• Justifications du général Grignon (3)....

     

    Les justifications du général Grignon (3)...

     

     

    2ème partie ici.

     

    Continuons la longue litanie des témoignages en faveur de Grignon. C’est un peu fastidieux mais il est nécessaire de les consulter afin de bien comprendre la défense du général de colonne infernale.

    « Vingt deuxième régiment d’infanterie légère

    Nous soussignés membres du conseil d’administration du vingt deuxième régiment d’infenterie légère, certifions que depuis pus d’un an que le corps s’est trouvé sous les ordres du général divisionnaire Grignon, soit par détachement soit en totalité, nous n’avons rien remarqué dans sa conduite ni dans ses discours qui ne soit conforme aux principes et aux sentimens d’un bon républicain, et d’un militaire vigilant et courageux, que son attention a prévenir tous les besoins du soldat mérite les plus grands éloges, qu’il a veillé avec la plus grande exactitude a la conservation des propriétés des patriotes reconnus et qu’enfin sa conduite militaire et révolutionnaire le rend digne de la bienveillance nationale, autant que sa suspension lui a attiré de toute sa division des regrets justement mérités.

    Fait au bivouac de Millé sous Chavagnes en conseil d’administration le 3 vendemiaire de l’an 3ème de la république française une et indivisible :/ :

    Lhomme, Thiery sergent, Allin, Main, Bonnefon, sergent major, Corbineau, Lenoir, Millef, Arnote adjudant major, Blalamant, Bernie, Magriere, Duclos, Kwecher capitaine. »

     

    « Armée de l’Ouest 2ème bataillon de l’Eure

    Nous membres composant le conseil d’administration ; et officiers du 2ème bataillon de l’Eure certifions que depuis le mois de brumaire dernier jusqu’au commencement de fructidor aussi, que nous avons marché contre les brigants de la Vendée sous le commendement du général divisionnaire Grignon ; il nous a toujours donné des preuves évidentes de son civisme et de sa bravoure, et ces connaissances militaires nous ont dans différentes affaires que nous avons eu contre les ennemis de la république fait avoir de grands succès sur ces tyrants, surtout dans le mois de ventose dernier, que nous les avons mis cinq fois dans une décade en déroute ; en foi de quoi nous lui avons délivré le présent pour lui valoir et servir ce que de raison.

    Fait a Thouard le 4ème jour des sansculotide de la 2ème année républicaine :/.

    Delamarre, Commay sergent major, Delamarre capitaine commandant,  Marie capitaine, Lefage adjudant major, Bemel, Laugeois, Ménard, Levasseur, Perdrin, Davout, Puquelin, Poquel lieutenant, Blorrel, Eruis, Lenien, Nicolas capitaine, Lieuris sergent major, Lemau. »

     

    « Municipalité de Mont Fidèle

    département de Maine et Loire

    Nous maire et officiers municipaux de la commune de Mont Fidèle cydevant Brissac certifions que le citoyen Grignon adjudant général commandant une colonne qui est restée stationnée environ huit jours a l’époque du 12 septembre ( ?) 1793 (vieux stile) s’est conduit en bon républicain et a fait observer à sa troupe la plus sévère discipline.

    A la chambre commune le 1er sansculotide de la 2ème année de la république française une et indivisible ; signé, Jouber, maire, Grimault, officier, Pelletier agent municipal, Courreau, officier municipal, Adam secrétaire. »

    « Nous René Héttreau officier municipal, et moi Jean-Jacques Hettreau agent national, nous certiffions que le citoyen Grignon général divisionnaire a toujours agi dans notre commune en brave républicain, lors de la déroutte de Brissac passent par notre commune poursuivi des brigands de la Vendée un seul hussard avec lui, le hussard lui a dit mon général nous sommes perdus. Le général lui a dit mon ami, plutos mourir que de tomber leur pouvoir, voila la conduite du général en passent par notre dit commune.

    A la chambre commune de l’Ouest, le 2ème jour de la sanculotide, l’an 2ème de la république française une et indivisible, et de la mort du tyran.

