• Chouannerie, Montigné-le-Brillant....

                                                            

    Chouannerie, Montigné-le-Brillant, le 6 Fructidor de l'an 2

     

     

                       

    Chouannerie, Montigné-le-Brillant....  « Nous sommes arrivés à l'époque la plus tourmentée de l'histoire de Montigné... On chouanne dans les environs de Saint-Ouens-des-Toits. La révolte a gagné les deux cantons de Laval et les habitants des communes rurales, cultivateurs en leur ordinaire, font le coup de feu lorsque les y invitent leurs chefs. Place-Nette pour Montigné et Ahuillé; Brise-Bleu (Montgazon) pour l'Huisserie. Voici copiés dans le livre de Duchemin des Cépeaux intitulé ''Souvenirs de la chouannerie : Laval-Feillé-Granpire 1852''. Les notes concernant Montigné. On remarquera que cette commune joue un rôle passif dans l'insurrection...

      Après la prise du poste de Cosme, les chouans attaquèrent successivement Quelaine, Ahuillé et Montigné qui furent forcés presque sans combat. Le cantonnement de Montigné, averti de l'approche de l'ennemi se retira précipitamment sur Laval. Mais quand il partit, plusieurs de ses soldats étaient allés faire provision de fruits dans un parc qui touche le bourg. Laissés là par leurs camarades qui  ne prirent pas le temps de les rappeler. Ils furent dénoncés aux Chouans. Ceux-ci coururent aussitôt garder toutes les issues du parc qui était clos de murs, puis plusieurs d'entre-eux se lancèrent à la poursuite des maraudeurs. . Ainsi surpris sans armes ils ne pensèrent qu'à fuir ou à se cacher dans les broussailles, mais la fuite les amenait aux pieds des murs d'enceinte qu'ils ne pouvaient franchir et ceux qui se cachaient dans les broussailles ne tardaient pas à être dépistés par l'ennemi. Ce fut alors une horrible chasse à l'homme. Les fuyards, traqués et relancés sans cesse, courraient ça et là, faisant entendre leurs cris de détresse à travers la fusillade jusqu'à ce qu'ils tombassent par les balles des traqueurs. A la tête de ceux-ci était Mousqueton. A chaque Bleu abattu, il poussait de féroces acclamations et allait achever les Bleus à coups de sabre. Aucun ne devait échapper, cependant, il s'en trouva un, plus âgé que les autres qui parvint à escalader le mur d'enceinte et allait être sauvé quand un de ses camarades l'appelle à son aide ; il reste à l'attendre, se penche pour lui tendre la main ; au même instant tous deux atteints par la même décharge tombent au pied de la muraille, frappés mortellement. Le vieux chouan Coeur-de-Roi en me racontant ce fait me disait : ''Cela me fit quelque chose de voir tuer ce Bleu qui s'était montré secourable au risque de sa vie et j'en fus quasiment malade tout le jour''.

    Chouannerie, Montigné-le-Brillant....

     

      Le 13 avril 1794, les Républicains retranchés dans l'église de Nuillé et mal gardés sont mis en fuite par les Chouans. Ces derniers, pleins de confiance, marchent immédiatement vers Ahuillé.... Toute la troupe partit en chantant et tiraillant des coups de fusils comme si elle allait à une noce. Elle passa ainsi au bourg de Montigné qui n'avait pas de garnison républicaine et s'y arrêta longtemps à boire. Enfin, toujours criant et chantant elle arriva en vue du bourg de Ahuillé. L'ennemi était sur ses gardes. Dès qu'il aperçu les Chouans, il se retira par le chemin de Cossé et les Chouans, sans défiance se répandirent dans le bourg. Des renforts arrivaient de Cossé aux Républicains qui reprennent Ahuillé. Les Chouans en débandade, s'enfuient vers Montigné...... La voix rugissante de Moustache, Jean Bezier** se fit entendre, c'était lui qui soutenait seul le feu et jusque là pas un Bleu ne l'avait encore approché impunément. On ne tarda pas à l'apercevoir ; il faisait face à l'ennemi reculant lentement en prenant pour rempart chaque arbre, chaque buisson.... Les Chouans avaient eu là une dure journée, ils comptaient environ trente blessés et plusieurs morts.

     

      ** Jean Bezier, dit Moustache est né le 11 janvier 1750 à Grenoux. Il est le fils de René Bezier et de Jeanne Mérias.

    Nommé colonel de l'Armée Royale du Maine ; il reçoit l'ordre Royal et Militaire de Saint-Louis des mains du futur Charles X à l'Île d'Yeu en 1814. Il porte le titre de Chef de la 4e Division de l'Armée Royale de la Mayenne. Il est décédé le 10 juillet 1815 à Montigné-le-Brillant. 

     

      Ces petits combats n'avaient qu'une importance médiocre  relativement aux carnages des frontières mais ils immobilisaient des troupes républicaines et empêchaient le recrutement dans notre région où pullulaient les réfractaires. Dans l'esprit de ces égarés, l'idée de patrie n'était pas très nette. La République les eût pris et envoyés à la frontière. Puisqu'il leur fallait combattre ils préféraient le faire auprès des leurs, contre les Parisiens, des Bourguignons..... qui, à leurs yeux mal déssillés, étaient des étrangers . Ils luttaient donc au milieu de leurs grands genêts, qui leur offraient un sûr asile, encouragés par le sentiment public de leurs paroisses, approvisionnés par leurs mère, leurs femmes, ou leurs fiancées, fusillant sans remords, martyrisant quelquefois (qu'auraient-t-ils fait des prisonniers?) des Français comme eux.

     

      Les Chouans couraient beaucoup moins de dangers qu'aux frontières. Connaissant admirablement le pays, ayant un espion dans chaque paysan, ils surprenaient et massacraient les Bleus  mal gardés. Trop faibles en nombre, ils savaient se défiler et, placides, reprendre leurs occupations journalières. Presque toujours, dans les escarmouches, ils n'éprouvaient que des pertes insignifiantes comparativement à celles subies par les Bleus.

      Pendant que les hommes honnêtes combattaient ainsi plus ou moins loyalement, la tourbe qui ne rêve que désordre, qui pille lors d'un incendie, d'une inondation, s'en donnait à cœur joie. Plus de police dans les campagnes, donc plus de sécurité. Pendant les années 2,3 et 4 de la République, il y eut à Montigné des assassinats commis à coups de fourche, de sabre ou de fusil. Dans un même jour 6 fructidor an 2 on trouve dans le Vicoin près le pont de la Boëte les cadavres de Jean Gougeon de la Boëte (74 ans, beau-père de F Bariller, maréchal à la Roche) et de Jean Cottereau du Tertre (le 9 avril 1771 à Montigné, mariage de Jean Cottereau, garde chasse de Mr de Mottejean natif de Saint Ouen des Toits) veuf de Jeanne Dutan avec Françoise Bobon, en présence de Louis Cottereau, fils de l'époux). Et dans le champ du Rocher, près de la Forte-Ecuyère, le cadavre de René Aubry, maréchal au bourg et mari de Jeanne Guilleux*. Tous trois ont été assassinés les deux premiers ont eu le cou coupé avant d'être jetés à l'eau.

     

      Assassinats commis à Montigné en 1794-1795.

      Le 24 germinal an 2 de la République : Assassinat de René Lemoine, marchand de Cossé, tué à coup de fusil sur la grande route près de la Vieux-Cour.

      Le 2 fructidor an 2 de la République, Julien Lelardeux, closier au Noux est tué d'un coup de fourche dans un de ses prés.

      Le 6 fructidor an 2 de la République, assassinat de Jean Gougeon de la Boëte, tué à coups de sabre et jeté dans l'eau près le pont de la Boëte.

      Le 6 fructidor an 2 de la République, Assassinat de Jean Cottereau, closier au Tertre, tué à coups de sabre et jeté dans l'eau près le pont de la Boëte.

      Le 6 fructidor an 2 de la République, René Aubry, maréchal au bourg, est tué à coups de fusil dans le champ du Rocher près de la Forte-Ecuyère.

      Le 6 Vendémiaire an 3 de la République, Anne Landais femme Fleury est tuée à coups de sabre dans sa maison de la Ruffinière.

      Le 6 Vendémiaire an 3 de la République, Renée Rolusseau, domestique de la susdite est tuée de la même façon et au même lieu.

      Le 21 vendémiaire an 3 de la République, Fr.Guérin, fileur de laine, de Laval est tué à coups de sabre près le pont de Grenoul, grande route, à l'intersection de la grande route et du chemin de la Lande au Fileux.

     

      De ces crimes ont ne peut accuser ni les Chouans, ni les Républicains, mais des gens sans aveux sachant, suivant les circonstances prendre l'une ou l'autre étiquette. Le maire, Joseph Guilleux*, craignant pour sa vie, dut se réfugier à Laval  à partir du 5 thermidor an 4 et ce, pendant un an, les actes de mariages de la commune de Montigné sont dressés à Saint-Berthevin, chef-lieu de canton ; par ''Gilles-Guillaume Filoche, adjoint municipal de Saint-Berthevin, en l'absence de Joseph Guilleux, officier public de l'état civil de Montigné réfugié à Laval'' extraits des registres des actes de l'état civil. »

    Chouannerie, Montigné-le-Brillant....

     

      Donc le samedi 23 août 1794, le 6 fructidor de l'an 2, trois habitants de Montigné-le-Brillant sont exécutés ; les deux premiers à coups de sabre à dix heures du soir et le dernier à coups de fusil vers deux heures du matin. Cela ressemble terriblement à un règlement de comptes... Ces trois hommes sont pratiquement voisins et domiciliés près du ruisseau nommé le Vicoin.

     

      *D'autre part, Jeanne Guilleux*, épouse de René Aubry, né le 18 juillet 1757 à Montigné, maréchal ferrant, tué à deux heures du matin d'un coup de fusil, est la sœur du maire Joseph Guilleux, un républicain... Ils sont les enfants de Joseph Guilleux et de Jeanne Landais.  

     

      Alors ? un coup des Chouans  ??

      

     

    Sources :  Archives Départementales du département de la Mayenne tous droits réservés; bases monographiques communales de Montigné-le-Briant, plan, vue 14/42 et vues n° 34,35,36. Registres des décès de Montigné-le-Brillant vue 82/185. - Photos de l'auteur.                                                                     

                                                             

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


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