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    Cerizay : La Gourre d’Or, entre légende et réalité...

     

    S’il est une bien un lieu qui a fait fantasmer des générations de Cerizéens c’est bien la Gourre d’Or, effrayant trou d’eau non loin de l’avenue de la Promenade. Une excavation en forme de cône renversé creusé par la main de l’homme avec sûrement grand’ peine.

    La légende raconte qu’à une époque reculée, peut-être au temps des Romains, une bergère laissa tomber son fuseau et en le ramassant, découvrit un petit morceau de métal jaune. Elle courut alerter son maître qui découvrit un filon de la taille d’une cuisse humaine. Des hommes venus de partout se relayèrent jour et nuit pour tenter d’extraire le précieux métal. Celui-ci montré à des chimistes, on découvrit que c’était de l’or faux. Des bagarres éclatèrent, les mineurs s’entretuèrent, puis une trombe d’eau jaillit des entrailles de la terre emportant tout sur son passage, condamnant les hommes à une mort atroce au fond des galeries. L’endroit fut réputé maudit, on dénomma plus tard la ferme voisine du nom de « L’Orfosse », nom qu’elle porte encore aujourd’hui. Un paysan y disparut avec sa charrette et quatre boeufs. Personne ne les retrouva jamais. Des disparitions inquiétantes y eurent lieu, des hommes attirés par la soif de l’or, des jeunes filles parties pour d’obscurs rendez-vous secrets ne revinrent jamais et la réputation du lieu était faite dans tout le pays. Il était impossible de faire baisser le niveau de l’eau et l’endroit n’avait pas de fond. D’autres versions de cette légende existent mais la plus fiable est probablement celle qui raconte que Jean Moreau dit « Goutte d’Or » racheta sa seigneurie à Guillaume Chabot, seigneur de Puy-Guyon et fit creuser une mine d’or après la découverte d’un filon entre 1275 et 1285. Il aurait ainsi échangé son or contre leurs châteaux avec les seigneurs en partance pour les croisades. Petit bémol à cette histoire : il n’y avait plus de croisades en 1275. Saint-Louis mena l’avant-dernière en 1270 et Edouard d’Angleterre terminera l’ultime dans les deux années qui suivirent. Reste l’origine du creusement de la mine qui est très probablement du Moyen-Age, ce fait pouvant être appuyé par le terme « Gourre » employé à l’époque et provenant de l’occitan « Gour » et qui signifiait gouffre, mare ou autre cuvette d’eau géologique. Le site se présente comme une cuvette dont les parois, plus ou moins en terrasses, sont bordées d’arbres séculaires. Le sous-sol du site présente une étonnante couleur jaune, sans doute à l’origine de la recherche du précieux métal. La Gourre d’Or fut classée dans les « sites et monuments naturels à caractère artistique » par un arrêté du ministre de l’Instruction Publique et des Beaux Arts le 8 juin 1909. Le site était alors la propriété de Madame Marolleau. Il a donné son nom à une rue et un quartier de Cerizay dont les anciennes barres de HLM ont récemment été rasées et remplacées par des petits pavillons pour un meilleur confort de vie des habitants. Dernièrement, après la mise en vente du site, la ville de Cerizay a usé de son droit de préemption dans le but d’un rachat par la collectivité. La Gourre d’Or pourrait ainsi devenir un lieu de promenade ouvert au public. C’est donc une excellente nouvelle !

    RL

    Août/septembre 2020

    (article également transmis au Courrier de l’Ouest)

     

    La Gourre d’Or sur le cadastre napoléonien de 1809, avec son ruisseau alimentant également l’étang du château de la Roche (AD79, 3P51/4) :

    La Gourre d'Or, entre légende et réalité....

    Ici en vue aérienne Géoportail :

    La Gourre d'Or, entre légende et réalité....

    Photos sur place :

    La Gourre d'Or, entre légende et réalité.... 

    La Gourre d'Or, entre légende et réalité....

    Le ruisseau, aujourd'hui canalisé et menant à l'étang de la Roche :

    La Gourre d'Or, entre légende et réalité....

    La Gourre d'Or, entre légende et réalité....