    Singé, Hettreau, agent national, René Hettreau, officier municipal, Courjurel, maire. »

    « Des commissaires municipaux provisoire de la commune de Vézin district de Cholet département de Maine et Loire, certifions que le citoyen Grignon adjudant général de l’armée de l’Ouest qu’il a été en station avec la troupe audit Vézin pendant huit à dix jours, s’y est comporté de la manière a mériter les éloges dus a un brave militaire républicain, par les différentes maneuvres qu’il lui a fait faire même opérer l’ordre publique et la destruction des rebelles qu’il a fait arrêter dans la commune de la Tours Landry qui lui avait été désignée pour suspecte, plusieurs hommes et femmes qu’il a fait filer sur Doué, certifions en outre que la discipline et la subordination militaire y ont régné et que nous n’avons eu qu’à nous louer, tant de l’adjudant général que des officiers et des soldats contre lesquels il ne nous est venu aucune plainte. En foi de quoi nous avons délivré le présent pour servire et valoir ce que de raison.

    Fait en maison commune de la municipalité de Vezin le trois frimaire de  l’an 2e de la république française, signé Perier, maire et Brunez. »

     

    « Le conseil de la commune de Thouars d’après la demande qui lui en a été faite par le citoyen Grignon général divisionnaire certifie a qui il appartiendra que le général pendant le temps qu’il a resté dans cette commune, a mis tout le zèle et toute l’activité nécessaires dans l’exercice de ses fonctions militaires. En foi de quoi nous lui avons délivré le présent pour lui servire et valoi ce que de raison.

    Fait en la maison commune de Thouars séance publique tenante, le deux fructidor an second de la république française une et indivisible. Signé, Meschin, maire, par le conseil général de la commune Raimond, faisant pour secrétaire.

    Vü et approuvé par nous administrateurs du directoire et agent national du district de Thouars, qui en confirmant l’attestation de la municipalité de cette ville place d’après nos connaissances personnelles, déclarons que le citoyen Grignon pendant qu’il a commandé la garnison de cette place, s’est comporté en bon républicain et brave militaire. Jaloux de remplir ses devoirs, a Thouars en directoire le deux fructidor de l’an 2e de la république française une et indivisible. Signé, Noirault, Bruneau, Mallé, Grellé, Doré, agent national, Lacourbe.

    Vû par nous membres du comité révolutionnaire du district de Thouars qui attestons que le citoyen Grignon général s’est d’après nos connoissances personnellers bien comporté pendant le tems qu’il à tenu son quartier général a Thouars. Thouars en comité le deux fructidor l’an 2e de la république, une et indivisible. Signé, Augé, Crépenier, Bonnin, Hubert, Chauvin, Jouber, Gachignard, Gindreau.

    Nous maires officiers municipaux et notables, habitants des communes de Nueil près Passavant chef lieu de canton, Passavant, Cleré, les Cerqueux, La lande, près Les Vaches (Les Verchers) et autre communes circonvoisins du district de Vihiers département de Maine et Loire, certifions et attestons a tous qu’il appartiendra que le citoyen Grignon qui avoit été nommé général divisionnaire a une colone de l’armée de l’Ouest 3e division s’est a notre connoissance comporté en bon républicain et bon général ; qu’il n’a cessé de venir a notre secours, ou d’envoyer des froces, touttes les fois que l’ennemi s’est porté dans nos communes, qu’il a contribué le huit floréal dernier a repousser  les brigands de la commune de Nueil et a délivrer nos frères qui étoient dans le clocher ou il a empeché l’ennemi d’avancer, qu’il eut été a désirer pour la conservation du pays et pour la destruction entière des brigands qu’il eut continué ses fonctions a cause des connoissances loccalles, en foi de quoi nous avons délivré le présent pour servire ce que de raison le 2ème jour complémentaire de l’an second de la république une et indivisible. Caffe, officier municipal, De Nuel, Bauchai officier municipal, Guérin, agent national de Passavant, Guiard, maire, Dertrand maire de Concourson, Thouet, Chouteau, officier municipal, Guerin, René Jamin, maire de Cleré, Jamain notable, Grolleau, Lepin, Baudineau, Gannault, Baudinguart, Pierre Chauteau notable, Mignot, Gautier notable, Sidenne ( ?), Deffois maire des Cerqueux, Geller, juge de paix du canton de Nuel, Murret agent national des Cerqueux, Gendon officier municipal, C.M Leroi, Balin maire de Saint Paul, Maindon, J. Diard de la Lande, Guilbault agent national de la commune de Saint-Paul.

