• Branche d'Or et le curé Bretonneau....

                                

    Sur les chemins de Galerne… 

    Branche d’Or et le curé Bretonneau

     

     

      Branche d'Or et le curé Bretonneau....Alors que de Saints prêtres sont massacrés en Vendée, d’autres font la fête sans aucune retenue, oubliant les devoirs et les obligations du sacerdoce…

     

      En 1793, à Saint-Michel-sur-Loire (Indre-et-Loire) on est à l’heure républicaine, c’est la kermesse, l’ivrognerie et le péché de chair sont au menu.

      En effet, une belle équipe de militaires, de curés constitutionnels et de vignerons est en place, c’est la valse des « mariages » et des bouteilles, le bon vin de Bourgueil coule à flot... Les mots Bourgueil et Bourgogne-Cavalerie ont comme un parfum de caves...

     

      Tout cela se sait et notre ami Branche-d’Or, comme nous l’avons vu, va calmer les fêtards, il va « tomber » à bras raccourcis sur le bobo de l’époque.

      Le défroqué Bretonneau va être enlevé par les chouans, il disparaît pendant un mois, de quoi faire réfléchir les militaires à deux balles et autres curetons en goguette.

     

      La frénésie des mariages commence le 3 juillet 1793 par les épousailles d’un certain Pierre Bontemps « garçon majeur, sous lieutenant retiré au régiment ci-devant Bourgogne cavalerie et sous-commandant du bataillon de Langeais, domicilié à Saint-Michel, fils de Pierre Bontemps, en son vivant vigneron et de Sylvine Gaudin ; et de Marguerite Frommont, fille de Pierre Frommont vigneron et de Anne Trottin, en présence des citoyens :

     

    Simon-Joseph Godeau, curé Constitutionnel de Saint-Pierre de Savigné, âgé de trente neuf ans ;

    Jean-Baptiste Laroche, curé Constitutionnel de la paroisse des Essards (Indre-et-Loire), âgé de quarante trois ans.

    Laurent Bretonneau, curé Constitutionnel de Saint-Michel-sur-Loire, âgé de trente sept ans.

    Jean-Baptiste-Pierre Percy, procureur de cette commune, âgé de quarante huit ans...

        A la fin de l’acte de mariage, la signature de « Bretonneau, curé de Saint-Michel. »

     

      Et la cerise sur le gâteau, le mariage du curé Bretonneau, le 21 décembre 1793.

     

      « Aujourd’hui, premier nivôse l’an deux de la République française une et indivisible à cinq heures du soir devant nous Pierre Perci, procureur de cette commune faisant pour la valance de l’officier public soussigné en la maison commune de cette municipalité se sont présentés le citoyen Laurent-Antoine Bretonneau ministre du culte catholique, domicilié de la ditte commune d’une part et la citoyenne Placide-Henriette Faucheron veuve de Pierre Boutin, en son vivant contrôleur des actes en la commune des Essarts département de la Vendée etc.… en présence des citoyens :

    1° Antoine Bontemps, vigneron.

    2° Maurice Grénier, vigneron.

    3° Marguerite Frommont épouse de Pierre Bontemps, militaire, capitaine à l’Armée de l’Ouest. (tué en Vendée, sa veuve se remarie à  Saint-Patrice le 2 messidor an 4, (20 juin 1796), « veuve du citoyen Pierre Bontemps, capitaine commandant du bataillon de Douaÿ dans la Vendée. »)

    4° Marie Lhuillier épouse du citoyen Pierre Vigniais aussi vigneron, de Saint-Michel.

     

    « La future est née en la commune des Essarts district de la Roche sur Yon, département de la Vendée, le 27 janvier 1755, du légitime mariage de défunt René Faucheron et de Marie Henriette Jaquette Allaire etc... »

     

      Et Bretonneau a l’audace de signer : «  Bretonneau curé de Saint-

      Michel. » Il se marie donc civilement dans sa propre paroisse...

