• Drame aux Moutiers-sous-Argenton....

     

    Drame à Moutiers-sous-Argenton…

     

    C’est une bien triste histoire que nous raconte l’abbé Michaud dans ses notes sur Moutiers-sous-Argenton :

     «  La tradition rapporte qu’un officier vendéen dont le nom est demeuré inconnu, fut surpris par les Bleus et blessé sur l’ancien chemin de Moutiers à Thouars, non loin de l’étang de Juigny ; le malheureux se traîna jusqu’au bois de Courlet, à la croisée du chemin qui monte à l’Orgluère. Malgré ses cris déchirants, personne ne vint à son secours, on le trouva mort le lendemain matin. »

    Cette ferme de Courlet ou Courlay ne doit bien entendu pas être confondue avec le village de Courlay, célèbre dans l’histoire des Guerres de Vendée et de la Petite-Eglise, de même que le lieu-dit Fontenay que nous verrons plus loin est un hameau près de Thouars, très loin de Fontenay-le-Comte. Je dis cela car j’ai pu constater à plusieurs reprises que les gens étrangers à la région et même certains autochtones ont quelquefois un peu de mal avec la géographie…

    Il sera probablement impossible d’identifier cet officier vendéen qui eut une si triste fin et je doute y parvenir, même en épluchant les longues listes des veuves de soldats vendéens pensionnées sous la Restauration. Par contre, il n’est pas interdit de penser, et là, c’est moi qui prends le risque d’émettre une hypothèse, au vu du lieu où l’affaire s’est déroulée, que le malheureux aurait pu être l’un des combattants de l’affaire de Noirlieu. J’avais, de cela il y a quelques années fait un petit article sur ce combat, et qui resterait à reprendre de bout en bout. Eh oui, aujourd’hui, avec la quantité de fonds d’archives en ligne on ne peut plus faire un travail historique sérieux en se contentant de reprendre ce que d’autres historiens ont écrit dans des livres. Ces ouvrages, faits avec toute la meilleure volonté du monde, se copient les uns les autres et on sait bien ce que vaut un Doré-Graslin, recopiant les erreurs volontaires ou non d’un Savary, ou la fiabilité plus qu’aléatoire d’un Crétineau-Joly.

    Reprenons donc, une fois de plus le tableau des opérations de l’Armée de l’Ouest des archives militaires de Vincennes en cote SHD B 5/10-1, v. 22/26, correspondance du général Grignon. 

    « 14 thermidor (1er août 1794)

     Assassinat de 3 à 4 habitants de Fontenay près Thouars par les brigands, une 12aine emmenés. Ils paroissent vouloir attaquer le camp sur plusieurs points. Dispositions prises. Ils sont repoussés dans leurs repaires par 80 hommes de cavalerie et 300 hommes d’infanterie du bataillon de l’Eure porté en avant. Avec plus de forces il iroit les attaquer à Noirlieu, un de leurs repaires. Nécessité de se tenir sur la défensive. Mécontentement sur 2 postes qui ont abandonné lâchement et sont venus répandre l’allarme dans la ville. Tranchant capitaine et Labaudie sous-lieutenant au 23° régiment de chasseurs à pied, commandant de ces postes mis en prison.

    Le 15 :

    Difficulté de garder un espace de 3 lieues de long sur le Thoué et protéger les communes environnantes avec si peu de monde. Il présume que c’est la faction de Robespierre qui dégarnit ainsi l’armée de l’Ouest par l’enlèvement successif des meilleurs bataillons pour donner de nouvelles forces au brigands (Quel culot quand on connaît les états de services de Caffin !)

    Le 17 :

    Il rend compte d’une sortie du 16. Huit cents hommes partis le 15 à 11 Hre du soir. C’est toute la forme armée du camp. Position prise sur les hauteurs de Coulonge (Thouarsais). Il se porte le 16 au matin sur Noirlieu. Reconnaissance d’une colonne venant sur la gauche du camp de Chiché ; commandé par l’adjudant Bernardel. Ordre à Bernardel de se poster sur la gauche de Noirlieu, tandis qu’il se portera sur la droite pour cerner les brigands. Brigands en devant Noirlieu. Leur fuite vers St Clémentin et Bressuire. Prise d’un drapeau par un chasseur du 23° régiment d’infanterie légère (1). Environ 200 brigands tués. 40 fusils pris. 247 bêtes à cornes, 900 moutons, 3 mulets et 4 chevaux envoyés à Saumur. Récolte faire, grains cachés.

    Thouars le 19 thermidor :

    Communes en avant du camp menacées du pillage et l’incendie depuis l’affaire de Noirlieu. Patrouilles nuit et jour sur pied pour les protéger. 800 hommes armés seulement au camp, 300 chaque jour de garde, des sorties fréquentes. 3 rassemblemens de brigands qui inquiètent sans cesse, l’un à la Fougereuse, l’autre à St Clémentin où les Cerqueux et le 3° à Noirlieu. Magasin à Thouars qu’il faut garder.

    Le 20 :

    Envoi de drapeau pris sur les brigands par Jaunay, caporal, 7° compagnie 23° régiment de chasseurs à pied.

    Le 21 :

    Sortie de 300 hommes d’infanterie et 50 de cavalerie commandés par Maillefer. Deux jours de marche, passant par Cersay, Genneton, Massey (Massais), Argenton le Peuple, Osay (Auzay, près d’Argenton-Château), Moucaire. On n’a rencontré que deux brigands, l’un monté sur un chêne, l’autre se sauvant à travers les bleds, renvoyés au comité révolutionnaire. Il annonce une autre sortie sur Noirlieu dont il rendra compte. Le général Boucret lui annonce (à noter que les anciens généraux de colonnes infernales sont toujours en poste) 5 000 fusils qui doivent être distribués par l’ordre du général en chef. La sortie qu’il a fait faire à procuré la rentrée de 3 républicains qui se sont sauvés de Moulévrier (sic), sauf 8 emmenés de Fontenay près Thouars. Les Brigands ont une 20aine de prisonniers. Stofflet a donné des ordres aux communes de fournir leur contingent pour un rassemblement à Cerisay, ce qui a été exécuté.

    Copie d’un billet trouvé sur un brigand. 

    De par le Roy,

    Nous généraux des Armées Catholiques et Royales, ordonnons aux commissaires de la paroisse de Noirterre de faire rendre sur le champ à Noirlieu les deux compagnies de cavalier. Ils y feront aussi suivre du pain pour la troupe.

    A Noirlieu le 27 juillet 1794. Signé Stofflet et Renou. »

     

    Mais quel est donc ce village de « Moucaire » cité précédemment ? Aucun lieu-dit ne correspond à une telle dénomination mais en revanche, on sait que certains habitants du cru ont tendance à prononcer « Moutières » pour Moutiers. Serait-ce la preuve que le détachement de Maillefer serait passé dans ce petit coin le 21 thermidor an II, soit le vendredi 8 août 1794 ? (2)

    Evidemment rien ne nous prouve que la date soit la bonne et les rapports ne font pas état d’un quelconque officier vendéen, si toutefois la tradition s’avère bien exacte sur son grade. Qui était-il ? Dieu seul le sait.

    Repos éternel à son âme…

    RL

    Octobre 2017

     

    Notes :

    (1)  Sur la question du drapeau pris aux Vendéens : Vimeux accuse réception de celui-ci de la part de Grignon le 22 thermidor (9 août). SHD, B 5/81, v. 68/129. Voir aussi : SHD B 5/10-12, v. 11/11. 

    (2)  Savary, cite cette correspondance (tome IV, p. 72) mais ne prend pas le risque de citer ce fameux Moucaire et préfère l’ignorer, ne voyant probablement pas de quel endroit il s’agit. De même, ne connaissant pas le hameau d’Auzay, près d’Argenton, il a préféré lui substituer Sanzais dont il dépend effectivement.

     

    Le lieu du drame sur la carte IGN au milieu du carrefour :

     

    Drame aux Moutiers-sous-Argenton....

    Sur le cadastre de 1813 et 1814 :

    Drame aux Moutiers-sous-Argenton....

    Drame aux Moutiers-sous-Argenton....

    Sur place :

    Drame aux Moutiers-sous-Argenton....

    Drame aux Moutiers-sous-Argenton....

    Drame aux Moutiers-sous-Argenton....

    Drame aux Moutiers-sous-Argenton....

    Le bois de Courlay près du carrefour :

    Drame aux Moutiers-sous-Argenton....

     

     


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