• Carrier à Nantes....

                        

    « Foutez les moi à l'eau », Nantes, le 24 frimaire an 2 de la 

    République, « temps désastreux où les lois étaient muettes 

    et le crime puissant »...

     

                                      

    Carrier à Nantes....« Foutez les moi à l'eau » disait le républicain Carrier.

    « Vous êtes un tas de bougres de juges, un tas de Jean-foutres à qui il faut cent preuves, cent témoins pour faire guillotiner un homme ; foutez les moi à l'eau, c'est bien plus tôt fait.»

     

    Et c'est ce qui va se passer le 24 Frimaire de l'an deux pour Pierre Dubourg et cent trente trois* autres prisonniers de la prison du Bouffay à Nantes.

     

    * L'abbé Deniau nous parle de cent cinquante prisonniers.

     

    Pierre Dubourg est né le 28 octobre 1760 à Nozay. Il est le fils de Julien Dubourg, maître chapelier, originaire de Guéméné-Penfao et de Perrine Le Crac de la paroisse de Treffieux. Il se marie le 15 février 1787 à Saffré avec Jeanne-Marie Ménardeau, née à Saffré le 1er novembre1765, fille de Augustin-André Ménardeau et de Jeanne-Anne Prat.

    Carrier à Nantes....

    De cette union est issue :

     

    1° Jeanne-Marie Dubourg née le 11 février 1788 à Saffré.

     

    Au mois de mars 1793, Pierre Dubourg est arrêté arbitrairement à Saffré et incarcéré à la Maison Sainte-Claire à Nantes, ''comme suspect aux agents de Robespierre'' et transféré le 28 mai suivant à la prison du Bouffay, jusqu'au 25 frimaire de l'an 2 où il fut ligoté, conduit dans une galiote et noyé en Loire avec cent trente quatre compagnons. Pierre Dubourg avait un frère prêtre : François Dubourg.

    Monsieur l'abbé Deniau nous informe des faits survenus le soir du 24 frimaire de l'an 2, ce qui va nous permettre de suivre les derniers instants de Pierre Dubourg.

     

    « Le soir du 14 décembre 1793 (Samedi 24 Frimaire), dans une réunion à la préfecture à laquelle Carrier convoque Goullin, Bachelier, Grandmaison, Minguet, Levêque, Guillet, Chevalier, Ducoux, Pinard, il leur enjoint de se rendre au Bouffay, d'y lier les prisonniers qui y sont renfermés et de les conduire sur une galiote, à la cale Chaurand, pour les y noyer... »

     

    « Girardeau, dit Joson, guichetier de Sainte Claires, crie aux prisonniers en entrant dans la cour : ''Allons, levez-vous, faites vos paquets, n'oubliez pas vos portefeuilles, c'est l'essentiel.'' »...

     

    Ces prisonniers appartiennent à toutes les conditions sociales, certains ne sont condamnés qu'à plusieurs mois de prison ou à la déportation, d'autres ne sont ni jugés, ni interrogés.

     

    « On les attacha deux à deux à une corde qu'on appela chaîne ; chaque chaîne était composée de dix huit couples. Sur les marches du palais, un de ces malheureux ayant refusé de marcher, fut tué d'un coup de pistolet. Cependant Goullin pressait en grande hâte l'expédition en disant : ''Dépêchons-nous, chers amis, la marée baisse''. ''Allons, sales gueux, marchez-donc, s'écriait Durassier, n'êtes-vous pas heureux que nous vous fassions changer d'air !''

     

    « Des prisonniers qui tentèrent de s'évader, furent coupés en morceaux. »

     

    « Rendus au quai de la Fosse, à la cale Chaurand, rien n'était prêt pour les recevoir dans la gabare. Ils furent ramenés près du corps de garde de la Machine, en face d'une autre gabare, qui n'était pas plus préparée que la première. Sous leurs propres yeux, des charpentiers frangèrent le bordage du navire à grands coups de hache, et pour calmer l'effroi des victimes on leur dit qu'on les envoyait à Belle-Ile-en-Mer pour y défricher des terres etc... »

     

    La gabare fut coulée au bout de l'île Cheviré, au-delà de Chantenay.

     

    Le 18 Vendémiaire de l'an 7 (Mardi 9 octobre 1798) Jeanne-Marie Ménardeau, fait enregistrer l'acte de décès de son mari  à la section Concorde et Erdre à Nantes.

