• L'horreur au Mans....

    L’horreur au Mans…

     

    Nous connaissons tous les conséquences de la bataille du Mans du 12 décembre 1793 (15 000 morts) et les récentes mises à jour de charniers. Il est à cet égard important de rappeler le témoignage de Jean-Claude-Gautier-Louis Bénaben (1746-1824), commissaire  du département de Maine-et-Loire, près des armées destinées à combattre les rebelles de la Vendée. Savary qui met en doute son témoignage (tome II, p. 439 & 440) ne sait sans doute pas que son rapport ne fut pas écrit « longtemps après sa mission » comme il le prétend mais en janvier 1795. Ce rapport fut  imprimé à Angers par Mame.

    http://www.sudoc.abes.fr/DB=2.1/SRCH?IKT=12&TRM=11670246X&COOKIE=U10178,Klecteurweb,D2.1,E5ed5e234-1,I250,B341720009+,SY,A9008+1,,J,H2-26,,29,,34,,39,,44,,49-50,,53-78,,80-87,NLECTEUR+PSI,R90.30.221.15,FN 

     

    Les papiers de Bénaben sont consultables aux ADV ici :

    http://recherche-archives.vendee.fr/archives/catalogue/personne/Benaben,%20Jean%20Claude%20Gauthier%20Louis%20de/Z 

     

    Plutôt que de grands discours, passons tout de suite à un extrait du rapport de Bénaben….

    [….J'avais assez de diligence pour assister, sinon au siège, du moins aux principaux évènements qui en furent la suite. J'y fus témoin de toutes les horreurs que peut présenter une ville prise d'assaut. Les soldats s'y étaient répandus dans les maisons, et en ayant retiré les femmes et les filles des brigands qui n'avaient pas eu le temps d'en sortir et de prendre la fuite, les emmenaient dans les places ou dans les rues où elles étaient entassées et égorgées sur le champ, à coups de fusils, à coups de bayonnettes, à coups de sabres ; on les déshabillait ensuite toutes nues, et on les étendait sur le dos dans une posture indécente ; on appelait cela mettre en batterie." ….."Quoique, dès mon entrée au Mans, j'eusse vu, dans le faubourg de Pont-Lieue, entre les mains des volontaires, une trentaine de femmes que l'on conduisait sans doute à la mort, je n'en vis néanmoins tuer aucune, qu'à l'arrivée des représentants du peuple Turreau (1) et Bourbotte. C'est-à-dire, quatre ou cinq heures après que l'armée des brigands avait totalement évacué la ville. Le principal massacre se faisait à la porte même de la maison qu'avaient choisie ces représentants. C'était une véritable boucherie. Les femmes y étaient entassées par trentaine ; on faisait sur elles des feux de pelotons qu'il fallait redoubler, parce que ces femmes se jetant les unes sur les autres pour éviter la mort, il n'y avait guère que celles qui étaient à la surface qui reçussent les premiers coups de feu. J'étais passé plusieurs fois devant cette maison, sans pouvoir deviner la cause d'une pareille préférence ; je ne fus instruit que c'était celle des représentants du peuple, que par un brave officier de l'armée, qui me témoigna son indignation de ce qu'on déshonorait ainsi la représentation nationale. Ayant été obligé d'aller chez le général en chef, je lui fis part de ce qui se passait et du danger qu'il y avait que, dans un pareil massacre, fait avec si peu de discernement, on immolât beaucoup de patriotes. Le général en chef ne trouva pas d'autres moyens d'arrêter le carnage, que de faire battre la générale." ….]

     

     

    L'horreur au Mans....

