• L'incendie du château de la Forêt-sur-Sèvre....

     

    L’incendie du château de la Forêt-sur-Sèvre…

     

     

    L’historique du château de la Forêt-sur-Sèvre est connu et il serait superflu d’y revenir (1). On notera toutefois quelques anecdotes curieuses durant la période révolutionnaire et de l’insurrection vendéenne. En premier lieu on sait que le château de la Forêt fut le lieu de résidence du « pape des huguenots », Philippe de Mornay, dit « du Plessis Mornay » (1549 - †1623 au château qui nous intéresse). Cet homme, farouche protestant et donc peu suspect de catholicisme, mais pourtant partisan de la paix religieuse et mort depuis déjà 150 ans, a dû subir un procès posthume de la part des révolutionnaires. Faute d’avoir son corps, pourtant enterré près du château, on se contentera de brandir son portrait en hurlant à la mode de ce temps-là : « Eh bien ! du Plessis qu’avez-vous à répondre ? »

    Le château servit de prison alternativement pour les Républicains et les Vendéens mais c’est le témoignage du comte de la Bouëre qui nous donne le plus de détails  (2) :

    "J'avais été laissé au château de la Forêt-sur-Sèvre pendant la seconde attaque de Fontenay, on m'en avait donné le commandement pour tenir ce château fort en état, et pour servir de retraite au cas où cette affaire ne réussirait pas mieux que la première Je devais aussi attendre les réponses faites aux démarches de deux émigrés envoyés, l'un en Espagne, l'autre en Angleterre, pour demander des secours à ces deux puissances. Ces missions ont été sans résultat. L'un d'eux fut arrêté, je crois, à Saint-Gilles, l'autre n'aura pu probablement parvenir non plus à s'embarquer.

    J'ai oublié le nom des deux personnes qui avaient été chargées de ces deux missions par M. d'Elbée. J'ai toujours cru que M. Bureau de la Batardière en était une, sans pourtant l'assurer.

    J'avais donc approvisionné ma forteresse et j'avais mis une assez bonne garnison, corps de réserve, pendant la seconde attaque de Fontenay ; elle fut heureuse. On m'envoya alors plus de trois mille prisonniers. Mais peu à peu, nos soldats, qui ne pouvaient rester à rien faire longtemps hors de chez eux, y retournèrent, et bientôt j'allais me trouver seul à garder ces hommes turbulents (il ne me restait plus que huit Vendéens). Je ne pus leur imposer et les contenir, car ils avaient fait le projet de s'évader, qu'en faisant braquer sur eux deux canons chargés à mitrailles et mèches allumées.

    Je mandai aux chefs ma position. Ces prisonniers étaient presque tous Marseillais, vainqueurs de la Bastille, vrais bandits. Ils m'écrivaient tous les jours de belles lettres pour me prouver leur bonne conduite et demander leur liberté, disant qu'ils avaient été enrôlés de force, et que c'était contre leur gré qu'ils étaient venus combattre les Vendéens."

    Il fut décidé que les prisonniers seraient évacués sur Châtillon et autres postes militaires. M. de la Bouëre donna des ordres pour faire un rassemblement dans les paroisses environnantes et opéra le transfèrement de ses prisonniers entre deux haies de paysans armés. Sans doute qu'il s'en échappa quelques-uns en route, puisqu'ils étaient libres de leurs personnes, et que les Vendéens n'étaient pas trop disposés à les maltraiter hors des combats (Précisions de la Comtesse).

     

    Le château sera incendié le 7 octobre 1793 et ce sont encore une fois les archives militaires qui nous en apportent la preuve :

     

    L'incendie du château de la Forêt-sur-Sèvre....

     

    « A Bressuire le 8 8bre (octobre) 1793, l’an 2 de la répub. une et indivisible.

    Les représentans du peuple près l’Armée de L’ouest, réunis au quartier général à Bressuire aux représentants du peuple membres du comité de salut public.

