• La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

     

     

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay

    2ème partie

    De Cerizay à Montravers…

     

    1ère partie ici.

     

    Reprenons si vous le voulez bien les parcours des deux colonnes de Grignon et Lachenay. Le 25 janvier 1794, les administrateurs du district écrivent à Turreau depuis Bressuire (1) :

    « Citoyen général, la municipalité et la garde nationale de Moncoutant nous demandent de te rendre compte de leur conduite.

    Nous pouvons et devons t’assurer que les gardes nationales de Moncoutant, la Chapelle Saint-Laurent, la Forêt-sur-Sèvre et Cerizais, se sont, dans toutes les circonstances, comportées d’une manière digne des plus grands éloges.

    Ces bons républicains, craignant d’éprouver le sort que plusieurs partriotes, leurs voisins, éprouvent, et dans leurs personnes et dans leurs biens, te dépêchent quatre des leurs ; ils espèrent de ta justice que tu sauras les distinguer des ennemis de la république.

    Un particulier nous avertit qu’il a ouï dire que les brigands, réunis à Charette, comptent se battre du côté des Epesses le 27. »

    On ne sait si c’est cette demande du district de Bressuire qui a fait son effet, mais contrairement à toute attente, Grignon ne brûle pas Cerizay. Il s’en explique, d’ailleurs le même jour que la lettre du district, depuis Cerizay (2) :

    « Le patriotisme que j’ai trouvé à Cerizais, une garde nationale fort bien établie, ayant passé la revue d’un commissaire, cela fait que je n’ai pas cru devoir le brûler. D’ailleurs j’y ai trouvé beaucoup de subsistances. Toutes les métairies, bourgs et villages qui avoisinent, vont passer aux flammes dans cette journée.

    J’oubliais de te dire que l’on m’a arrêté une dixaine de fanatiques qui se nomment eux-mêmes idolâtres : ces sortes d’idolâtres n’ont jamais voulu prendre les armes pour un parti, ni pour l’autre. Pour ne pas s’être décidés à un parti, ils iront au quartier-général.

    Ma colonne de gauche a l’ordre d’en faire autant sur les flancs, et de ne faire grâce à qui que ce soit. Elle est à Montigny. »

    Dans une autre lettre du même jour, Grignon ajoute :

    « Je continue toujours de faire enlever les subsistances et de brûler et de tuer tous ceux qui ont porté les armes contre nous ; cela va bien, nous en tuons plus de cent par jour, enfin tous ceux que nous croyons nos ennemis. J’irai demain au soir coucher à la Pommeraie. J’attends tes ordres pour les mettre à exécution. »

    Grignon ne brûle pas la ville de Cerizay, en raison d’une garde nationale bien établie. Une légende locale donne une autre explication : il aurait été touché par le geste d’une couturière du bourg qui lui aurait offert un bouquet de fleurs (3). Voilà quelque chose de bien surprenant quand on connaît l’aversion qu’éprouvait Grignon pour la gent féminine, qu’il ne voyait que comme objet à violer ou à découper en rondelles. Le RP Dom Victor Bonneau, voit cette anecdote, non pas avec Grignon, mais avec Chalbos et une « tailleuse » (d’habits) lors de son passage le 7 octobre 1793, lorsque Westermann mettra pour la première fois le feu au château de Puy-Guyon (4).

    On notera au passage ce qui peut apparaître comme un léger doute de la part de Grignon : « enfin tous ceux que nous croyons nos ennemis. Comme s’il avait parfaitement conscience qu’il tuait essentiellement des innocents et qu’il souhaitait le consigner par écrit pour se dédouaner de ses actes ; un peu à la manière de Turreau lorsqu’il souhaitait se mettre à couvert auprès de Carnot dans ses demandes d’approbation de son plan. Un peu aussi à la manière naïve de Prévignaud qui supposait que le massacre sans distinction n’était sans doute pas dans les intentions de Turreau, ou encore de Duquesnoy, demandant sans cesse des ordres en jouant de la provocation. Preuve en est que ces généraux savaient parfaitement ce qu’ils étaient en train de faire. En janvier 1794, l’armée vendéenne vient d’être écrasée à Savenay et ce ne sont que quelques bandes éparses qui sillonnent le Nord des Deux-Sèvres, loin du territoire de Charette, et les autorités constituées s’y étaient reformées sans trop de difficulté. En conséquence, les colonnes infernales, lorsqu’elles s’attaquent à des municipalités, vont en fait massacrer des hommes de leur propre camp politique. L’un des premiers à avoir dénoncé ce fait est Louis-Prosper Lofficial, député des Deux-Sèvres, comme on le sait. Mais ne nous égarons pas et poursuivons notre parcours.

    C’est probablement dans cette journée du 25 janvier 1794, que Grignon opère un raid vers le Pin. Il se fait servir un copieux repas par quelques habitants, dont des membres de la famille Tricot, avant de les massacrer et d’incendier le bourg. C’est peut-être sur ce parcours que la maison de Louis Beloir, aux Bourrelières, est incendiée. Nous y reviendrons dans un prochain article.

