• De Fontenay à la Roche...

     

     Changement du chef-lieu de la Vendée...

     

     

     Puisque nous étions avec Vincent Chapelain lors de notre précédent article, voici une lettre que ce dernier reçût concernant le changement de chef-lieu du département de la Vendée de Fontenay-le-Comte à la Roche-sur-Yon.

     

     RL

     Nuit du nouvel An 2016

     

     

     

     

    LETTRE DE BOURON, PRÉSIDENT DU TRIBUNAL CRIMINEL DE LA VENDÉE, A VINCENT CHAPELAIN, ANCIEN DÉPUTÉ DES CINQ-CENTS

     

    Fontenay, le 3 thermidor an XII (23 juillet 1804)

     

    MONSIEUR ET AMI,

     

    Fontenay jouissait avec la plus entière sécurité des grands avantages que lui avait procurés la Révolution, lorsque, vers la mi-prairial, il apprend tout à coup qu'un décret impérial fixe le chef-lieu de la Vendée à la Roche-sur-Yon, et ordonne qu'au 1er fructidor la préfecture y sera en activité. On s'étonne, on crie à l'impossible : cependant, après quelques observations sur le caractère, le génie du chef de l'État et son amour de la célébrité, on devient crédule, et le conseil général de la ville, qui est forcé de voir dans le plan un grand avantage pour le département en général, rédige une adresse d'applaudissement et ne fait des doléances que pour obtenir, en dédommagement de la perte de ses établissements publics, la navigation de la Vendée et une grande route de Fontenay à Bressuire par la Châteigneraye. Des ingénieurs et des architectes arrivent de Paris ; ils annoncent la plus grande activité dans les bureaux du Gouvernement, et les ordres les plus précis pour commencer les opérations préliminaires et indispensables. Ils se réunissent à la Roche : là, sans aucune relâche, on parcourt le rocher de prédilection, on observe tous ses alentours, et, dans une quinzaine, on trace et l'on dessine une charmante cité capable de contenir quinze mille habitants, avec une place au milieu, où se réunissent quatre grandes routes. Le plan part, le ministre de l'intérieur doit le présenter dans son premier rapport du mois. Les ingénieurs restent sur les lieux et attendent l'approbation : on dit que l'aperçu présenté des dépenses s'élève à trente et quelques millions. J'avoue, mon ami, que si, pendant l'Assemblée constituante, ou tandis que j'étais procureur général syndic de la Vendée, j'avais pu croire qu'on eût voulu faire d'aussi grands sacrifices d'argent, j'aurais de tout mon coeur sollicité le placement du chef-lieu à la Roche, comme point central. C'est le général Gouvion qui a conçu le projet, et qui, jouissant de toute la confiance, l'a fait adopter comme un sûr moyen de contenir la Vendée et d'y maintenir la tranquillité. On ne peut, en effet, se dissimuler qu'avec des agents dévoués au Gouvernement et de bonnes troupes placées à la Roche-sur-Yon, avec des grandes routes aboutissant aux points principaux du département, on ne puisse dissiper les premiers rassemblements qui seraient formés, et surveiller les côtes d'une manière efficace. A ces principaux avantages se réunissent ceux de rapprocher les distances de l'administration, de la justice criminelle, et de propager des lumières dans un pays qui en a grand besoin. Pour moi, qui n'ai jamais tenu aux localités, quelque agrément qu'elles puissent me présenter, je désire fortement que le Gouvernement persiste dans son projet. Quelque effrayants qu'en soient les frais, si nous n'en payons que notre part, notre argent n'aura jamais été placé à de si gros intérêts, et c'est alors que nous pourrons dire : Nous sommes les bien-aimés.

     Presque tous les fonctionnaires attachés à l'administration sont allés retenir des appartements, qui sont si rares à la Roche, qu'il faut des réquisitions pour se procurer une ou deux chambres, suivant le besoin. Il paraît bien certain que le préfet et ses bureaux y seront établis pour le premier fructidor. Je crois que tous ceux que leur état appelle iront aussi : jusqu'à présent, personne ne paraît déterminé à donner sa démission. Plusieurs ouvriers et artistes veulent abandonner Fontenay, où la suppression de la circulation de plus de 400.000 francs enlèvera de grands moyens de travail et d'aisance, pour aller à la Roche. Le tribunal criminel n'a point reçu d'ordre, et je suis persuadé, malgré la bonne envie de faire courir tout le monde, qu'il n'y sera appelé qu'à l'instant où des prisons sûres et un local pour ses séances seront achevés. Il paraît que provisoirement on fera des baraques en bois pour les bureaux de la préfecture. On y sera campé à peu près comme à Boulogne.

     Nous n'étions, en effet, que six au conseil général : nous n'en avons pas moins fait les opérations présentées par la loi ; mais nous ne nous sommes permis aucun changement pour la répartition des contributions. Nous t'avons tous bien regretté, et, pour te mettre au courant, je tâcherai de t'envoyer bientôt, si tu ne viens pas à Fontenay, une copie du procès-verbal. Je ne crois pas que la malveillance s'empare de l'absence des membres pour les calomnier. En tout cas, l'estime dont tu jouis à juste titre devrait te mettre à l'abri de ses coups.

     Ma famille, très-sensible à ton souvenir, me charge de te dire de sa part mille choses honnêtes. Je t'embrasse et suis ton bien bon ami.

     

    BOURON

     

    (Communiqué par la famille de Chapelain)

     

    Revue des Provinces de l'Ouest (Bretagne, Poitou et Anjou - 4ème année - 1856)

     

    De Fontenay à la Roche...

     


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