• L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

    Pierre Rué, vicaire de Saint Germain de Bourgueil

     

    Prêtre réfractaire guillotiné à Poitiers 14 nivôse de l'an II

     

     

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....Pierre-Jean-Gabriel-Toussaint Rué est né à la Chapelle Blanche, aujourd'hui la Chapelle sur Loire (Indre et Loire). Il est le fils du sieur Pierre Rué, marchand boulanger et de demoiselle Gabrielle-Louise Morand sa légitime épouse, Il est baptisé le 31 octobre 1754 et a pour parrain le sieur Jean-Louis Morand maître chirurgien, son oncle et pour marraine demoiselle Gallois, sa grand-mère, épouse de sieur Pierre Morand, maître chirurgien.

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    En 1791, il ne prête pas le serment constitutionnel. « Le clergé Angevin s'étant déclaré de façon unanime contre la constitution civile et le serment exigé par la constituante, qui, oublieuse de sa proclamation touchant la liberté de conscience, traita avec rigueur les prêtre fidèles à leur foi et les persécuta. L'abbé Rué est donc réduit à chercher asile dans les familles chrétiennes du pays après la publication de la loi de déportation. Nous aimerions connaître tous les noms de ces nobles familles pour vanter leur mérite, car en dehors des tracas que suscite la crainte, la peine de mort étant de par la loi le châtiment réservé à quiconque abritait un prêtre sous son toit.

    En décembre 1793, les persécuteurs de la Religion font rechercher les prêtres réfractaires avec promesse de récompense (cent francs par tête) pour les dénonciateurs. Craignant toujours non pas pour lui, mais pour les personnes chez qui il résidait, les suites d'une dénonciation, il obéit au décret des 29 et 30 vendémiaire, et se présenta au district de Loudun où il subit un interrogatoire. Décrété d'arrestation, il fut conduit sans retard à Poitiers, où, suivant en cela les procédés expéditifs du Tribunal révolutionnaire de Paris, le Tribunal criminel de Poitiers condamna le prêtre fidèle, coupable d'avoir rempli son ministère, selon sa conscience, à la peine de mort le 14 nivôse de l'an II, sentence qui fut exécutée dans les vingt-quatre heures (3 janvier 1794) ».

     

    Avant de suivre les pas de Monsieur L'abbé Rué vers la ''grotte'' du Moulin de Gravot où il célébra la messe ; nous devons souligner que jusqu'au jour où il quitta la paroisse Saint Germain de Bourgueil, il exerça en secret les fonctions de son ministère. «  Il consacrait et rompait le pain, catéchisait, baptisait, entendait les confessions, bénissait les unions, consolait les mourants et la nuit se rendait bénir les tombes. D'après le témoignage de personnes vénérables pendant la révolution on célébra les Saints Mystères aux Averries dans la maison occupée alors par Mr Amirault-Rigault, au Sablon chez Mr Jean Mary, et dans la maison dite « La paternelle » située dans le bas de Pavée appartenant à Mr Pierre Moisy, tisserand, surnommé ''Trividi'', au lieu-dit la Guerrière et aussi dans une grotte située non loin du Moulin de Gravot où l'on a cru reconnaître la place de l'autel et où comme au temps de la primitive église les chrétiens se rendaient en cachette dans le plus grand silence.

     

    Nous voudrions avoir plus à dire sur ce Martyr de la foi, dont la présence à Bourgueil durant les mauvais jours était pour les fidèles un puissant réconfort et dont le dernier supplice causa dans leurs rangs une profonde émotion.

     

    Disons tout de suite à la louange des habitants de Bourgueil qu'ils étaient peu enthousiastes pour les idées religieuses nouvelles et que le curé constitutionnel avait peu de succès, L'évêque intrus d'Indre et Loire n'en eut pas davantage lorsqu'il vint pour donner la confirmation : on ne voulait pas recevoir ce sacrement des mains d'un évêque schismatique et lui-même se plaignit de la froideur avec laquelle il avait été accueilli, Au point de vue civil, les habitants négligeaient de porter la cocarde et un ordre parut invitant les autorités à réprimer ''ce genre de brigandage''. Il est dit aussi que par force l'on emmenait les gens adorer la déesse raison. Ce genre de culte fondé par Chaumette, enrayé par Robespierre qui était déiste, s'était établi ici vers la mi-novembre 1793 et fut le signal d'une ardente persécution.

