• La Meilleraie-Tillay, Montournais, lieux de massacres (3)....

     

    La Meilleraie-Tillay, Montournais :

    lieux de massacres (3ème partie)…

     

    2ème partie ici.

    Chose promise, chose due avec cette 3ème partie et les choses surnaturelles annoncées. Laissons la parole à l’historien local Jean-Marc Bégaud (1) :

     « La tradition disait qu’il y eu un massacre au bois de Puy Morin (2), et que pendant des décennies, les habitants des villages voisins n’osaient pas y pénétrer seuls. On y entendait, assurait-on, des cris effrayants et on sentait des mains invisibles qui vous aggripaient et cherchaient à vous frapper. A Puy-Plet (de Haut), dans la famille Bernard, il se racontait qu’une femme y fut tuée également. »

    On peut noter un bâtiment en ruine au Nord-Ouest de Puyplet-de-Haut sur le cadastre de 1840 (AD85, 3 P 147/17) :

    La Meilleraie-Tillay, Montournais, lieux de massacres (3)....

    Le bois de Puy Morin, lieu encore particulièrement sinistre :

    La Meilleraie-Tillay, Montournais, lieux de massacres (3).... 

    La Meilleraie-Tillay, Montournais, lieux de massacres (3).... 

    La Meilleraie-Tillay, Montournais, lieux de massacres (3)....

    « Aux Gibaudières, c’est par Marie-Louise Texier, épouse Chabiron, née en 1861, qu’un autre fait s’est transmis et qui a été recueilli auprès de son petit-fils Henri Chauvet : «  Ma grand-mère me disait, quand j’étais petit, que dans la maison qu’ont habité mes parents (la maison Sourisseau), il y avait deux familles pendant la Révolution. L’une était occupée par un ancêtre de la famille Texier et l’autre par une famille Pignon. Les hommes des deux maisons revenaient de faire de la « fournille » dans le chemin de la Grosse Pierre. Ils aperçurent un de leurs voisins poursuivi par les Bleus. Le pauvre se réfugia dans un chêne où il fut abattu. En arrivant chez eux, ils découvrirent qu’une femme avait été assassinée chez les Pignon. Ils s’emparèrent chacun d’un fusil et partirent à la recherche des soldats qui n’étaient pas très nombreux, une demi-douzaine tout au plus. Ils les trouvèrent tranquillement occupés à se restaurer. Après en avoir tué chacun un, ils pourchassèrent les autres et en abattirent encore deux à la Grande Combe. A leur retour, ils apprirent que deux autres femmes avaient été tuées dans des maisons vers l’ancienne forge du village. »

    Ce témoignage se recoupe très bien avec le souvenir de Gilbert Bodin, décédé en 2012, qui disait que lorsqu’il avait environ 8 ans, sa grand-mère l’emmenait avec elle porter des fleurs sur un petit monticule dédié à la mémoire de son aïeul qui avait été tué par les Bleus. Cet endroit se situait à la jonction du chemin qui venait de la Croix de Pillevergne et du chemin de la Grosse Pierre. Il est possible qu’il s’agisse de la même victime.

    C’est probablement lors de cette journée là qu’a été incendié, par ailleurs, le château de Puy-Papin. Quand on observe le vieux cadastre de 1840, absolument tous les bâtiments de la ferme et du logis sont classés en jaune (3). »

    Le dimanche 20 octobre, Jacques Chauvet, Marc Deborde et moi avons tenté de localiser la sépulture du Vendéen abattu et enterré à la croisée du chemin de la Grosse Pierre et de celui venant de la Croix de Pillevergne. Cette dernière n’existe plus, pas plus que le chemin qui en venait. En revanche, en nous fiant au cadastre ancien, nous avons pu trouver l’endroit.

    Ci-dessous les chemins reconstitués sur une carte IGN Géoportail :

    La Meilleraie-Tillay, Montournais, lieux de massacres (3)....

    S’il y a bien un léger monticule à l’angle d’un champ, celui-ci n’est guère convaincant sur la présence d’une sépulture. Si mes baguettes de cuivre confirmaient cet endroit, la baguette de noisetier de Marc indiquait un autre endroit, quelques mètres plus loin, sous un rocher dans une haie.

    La Meilleraie-Tillay, Montournais, lieux de massacres (3)....

    Peut-être y a-t-il deux sépultures, ou bien celle qui était là a-t-elle été divisée par des brassages de terre dus au remembrement.

    La Meilleraie-Tillay, Montournais, lieux de massacres (3)....

    D’où venait la colonne qui commit ces massacres sur Montournais ? Probablement pas de Saint-Mesmin comme on pourrait le penser car nous avons vu dans la seconde partie de cette étude que d’après les dénonciations des administrateurs de la commune, seuls trois ou quatre soldats venus de Saint-Mesmin firent des dégâts sur le territoire. En revanche, trois jours plus tard, la colonne de Lachenay ravage la Meilleraie, en arrivant par Pouzauges. A bien regarder les cartes, on se rend compte que le parcours emprunté par les hommes de Lachenay a pris la forme d’un éventail depuis Pouzauges, avec comme points les plus à l’Ouest, le château de la Motte qui est incendié, la ferme de la Billetière, puis, vers le milieu de ce tracé, la Barre Pillote (aujourd’hui Barre Pilot) dont certains bâtiments apparaissent encore ruinés sur le cadastre de 1840. Et enfin le Puy Morin, les Gibaudières, Le Moulin Guyot.

    Beaucoup plus au Sud, la Couraisière est indiquée en ruine, tandis qu’à la Limousinière, des tueries de femmes ont eu lieu. Ces deux lieux se trouvant à proximité du bourg de Réaumur, ne faut-il pas plutôt y voir un lien avec les affaires des 30 septembre 1793 et 14 mars 1794 ? 

    C’est la fin de cette série d’articles sur la Meilleraie-Tillay et Montournais, mais nous allons sûrement revenir prochainement dans les parages, notamment dans le bois de Puy Morin…

    RL

    Octobre 2019

     

    Notes :

    (1)  Revue historique « Belle Lurette » de Montournais, N° 12, année 2015, p. 27, fournie par Jacques Chauvet.

    (2)  Cité également par l’abbé Dubin in « Notes historiques sur la Meilleraie-Tillay », Jean-Marie Dubin, texte imprimé, 1977, p. 128, bibliothèque du diocèse de Luçon. L’abbé Dubin qui avait largement « pillé » Léon Audé, in « Annuaire de la Société d’Emulation de la Vendée », 1856, troisième année, publié en 1857, p. 271 et sq. Petite note en apparté : lorsque l’on retombe sur les travaux de gens, quelque soit leur opinion, comme Henri Bourgeois, Célestin Port, Léon Audé ou pour des périodes plus anciennes comme Emile Boismoreau, on se dit qu’il y a quand même un tas de gens qui devraient travailler davantage et l’ouvrir un peu moins...

    (3) Pour rappel : sur le cadastre napoléonien, les bâtiments colorisés en jaune indiquent un état de ruine. 

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    jacques chauvet
    Dimanche 27 Octobre à 18:46

    La "Grande Combe"  n'est pas localisée..  et difficilement localisable puisque le Dictionnaire toponymique de la Vendée indique à son sujet " Non mentionné sur la carte de Cassini (début XIXe s.) ni sur la carte d’état-major du XIXe s., le lieu apparait au XXe s. sur les cartes d'état-major mais sans y être nommé."
    je suis persuadé d'avoir entendu en mes enfances une histoire de Bleus qui auraient été redécouverts dans ce coin dans les années 60.

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