     

      Le curé Antoine-Louis-Laurent Bretonneau est le fils de Louis Bretonneau, chirurgien à Beaulieu-lès-Loches et de Angélique Lorion de Vance qui eurent huit enfants dont deux eurent un rôle très actif pendant la Révolution.

      « Antoine-Louis-Laurent est baptisé à Beaulieu-lès-Loches le 11 août 1755. Il entra dans les ordres le 26 février 1776 et fut titulaire de la chapelle Sainte- Barbe située dans l’ancien cimetière de Saint-André de Beaulieu. En 1784 on le trouve vicaire à Semblançay, en 1789 il est nommé curé de Saint-Symphorien-lès-Ponceaux, puis en 1791 de Saint Michel-sur-Loire, où il prêta le serment civique à la Constitution. Etant curé de Saint-Patrice, il renonça bientôt à la prêtrise, se maria et fut élu adjoint municipal de cette commune. Farouche républicain, administrateur zélé, faisant appliquer sans faiblesse les lois révolutionnaires, ayant acheté des biens nationaux, il fut enlevé par les chouans dans la nuit du 7 au 8 brumaire an VIII (27, 28 octobre 1799), emmené par la bande de Branche d’Or. Une poursuite tardive des ravisseurs ne permit pas de les rejoindre et ils exigèrent du prisonnier une rançon de six mille francs. On a deux lettres de sa femme en cette circonstance, conservées aux archives départementales :

      « 7 brumaire an VIII, 8 heures du soir. Lettre aux administrateurs du département. Je vous annonce avec toute la tristesse possible que le citoyen Bretonneau, mon mari, vient d’être enlevé par neuf chouans qui ont entré dans ma maison sur les six heures du soir. Ils l’on conduit de force pieds nus et tête nue en le menaçant de lui donner des coups de bourrade. Ma douleur est à son comble, je vous conjure d’être sensibles et de prendre toutes les mesures possibles pour le délivrer des mains de ces scélérats. Ils ont descendu dans les bois de Rochecot et s’en retourne par le même chemin. Je compte sur votre zèle. Salut et Fraternité. Femme Bretonneau. »

     

      Lettre du 16 brumaire an VIII (partie de lettre) au citoyen Chalmel représentant du peuple actuellement à Tours.

     

      « Je vous prie de ne point oublier l’affaire de mon mari. La commune se croit à l’abri de tout évènement et regardant mon mari sacrifié et que tout est fini par là, ne l’ayant plus pour les tourmenter pour l’exécution des lois et que ça lui est bien dû, qu’il n’a ce qu’il mérite et qu’ils seront actuellement bien tranquilles. »

     

      « Qu’était devenu le citoyen Bretonneau ? Il fut libéré à Saint-Nicolas-de-Bourgueil dans la nuit du 6 au 7 frimaire suivant après une détention de trente jours, comme en fait foi la lettre suivante adressée de Langeais, le 7 frimaire an VIII au citoyen Folleau, capitaine commandant la gendarmerie d’Indre-et-Loire : « Je vous annonce citoyen, le retour du citoyen Bretonneau. Il a couché cette nuit du 6 au 7 chez le citoyen Pinguenet-Cambenard, fermier de la maison de Coigny, située commune de Nicolas de Bourgueil. Branche d’Or est mort pour le certain, Bretonneau l’a vu fusiller.* Salut et Fraternité, Le Blois. »

     

      * Bretonneau était donc détenu près de la Flèche, puisqu’il a assisté à l’exécution de Branche d’Or dans les landes du Bailleul.

     

      « Suit une lettre datée du 8 frimaire an VIII, du citoyen Bretonneau, adjoint municipal de Patrice aux administrés du département. »

     

      « Ma tête, ma santé et ma bourse ne me permettent pas de me transporter dans votre sein ; dès que je serai guéri, je me fait une fête et un devoir d’aller vous rendre compte de ma conduite et du résultat de mon malheureux voyage auquel tous les républicains ont pris beaucoup de part. J’espérais qu’on vous apprendrait le 10 brumaire la mort de Branche d’Or et la mienne. J’aurais désiré faire cette offrande à quatre départements qu’il désolait, mais le premier coup a raté, un de ses chouans a paré le second, mon arrêt de mort n’ayant pas été prononcé plusieurs fois, m’a suscité cette intention très favorable à ma patrie, mais son armée ennuyée de tous ses forfaits l’a fait fusiller à Bailleul à deux lieues de la Flèche. Je ne puis confier au papier tout ce que je veux dire. Je vous offre en attendant le nouveau serment désiré par la loi et la persévérance du plus pur civisme et de la respectueuse fraternité avec laquelle j’ai l’honneur d’être, citoyens administrateurs, votre infortuné citoyen, Bretonneau, adjoint municipal, 3 fois martyr de la Révolution. »

     

      Bretonneau se reposa quelque temps de ses émotions chez son frère Louis-Jean*, chirurgien à Reignac, agent municipal de cette commune, contre lequel un autre attentat avait été commis en prairial an VII (mai et juin 1799). Voici la lettre que le citoyen Antoine-Louis-Laurent Bretonneau adressa de Reignac le 28 frimaire an VIII aux administrateurs du département :

     

      « Citoyens, je me repose de mes fatigues dans le sein de ma famille en attendant que vous trouviez l’occasion d’exercer vos actes de bienveillance envers moi ; si elle ne se présente pas, je me rendrai à mon poste le plus tôt possible, dussé-je y périr s’il le faut pour la chose publique. Tel est mon serment que je ne violerais jamais. La permanence devient onéreuse à mon collègue, il est de mon devoir, malgré le danger de partager son fardeau. C’est dans les sentiments respectueux et fraternels avec lesquels je suis pour la vie, citoyens administrateurs, votre concitoyen, Bretonneau – Tous mes membres frémissent encore au nom de l’infernal Branche-d’Or. Il est dessous la tombe : eh bien ! Le diable le conserve. »

     

      *Louis-Jean Bretonneau, son frère, chirurgien à Reignac ne vaut pas cher, lui non plus.

      Il est connu pour avoir dénoncé le curé de Cigogné au comité de surveillance de Bléré. Il fut pourtant « choisi par  La Fayette, venu en Touraine inspecter son domaine de Reignac, pour l’accompagner en Amérique comme « chirurgien particulier. 

     

      « On ne sait ce que devînt par la suite ce Bretonneau, ex-curé de Saint-Patrice. A la date de sa dernière lettre il avait 45 ans. »

     

      L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais après quelques recherches, j’ai découvert le dernier écrit de l’adjoint municipal Bretonneau à Saint-Patrice, il est daté du 23 messidor de l’an VIII (12 juillet 1800).

      L’activité révolutionnaire est toujours très éprouvante pour un bourgeois, Bretonneau quitte l’agitation populaire et se repose. Occupe t-il son temps dans l’oisiveté ou en fréquentant ses amis maçons en loge* ?

      *Je me suis toujours interrogé au sujet des deux traits parallèles et des trois, quatre ou cinq points ou plus, accompagnant une signature… Les loges sont muettes lorsqu’on leur pose la question… S’agit-il des cinq points parfaits de la maîtrise ?

      Le 6 septembre 1791 sa signature est accompagnée de 3 points ; en  1792, 4 points ; en 1815, 5 points, s’agit-il d’une progression dans la hiérarchie maçonnique ? Bretonneau, Maître maçon, pourquoi pas ?

     

    Branche d'Or et le curé Bretonneau....

      Après un silence de quinze ans, Bretonneau « refait surface » en 1815 à Saint Patrice, très confortablement installé comme propriétaire et vivant de ses rentes avec sa concubine.

      Le jeudi 24 août 1815, les registres de l’état civil de Saint-Michel nous annoncent le mariage d’Antoine Prévost, propriétaire à Saint-Michel, fils de Pierre Prévost et de Thérèse-Catherine Allaire, avec Demoiselle Madeleine Cazale et la présence de : « Monsieur Laurent Bretonneau, propriétaire, domicilié à Saint-Patrice, cousin du futur époux à cause de son épouse, âgé de 60 ans, Henriette Faucheron née Allaire.» suit la signature de la « Femme Bretonneau ».