     

    L'abbé Rué a laissé un testament d'une piété touchante et on ne peut le lire sans en éprouver quelque émotion, Les dernières paroles de ce digne prêtre, de ce Martyr sont une preuve de l'attachement que Bourgueil avait et continue d'avoir pour ses pasteurs, en même temps que ses suprêmes conseils et ses suprêmes espoirs attestent sa grande affection pour la paroisse de Bourgueil ».

     

    Le testament de M, Pierre-Gabriel-Toussaint Rué, prêtre, vicaire de Bourgueil

     

    '' Au nom du père, du fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

    Aujourd'hui, vingt sixième jour d'octobre mil sept cents quatre vingt treize. Craignant d'être surpris par la mort, qui dans ces jours de désolation menace plus particulièrement les prêtres qui persistent à conserver la Foi et la Communion de l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, soumis à la juridiction spirituelle de ses Pasteurs légitimes et spécialement de son Chef, vicaire de Notre Seigneur Jésus-Christ en terre ; j'ai résolu de laisser par écrit mes dispositions envers Dieu, mes supérieurs, mes parents, mes amis et mes ennemis.

     

    I. Envers Dieu. Je renouvelle les promesses qu'on a fait pour moi à mon baptême et que j'ai ratifiées bien des fois dans ma vie. Je renouvelle aussi celles que j'ai fait à mon entrée dans la cléricature, de le choisir pour mon héritage et de me dévouer au service de son Eglise ; je le prie instamment de me pardonner toutes les fautes que j'ai commises dans les différents états par lesquels sa providence m'a fait passer ; celles qui pressent le plus ma conscience c'est d'avoir assisté à la fédération du 14 juillet 1790, et d'avoir publié quelques décrets injustes et impies.

    Quoique mes péchés deveraient éloigner de moi toute miséricorde, j'espère néanmoins que Dieu voudra bien avoir pitié de moi et me recevoir dans son saint Paradis, par les mérites de mon Sauveur Jésus-Christ, par l'intercession de sa Bienheureuse Mère, la très Sainte-Vierge Marie, et par celles de mes Saints Patrons et de tous les Saints. Je demande encore à Dieu quelqu'indigne que j'en sois, toutes les grâces dont j'aurai besoin pendant le reste de ma vie, et surtout celle de mourir dans son amour, en scellant de mon sang mon attachement à sa loi, si sa providence daigne mettre ma fidélité à cette épreuve.

     

    II. Envers mes supérieurs écclésiastiques. Je déclare que je veux être jusqu'à mon dernier soupir soumis à leur autorité, reconnaissant dans le Souverain Pontife la primauté d'honneur et de juridiction qui est de droit divin, et que le schisme de nos jour voudrait en vain lui ravir. Je reçois et je respecte tous les Brefs, Bulles et Constitutions qui viennent de lui et dont l'authenticité ne m'est nullement suspecte. Je renouvelle la promesse d'obéissance, de respect à mon Evêque légitime (aujourd'hui M. Couet du Viviers de l'Orris) ; en cas de vacance, au chapitre de sa cathédrale et à ses successeurs légitimes institués.

     

    III. Envers mes parents. Je désire bien sincèrement avoir la consolation d'embrasser mon cher père et ma chère mère, avant de mourir ; quelque pénible que la vie puisse être pour moi , je désire que Dieu me la prolonge jusqu'après leur décès , afin qu'ils n'ayent pas encore le chagrin que leur causeroit ma mort ; c'est bien trop de les avoir tant et si souvent contristés dans le cours de ma vie, surtout mon cher père, à qui je me reproche d'avoir quelquefois parlé durement pour lui représenter des torts que mon orgueil seul me faisait appercevoir en lui ; s'ils ont eu assez de bonté pour me pardonner à l'instant même que je les ai affligés, je me crois encore assez assuré de leur tendresse pour croire que je n'ai pas perdu leur amour ; je les en remercie et les prie de me le conserver. Il y a deux circonstances dans ma vie dont le souvenir ne m'a jamais quitté pour bien longtemps ; la première est une méchanceté noire que je me suis permise envers mon frère Honoré en le frappant bien durement lorsqu'il n'avait guère plus de quatre ou cinq ans. La bonté avec laquelle il me pardonna sur le champ fut un trait bien propre à me faire sentir la noirceur et la honte de mon procédé ; c'est aussi ce qui depuis ce tems là a souvent excité ma confusion et mon repentir. La seconde est d'avoir, par dépit et par vengeance, fait faire à pied une longue route à mon frère Brice à l'âge de quinze ans. Je les prie tous deux de ne se souvenir de ces fautes que pour être sensibles à la peine que j'en ressens, et me les pardonner . Je ne me rappelle rien de semblable à l'égard de mes autres frères et sœurs ; j'ai pu souvent les humilier par des reproches trop durs (surtout à mon frère André) ; je les prie tous de croire que je n'ai jamais été animé que du désir de leur bonheur ; si je me suis trompé dans le choix des moyens, mes motifs ont toujours été purs. Je prie Dieu qu'il leur donne des jours paisibles et qu'il les préserve des malheurs du schisme. Je les invite eux-mêmes à s'en rendre dignes, surtout les deux que j'ai tenu sur les fonts du baptême. L'amour particulier que j'ai toujours eu pour mon cher Joseph n'a jamais porté préjudice aux autres ; je désire qu'il se tienne en garde contre l'entêtement, auquel il me semble qu'il a du penchant, et le prie de ne pas s'offenser de ce petit avis, qui sera le dernier que je lui donne.

