• Hypocrisie et mensonge, la preuve par 3....

    Lettre écrite par sept membres du comité de salut public, au représentant du peuple Guezno. 



       "Il est impossible, cher collègue, que la république puisse se maintenir, si la Vendée n'est pas entièrement réduite sous le joug. Nous ne pouvons nous-mêmes croire à notre sûreté, que lorsque les brigands qui infestent l'Ouest depuis deux années auront été mis dans l'impuissance de nous nuire et de contrarier nos projets, c'est-à-dire lorsqu'ils auront été exterminés. C'est déjà un sacrifice trop honteux d'avoir été réduits à traiter de la paix avec des rebelles (1) ou plutôt avec des scélérats, dont la très-grande majorité a mérité l'échafaud. Sois convaincu qu'il nous détruiroient si nous ne les détruisions pas. Ils n'ont pas mis plus de bonne-foi que nous dans le traité signé, et il ne doit leur inspirer aucune confiance dans les promesses du gouvernement. Les deux partis ont transigé, sachant bien qu'ils se trompaient. C'est d'après l'impossibilité où nous sommes d'espérer que nous pourrons abuser plus long-temps les Vendéens, impossibilité également démontrée à tous les membres des trois comités, qu'il faut chercher les moyens de prévenir des hommes qui ont autant d'audace et d'activité que nous. Il ne faut pas s'endormir parce que le vent n'agite pas encore les grosses branches, car il est bien près de souffler avec violence. Le moment approche, où, d'après l'article II du traité secret, il faut leur présenter une espèce de monarchie, et leur montrer ce bambin pour lequel ils se battent. Il seroit trop dangereux de faire un tel pas, il nous perdroit sans retour. Les comités n'ont trouvé qu'un moyen d'éviter cette difficulté vraiment extrême, le voici. La principale force des brigands est dans le fanatisme que leurs chefs leur inspirent ; il faut les arrêter, et dissoudre aussi, d'un seul coup, cette association monarchique qui nous perdra si nous ne nous hâtons pas de la prévenir. Mais il ne faut pas perdre de vue, cher collègue, que l'opinion nous devient chaque jour encore plus nécessaire que la force ; il faut tout sacrifier pour mettre l'opinion de notre côté (2). Il faut supposer que les chefs insurgés ont voulu rompre le traité, se créer des princes des départemens qu'ils occupent ; que ces chefs ont des intelligences avec les Anglais, qu'ils veulent leur ouvrir la côte, piller la ville de Nantes et s'embarquer avec le fruit de leurs rapines. Fais intercepter des couriers porteurs de semblables lettres, crie à la perfidie, et mets surtout dans ce premier moment une grande apparence de modération, afin que le peuple voie clairement que la bonne-foi et la justice sont de notre côté. Nous te le répétons, cher collègue, la Vendée détruira la Convention, si la Convention ne détruit pas la Vendée. Si tu peux avoir les onze chefs, le troupeau se dispersera. Concerte-toi sur-le-champ avec les administrateurs d'Isle et Vilaine. Communique la présente, dès sa réception, aux quatre représentans de l'arrondissement. Il faudra produire l'absence des chefs, pour opérer le désarmement des Vendéens et des Chouans. Il faut qu'ils se soumettent au régime général de la république ou qu'ils périssent ; point de milieu. Point de demi mesures, elles gâtent tout en révolution. Il faut, s'il est nécessaire, employer le fer et le feu, mais en rendant les Vendéens coupables aux yeux de la nation du mal que nous leur ferons. (3) Saisis, nous te le répétons, cher collègue, les premières apparences qui se présenteront pour frapper le grand coup ; car les évènemens préssent de toutes parts. Tu peux avoir pleine confiance dans Guibert ; il est jeune mais sensé ; il nous est d'ailleurs entièrement dévoué. Nous avions pensé te mander à Paris ; mais nous avons ensuite jugé qu'il valoit mieux, pour ménager les apparences, que tu ne te déplaçasses pas. Accuse sur le champ l'arrivée de Guibert, quoique nous ne présumions pas possible qu'il soit intercepté. Nous le faisons passer par Alençon ; il y verra Arihaud. Il te suffira de nous dire : J'ai reçu la proclamation relative aux subsistances. L'hypocondre vouloit demander ton rappel ; il craignoit que tu n'eusses pas assez d'activité et de prudence ; je l'ai rassuré. Prends garde aux menées de Louvet, il est vendu aux restes Orléaniques, et la guenon d'ambassadrice en dispose en plein. Nous le surveillons ; mais il intrigue activement dans la Mayenne et dans la Loire Inférieure. Boissy adopte toutes ces mesures, il sent l'urgence. Fais-nous part de ce que tu peux faire sur le champ, afin que cela concorde avec les mesures que nous allons prendre ici. Le mot subsistances sera pour les chefs, celui de troupeau pour les armées. Emploie le mot tranquillité pour celui arrestation. Lazare se tiendra dans une position respectable ; il aura tous les moyens nécessaires. Il a des ordres pour recevoir les tiens.

     Adieu, cher collègue, salut, fraternité."

     

    Signé Tallien, Treillard, Syeyes, Doulcet, Rabaut, Marec, Cambacérès.
    Paris, 18 prairial an 3 (6 juin 1795, NDLR)

     

    http://shenandoahdavis.canalblog.com/archives/2013/07/10/27614646.html

    Notes :

    (1)  Il faut un sacré culot pour traiter  de « rebelles » ou de « brigands » les partisans de l’ordre quand on est dans un camp qui ne peut se maintenir au pouvoir qu’en coupant des têtes à tour de bras.

    (2)  Ce qui laisse puissamment entendre que l’opinion est donc loin d’être acquise pour les républicains…

    (3) Les mêmes méthodes de manipulation qui serviront aux grands totalitarismes « sociaux » du XX° siècle et qui ont encore largement cours aujourd’hui quand il s’agit d’essayer de contrôler les opinions publiques.

     

    RL

    Juillet 2013

     

     

    Hypocrisie et mensonge, le preuve par 3....

     


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