     

      L’année 1829 à Tours, nous apprend le décès de Bretonneau chez un marchand-menuisier nommé Gatien Roy, au n°1 du quai de la Poissonnerie. A 73 ans, il est dit veuf de Placide-Henriette Faucheron.

      La table des successions et absences, bureau de Tours – l’a enregistré comme propriétaire, décédé à Tours le 7 mars 1829.

     

      Le parcours de la concubine du curé Bretonneau, devenue sa femme par un mariage républicain, mérite qu’on s’y attarde, assurément républicaine, de Mouchamps en Vendée. Au début des guerres de Vendée, veuve, elle se réfugie à Saint-Michel-sur-Loire (Indre-et-Loire) chez des parents, la famille Prévost-Allaire. C’est en ce lieu qu’elle fait la connaissance de l’ex-curé Bretonneau et l’épouse.

     

      Placide-Henriette Faucheron est née le 27 janvier 1755 aux Essarts (Vendée). Elle est la fille de maître René Faucheron, marchand et de Marie-Louise-Henriette-Jacquette Allaire.

      A l’âge de 15 ans on la marie à un huissier royal âgé de 36 ans, Maître Pierre Boutin, né le 16 septembre 1739 à Mouchamps. Le mariage a lieu à Mouchamps le 26 février 1770.

      Le 8 décembre 1773, à 18 ans, elle met au monde un garçon : Pierre-Joseph Boutin.

      Le 20 février 1777, son mari, Pierre Boutin décède à Mouchamps, il semblerait que le couple vivait séparément, elle est veuve à 22ans.

      Le 23 mai 1777, son fils Pierre-Joseph décède à l’âge de 3 ans et est enseveli le « 24 may » (vue n°14/52 Mouchamps 1777).

      Le 28 mai 1777 elle renonce à la succession de son fils mineur devant notaire à Mouchamps.

      Le 21 décembre 1793 (1er nivôse an 2), à 38 ans, elle épouse à Saint-Michel-sur-Loire, en Indre-et-Loire, un curé défroqué du même âge, en la personne de Antoine-Louis-Laurent Bretonneau. 

     

      Ainsi se termine la vie mouvementée du curé Bretonneau.

     

      En 1815, la famille des marchands Allaire de Vendée et de Touraine a rompu le silence tombé sur l’abbé Bretonneau, le 23 messidor de l’an VIII.

     

      Et pour terminer, quelques photos de Saint-Michel-sur-Loire.

     

    Branche d'Or et le curé Bretonneau....

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    Branche d'Or et le curé Bretonneau....

    Branche d'Or et le curé Bretonneau....

    Branche d'Or et le curé Bretonneau....

    Sources :

     

    . Archives Départementales d’Indre et Loire, tous droits réservés – Registres paroissiaux et d’état civil de Saint-Michel-sur-Loire. Mariages année 1793 – vues n° 6, 7, 10, 11/13. Mariages - année 1815, vues n°98, 99.

    Registres d’état civil de la ville de Tours – décès année 1829 – acte n°154 du 7 mars 1829 - vue n°41/189 - décès de Antoine-Laurent Bretonneau.

    Registres d’état civil de Saint-Patrice – année 1796 - vue n°109/427 – mariage de la veuve de Pierre Bontemps, le 2 messidor an IV.

     

    . Archives Départementales de la Vendée, tous droits réservés. Registres paroissiaux de Mouchamps, les Essarts - Noms de Vendée.

     

    . Le bulletin de la société archéologique de Touraine, page 204, 205 - « La famille Bretonneau sous la Révolution de (M. Henri Lebreton).

     

    . Photos de l’auteur : Saint-Michel-sur-Loire.

      Signature de Bretonneau, mariage St-Michel année 1815 vue 99.

      Affiche du film les Chouans 1926.

                                 

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets


  • Commentaires

    1
    Christelle
    Samedi 20 Février à 22:01
    Merci c est génial
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