     

    IV. Envers mes amis. En commençant cet article, une foule de noms se présente à mon esprit, c'est ici une de mes peines de ne pouvoir les mettre sur le papier, je me refuse ce plaisir pour leur épargner les disgrâces qui pourraient leur arriver si mes sentiments étaient connus. Je désire qu'ils me tiennent compte de ce motif, et qu'ils suppléent eux-mêmes à mon silence forcé. Je remercie bien sincèrement ceux qui ont eu des bontés pour moi, et je prie Dieu de les en récompenser.

     

    Pauvres enfants de Bourgueil, vous surtout qui m'avez donné des marques si touchantes de votre attachement, je ne puis finir sans vous dire un mot ; mon plus grand tourment est d'être séparé de vous ; quelques multipliés que soient les sujets de mes peines, je serois heureux, si je les souffrois au milieu de vous ; quelqu'affreuse que soit la destinée qui m'attend, elle m'effraie moins que les malheurs qui vous menacent ; si vous croyez que j'aie quelques droits à votre amour et à votre reconnaissance, vous y satisferez dans la personne de vos pères et mères ; aimez-les parce que vous le devez, aimez-les encore pour me continuer votre amour, et pour m'acquitter envers eux de toutes les bontés qu'ils ont eues pour moi ; puisse l'esprit en paix, d'union et piété régner toujours parmi vous ! Puisse le schisme ne jamais vous séparer du troupeau de Jésus-Christ ! Puisse toute la paroisse conserver le Foi et en remplir les œuvres ! Voilà mes derniers vœux pour vous, ils seront dans mon cœur à l'instant ou j'expirerai et ils m'accompagneront jusque devant le trône de l'Eternel, si j'ai le bonheur d'y avoir place ; je ne crois pas vous avoir jamais enseigné autre chose que la vérité ; vous pouvez donc en toute confiance vous en tenir aux avis que je vous ai donnés.

     

    Je n'ai pas les mêmes raisons de craindre de nommer ici mon curé et mon confrère ( Monsieur Benoît, curé et Pierre Abellard vicaire, avaient refusé de prêter le serment) ; j'ai pu leur faire quelquefois de la peine, je les prie de me pardonner ; je leur doit ce témoignage que je n'ai jamais éprouvé de disgrâce de leur part si ce n'est celles que je me suis attirées par mon orgueil, ou que des intentions si pures et amicales leur ont persuadé être avantageuses pour moi. Que la providence ne les perde jamais de vue, dans quelques endroits qu'ils soient ! Qu'après leur longue peine, ils retrouvent le repos et le bonheur dont ils sont dignes ! Que leur zèle déjà si grand s'accroisse encore dans la persécution et que les brebis que le Souverain Pasteur leur a confiées en éprouvent les heureux effets ! Je voudrois bien prolonger cet article, il faut me taire ; un plus long détail pourrait nuire à tous ceux qui m'ont accueilli, je désire au moins que tous sachent ma reconnaissance, et qu'ils me sachent gré de ne les pas nommer.