    Citoyens collègues

    Les armées de la république viennent d’entrer dans Bressuire où s’est effectuée la jonction des armées de Niort et de Saumur conformément au plan ce campagne arrêté dans le dernier conseil de guerre tenu à Saumur.

    L’armée de Niort partie de la Chataigneraye a rencontré quelques brigands aux environs du château de la Forest ; elle les a mis en fuite après en avoir tué plusieurs. Le château a été incendié.

    L’armée de Saumur composée des divisions de Doué et de Thouars a aussi rencontré quelques partis de brigands a Argenton et Coulonges (Thouarsais) ; ils ont été également mis en fuite après avoir laissé plusieurs des leurs sur la place. Les châteaux qui se sont trouvés sur la route ont été incendiés comme celui de la Forest.

    Nous avons donné des ordres pour enlever et porter sur les derrières les bestiaux et les subistances. Nous y envoyons aussi les femmes et les enfants. En enlevant ainsi aux brigands leurs dernières ressources, nous espérons qu’enfin nous terminerons cette guerre désastreuse.

    Nous partons demain pour attaquer Chatillon et enlever s’il se peut le fameux conseil supérieur. La bonne volonté et le courage que manifestent les troupes de la république nous présagent d’heureux succès.

    Nous espérons que cette diversion facilitera les opérations de l’armée de mayence et que nous parviendrons enfin a faire notre jonction sous les murs de Mortagne.

    Nous attendons avec bien de l’impatience le moment ou nous pourrons vous annoncer que l’arbre de la liberté a été planté dans les derniers repaires des brigands.

    Salut et fraternité      Bellegarde

    Notre collègue Fayau est resté

    a la division de Luçon

    Pierre Choudieu »

     

    Le château en ruine sur le cadastre de 1809 :

    L'incendie du château de la Forêt-sur-Sèvre....

    Sur quelques cartes postales anciennes :

    L'incendie du château de la Forêt-sur-Sèvre....

    L'incendie du château de la Forêt-sur-Sèvre....

    L'incendie du château de la Forêt-sur-Sèvre....

    L'incendie du château de la Forêt-sur-Sèvre....

    De nos jours :

    L'incendie du château de la Forêt-sur-Sèvre....

    L'incendie du château de la Forêt-sur-Sèvre....

     

    Monsieur de la Maquillé entreprendra de le reconstruire en 1819 puis le vendit au marquis de La Rochejaquelein en 1855 avant que le comte de Rohan-Chabot ne termine la restauration. Restauration qui ne sera que partielle comme on peut le constater en comparant le cadastre la vue aérienne ci-dessus.

    RL

    Octobre 2017

     

    Notes :

    (1)  « Les Archives de Guy de Raignac » De châteaux en logis, itinéraires des familles de la Vendée. Bonnefonds, Aizenay, 1998, Tome IX, op. cit. P 10 et sq. « Châteaux, manoirs et logis des Deux-Sèvres », 1998, op. cit. P 40. Constant Vaillant, « Cerizay, Ville Historique et Martyre, Tome 1er, Hérault, Maulévrier, 1980, p. 38 et sq. « Un éloge de du Plessis-Mornay et un projet de monument à sa gloire », note lue à l’assemblée générale de l’histoire du protestantisme français, le 10 mai 1870. Liste des sources non exhaustive, bien entendu ! A prendre toutefois avec précautions les récits de Constant Vaillant, souvent truffés d’erreurs à force de recopiages d’autres ouvrages, pas toujours eux-mêmes très fiables. C’était ainsi que les historiens locaux travaillaient au début des années 80, par faute d’accès direct aux sources. Cela n’ôte rien au talent de l’écrivain mais Dieu merci les choses ont évoluées depuis.

    (2)  « Souvenirs de la comtesse de la Bouëre », p. 48 & 49.

     

    (3)  SHD B 5/7-8, v. 9 & 10.


  • Commentaires

    1
    Marie Thérèse
    Dimanche 15 Octobre à 09:08

    merci pour ce nouvel article sur la Forêt sur Sèvre 

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