       Attestation de classement de la Gourre d'Or, datée de 1907 : 

     

     

     


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    Détails méconnus sur Beauchêne...

     

    A l’issue de la conférence que j’ai donnée ce samedi à l’abbaye de Beauchêne, j’ai été entraîné chez monsieur Joseph Guilloteau, habitant tout près de la chapelle et avec qui j’ai pu découvrir plusieurs éléments étonnants du patrimoine local. A vous de juger :

    Tuile du clocher de la chapelle, brûlée et rescapée de l’incendie de janvier 1794 :

    Détails méconnus à Beauchêne....

    Détails méconnus à Beauchêne....

    Près de ce noisetier existait une mare. C’est sur ce terrain que furent enterrés pour les cacher les vases sacrés et les ornements de la chapelle durant les Guerres de Vendée :

    Détails méconnus à Beauchêne....

    Une curieuse grange, qui fut une maison autrefois. Les fenêtres aujourd’hui murées étaient pourvues de coussièges, évoquant clairement le XV° siècle, voire plus ancien. Quelle était cette maison apparemment d’importance ?

    Détails méconnus à Beauchêne....

    Détails méconnus à Beauchêne....

    Détails méconnus à Beauchêne....

    L’intérieur d’une autre maison, où jadis couchaient les bâtisseurs de la chapelle. Dans un mur, un placard aménagé et dans lequel la statue de la Sainte-Vierge fut cachée pendant la révolution.

    Détails méconnus à Beauchêne....

    Détails méconnus à Beauchêne....

     

    RL

    Septembre 2020


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    Maisons détruites à Cerizay…

     

    Cet article n’est pour l’instant qu’une ébauche sur l’état de l’habitat à Cerizay au lendemain des Guerres de Vendée. Lorsque les salles d’archives rouvriront après la crise du coronavirus et qu’enfin, votre serviteur aura le temps de s’y déplacer, il faudra consulter les dossiers de demande de secours, qui étaient encore récemment si je ne m’abuse, en cours de classement.

    Si Cerizay fut épargné par la colonne infernale de Grignon, en raison de sa « garde nationale bien établie » et peut-être également en raison de son église qui pouvait constituer un magasin à blé et fourrages, il y eut toutefois de nombreux dégâts dans les fermes et villages alentours.

    Le vieux château de Cerizay en 1856 (Album Drake et Lemarchand) :

     

    Maisons détruites à Cerizay....

    Voyons un peu l’état dressé en 1813 dans les demandes de secours des Archives Nationales (1). Peut-être que des généalogistes pourront retrouver le nom d’un ancêtre et situer où se trouvaient les maisons dévastées.

    Maisons détruites à Cerizay....

    Le tableau détaille les choses suivantes pour « Cerisais » (sic) :

    « Bremand François. Maison détruite en 1794, composée de 3 chambres basses et de 3 hautes et d’un grenier.

    Partie réconstruite en 1809 et 1810

    On estime cette dernière réconstruction à 500 F.

    Legrand Pascal. Maison détruite en 1794, composée de 3 chambres basses et d’un grenier. Partie réconstruite avant le 8 août 1808. Partie réconstruite en 1809 ; on estime cette dernière réconstruction à 400 F.

    Torterue Cossin ( ?). Métairie détruite en 1794, partie réconstruite avant le 8 août 1808. Partie réconstruite en 1810.

    On estime cette dernière réconstruction à 600 F.

    Gourmaud (Jean). Maison détruite en 1794 composée de deux chambres basses d’un grenier et d’un toit.

    Réconstruite en 1809 et 1810.

    On estime cette réconstruction à 550 F.

    Coutant (Mari) (sic). Maison détruite en 1794 composée d’une chambre basse, d’un grenier et d’un toit. Réconstruite en 1810 ; on estime cette réconstruction à 500 F.

    Guedon (Baptiste). Maison détruite en 1794. Composée d’une chambre et d’un grenier. Réconstruite en 1810. On estime cette réconstruction à 450 F.

    Baudri (Pierre). Maison détruite en 1794. Composée de 3 chambres basses et d’un grenier. Partie réconstruite avant le 8 août 1808. Partie réconstruite en 1809. On estime cette dernière réconstruction à 900 F.

    Turpeau (Jean). Ecurie détruite en 1794. Réconstruite en 1809. On estime cette réconstruction à 800 F.

    Triem (Alexis). Maison détruite en 1794, composée de 2 chambres basses de 2 hautes et d’un grenier. Réconstruite en 1810. On estime cette réconstruction à 1000 F. Noté 250 en marge dans la colonne « quotité de la prime. »

    Clochard (Louis). Maison détruite en 1794 composée de cinq chambres basses et grenier. Partie réconstruite avant le 8 août 1808. Partie réconstruite en 1810. On estime cette dernière réconstruction à 700 F.

    Rousseau (Louis). Maison détruite en 1794 composée de 2 chambres basses et deux hautes. Partie réconstruite en 1809. On estime cette réconstruction à 650 F. La réconstruction peu importante qui reste à faire est estimée à 100 F. »

     

    A suivre…

    RL

    Mars 2020

     

     

    Note :

     

    (1)  AN, F13/1822-22, v. 6/16.


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    Les moulins de Cerizay en 1809…

     

     

    Les archives départementales des Deux-Sèvres et de la Vienne ont fusionné leurs sites internet et petit à petit les collections s’enrichissent de documents numérisés inédits. Parmi ceux-ci, deux états des moulins à farine en 1809 pour chacun des deux départements concernés. A voir ici (AD79, 6M464 pour les Deux-Sèvres).

    Comme je pense que vous allez vous-même vous préoccuper de votre commune ou du moins de celle qui vous tient à cœur, je vous propose pour exemple d’étudier la mienne, celle de Cerizay. Charité bien ordonnée commence par soi-même... Voici donc ce que l’on trouve avec l’affectation desdits moulins :

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Les moulins de Cerizay en 1809....

     

    Dans la catégorie moulins à eau, on trouve le moulin de la Branle, situé sur la Sèvre nantaise et qui existe toujours. Il a visiblement deux affectations : froment et seigle. Est aussi recensé le « Petit Moulin », dont la roue n’existe plus mais qui se situait au lieu-dit du même nom, sur l’actuelle avenue du 25 août 1944. Ce dernier est également noté « Petit Moulin de Puyguyon » sur le cadastre de 1957 (AD79, 1908 W 16/1).

    Pour les moulins à vent, on retrouve le « Moulin de Cerizay », qui à mon avis n’est autre que le moulin à vent aujourd’hui disparu et dénommé « Petit Moulin de Cerisais » sur le cadastre de 1809 (AD79, 3 P 51/5). Ce moulin fonctionnait probablement avec celui précité :

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Le «Moulin de la Roche » n’était pas situé quant à lui, près du château de la Roche, mais davantage près du logis de la Vannelière. Ici sur le cadastre de 1809 (AD79, 3 P 51/2) :

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Celui de « Vrignay », en fait « La Vergnaie » était situé non loin de la ferme éponyme, pas très loin de la Douarnière. Il est dénommé « Moulin de la Veniais » sur le cadastre de 1809 (AD79, 3 P 51/5) :

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    On sait que c’est ici que s’est arrêté l’un des détachements de la colonne de Grignon le 25 janvier 1794. Le ruisseau de l’Anguillette étant en crue, les soldats ne purent le franchir et aller brûler le château de la Girardière de Combrand, pourtant tout proche. En outre, il existait un moulin à eau à la Vergnais, là où est mort de maladie le curé Jahan de Cerizay quelques jours avant le passage de la colonne infernale. Il n’en existe plus aucune trace mais je vous en reparlerai bientôt...

    Nous avons fait le tour des moulins de Cerizay ? Eh bien non, car deux moulins à vent sont manquant dans l’état que je viens de citer : les deux moulins à vent de la Branle, fonctionnant sans doute en alternance avec le moulin à eau du même nom. Ces deux moulins n’apparaissent pas en état de ruine sur le cadastre de 1809. Dénommés «Moulins de la Branlle», ils étaient situés près d’Algon («Allegand», sur le plan) :

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Pourquoi ne sont-ils pas enregistrés dans cet état ?