    « Le dix huit Vendémiaire an sept de la République Française à onze heures du matin, moi, Jean-Adrien Bordier officier public, élu pour constater l'état civil des citoyens ; j'ai transcrit littérallement l'acte de notoriété dont la teneur suit :

     

    ''L'an sept de la République Française, une et indivisible, ce jour quinze Vendémiaire, devant nous Claude Charles Lemerle, juge de paix du troisième arrondissement de la commune de Nantes, ayant avec nous Jean-Baptiste-Augustin Herbert notre greffier, étant au greffe est comparue la citoyenne Jeanne Ménardeau, veuve de Pierre Dubourg, tanneur, demeurant en cette commune, rue des Halles, numéro 25 ; Laquelle a dit qu'au mois de mars mil sept cent quatre vingt treize (vieux style), son mari, qui demeurait alors à Saffré, fût mis en arrestation à la maison Sainte Claire de cette commune de Nantes, comme suspect aux agents de Robespierre ; que le vingt huit mai suivant il fût transféré de cette maison à la maison d'arrêt du Bouffay, qu'elle le vît journellement dans cette dernière maison jusqu'au vingt cinq Frimaire an deux, jour où on lui dit qu'il avait été transféré ailleurs, sans lui dire où, si ce n'est qu'il avait été embarqué, mais qu'elle a su depuis qu'il avait été noyé dans la nuit précédente avec beaucoup d'autres prisonniers ; que son décès ne fût point constaté légallement dans ces temps désastreux où les lois étaient muettes, et le crime puissant ; et pour y parvenir suppléer conformément à la loi du quatorze septembre mil sept cent quatre vingt treize, elle a amené devant deux témoins, dont elle nous requiert de recevoir les déclarations pour en dresser un acte de notoriété : à l'endroit se sont présentés le citoyen Hervé Poupon, âgé de quarante six ans, marin, demeurant rue de Saulzaye, numéro sept, et la citoyenne Jeanne Laillé, âgée de quarante trois ans, poissonnière, demeurant même rue, numéro cinq ; Lesquels ayant prêté serment de dire vérité, ce qu'ils ont promis et juré, chacun la main droite levée séparément, ils nous ont déclaré et affirmé qu'au mois de Frimaire an deux, étant détenus à la dite maison d'arrêt du Bouffay, où lui servait de guichetier et elle de fille de confiance, ils y ont parfaitement connu le dit Pierre Dubourg, mari de la dite Jeanne Ménardeau, ci-présente, pour être du nombre des prisonniers détenus dans cette maison, et qu'ils ont pleine connaissance que le dit Dubourg a fait partie des cent trente quatre prisonniers, qui, dans la nuit du vingt quatre au vingt cinq Frimaire furent enlevés de la dite maison d'arrêt du Bouffay, par plusieurs membres du Comité révolutionnaire de l'armée Marat, et noyés dans le bateau à soupape, qu'il n'en réchappa seulement deux qui étaient le Nommé Le Roy et Garnier. Qu'ils étaient présents lorsque le dit Dubourg fût pris et attaché avec les autres prisonniers. La dite veuve Dubourg a déclaré que lors de sa mort son mari était âgé de vingt six ans, qu'il était fils de Julien Dubourg, chapelier, et de Jeanne Le Crac, son épouse, encore vivants, natif de Nozay département de Loire Inférieure. De tout quoi : nous juge de paix susdit avons rapporté le présent acte de notoriété sous les seings de la dite veuve Dubourg et du dit citoyen Poupon, celui de notre greffier, et le nôtre. La dite Laillé ayant déclaré ne savoir signer, de ce enquis les dits jour et an, la minute est signée : Jeanne Ménardeau veuve Dubourg, Hervé Poupon, Lemerle juge et Herbert greffier.

    Enregistré le même jour par Bertrand qui a reçu un franc. Signé à l'expédition Herbert greffier. »

    Fait à la maison commune de Nantes sous mon seing les dits jour et an. Un mot rayé nul.

     

    Carrier à Nantes....

     

    Sources : Archives de la ville de Nantes – décès an 7, Section Concorde et Erdre vues n°5,6/60. Registres état civil de Saffré et de Nozay. Saffré : mariage 1787 vue n°5/17, et naissance 1788, vue n°4/16 – Nozay : vue n°14/16 année 1760. Histoire de la Guerre de la Vendée, Abbé Deniau tome n°III, pages 489,490,491 et 493. Photo : crédit Patrimoine Maritime fluvial – Gabare la Montjeannaise.

     

                                                  

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets 


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :