• L'homme de Varennes....

     

     

    Le crépuscule d'un Conventionnel,

    l'homme qui trahit son Roi pour trente mille livres....   

        Jean-Baptiste Drouet

                          

     

     

     L'homme de Varennes.... Si quelques-uns des conventionnels qui s'étaient particulièrement distingués périrent sur l'échafaud, d'autres, plus heureux, sortirent indemnes de la tourmente. Ce fut le cas de Jean-Baptiste Drouet, maître de la poste aux chevaux de Sainte-Menehould qui trahit son Roi pour trente mille livres.

      « Drouet (Jean-Baptiste) fut jeté dans la politique par un de ces coups imprévus qui peuvent changer, sinon la face du monde, du moins le sort d'une nation : ce furent, en effet, l'initiative et l'énergique intervention de Drouet, maître de la poste aux chevaux de Sainte-Ménehould, qui firent échouer, à Varennes, la tentative de fuite de Louis XVI.

      A partir du jour où le destin le plaça sur le chemin du roi fugitif, la vie de ce personnage devient une sorte de roman d'aventures ; sa mort même tient du roman.

      Jusqu'à ce jour, Drouet n'a pas d'histoire. C'était un maître poste intelligent et travailleur, dont on vantait la probité, et qui jouissait de l'estime de ses concitoyens. A l'aube de la révolution, il fut, comme beaucoup d'autres, séduit par les idées nouvelles.

      Après Varennes, devenu quelqu'un et se rendant compte que la politique, à laquelle il doit une certaine notoriété, peut lui assurer des satisfactions plus substantielles, il se lance résolument dans la bataille pour la liberté, pérore, s'agite, organise des comités, et, son action d'éclat aidant, devient une sorte de gloire régionale que le département de la Marne fait sortir du cadre de la province en envoyant Drouet siéger à la Convention, où il prend place sur la Montagne.

      Le destin ne semble l'avoir arraché à sa modeste sphère que pour le lancer dans l'aventure.

      Délégué auprès de l'armée du Nord, il est pris par l'ennemi à Maubeuge et envoyé en Moravie. Ses collègues ne l'oublient pas et le font désigner en même temps que Beurnonville*, Camus et autres, pour être échangé contre la fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, seule survivante de ses prisonniers de Varennes.

      Le Conseil des Cinq-Cents lui ouvrit alors sa porte, ce qui lui permettait d'oublier les ennuis de la captivité dans la douceur d'une existence exempte de soucis.

      Mais il n'est pas fait pour ce genre de vie ; il a besoin de s'agiter et a pris dans la politique le goût de l'intrigue et du risque. On le trouve dans la conspiration de Babeuf. Arrêté, il réussit à s'évader de la prison de l'Abbaye. On le trouve encore dans l'affaire du « camp de Grenelle », où il est sauvé par une laitière qui le cache dans sa voiture, sous de la paille. Il part alors pour la Suisse, mais, supportant mal le climat froid et humide de ce pays, il le quitte pour aller chercher fortune aux Indes. En route, son bateau est arrêté par la flotte de Nelson ; il se venge de sa déconvenue en prenant part, contre les Anglais, à un combat où il se fait remarquer par son courage.

      N'ayant pu atteindre les Indes, il revient en France, où le Directoire le nomme commissaire de son département ; après le 18 brumaire, il devient sous-préfet de Sainte-Ménéhould ; pendant les Cent Jours, il siège à la Chambre des représentants.

      Les Cent Jours devaient être les derniers beaux jours de Drouet.

      Pour lui, bien entendu, il ne pouvait être question d'amnistie.

      A peine installé aux Tuileries, le roi Louis XVIII donnait l'ordre d'arrêter « l'homme de Varennes » et lançait contre ce « gibier de potence », pour employer son expression, toute la police du royaume.

      Mais le gibier était malin, si malin que jusqu'en 1824, pendant près de dix années, les plus habiles policiers, stimulés sans cesse par la promesse de mirifiques récompenses, remuèrent ciel et terre sans parvenir à le découvrir. Le roi ne décolérait pas et encore moins la duchesse d'Angoulême, l'ancienne prisonnière du Temple, qui désirait vivement régler avec Drouet le compte de sa famille.

      Ce compte ne devait jamais être réglé, au moins ici-bas.

      Le 11 avril 1824, mourut à Mâcon un certain Maërgesse, qu'on croyait étranger, et qui vivait avec une Allemande.

      Dès que son ami fut enterré, l'Allemande disparut, mais, avant de partir, elle se donna le malin plaisir de révéler que Maërgesse n'était autre que Drouet, Jean-Baptiste, ancien maître de poste de Sainte-Menehould ».

      Bien entendu, Drouet fut décoré de la Légion d'Honneur le 7 août 1807 par Napoléon 1er et la petite histoire raconte que l'usurpateur, en lui remettant cette distinction sur le site de Valmy, lui aurait dit : « Monsieur Drouet, vous avez changé la face du monde ».

     

    *Beurnonville : Franc-Maçon il est vénérable de la loge « Les Chevaliers de la Croix de Saint Jean de Jérusalem  » à l'orient de Troyes. De 1814 à 1821, il est grand conservateur, puis grand maître adjoint en 1815, du Grand Orient de France. Il fut nommé Officier de la Légion d'honneur par Bonaparte, comte de l'Empire ; mais de tous les généraux de la Révolution, il fut le seul exclu du titre de Maréchal ; Napoléon, ne lui accordant aucune capacité militaire.

      Par contre en 1814, Louis XVIII le nomma à son retour pair de France et membre de son conseil privé. Proscrit pendant les Cent Jours, il suivit le roi à Gand et lui resta toujours dévoué. En 1816, il fut nommé commandeur de l'ordre de Saint-Louis, Maréchal de France, cordon bleu,.........

      N'oublions pas que Louis XVIII était un protecteur de la Maçonnerie et n'ayant aucune estime pour les Vendéens. La Restauration ne répara pas on le sait, les malheurs de la Vendée. De glorieux sacrifices restèrent sans récompense, malgré les promesses faites au mois de juillet 1814, par le duc d'Angoulême lors de son voyage en Vendée  Louis XVIII ne fut jamais sacré Roi à Reims ; contrairement à son frère Charles X qui se fit sacrer à Reims, le Dimanche de la Trinité, 29 mai 1825.

    L'homme de Varennes....

     

      Sources : Jules Mazé  Sous la Terreur librairie Hachette Paris n° 4760 dépôt légal 2ème trimestre 1947 pages 245 à 247. Généalogie commentée des Rois de France de Lucien -Jean Bord éditions de Chiré 1980. Louis XVIII et Charles X pages 303 305.

     

    Xavier Paquereau pour Chemins secrets


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