoins la présence de 400 hommes sur ce nouveau camp. Comme nous venons de le signaler l'arrivée de ce triste sire se fera le 26 juin, au plus tard le 27, il recevra d'ailleurs l'approbation de VIMEUX pour les dispositions prises, ainsi qu'un ordre de désarmement de la garde nationale de la ville, afin de pallier au manque d'armes de ses troupes. La confirmation de se fixer sur ce poste interviendra le 2 Juillet suivant.

    La première action de ce fameux général après sa nomination effective sera d’enfreindre les ordres du général en chef, en organisant le déplacement des chasseurs de Chinon vers Angers et non vers Tours comme ordonné. Sur cette période allant du 2 au 8 Juillet deux « combats » seront menés sans plus de précision, un à Mauzé-Thouarsais à moins d’une lieue de Thouars et un autre à Saint Pierre à Champs situé à 5 lieues de la ville, et qu’une bande de 200 brigands est allée se réfugier vers Argenton-Château. Nous apprendrons également par ces sources qu’au 8 juillet l’effectif du camp est de 622 hommes dont seulement 30 % sont armés : élément très intéressant que l’on retrouve dans tous les camps ou presque, c’est l’état de délabrement des troupes stationnées et leurs faibles effectifs. GRIGNON indiquant même en date du 11 Juillet que faute de troupes il limitera son activité à quelques patrouilles et rien de plus. Ceci étant corroboré par le citoyen PRIEUR, commis aux écritures de l’hôpital militaire de Thouars qui note qu’il n’y a pas assez de monde et rejette la responsabilité de la situation sur le citoyen ROBESPIERRE, cela bien sûr après l’exécution de ce dernier dans un courrier daté du 27 août.

    Autre source qui prouve que les conditions de vie dans ces camps étaient plus que rudes, la première du général Bonnaire qui signale que le camp de Thouarcé est ravagé par la gale et que les soldats trafiquent avec les brigands. Cependant à partir du 15 juillet les choses vont devenir plus sérieuses pour ce poste... En effet des rapports établissent un rassemblement de 400 brigands à Noirlieu, ce qui est sans doute une des raisons de l’arrivée de 1473 hommes (parmi lesquels 784 du 57ème régiment dont 228 seulement sont armés, et 649 autres dont l’unité n’est pas précisée) en renfort, dont seulement 273 armés, ce qui porte l’effectif total à 2035 soldats.

    Dans un courrier GRIGNON indique que TRAVOT a effectué une sortie du camp de Concourson, ce qui pour moi indique dans le système VIMEUX, un camp ou une localité abritant le quartier général d’une division, pour le camp qui nous intéresse, ce sera la ville de Doué la Fontaine siège de la 3ème division commandée par le général CAFFIN. Et autour une multitude de camps plus petits, pour notre étude on notera des postes à Passavant- sur-Layon (route de Doué à Argenton Château), Brissac, Le Puy La Montagne (Puy Notre Dame), Argenton Château, Concourson, Thouarcé et Beaulieu sur Layon.

    Ce qui est certain c’est qu’en date du 19 juillet GRIGNON dispose selon ses propres dire de seulement 700 hommes armés alors qu’il estime en avoir besoin de 2000. Pour des raisons inconnues, CAFFIN va pendant quelques semaines remplacer son infernal cousin parti pour La Chataigneraie, à la tête du camp ou dès son arrivée il enverra des patrouilles sur les secteurs connus pour être des passages de Brigands. Il se verra aussi retirer les 700 hommes du 14ème bataillon de la République envoyés dans la région de Luçon. Cette période sera marquée par une correspondance, ou reviennent souvent les soucis des faibles effectifs, rendant difficile voire impossible l’aide aux postes en difficulté comme celui d’Argenton que Caffin évoque comme barricadé par les rebelles le 28 Juillet. Lui comme son cousin ne recevront comme réponse de la part du général en chef de redoubler d’activité pour masquer la faiblesse numérique de leurs troupes. Il est également question de l’abandon de deux postes mais il n’est pas précisé lesquels.

    Le seul combat qui marquera l’histoire de ce camp sera celui du 3aôut 1794 à Noirlieu ou 200 hommes du camp passeront par Coulonges pour ensuite faire jonction avec des troupes venues du camp de Chiché, la défaite sera royaliste qui laisseront 200 morts, 40 prisonniers et un drapeau capturé par un certain JAMURY caporal de la 7ème compagnie du 29 régiment d’infanterie légère, drapeau qui sera ultérieurement envoyé au quartier général. La situation à cet instant demeure fragile pour les républicains malgré leur victoire, car plusieurs rassemblements royalistes sont signalés (La Fougereuse, Saint-Clémentin et Noirlieu) menaçants Thouars, Bressuire ou encore Argenton.

     

    Cliquer sur la carte pour voir Noirlieu et Thouars :

    Le camp de Thouars....

     

    A partir de ce moment l’incorruptible étant tombé on verra la parole se libérer comme l’ont dit de nos jours, où CAFFIN et le dénommé Prieur que nous avons évoqué plus haut vont se lâcher en accusant ce dernier et ses partisans de leurs situations précaire. Mis à part le combat de Noirlieu que Richard a très bien raconté dans un autre article publié il y a quelques années, l’activité se bornera à de simples patrouilles comme celle durant deux jours commandée par un certain MAILLEFER comportant 350 fantassins et cavaliers allant jusqu’à Argenton en passant par Cersay, Genneton et Massay, ou encore la rencontre au château de Beaurepaire (situé sur la source du Layon en la paroisse de Cléré-sur-Layon à la limite des Deux-Sèvres et du Maine-et-Loire) de 50 paysans faisant leur pain. Sur cette même période la peur d’une attaque de grande ampleur sur la ville sera plus que présente, les rapports signalant une troupe de 3000 hommes avec à leur tête STOFFLET, Louis RICHARD et TROTTOUIN, se portait sur la ville. Malheureusement il n’en fut rien, car sans troupes ou presque la cité fût prise. Le grand changement de ce mois d’août est l’arrestation de GRIGNON et son remplacement par le général Charlery en date du 14 ; et à qui sera adjoint le 17 l’adjudant général VERGNOT. Dans les archives , du SHD on ne parlera plus du camps de Thouars, mis à part les écrits de PRIEUR lesquels feront l’objet d’une autre étude, jusqu’au mois de septembre ou il sera fait état de la prise du camp de la Roulière, et d’attaques sur Concourson, Thouars et Thouarcé sur la même période.

     

     

    Que retenir de cette étude ? Tout d’abord la république n’envoie pas ses meilleures troupes sur ces fameux camps « VIMEUX », les équipements à défaut d’être médiocres sont inexistants, la


    maladie règne comme la corruption. Les troupes à défaut d’être bonnes sont numériquement faibles (par exemple le 15 décembre 1794 les effectifs de la division Caffin dont dépend le camp de Thouars dispose au total de 13 501 soldats sur 18 879 prévus) et elles sont éparpillées sur plusieurs endroits comme par exemple ces 392 gendarmes à cheval répartis entre Brissac, Doué, le Puy-la-Montagne et Thouars, où ces 195 hommes du 14ème régiment retrouvés sur Thouars , Doué et Argenton.

    Le plus remarquable étant pour moi la peur que certains noms engendrent chez les bleus, car on voit bien que ceux-ci rechignent à s’aventurer trop loin en pays insurgé, même si au final cela n’aurait sans doute rien changé, la guerre était perdue avant même d’être commencée. Elle aura mis en exergue une phrase qu’Edmond Rostand a fait prononcer à Cyrano : « On ne se bat pas dans l’espoir du succès. Non !  Non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ».

     

    Alors oui, ces combats étaient sans doute inutiles, mais ils nous auront fait connaître le panache de certains, l’humanité d’autres, voire la férocité d’un troisième.

    Voyons les comme des exemples dans les jours sombres qui nous arrivent.

     

    Pierre Périeau pour Chemins secrets

     

    Août 2020

     

     

     

    Cotes d’archives consultées :

    SHD B5/9-42

    SHD B5/-51

    SHD B5/9-56

    SHD B5/9-58

    SHD B5/9-59

    SHD B5/9-62

    SHD B5/9-67

    SHD B5/9-73

    SHD B5/9-74

    SHD B5/9-79

    SHD B5/9-85

    SHD B5/9-89

    SHD B5/9-91

    SHD B5/9-99

    SHD B5/9-100

    SHD B5/10-3

    SHD B5/10-5

    SHD B5/10-8

    SHD B5/10-10

    SHD B5/10-11

    SHD B5/10-12

    SHD B5/10-14

    SHD B5/10-22

    SHD B5/10-25

    SHD B5/10-37

    SHD B5/10-49

    SHD B8/9-101

     

     

     

    Cotes relatives aux effectifs :

     

    SHD B5/119-2

    SHD B5/119-3

    SHD B5/119-19

    SHD B5/120-1

    SHD B5/120-2

    SHD B5/120-3

    SHD B5/120-5

    SHD B5/120-7

    SHD B5/120-16  et SHD B5/120-19


     


  • Commentaires

    1
    Rochard
    Mercredi 19 Août à 16:13

    J'ai fait une étude sur les morts civiles décédés à Thouars venant d'Argenton-Château  Mauzé Thouarsais Coulonges-Thouarsais Noirterre à St Porchaire

    Cordialement

    Guy

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