• La Meilleraie-Tillay, Montournais, lieux de massacres (2)....

     

    La Meilleraie-Tillay, Montournais :

     lieux de massacres (2ème partie)…

     

     

    Première partie ici.

     

    Ayant volontairement laissé le suspens agir, je vous annonçais dans la première partie de cette petite étude des « choses beaucoup plus mystérieuses » sur le territoire de la Meilleraie-Tillay mais aussi sur Montournais. Il va vous falloir encore un peu de patience et attendre un prochain article pour nous voir confrontés à des choses surnaturelles. En attendant, je vous invite à suivre les lieux mentionnés sur une carte IGN afin de bien comprendre le possible parcours d’un  détachement de la colonne de Lachenay. On sait avec ce qui va suivre qu’une poignée de soldats venant de Saint-Mesmin a commis des exactions (1) :

    « Les citoyens Jean-Louis Mazière (2) et Damas Morton (3), commissaires municipaux de la commune de Montournois, déclarent que le 8 pluvviôse dernier (27 janvier 1794, jour de l’incendie de Saint-Mesmin), pendant que la municipalité revêtue de son écharpe et la garde nationale de ladite commune, avec quantité de citoyens patriotes, attendoient sur la place de leur bourg l’armée révolutionnaire, pour leur donner le salut fraternel, trois officiers seulement à cheval vinrent à leur dit bourg, firent beaucoup d’honnêteté aux-dits citoyens, leur annoncèrent l’arrivée de leur général par le chemin de Saint-Mesmin, où étoit ladite armée révolutionnaire, dirent qu’on feroit bien de monter à cheval au nombre de quatre pour aller au devant de lui, et assurèrent qu’il ne feroit aucun mal à la bonne commune de Montournois.

    De suite descendus de cheval, les trois officiers demandèrent le ci-devant sacristain, le menèrent dans l’église où ils le renfermèrent et le forcèrent de leur dire où étoit l’argenterie de l’église, qu’ils savoient qui avoit été cachée pour la soustraire aux brigands. Leurs menaces eurent leur effet, et ils firent venir une échelle pour la tirer (cette argenterie) de deux trous d’échafaud (trous d’échafaudages, communs dans les bâtiments anciens), où elle avoit été mise il y avoit près d’un an. Ils firent monter un citoyen qui avoit été forcé d’apporter l’échelle, et ils emportèrent tout ce qui se trouva dans lesdits trous, malgré que les officiers-municipaux leur observèrent que, sur une lettre nouvellement reçue du district, ils alloient ce jour même ou le lendemain envoyer cette argenterie au district de la Châtaigneraye ; à quoi ils répondirent que c’étoit la même chose. La municipalité n’osa s’opposer à ce vol, parce qu’elle craignoit l’armée révolutionnaire que ces trois officiers avoient annoncée, et qu’elle avoit sujet de la redouter, sur ce qu’elle avoit entendu dire d’elle. Les trois dits officiers partirent avec l’argenterie ; les cavaliers qu’on avoit envoyés retournèrent, et l’armée révolutionnaire ne passa pas par ladite commune. A Fontenay-le-Peuple, ce 28 Ventôse, an deuxième (16 février 1794) de la République Française une et indivisible, et ont signé. Ainsi signé Mazière, commissaire municipal de Montournois, Morton, commissaire municipal de la commune de Montournois. »

    Une autre dénonciation à présent (4) :

    « Les citoyennes Marie Saoulet, veuve Baron, et Jeanne Baron, déclarent que dans leur commune de Montournois, il est arrivé chez elles et à une métairie (laquelle ?) à elles appartenante quatre volontaires de l’armée révolutionnaire qui a pris a passé à Saint-Mathurin (Saint-Mesmin), qui, après les avoir forcé à donner cinquante livres pour ne pas mettre le feu à leur maison, l’ont néanmoins mis, parce qu’on ne leur en a pas donné d’autres : Elles ajoutent que ces quatre soldats ont commis des abominations envers les filles et les femmes de leur métairie, et ont volé deux fermes voisines des déclarantes. Ce qu’elles certifient sincère et véritable. Signé Marie Saoulet, veuve Baron, et Jeanne Baron. »

    A Montournais, l’histoire a surtout retenu l’affaire du Moulin Tubin. Un historien local racontait ceci il y a quelques années :

    « Le Moulin Tubin ou Thubin était un moulin à eau en bas de la colline, qui n'était déjà plus en service bien avant la révolution. Sa digue existe toujours. En revanche, la borderie qui y était attenante fut brûlée par une colonne infernale venant de Saint-Mesmin et des habitants furent tués. Cette même colonne infernale serait passée dans les villages de la Gibaudière, la Gazelière, la Morinière, la Grêlerie et y aurait massacré un certain nombre de personnes. 

     Un Sacré-Coeur de mission fut inauguré au Moulin Tubin en 1947 pour remplacer une croix de bois. En 1994, deux-cents ans après les événements, l'abbé Ageneau fit édifier la colonne et la croix que l'on voit aujourd'hui. »

    La Meilleraie-Tillay, Montournais, lieux de massacres (2)....

    De son côté, l’ami écrivain Jacques Chauvet, nous racontait il y a quelques années ceci, d’après un extrait de la généalogie de l’abbé Bouchet (1968/1980).

    « A moment de la Révolution, des Bleus vinrent à la Grande Morinière (ou Morinière Grignon, pour la distinguer de la Morinière Bourguoin, sur la route de Menomblet). Ce pouvait être en fin de l’année 1793. Une grand-mère, Jeanne Crémois, les reçut ; elle avait caché des pièces d’or dans un pot sous le seuil de la porte et avait envoyé les hommes se dissimuler sous le chapeau d’une « mouche de genêts » et les jeunes filles dans une « creusote » d’arbre.

    Les Bleus lui demandèrent à manger. Elle leur prépara un plat de navets ; mais, par crainte d’être empoisonnés, ils l’obligèrent à manger avant eux… Une autre fois, sans doute fin janvier 1794, lors des Colonnes Infernales de Lachenay, qui, elles, n’épargnaient même pas les grand-mères, elle se cacha avec ses filles dans un arbre creux : un domestique l’aida à y monter. Les Bleus, pendant ce temps-là, massacraient : est-ce le souvenir de tueries qui a laissé à un chemin de la Charrie toute proche le nom de « Chemin des Morts » ? A la Morinière, un début d’incendie eut lieu, dont portait encore trace, en 1968, un mur du fournil. Mais on n’y trouva personne à tuer. Dans leur creusote, ce dut être terrible ce long séjour d’une journée ou davantage, avec le froid de janvier, la peur, la faim, la soif…, et les besoins naturels.

    Mais Jeanne Crémois, femme de tête, soutint le courage des autres… »

    La Meilleraie-Tillay, Montournais, lieux de massacres (2)....

     

    Ne cherchez pas d’histoire de gens jetés dans des fours par le général Amey à Montournais. La soi-disant lettre produite par Crétineau-Joly et reproduite à l’envi par les historiens modernes (y compris moi-même qui me suis laissé berner), n’a jamais existé et Amey n’a jamais mis les pieds à Montournais.

    A suivre ici.

    RL

    Octobre 2019 

     

    Notes :

     

    (1)  Lequinio, p. 68 à 70.

    (2)  Sur ce personnage, voir le blog de ma femme ici.

    (3) Pour Morton, voir ici.

    (4)  Lequinio, p. 81.

     

      


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :