• L'absie et Largeasse....

     

    Du combat de l’Absie à la formation du camp de Largeasse…

     

     

     

    Plusieurs articles concernant le camp de Largeasse figurent dans ces pages mais je n’avais jamais encore abordé la question de sa formation et surtout qu’elle en était l’utilité.

    En dépouillant le 4° tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest des archives du Fort de Vincennes et la correspondance de Bonnaire, on trouve les éléments suivants : (1)

     

    « Fontenay-le-Peuple, le 3 prairial (22 mai 1794),

     

    La commune de l’Absie demande des secours contre les brigands - Sa division trop faible pour cela – Les patrouilles de La Châtaigneraie sont chargées de protéger cette commune – on lui annonce 1059 hommes qui doivent être encadrées dans le 2° Bataillon de Paris, et le 3° de Charente inférieure – Demande d’armes.

     

    Le 4 prairial (23 mai 1794),

     

    Visite (de Bonnaire) du camp de Chiré (sic, comprendre «Chiché »), qu’il trouve en bon état – promesse du représentant du peuple Garnier de Saintes d’envoyer 500 hommes à Parthenay où il n’y a que cent hommes en état de faire le service – visite de Maixent et Niort.

     Petite pause ici pour constater l’incurie parisienne, qui envoie des hommes à Parthenay, ville où il ne se passe rien, alors que les combats ont lieu dans les campagnes, à 30 kms de là plus à l’Ouest, soit 7 lieues et 2 jours de marche.

     

    Le 5 messidor (23 juin 1794),

     

    « Avertissement des habitants de l’Absie sur les incursions des brigands dans les commune environnantes ; ils enlèvent les bestiaux et emmènent les citoyens qu’ils surprennent. Suivant les rapports le parti de scélérats est encore nombreux : leurs rassemblements se font à Bressuire, Cerizay et Chanteloup. Il propose (Bonnaire) une attaque sur ces points. »

    Tiens donc, les Vendéens enlèvent des bestiaux ! Ils les reprennent, plutôt non ? Il ne font que faire ce que les républicains font eux-mêmes depuis plusieurs mois.

    On voit ici dans quel danger se trouvent les patriotes de l’Absie, placés entre les camps de Chiché et de la Châtaigneraie mais trop éloignés de l’un ou de l’autre pour être protégés des incursions vendéennes. Et voici ce qui nous le confirme :

     

    Le 6 juillet 1794, le général Legros écrit à Vimeux depuis Parthenay :

    « Une reconnaissance, partie du camp de Chiché, s'est portée jusqu'au-dessus de Boëmé. Elle n'a rencontré que des familles désolées qui ont promis de se rendre et de se conformer aux dispositions qui leur sont prescrites par la proclamation. »

     

    Le même jour, Bonnaire fait son rapport au même depuis Fontenay :

     

    « Les brigands, au nombre de trois cents hommes d'infanterie et trente à quarante cavaliers, se sont portés dans la commune de l'Absie. Les habitans se sont sauvés sans aucune résistance. Je pense qu'il serait à propos d'y envoyer trois cents soldats et quarante cavaliers pour se réunir aux habitans et les protéger au besoin. »

     

    Le 7 juillet, c’est encore Bonnaire à Vimeux :

     

    « Un exprès m'annonce que la commune de l'Absie a été attaquée la nuit dernière par huit à neuf cents brigands. Les habitans se sont repliés sur Champdeniers. Je n'ai point encore de détails.

    Je donne ordre au commandant Lapierre à la Châtaigneraie d'envoyer un fort détachement au secours de cette commune pour observer les mouvemens de l'ennemi et rassurer les habitans.

        J'apprends qu'il existe un rassemblement à Chanteloup. On pourrait faire sur ce point une attaque concertée avec les troupes de Thouars, du camp de Chiché et de la Châtaigneraie. La marche et l'heure du rendez-vous seraient indiquées. J'attends tes ordres à ce sujet." (2)

     

    On sait ce que sera le combat de Chanteloup et d’ailleurs nous y reviendrons prochainement.