    De ces deux derniers moulins, il subsiste aujourd'hui que des ruines, sur une propriété privée. Ne pouvant vous offrir des photos sur place pour mes articles pour cause de coronavirus, je vous présente ici l’un d’eux en vue aérienne Géoportail, émergeant de la végétation :

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Pour finir, ici trois cartes IGN de Cerizay et de ses moulins, du moins de leur emplacement, car l’urbanisme à depuis longtemps fait son œuvre…

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Les moulins de Cerizay en 1809....

    Les moulins de Cerizay en 1809....

     

    A bientôt…

    RL

    Mars 2020

     

     

     

     


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    Le 11 nivôse de l’ an IX, 

    une troupe armée du côté de Cerizay ? 

     

     

     

    Troubles à Cerizay en l'an IX....Sous le Consulat, la Vendée fait toujours l’objet d’une surveillance très serrée…

    Le 1er janvier 1801 (11 nivôse an 9), la gendarmerie de Cerizay est informée qu’une bande de voleurs avait été vue dans les environs. Aussitôt, des fouilles et des patrouilles sont organisées sans résultat. S’agit-il d’une fausse nouvelle ? De royalistes irréductibles ? Des écorcheurs ?

    Après avoir fait buisson creux, la gendarmerie rend compte au Préfet et ce dernier transmet un courrier au Ministre de la Police Générale, dont voici la teneur :

     

    « A Fontenay le Peuple, le 12 Pluviôse, l’an 9 de la République Française, une et Indivisible. 

    Le Préfet du Département de la Vendée,  

    Au Ministre de la Police Général, 

     

    « Citoyen Ministre, 

     

    J’ai pris les informations les plus exactes sur le fait contenue dans votre lettre du 1er de ce mois et dont j’ai eu l’honneur de vous accuser réception le 9 frimaire. 

    La troupe d’hommes armés dont il est question, n’a point pénétré dans le Département de la Vendée : aucun chef de poste, ni commandant de Gendarmerie, n’en a eu connaissance, et certes leur surveillance est telle à cet égard qu’ils l’auraient su et m’en eussent de suite transmis la nouvelle.

    Le chef de la Gendarmerie de la Vendée que j’avais chargé de prendre tous les renseignements possibles ; m’instruit bien que le Citoyen Bernier Brigadier à Cerizay, Département des Deux Sèvres avait été prévenu qu’on avait vu le 11 nivôse une bande de voleurs aux environs du dit Cerizay, que de suite il avait été fait des fouilles et patrouilles par les Brigades de Gendarmerie environnantes ; mais qu’elles n’avaient rien rencontré, ce qui donne à croire que ces brigands s’étaient dispersés. 

    Le même commandant de la Gendarmerie, m’annonce par son rapport de ce jour, qu’il n’a eu l’éveil d’aucun trouble, qu’au contraire tout est parfaitement tranquile dans la Vendée : j’espère, Citoyen Ministre, que cet état de paix et de tranquilité, se maintiendra. Je vous assure que le Gouvernement n’a rien de sérieux à redouter dans ce pays et que même j’espère que les délits les plus ordinaires dans la société y seront maintenant fort rares : je fonde cet espoir sur l’assurance que me donnent tous les maires des différentes communes, que les habitants sont partout tranquiles, occupés à leurs travaux, et plus que jamais éloignés de céder aux insinuations perfides de gens qui voudraient encore ressusciter les troubles. 

    Je ferais tous mes efforts, Citoyen Ministre pour maintenir cet état paisible et même pour l’améliorer encore : c’est l’objet qui excite le plus particulièrement ma sollicitude et ma surveillance.  

     

    Salut et respect. » 

       

     

    Sources : 

     

    . Archives du Département de la Vendée, tous droits réservés –  Correspondances actives du Préfet, 399 lettres – Préfet de la Vendée Merlet  clas 2 Num/ 110/17 – vues 17 et 18/511.  

    . Portrait d’un gendarme d’Ordonnance premier Empire  - 1804-1815 – portrait huile sur bois de chez Bertrand Malvaux, Antiquaire-Expert. - Gendarme en surtout – collection René Van Der Nest n° 177.     

     

     

     X. Paquereau pour Chemins Secrets 


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