• Chavagnes-en-Paillers, l'enfant disparu de l'Anjouinière....

     

    Chavagnes-en-Paillers,

     l'enfant disparu de l'Anjouinière...

     

     

       Chemins secrets a déjà abordé à plusieurs reprises les Guerres de Vendée à Chavagnes-en-Paillers. Nous reviendrons cependant prochainement sur les tueries de l'Anjouinière et du Chiron, ainsi que sur le "Champ du Malheur" avec un petit reportage sur place. Un peu de patience donc. En attendant, et concernant le massacre de l'Anjouinière, au Sud-Ouest du Bourg de Chavagnes, nous nous permettons de rappeler ce texte concernant la disparition d'un enfant après la mort de sa mère.

     

      Michel-Joseph Boisson, propriétaire à Vendrennes, tuteur de son neveu Marie-Joseph Boisson, raconte :

     

      "Lors de son arrivée à Montaigu en qualité de militaire, au mois de juin en 1794, il s'informa dans cet endroit ce que pouvait être devenue Henriette Jagueneau, veuve de Pierre-Jean Boisson dit Maisonneuve, sa belle-soeur, et deux enfants qu'elle avait avec elle : l'aîné, appelé Augustin, qui pourrait être âgé de trois ans et cinq mois, et l'autre, Marie-Joseph, âgé de treize mois. On lui dit que tout avait été fusillé par l'armée révolutionnaire le quinze de février 1794 au village de l'Anjouinière, commune de Chavagnes-de-Montaigu [en Paillers].

     D'après d'autres informations, il a appris par différents particuliers des environs de Montaigu et de Chavagnes, qu'il s'était échappé un des enfants qui était le plus jeune et que l'autre, l'aîné, on ne savait point de ce qu'il était devenu. Rentré chez lui le 15 prairial de l'an IV (3 juin 1796), il n'eut rien de plus pressé que de demander à sa mère, qui vivait pour lors, ce qu'était devenue sa belle-soeur. Sa mère lui répondit qu'elle avait été fusillée avec sept autres femmes, et que le plus jeune de ses enfants avait été trouvé à dix pas d'elle sans aucun mal, et que l'aîné l'on ne pouvait savoir de ce qu'il était devenu. Que lorsque l'armée révolutionnaire fit sortir cette femme, qui avait pour lors le [plus] jeune de ses enfants sur ses bras et l'autre par la main, que celui-ci, de la vitesse qu'on les menait, perdit son sabot. La mère voulant le ramasser, la troupe la repoussa pour suivre les autres victimes. Que pour lors elle lâcha son enfant, qui était son aîné, et qui disparut sans savoir ce qu'il était devenu. Une de ses voisines, qui était du nombre de celles qui avaient été mises en rang pour être fusillées, se sauva par hasard du coup de feu, laquelle a rapporté également qu'elle n'avait aucune connaissance de ce que l'enfant était devenu après que la mère l'eut lâché. Ledit Boisson nous a dit qu'une femme de la métairie de la Maison Neuve de Chavagnes lui a rapporté qu'ayant été prise par cette même armée, elle fut conduite aux landes de Corprais. Qu'étant arrivée là, elle vit un enfant qu'elle reconnut être l'aîné des enfants de la veuve Boisson dite Maisonneuve. Qu'un dragon habillé en veste courte et de couleur verte et ayant un casque, âgé d'environ 25 ans, qui avait ce même enfant devant lui à cheval sur un coussin, qui descendit l'enfant qui criait en lui disant : "Ne crie point, mon enfant, tu n'auras point de mal", chercha dans sa poche et lui donna à manger. D'après quoi, cette femme n'eut plus de connaissance de ce qu'il était devenu, en ce qu'elle fut de suite conduite à Montaigu.

     Marie Breton, femme Jean Prousteau laboureur, âgée de 50 ans, demeurant à l'Anjouinière, commune de Chavagnes-en-Montaigu, laquelle, après avoir fait le serment de nous dire vérité, a dit n'être point parente desdits Boisson et [sa] femme, mais bien leur voisine, et déclare que lorsque l'armée révolutionnaire arriva audit lieu de l'Anjouinière, ils la prirent elle et Henriette Jagueneau, veuve Boisson, avec ses deux enfants, dont l'aîné qu'elle tenait par la main et l'autre à son cou, et les conduisaient au nombre de six pour fusiller et, en chemin faisant, elle déclarante dit avoir vu l'aîné desdits Boisson, qui tenait sa mère par sa main qui ne pouvait suivre. Il perdit son sabot, la mère voulut lui remettre mais les citoyens ne lui donnèrent pas le temps, ce qui fit que l'enfant [illisible] à la maison en pleurant.

     Lorsqu'elles furent fusillées, la déclarante, qui fut épargnée du coup de feu par hasard, elle fut de suite relevée par des militaires, qui lui dirent : "Relève-toi, b..., tu n'auras point de mal. Donne-nous de l'argent, nous t'enverrons". Elle fut de suite leur chercher le peu d'argent qu'elle avait, qu'elle leur donna, et lui ôtèrent son anneau des doigts et l'envoyèrent. Lorsqu'ils furent partis, la déclarante chercha si elle ne trouverait point les enfants Boisson, et n'eut connaissance que du jeune, qui fut ôté des bras de sa mère morte, ne sachant aucunement de ce [qu'] était devenu l'aîné, ayant cependant ouï-dire qu'elle [la mère] avait été conduite aux landes de Corprais. "

     

        AD85, 4 U 8/5, n° 48 et 54, (série U = justice, de 1800 à 1958, 4U = justice de paix, pour les novices) repris par A. Gérard in "Vendée, les Archives de l'Extermination".

         Cet enfant, emporté par Dunoyer, l'un des chefs de la colonne infernale sera remis à Philippe, l'un de ses sous-officiers, pour être emmené à Nantes pendant deux ans, puis durant encore deux autres années à Paris chez la mère de ce dernier, puis à nouveau chez Raymond, un officier de santé pendant cinq ans. De retour à Chavagnes-en-Paillers, pour tenter de retrouver ce qui lui restait de famille, il ne sera pas reconnu par son jeune frère qui en aura des remords toute sa vie...

     

      A suivre...

       RL

     Avril 2016

     

    L'Anjouinière, vue depuis le "Chemin de Coupe-Gorge" (Vue Google Maps)

     

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