• Histoires à frémir....

    Histoires à frémir…

     

    Les histoires de revenants sont assez rares concernant les Guerres de Vendée et le génocide qui s’en est suivi. Sans doute le fait que les âmes de ces malheureux reposent en Paradis depuis fort longtemps. Ceci dit, je ne suis pas certain qu’il y ait beaucoup d’amateurs pour aller faire un promenade de nuit, en plein hiver du côté de « La Croix-Noire » d’Etusson ou du « Carrefour des Chats » de la Salle-de-Vihiers, pour ne citer que des endroits méconnus.

    Il est cependant intéressant de recueillir les traditions locales, même si elles sont quelquefois d’un piètre intérêt historique, car elles peuvent bien souvent aider à localiser un site de massacre ou de combat. Quelques anecdotes existent cependant, comme par exemple celle  qui nous parle des cris des massacrés des landes de la Clère en Noirmoutier, qui se manifesteraient par les nuits de tempête.

     Nous allons ici, évoquer le manuscrit de l’abbé Luçon, prêtre de la Jubaudière de 1875 à 1883, qui deviendra archevêque de Reims en 1906, puis cardinal en 1907. Nous devons ces textes au N° 55 de  la revue "Savoir"(décembre 2000) de l’Association Vendée Militaire. Le premier texte est une légende de « diable » connue dans tout l’Ouest, qui se serait passée dans une ferme de la Jubaudière selon l’abbé Luçon et qui pourtant m’a été racontée dans mon enfance par ma grand-mère, Simone L. (1909-2000) et qui elle, situait l’histoire quelque part entre Combrand et Montravers… Ceci dit, laissons la plume de l’abbé Luçon nous raconter une veillée, plutôt effrayante…

    « Il y avait un soir une grande veillée. Une réunion nombreuse se pressait autour du feu qui flambait dans la vaste cheminée. En attendant la venue des invités qui arrivaient les uns après les autres, on se livrait à une joyeuse conversation, qu'interrompaient fréquemment de bruyants éclats de dire ; et telle était l'occupation de chacun que nul ne remarqua la présence d'un grand homme sec qui se tenait assis au coin du feu. Ses yeux, ombragés d'épais sourcils, promenaient avec vivacité de l'un sur l'autre des regards de malice. Un chapeau à large bord lui couvrait la tête, et en voilant sa physionomie noire et sinistre, le préservait d'une attention qu'il ne désirait sans doute pas. Qui l'eut bien considéré eut remarqué qu'il avait des pieds de cheval, deux cornes au front, et des yeux luisants comme ceux d'un chat dans les ténèbres. Ainsi le dépeignit un enfant qui le considérait non sans étonnement, mais que l'on envoya de bonne heure au lit avant de commencer les jeux. Pour l'inconnu, seul au milieu des éclats de rire, il se contentait de sourire, seul il gardait le silence au milieu de l'animation générale. Chacun le prenait sans doute pour un invité qu'il ne connaissait pas encore et nouvellement arrivé dans le voisinage.

     

    Enfin quand l'assemblée est au complet, la danse s'organise. Les rondes se succèdent ; on danse avec frénésie, on danse sans pouvoir se retenir. L'homme aux pieds de cheval saisit un violon, en joue avec une habileté surhumaine et électrise de plus en plus les assistants. L'inconnu lui-même entre dans le cercle et danse avec fureur. Bien plus, c'est lui qui entraîne tous les autres dans un tournoiement irrésistible. Ses yeux étincellent, surtout quand dans le tourbillon des rondes il se trouve à tourner le dos à la lumière, et de ses pieds jaillit le feu. Vainement on veut chasser le danseur. Vainement on veut s'arrêter. Une sorte de délire où se mêlent la joie et la peur s'empare de l'assemblée. Les enfants se réveillent au bruit de la danse entraînante et les cris que leur arrache la frayeur à la vue de ce spectacle, achèvent de donner un caractère lugubre à cette scène infernale. Enfin, quelqu'un va chercher le sorcier qui vient  faire ses objurgations et ses sortilèges. Le farfadet est mis en fuite et disparaît en hurlant dans un tourbillon de fumée. »

     

    La seconde histoire de l’abbé Luçon n’incite guère à aller se promener près des charniers la nuit…

    « Par une sombre nuit de novembre, un jeune homme s'en revenait à travers champs d'une soirée de famille. Le ciel était couvert de gros nuages dont l'aspect menaçant présageait ces tristes tempêtes qu'on appelle le coup de vent des morts. A de longs intervalles, la lune perçant de ses pâles rayons l'obscurité de la nuit répandait sur la terre une lueur incertaine moins propre à rassurer le voyageur timide qu'à l'effrayer par la vue des objets qu'elle lui fait apercevoir de loin sous les formes les plus fantastiques. Notre jeune homme devait justement traverser un champ éloigné de toute habitation, où, lors de la Terreur, de nombreuses victimes avaient trouvé la mort ; plusieurs même y avaient été ensevelies vivantes dans une fosse commune et depuis ce temps-là on entendait, la nuit, les gémissements de leurs voix plaintives se mêler à ceux du vent. Le voyageur aurait bien voulu pouvoir éviter ce lugubre passage, mais il n'y avait pas d'autre chemin. Il s'avançait donc résolument, suivant un étroit sentier le long de la haie, pressant le pas pour franchir plus promptement le champ funèbre, lorsqu'il aperçoit à la lueur incertaine de la lune, un homme qui vient à sa rencontre enveloppé d'un long vêtement dont les plis lui descendent jusqu'aux pieds. L'heure avancée de la nuit, le lieu où il se trouve, lui font appréhender aussitôt dans cette rencontre quelque revenant de l'autre monde, quelqu'une peut-être des infortunées victimes massacrées en cet endroit, ensevelies dans la terre qu'il foule de ses pieds, et qui vient peut-être réclamer pour leurs ossements une plus digne sépulture. En effet, quand il arrive à quelques pas du fantôme il reconnaît un prêtre à ses habits et au bréviaire qu'il porte sous son bras ; mais ses cheveux se dressent sur sa tête et son sang se glace dans ses veines lorsqu'en croisant le passant et en frôlant ses vêtements il s'aperçoit que ce prêtre n'a point de tête. »

    L’automne et l’hiver qui approchent  à grands pas sont propices aux évocations….

    Excellente nuit à tous….

     

    RL

    Septembre 2012

     

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