    En revanche on pourra sourire qu’à une journée d’intervalle dans les rapports, le nombre de brigands soit passé de 300 à 900. Comme d’habitude, le défaut de fiabilité des correspondances républicaines nous empêche de savoir ce qui s’est exactement passé. C’est un peu l’histoire de « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours » et on se doute bien que les principaux responsables tricolores n’étaient pas eux-mêmes sur place pour juger des opérations à mener mais plutôt occupés en arrière avec force ripaille et joyeuseries féminines aux charmes dodus. On suppose néanmoins que l’Absie fut attaqué depuis le Nord et on imagine que les gars des alentours de Pugny ont sûrement contribué à ce combat. On retrouve le premier compte-rendu dans le « Tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest » :

     

    Le 18 messidor (6 juillet 1794),

     

    Environ 300 hommes d’infanterie et 25 à 30 de cavalerie des brigands se sont portés dans la commune de l’Absie ; il n’y a pas de perte ; les habitans se sont sauvés sans faire aucune résistance – proposition d’envoyer 300 hommes et 40 de cavalerie pour se réunir aux habitans.

     

    Dans les ordres de Bonnaire du 7 juillet vus plus haut, il est en outre observé qu’il y a « trop de distance entre la Châteigneraye (sic) et Chiché ». c’est en effet le cas et bientôt germe l’idée d’un nouveau camp à peu près à équidistance des deux précédents, à Largeasse donc.

    Le 8 thermidor an II (samedi 26 juillet 1794, veille de l’arrestation de Maximilien de Robespierre), Vimeux écrit à Bonnaire (3) :

     

    « C’est une erreur que l’adjudant-général *** a commise en t’annonçant que la colonne du général Ferrand commandée dans ce moment par le général Huchet soit passée devant le front des camps de Chiché et de la Chataigneraie pour se rendre au Pont … (illisible) et qu’il devait en être détaché une force de 2 000 hommes d’élite pour la formation d’un camp à Largeasse. Cette colonne est actuellement à Montglonne où elle reste par ordre du représentant du peuple Bô. Signé le général en chef Vimeux. »

     

    L'absie et Largeasse....

     

    Trois jours plus tard, le 29 juillet, Vimeux écrit encore au représentant du peuple Ingrand cette fois :

     

    « Je regrette de ne pouvoir plus établir à Largeasse le camp que je m’étais proposé d’y fixer ; il ne reste pas assez de forces à ma disposition pour cela. Après avoir fourni vingt-quatre bataillons à Bourbotte, huit à Garrau ety cinq restés sur la rive droite de la Loire, il faut encore que j’envoie quinze cadres à l’armée des Pyrénées et huit à celle de Cherbourg.

    La colonne du général Ferrand a été dirigée, par ordre du représentant du peuple Bo sur la rive gauche de la Loire , tandis que, d’après mes ordres, elle devait couvrir Luçon, la Châtaigneraie et Chiché, surtout protéger les récoltes.

    J’informe le général Huché de la dénonciation qui t’a été adressée contre lui pour sa conduite à la Besillière. »

     

    Pourtant, le 25 août 1794, Vimeux écrit à la 9° commission de la guerre et donne l’emplacement des camps dont il « s’est occupé sans relâche » et cite, entre la Châtaigneraie et Chiché un camp à Moncoutant.(5) Il n’y a bien entendu jamais eu de camp à Moncoutant mais bien à Largeasse. Et le 16 septembre, c’est le général Dumas qui trouve la position du camp de Largeasse mauvaise et qui y envoie le général Macors pour le fortifier, comme on le sait… (5)

    Reste à découvrir à quelle date précise le camp de Largeasse s’est constitué.

     

    A suivre…

     

    RL

    Août 2017

     

    Notes :

     

    (1)  SHD B 5/10-1, vue 17 et sq. Savary, tome III & IV.

    (2)  Savary, tome IV, p 11 & 12. SHD B 5/9-71 et B 5/9-73. «Tableau des Opérations de l’Armée de l’Ouest » in SHD B 5/10-1,qui est l’évidence même à consulter pour tout connaisseur.

    (3)  SHD B 5/81, 29/129. Savary, tome III & IV. 

    (4)  Savary, Tome IV, 47.

    (5)  Ibid. p. 100.

    (6)  Ibid. P. 116.

     

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