     

     

    Voici à présent la lettre que Bénaben écrivit à son ami Vial, procureur général syndic du département de Maine-et-Loire, le 23 frimaire an II (13 décembre 1793) (2) :

     

    "J'ai à vous annoncer, mon cher ami, la plus grande victoire que nous avions remportée depuis le commencement de la guerre ; l'armée brigande n'existe plus, elle vient d'être défaite au Mans ; ce qui en reste doit être à l'heure où je vous écris exterminé par les paysans." Plus loin, il évoque l'effroyable combat : "Enfin nos braves soldats entrèrent dans la ville, où une lutte terrible s'engagea ; on se battit corps à corps, on se tirait des coups de pistolets à bout portant, on s'assommait à coups de crosse de fusil ; les brigands, cachés dans les maisons, derrière les cheminées des toits, derrière les palis des jardins et jusque dans les caves, fusillaient nos malheureux combattants. Ceux-ci, à mesure qu'ils avançaient, pénétraient dans les maisons, y tuaient tout ce qu'ils rencontraient et jetaient les cadavres par les fenêtres ; il y en avait des tas plus haut qu'un homme ce qui empêchait les troupes d'avancer ; ils brisaient tout ce qu'ils trouvaient, défonçaient les meubles et burent tout ce qu'ils trouvèrent, ce qui fut cause que l'attaque se ralentit….. On ne voit partout que des cadavres, des fusils, des caissons renversés ou démontés, parmi les cadavres ; beaucoup de femmes nues que les soldats ont dépouillées et qu'ils ont tuées après les avoir violées. Un soldat d'Armagnac était en train de violer une fille sur le coin d'une charrette ; un de ses camarades voulut prendre sa place sur la fille qui se débattait et la tua d'un coup de pistolet, mais il venait à peine de prendre cette place que le brave Marceau venant à passer avec tout son état-major, lui fit lâcher prise à coups de plat de sabre. Quand les soldats faisaient main basse sur une femme, ils prenaient leur plaisir sur elle, puis ils la tuaient ; quelquefois ils se servirent de femmes mortes. Quand les braves généraux Marceau et Westermann apercevaient ces actes, ils faisaient justice des misérables. Marceau parcourut avec l'intrépide Delaâge toutes les rues au grand galop et arracha des mains des soldats des femmes et les enfants qu'ils allaient massacrer, et fit conduire par ses soldats à lui ces brigands dans un vieux couvent ; quelquefois il entrait dans les maisons pour aider ses soldats à arracher des mains d'autres soldats ivres des femmes à qui ils faisaient subir les plus honteux outrages. Marceau et ses officiers en ont ainsi sauvé des milliers qu'ils ont fait enfermer dans le ci-devant couvent avec des sentinelles devant pour empêcher les soldats d'entrer."

    Benaben racontant les "mises en batterie" des cadavres de femmes:

     

     

    L'horreur au Mans....

    L'horreur au Mans....

     

     

    On notera la note d’Arsène Launay, qui collecta la correspondance de Bénaben, en 1886 dans la  « vue 181 » du document des ADV :

     

    L'horreur au Mans....

     

    On notera également, que même si les Vendéens arrivant au Mans, sont dans leur grande majorité atteints par la vermine et la maladie, dégageant une « odeur cadavéreuse » et pour ainsi dire « putréfiés avant de mourir » (Henri Chardon, les Vendéens dans la Sarthe, op.cit.), cela n’empêche nullement les soldats républicains de violer ces femmes, atteintes de Typhus, de dysenterie ou de choléra. On notera de la même manière que les crânes défoncés ne le sont probablement pas par les maladies… Et sur le nombre des morts, le représentant Garnier de Saintes écrira : « Dans l’espace de quatorze lieues (63 kms) de chemin, il n’y avait pas une toise (1.80 m) où il n’y eut un cadavre étendu ».

    Des historiens comme Savary et Célestin Port tenteront de cacher ou de nier les écrits de Bénaben. Malheureusement pour eux, ils sont bien là et il  aurait fallu beaucoup d’imagination à Bénaben, surtout en tant que fervent républicain, pour inventer les faits…

    RL

    Novembre 2012, veille de la fête des défunts.

     

    L'horreur au Mans....

    L'horreur au Mans....

     

    L'horreur au Mans....

     

    Notes :

    (1) Il s’agit de Louis Turreau, député de l’Yonne, cousin germain de Louis-Marie Turreau de Garambouville, le fameux instigateur des colonnes infernales.

    (2) Nous devons l’extrait de cette lettre à la revue SAVOIR (N° 88, avril 2008) de l’association Vendée Militaire. Cette correspondance est néanmoins consultable aux ADV via le lien cité en début d’article (vues 135 à 140).

     


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