    Le bourg du Pin sur le cadastre de 1809 des AD79, 3 P 150/5. Les bâtiments colorisés en jaune figurent les ruines :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

    Le 26 janvier, il fait son rapport à Turreau (5) :

    « Hier, j’ai parcouru tous les environs de Cerizais ; j’ai fait brûler un château appartenant à Lescure (6) et deux ou trois autres. La journée d’hier a coûté la vie à peut-être trois cents rebelles ; de ce nombre se trouve un chevalier de Saint-Louis qui fuyait à cheval avec son domestique ; je te fais passer sa décoration. Je pars sur les neuf heures pour parcourir les environs jusqu’à la Pommeraie où je bivouaquerai ce soir, et qui aura le même sort que les autres endroits où je passe ; malheureusement il nous manque beaucoup de charrettes pour enlever tous les grains que nous trouvons.

    Il y a des citoyens qui se sont formés en gardes nationales, même soldées ; faut-il les désarmer ? J’attends tes ordres à ce sujet (7). »

    Grignon part de Cerizay en direction de Montravers, dans le but de rejoindre la Pommeraie-sur-Sèvre. L’un de ses détachements file vers la Crespelle, qui est vraisemblablement incendiée, puis la Douarnière et la Vergnaie. Comme je me suis plu à le rappeler au cours de plusieurs veillées des « Amis du Pont-Paillat », c’est au carrefour du chemin de la Douarnière et d’un autre sentier aujourd’hui disparu et qui menait à la Vergnaie, qu’apparaissait le spectre d’un homme sans tête, la nuit, jusqu’aux années 1920. Ceci suivant le témoignage de ma grand-mère, dont le père avait été sur place, en pleine nuit pour vérifier l’anecdote, sans rien apercevoir… Grâce aux travaux de Michel Chatry à partir du procès de Turreau, on sait que les hommes de Grignon incendieront la Vergnaie mais ne pourront pas franchir le ruisseau de l’Anguillette, en crue en raison des importantes pluies du mois de janvier. C’est là, que quelques jours plus tôt, le curé de Cerizay, l’abbé Jahan, avait fini ses jours de maladie.

    Le gros de la troupe infernale de Grignon, poursuit vers Montravers, brûle Bois-René, les Largères et Bournigal, ainsi que la Vergnaie. Le parcours du gros de sa colonne matérialisé en violet sur la carte IGN :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

    A cette époque, le chemin allant directement au bourg de Montravers par la Monerie n’existe pas. Il faut contourner en passant par le chemin qui est aujourd’hui celui du château de la Louisière. Le bourg est incendié, dont quatre pièces de bâtiments du presbytère, l’ensemble des maisons et granges des trois métairies entourant le vieux château (8.)

     

    Le bourg de Montravers sur le cadastre de 1809 des AD79, 3 P 197/4 :

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

    Grignon poursuit toujours son chemin vers la Pommeraie-sur-Sèvre. Il incendie très probablement la Jacquelinière, puis s’attaque au gros hameau de la Tallerie, qui est dévasté. Un petit manoir appartenant à un patriote notoire est incendié, les bleus pensant avoir affaire à la « Grand’maison » de François Coudrin, le capitaine de paroisse. De l’autre côté du chemin, la ferme de la Bertinière est ravagée par le feu. Les animaux, beuglant de douleur, sont brulés vifs dans leurs étables. Plus loin, c’est la Dorbelière et le château de la Fillolière qui sont à leur tour, la proie des flammes. Là aussi, les bleus, voyant un manoir, non loin d’un lieu se nommant « Dorbelière », s’imaginent avoir affaire à la « Durbelière » de Henri de la Rochejaquelein. Puis vient le tour de la Piquemière d’être incendiée, tandis que plus au Nord, le village de Pierre-Couverte subit très probablement le même sort, après que les bleus soient passés à la Bertinière. Une aile du château du Vieux-Deffend est également brûlée.

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

     

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

     

    Le premier village incendié situé près du bourg de la Pommeraie-sur-Sèvre (bien qu’appartenant à Saint-Amand-sur-Sèvre), sera la Goderandière. Y seront enterrés, Réné Gauchard, 55 ans, ainsi que deux Louis Gauchard, âgés de 25 et 18 ans...

    A suivre ici.

     

    RL

    Février 2019

     

    La colonne infernale Grignon/Lachenay à Cerizay, 2ème partie....

     

    Notes :

    (1)  Savary, tome III, p. 77.

    (2)  Ibid, p. 79.

    (3)  Anecdote connue et rapportée par Constant Vaillant : « Cerizay , ville historique et martyre », tome 1er, Hérault, Maulévrier, 1980, p. 56.

    (4)  « Histoire du Pèlerinage de Notre-Dame de Beauchêne », Grimaud, Nantes, 1893, p. 30.

    (5)  Savary, tome III, p. 84.

    (6)  Le château de Puy-Guyon, qui brûle pour la seconde fois.

    (7)  Une note de Savary précise que la réponse fut affirmative.

    (8)  « Histoire d’une paroisse du Bas-Poitou, Montravers », abbé Jules Gabilly, 1910, p. 245.


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