    Municipalité du Puy Notre Dame actuellement La Montagne district de Saumur, département de Maine et Loire

    Sur le rapport du conseil général de la commune du Puy La Montagne cidevant Notre Dame ; nous soussignés, maire et officiers municipaux de la dite commune, certiffions et attestons, que le citoyen Grignon général divisionnaire, s’est comporté dans tous les temps, qu’il a parû soit pour les affaires particulières, soit pour celles de la République audit lieu du Puy, en bon républicain, et y a donné les preuves du plus pur civisme et du zèle d’un vrai deffenseur de la patrie ; comme les aussi qu’il a payé et acquitté sur ces rôles des impositions de la dite commune, toutes ces contributions, pour quoi nous lui avons délivré le présent certificat de civisme, qu’il mérite a notre connoissanace a tous égards, pour lui servire et valoir ce que de raison. Fait en la maison commune dudit lieu du Puy La Montagne le vingt trois fructidor de l’an second de la République française. Signé, Dileau, agent national, J. Gillon municipal, Gourdault, P. Huluaud, notable, Roblain, notable, Lamoureux, notable, Thouaré, Venaudin, notable, J. Grellepon, Riolle, maire, Villiers, officier municipal.

    Vû par nous administrateurs du district révolutionnaire de Saumur, en directoire du district de Saumur, séance publique du 24 fructidor, l’an 2e de la république française une et indivisible. Signé, Biffault, agent national, Tramblé, F. R. Allain, Guillemet président, F.L. Joullain, vû arriver le 27 fructidore l’an 2e de la République française, une et indivisible, signé, Berard, Boyer, maire. »

    «  Vu et collationné conforme aux originaux, par nous membres du comité de surveillance révolutionnaire du district de Blois, le quatorze vendemaire troisième année républicaine. Approuvé le renvoi... 

    Signatures »

    Justifications du général Grignon (3)....

    Justifications du général Grignon (3)....

     

    Malgré tous ces appuis, certes commandés par l’intéressé, celui-ci n’est plus en odeur de sainteté auprès de révolutionnaires qui aujourd’hui crachent sur ce qu’ils adoraient hier. La chute de Robespierre ajoutée aux nombreuses dénonciations des autorités constituées contre Grignon seront plus puissants que des témoignages de civisme de la part de militaires. A noter que dès le départ (voir la 1ère partie de ce travail), le représentant Ingrand ne dénonce pas Grignon clairement comme suspect d’être contre-révolutionnaire mais comme « habitant du pays où il fait la guerre ». Cette locution est pour le moins trouble car si les autres généraux sont en général accusés d’incompétence, Grignon peut passer au mieux pour quelqu’un qui cherche à se venger des gens de son propre pays, au pire d’être plus ou moins leur complice. C’est à vous de choisir le sens de la phrase d’Ingrand selon votre sensibilité politique... Et pourtant, parler de la chute de Robespierre, c’est beaucoup dire car les principaux instigateurs du populicide vendéen sont toujours en place, en particulier Bertrand Barère de Vieuzac et Lazare Carnot. Ceux qui me connaissent pourront difficilement m’accuser d’admirer Robespierre mais il suffit de lire les signatures des documents d’époque pour se rendre compte à qui incombent les plus grandes responsabilités. Accuser Robespierre des crimes commis en Vendée, c’est apporter de l’eau au moulin des robespierristes !