     

    V. Mes ennemis... En ai-je ? Je déclare que je ne conserve de ressentiment contre aucun de ceux qui m'ont nui ou qui m'ont voulu nuire. Je pardonne tous les procédés injustes qu'on s'est permis contre moi. La calomnie ne m'a pas épargné ; je prie Dieu de pardonner à ceux qui l'on inventée comme je leur pardonne moi-même, elle me pousuivera peut-être jusqu'au trépas ; je ne la crains que parce qu'elle pourroit nuire au salut de ceux qui la feroient ou de ceux qu'elle pourroit séduire. Pour obvier à ce malheur, je ne crois point déplacé de rendre compte des motifs qui m'ont empêché de faire le serment civique. L'âme déchirée de douleur à la vue des malheurs de ma Patrie, j'aurois fait tous les sacrifices pour les arrêter ou les diminuer ; c'est dans toute la sincérité de mon cœur que j'en fait la protestation, elle ne ressemble pas à toutes ces flagorneries qui font des dupes à la journée. Si le serment n'eût eu pour objet que des choses temporelles, ou que, dans les objets spirituels, il n'eût point été contraire à la foi, j'aurois fait le sacrifice de mes opinions particulières pour suivre le désir de mes concitoyens ; mais j'ai connu très clairement que le serment n'avait point ces conditions et je me suis vu forcé de le refuser. Je ne me suis jamais un seul instant repenti de ce refus, et j'espère que Dieu me fera la grâce d'y persister jusque sous le couteau des bourreaux ; je la demande instamment et j'invite tous mes amis à la demander pour moi. Si jamais la crainte ou la foiblesse me faisoient agir contre cette résolution, je déclare d'avance que ce changement ne deveroit point ébranler le courage de ceux qui se sont maintenus dans la communion de l'Eglise Catholique ; ils deveroient me plaindre et apprendre par mon exemple à se défier d'eux mêmes, mais j'espère que Dieu me préservera d'un si grand malheur.

     

    Je déplore bien sincèrement la chute d'un grand nombre de chrétiens que le schisme a séparés de nous ; puisse Madame Bonneau, en particulier, apprendre combien la sienne m'a causé de douleur ! Je lui pardonne de tout mon cœur ce qu'elle a dit et fait contre moi ; je pardonne de même à tous ceux qui ont déposé contre moi ; je les plains et je prie Dieu de leur faire miséricorde et de les ramener à l'unité.

     

    Je ne donne rien, parce que je n'ai rien tout ce qui est à ma disposition,ne m'appartient que pour l'usage.

     

    Je prie celui ou celle qui sera porteur de mon présent testament d'en donner connaissance à mes parents et aux habitants de la paroisse de Bourgueil aussitôt qu'il aura appris mon décès ou ma sortie de France pour la déportation en pays étranger. Que le Dieu tout-puissant bénisse la France, qu'il y ramène la paix et la religion ! Que tous les Français oublient leurs divisions ! Qu'ils ne fassent tous qu'une même famille de frères ! Ce sont mes vœux et mes espérances. Je ne suis pas digne de voir de si heureux changements ; mais, si je péris avant qu'ils soient arrivés, je mourerai dans la ferme confiance qu'ils arriveront après mon décès.

     

    Fait au diocèse de P.... le 26e jour d'octobre 1793. (signé) Pierre-Jean-Gabriel-Toussaint Rué, prêtre. *

     

    * Le testament olographe de Pierre Rué fut remis entre les mains de membres de sa famille, dans laquelle il resta jusqu'en 1908. Son arrière nièce Mademoiselle Lucie Sirotteau qui habitait la propriété de Monsieur E. Bienvenu, ancien hôtel de la Galère, décédée plus qu'octogénaire, le donna à Monsieur le Curé de Bourgueil ; il est maintenant conservé dans les archives paroissiales ».

     

     

    Sources : Archives Départementales d'Indre et Loire – Les fastes de Bourgueil ses gloires de Georges Coupard. Collection dirigée par M.G Micberth – MONOGRAPHIE DES VILLES ET VILLAGES DE FRANCE – 2008.

     

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets.

     

    Quelques lieux fréquentés par l'abbé Rué :

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil.... 

     

    Maison ayant appartenu à François Rabelais en face du moulin Gravot. Le Moulin Gravot est invisible de la route et du chemin.

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....


  • Commentaires

    1
    Elena Authier
    Lundi 17 Août 2015 à 23:43

    Merci pour ce testament, il révèle cruellement ce dont la république nous prive, la foi révélée, le pardon catholique, la pureté des sentiments fraternels et familiaux, cette lettre devrait être lue par tous pour comprendre ce qui nous est arrive! Merci a vous.

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