• La Châtaigneraie, 1795, tentative de viol....

     

    La Châtaigneraie, 1795, enquête autour d’une tentative de viol...

           

     

     

    La Châtaigneraie, 1795, tentative de viol....« Mauvaise pioche » pour deux soudards en goguette en quête de viols.

    En effet, deux volontaires de la première compagnie du premier bataillon de Paris s’introduisent de nuit, après avoir forcé la porte, chez deux citoyennes au lieu-dit Chatenai, commune de la Châtaigneraie. « Ils frappent la mère à coups de bayonnettes en portant tous leurs efforts pour violer la fille. »

    Manque de chance, avant de forcer la fille, ces deux lourdauds ont-ils forcé la porte de femmes patriotes, ayant une certaine influence, ou bénéficiant d’une certaine protection au niveau local ? Il y aura jugement et ils seront condamnés.

    Quant aux victimes, s’agit-il de Suzanne de Gonord-Degonord, veuve de Henry Bonnet de Fougeré, Avocat au Parlement et de sa fille Rose-Suzanne-Julie Bonnet, domiciliées à Nalliers, bourg situé entre Luçon et Fontenay et distant d’une trentaine kilomètres de la Châtaigneraie ? Nous allons tenter d’y répondre.

    Mais avant de lancer l’enquête et l’enchaînement des évènements, attardons nous sur le jugement.

     

    « Extrait du registre du greffe du Tribunal Criminel Militaire du deuxième arrondissement de l’ Armée de l’Ouest. 

    Au nom du peuple Français, le Tribunal Criminel Militaire du deuxième arrondissement de l’Ouest à rendu le jugement suivant. 

    Vû par le tribunal. L’acte d’accusation en date du vingt trois messidor de l’an troisième (11 juillet 1795) dressé par Delaunay, Officier de Police Militaire et de sûreté de la deuxième division de l’armée de l’Ouest, contre Jean Lecourte et Villard, volontaires en la première compagnie, du premier bataillon de Paris, prévenus de s’être introduits dans la nuit du douze au treize Prairial dernier, (nuit du 31 mai au 1er juin 1795) vers minuit, et après avoir forcé la porte chez les citoyennes Bonnet au lieu de Chatenai, commune de la Châtaigneraye, ayant alors chacun leur fusil et bayonnette ; d’avoir attenté a la liberté et à la sûreté de ces femmes en frappant la mère à coups de bayonnette, et en faisant touts leurs efforts pour violer la fille. 

    En outre ledit Villard, d’avoir le même soir déserté de son corps, sans y avoir reparu depuis. Signé Dubois, Jean Mollet, et Delaunay officier de Police. 

    Ensemble, la déclaration du juré de jugement portant que, Villard contumace et jean Le Courte touts les deux volontaires au premier bataillon de Paris sont convaincus de s’être introduits la nuit du douze au treize prairial dernier vers minuit, chez les citoyennes Bonnet du lieu de Chatenai, commune de la Châtaigneraye, d’avoir attenté à la liberté et à la sûreté de ces femmes en frappant la mère a coups de bayonnette de la part de Villard, en exerçant l’un et l’autre des violences graves sur la personne de la fille, et qu’ils ne sont pas excusables. 

    Le tribunal ouï l’Accusateur Militaire condamne Villard contumace et Jean Le Courte à la peine qu’il soit arrêté conformément à l’article quatorze du titre treize de la loi du trois pluviôse an deuxième dont il a été fait lecture et qui sont ainsi conçus : 

    Article 18 « Tout militaire ou tout autre individus de l’armée qui sera convaincu d’avoir attenté en quelque lieu que ce soit à la sûreté ou à la Liberté des citoyens sera puni de six mois de prison, ou s’il y a vol ou voie de fait, la peine sera de deux ans de fers et en cas d’assassinat il sera puni de mort. » 

    Art 14 « Les contumaces seront jugés dans la même forme et de la même manière sauf à recommencer la procédure dans le cas ou le prévenu seroit arrêté et traduit devant le tribunal militaire.  

    Fait et prononcé par moi Jean-Baptiste Hubert Vice-Président faisant pour la vacance du Président en l’auditoire du Tribunal Criminel Militaire du deuxième arrondissement de l’Armée de l’Ouest à Niort, le vingt huit fructidor an troisième de la République française une et indivisible. 

      Signé au registre Hubert Vice-Président, Allonneau et Bertrand greffier, soussignés, approuvé le renvoi en marge pour valloir. 

    Pour copie conforme. Signé : Hubert vice-président et Bertrand Greffier. » 

     

    Il s’agit de retrouver une femme et sa fille nommées Bonnet au lieu-dit « Chatenai » commune de la Châtaigneraie département de la Vendée.

    A première vue, recherche très facile, recherchons donc « Chatenai » sur le cadastre napoléonien… Pas de chance, au lieu-dit « Chatenai » il y a un château et sa grande métairie, alors les femmes Bonnet sont domiciliées au château ou à la métairie ? (voir plan cadastral qui suit).

    La Châtaigneraie, 1795, tentative de viol....

    En raison de la condamnation des deux volontaires, je verrais plutôt les femmes Bonnet habitant le château. Mais le château est la propriété de la famille Savaryde Beauregard…

    Gabriel-Benjamin Savary de Beauregard est né le 12 janvier 1748 à Fontenay et est décédé le 11 juillet 1820 à la Châtaigneraie, au château de Châtenay. Il s’est marié le 16 mai 1775 à Nalliers. C’est un ancien gendarme rouge de la garde de la Reine et il devient Avocat au Parlement.

    Maître Henry Bonnet de Fougeré est Avocat au parlement et subdélégué de Mr l’Intendant. Il s’est marié le 2 du mois de mars 1773 à Luçon avec Suzanne de Gonord et est domicilié à Nalliers.

    Il est le fils de maître Charles-Alexis-Léon Bonnet, Conseiller du Roy au Siège Royal des Eaux et Forêts de Fontenay le Comte et de feue Jeanne Porcheron. Suzanne est le fille de Maître Pierre De Gonord et de Dame Marie Dreneau.

    Les deux personnages sont donc avocats au Parlement. L'un s'est marié à Nalliers, l'autre y est domicilié, ils se connaissent forcément

     

    Le 23 décembre 1782 : Maître Henry Bonnet de Fougeré, avocat au Parlement, époux de Suzanne de Gonord, décède à l’âge de 44 ans, à Saint Martin de Nalliers et est enregistré à Mouzeuil (4km de Nalliers).

     

    De son union avec Suzanne de Gonord sont issus 5 enfants : 3 garçons et 2 filles : Je n’ai retrouvé que 3 enfants, 2 filles et 1 garçon.

    Rose-Suzanne-Julie Bonnet, née le 29 juillet 1775 à Nalliers et baptisée à Mouzeuil  (20 ans en 1795).

    2° Pie-Ive ? Bonnet, né le 29 juillet 1776 à Nalliers et baptisé à Mouzeuil, † 17 octobre 1797 à Mouzeuil.

    3° Marie-Magdeleine Bonnet, † le 21 Brumaire an 3 (11 novembre 1794) à l’âge de 17 ans à Nalliers/Mouzeuil.

     

    Le 17 février 1783 : Suzanne Degonnord, veuve de Henry Bonnet de Fougeré, vivant avocat, fait procéder à un inventaire après décès par les notaires royaux de la Châtaigneraye. « Maître Louis-Aymé Brunetière et François-Joseph Jouault de la Brosse, notaires royaux à La Châtaigneraye, se rendent au bourg de Nalliers. » et y rencontre la veuve du Sieur Henry Bonnet de Fougeré, vivant avocat en Parlement etc. Celle-ci déclare avoir cinq enfants mineurs, trois garçons et deux filles et désigne comme tuteur Alexis Bonnet de la Richardière, leur oncle paternel.

    Le 31 mai 1795 : Suzanne Bonnet, née de Gonord est veuve et n’a plus qu’une seule fille, Rose-Suzanne-Julie Bonnet âgée de 19 ans*. La situation de ces femmes correspond parfaitement aux évènements évoqués dans le procès des deux compères violeurs des armées républicaines ; bien qu’il ne soit pas précisé que la mère soit veuve. La victime des tentatives de viol serait bien Rose-Suzanne Julie Bonnet.

    Alors ? Ces deux femmes étaient-elles réfugiées auprès de la famille Savary de Beauregard à Chatenay, ce n’est pas impossible !

     

    *Rose-Suzanne-Julie Bonnet, âgée de 20 ans 5 mois a épousé le 25 ventôse an 4 (15 mars 1796), Jacques Gaillard âgé de 16 ans et 10 jours, fils de Jean Gaillard, notaire à Chantonnay. 

     

    Sources : 

     

    . Archives Départementales de la Vendée. - Commissions et Tribuanux Militaires près l’armée de l’Ouest 

    . Archives Départementales de la Vendée tous droits réservés, mariages Luçon année 1773 vue 11/208.  

    Décès de Mouzeuil-Saint-Martin, année 1782, vue n°68/201, décès de Henry Bonnet domicilié à  Saint-Martin de-Nalliers. Décès de Marie-Magdeleine Bonnet, vue n°127/179 an 3. 

    . Archives Départementales de la Vendée, tous droits réservés – Cadastre Napoléonien de 1834  – le Châtenay, la Châtaigneraie – 1ère feuille (parcelles 1-370) section A -P059/2. 

    . Archives notariales de la Vendée, tous droits réservés- Inventaire après décès du 17 février 1783 – class 3E54/43 Brunetière Louis-Aimé – notaire – Etude 3 1782-1783 – vue n°137/260. 

    . Photo : Colonnes Infernales- Vendée Novopresse info. 

     

                                                                   

    X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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