    Grignon n’est donc pas en odeur de sainteté et l’extrait d’un courrier du comité révolutionnaire de Fontenay à la Convention du 5 octobre 1795 nous le prouve (10) :

    « Dites nous hommes de sang, dites à la France entière, vous Thureau, Huchet, Grignon, Carrier, Hentz, Francastel, comment la guerre de la Vendée s’est rénouvellée... »

    Justifications du général Grignon (3)....

    Il faut dire que les habitants de Fontenay et de la Plaine, pourtant réputés patriotes et qui s’étaient vus, eux et leurs familles, sans oublier leurs propriétés, victimes des exactions des colonnes infernales, n’avaient guère gouté cette forme civisme qu’on leur avait imposé. Et même si Grignon lui-même ne mit pas les pieds dans le Sud de la Vendée, sa réputation a horrifié les républicains du cru qui ont rapidement compris que la guerre ne pouvait que reprendre, les paysans, mêmes neutres d’opinion, allant rejoindre les bandes de Charette, aussi bien pour se venger que se tenir en sécurité.

    Pourtant le 4 mai 1795, Grignon était en liberté, en témoigne le résumé d’une lettre du représentant Morisson, signée de Fontenay (11) :

    « Fontenai le 15 floréal an 3e de la république

    Renvoi du comité des dépêches et de correspondance à celui de salut public pour en donner connoissance à la convention nationale

    Morisson représentant du peuple près l’armée de l’ouest

    Observe a la convention nationale qu’il vient de voir dans les papiers publics le décret qu’elle a rendu sur la mise en liberté du général Grignon.

    Surprise de ce représentant à ce sujet ayant appris dans sa tournée dans toute la Vendée, les atrocités et les horreurs les plus abominables commises par ce général. Dénonciations d’icelles par les meilleurs habitans de toute la Vendée.

    Doute que l’on fermiroit dans ces contrées dans la justice de la convention si Grignon, Huchet et quelques autres des anciens généraux de la Vendée étoient en liberté.

    Pièces existantes contr’eux aux comités. »

    Justifications du général Grignon (3)....

    Justifications du général Grignon (3)....

     

        Charles-François-Gabriel Morisson (1751-1817) député de la Vendée de 1791 à 1797 est ce que l’on appelle un « modéré ». Sorti de la Grande Terreur sans trop de soucis, il est envoyé en mission dans les départements de l’Ouest après le 9 thermidor en vue de contribuer à la pacification. Bien évidemment, il a en horreur le système de « dépopulation » voulu par Turreau et le Comité de Salut public. Néanmoins toujours discret et réservé, il n’attaque pas directement Grignon mais s’étonne de sa mise en liberté, tandis que les dénonciations des « meilleurs habitans de la Vendée » pleuvent contre le général incendiaire. Ce que le pauvre Morisson ne sait pas encore, c’est qu’à la Restauration, son esprit réservé va le desservir et il ne sera aucunement récompensé des sympathies royalistes dont Garnier de Saintes le soupçonnait. Refusant de juger Louis XVI, Morisson avait déclaré « moi, je ne crois pas que Louis soit justiciable ». Mal lui en pris car, Turreau et d’autres criminels furent eux, largement mis en valeur. On ne parlera pas des Vendéens qui eurent droit à quelques queues de cerises en remerciements des pires sacrifices.

    Grignon, lui se lance dans un immense plaidoyer pro domo dirigé en particulier contre Joseph Lequinio et Vincent Chapelain, imprimé le 25 décembre 1794, deux mois après le brûlot de Lequinio que l’on connaît (12). On apprend un tas de choses (plus ou moins exactes) grâce au mémoire de Grignon, comme par exemple le fait qu’il adorait son épouse et ses enfants. Si si ! Je ne plaisante pas. C’est ce mémoire que je vous propose maintenant de découvrir.

    A suivre ici.

    RL

    Juin 2020

     

     

    Notes :

    (10) SHD B 5/10-63.

    (11) Archives Nationales, AFII 270 A 14, 2274, carton 270, v. 10/18 des AD85.

    (12) « Guerres de la Vendée et des Chouans », Paris, Pougin, 30 vendémaire an III (21 octobre 1794).

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :