• Assassinat de Thomas Millière....

     

                                                            

    Morannes, département de Maine-et-Loire, le 26 Floréal de l'an 7, 

    les chouans règlent leurs comptes...

     

     

                

     Assassinat de Thomas Millière.... Les Affiches d'Angers du mois de Prairial de l'an 7 nous informent d'un fait divers ayant défrayé la chronique en cette année 1799. Il s'agit de l'assassinat de Thomas Millière, Commissaire du Pouvoir Exécutif à Morannes, qui s'était particulièrement distingué par une férocité incroyable envers les chouans.

      Thomas Millière (article de la Maraîchine normande en lien) est né le 28 février 1741 à Notre-Dame-du-Pé en Anjou, actuellement dans le département de la Sarthe. Il est le fils de Louis Millière, menuisier-tonnelier et de Marie Riverain.

    Assassinat de Thomas Millière....

     

     

     

     

     

     

      Il épouse Marie-Françoise Le Maire née vers 1744 en la paroisse Saint-Sulpice de la ville de Paris, fille d'Adrien Le Maire et de Marie Emerÿ, décédée à Morannes le 9 janvier 1810 à l'âge de 66 ans.

      Ouvrier boulanger puis colporteur, et comme cela a souvent été le cas pour les minables dans toutes les révolutions, la Révolution dite française a favorisé son ascension. Il est devenu l'un des pires agents de la République : un monstre, ami de Carrier, spécialiste des noyades...

      Il est assassiné à Morannes par le Royaliste René Guittet, le 15 mai 1799 (26 floréal de l'an 7).

     

      Voici l'acte de décès de Thomas Millière :

     

     « Aujourd'hui vingt sept floréal* l'an sept de la République Française, une et indivisible sur les neuf heures du matin, par devant moy Louis le Blanc agent municipal de la commune de Morannes, chef-lieu de canton département de Maine et Loire ; sont comparus en la maison commune les citoyens- Pierre Millière, marchand, âgé de soixante trois ans et Pierre Millière âgé de trente ans, demeurant tous deux place de la Fraternité de cette commune de Morannes ; qui m'ont déclaré que Thomas Millière, Commissaire du Pouvoir Exécutif de cette commune, fils de Louis Millière ; menuisier et de Marie Rivrain, mary de Françoise-Marie Le Maire, âgé de cinquante six ans, est décédé d'hier sur le midy en sa maison sise grande rue de cette commune de Morannes d'après cette déclaration que les témoins m'ont certifié conforme à la vérité, je me suis assuré du décès de Thomas Millière de cette commune et en ai dressé le présent acte que les témoins Pierre Millière, frère du défunt et Pierre Millière neveu du défunt ont déclaré savoir signer et ont signé avec moy, Fait à la maison commune de Morannes les jour mois et an que dessus». 

     

    ont signé : Pierre Millière – Pierre Millière et Le Blanc, maire. 

    * 27 floréal an 7 = 16 mai 1799. 

     

      Puis l'article des Affiches d'Angers du 4 Prairial an 7 de la République :

     

      « La guerre de la Vendée et celle des chouans ont malheureusement laissé le souvenir d'une multitude de crimes inconnus jusqu'au moment où ils ont été commis. Mais il en est peu qui égalent l'horreur de celui dont Morannes vient d'être témoin.

    Assassinat de Thomas Millière....

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

        

      Le 26 floréal, cinq hommes revêtu d'habits d'uniforme se présentèrent vers midi, chez le citoyen Millière, Commissaire du Directoire près l'administration municipale de Morannes ; ils se dirent porteur d'une lettre à son adresse ; son importance exigeait de prendre des précautions pour qu'elle lui fut remise. Le cit. Millière les fit entrer, prend la lettre, brise le cachet, veut lire ; mais les assassins lèvent sur lui autant de poignards et l'en frappent à plusieurs reprises. L'épouse du malheureux Millière jête un cri, se précipite au milieu d'eux, veut arriver à son mari ; elle est également frappée et tombe sur son corps inanimé.

      Les brigands satisfaits, puisqu'il leur faut des hommes pour victimes, se retirent tranquillement et disparaissent.

      Bientôt la citoyenne Millière laisse échapper quelques cris de douleur. Les voisins entrent ; il aperçoivent deux époux couverts de blessures et baignés dans leur sang : la surprise, l'indignation, tout les fait frissonner …..... Ils s'empressent de donner leurs soins à la citoyenne Millière, qui avait reçu deux coups de poignard ; son marie en avait reçu neuf. A côté de lui était une lettre dans laquelle on le prévenait qu'on allait lui parler pour la première et la dernière fois ; On lit dans le post-sciptum :

    ''Moi qui ne parle pas, je te mets l'ame en bas''. Pour signature un poignard figuré à la main.

      La République perd dans le citoyen Millière un homme qui remplissait les devoirs de sa place avec l'impartialité et l'exactitude qu'elle commande. 

      Il est à observer que, depuis quelque tems, les brigands ont apporté quelques modifications dans leur conduite à l'égard des militaires qui tombent en leurs mains. Ils les dépouillent entièrement, et les renvoyent. Puis travestis en républicains, ils parviennent quelquefois à tromper la surveillance. Maintenant on les suit de près ; les mesures adoptées par l'administration centrale, bien secondées, auront le triple avantage de rappeler dans les familles ceux que la violence chouanique en a enlevés, de rendre tous les bras à l'agriculture, et faire jouir encore une fois nos contrées d'une paix heureuse ».

    Assassinat de Thomas Millière....

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

      Quel brave homme ce Millière...  Ah ! Les salauds de chouans ! Sauf que voici ''l'ambiance générale du secteur'' et le véritable portrait du bonhomme en 1799 évoqués par Monsieur l'Abbé Deniau... En définitive, Millière est un démon. Il fut un homme de main du sinistre Carrier et participa aux noyades de Nantes.

     

      « Les autorités incarcérèrent les personnes qui passaient pour favoriser les chouans et surtout celles qu'ils crurent donner asile aux déserteurs et aux conscrits de la levée qui venait d'être décrétée en pays républicains ; ces incarcérations firent passer un grand nombre de réfractaires dans la Vendée et exaltèrent les têtes ; les gendarmes qui poursuivaient les réfractaires furent accueillis en beaucoup d'endroits, à coups de fusil ; des bandes armées enlevèrent des caisses publiques, des fonctionnaires furent maltraités et des réfugiés menacés.

      Les gendarmes usèrent de représailles ; ils incarcérèrent de nouveau des prêtres et en assassinèrent même quelques uns ; leurs cruautés rendirent l'agitation générale.

      En Bretagne et dans le Maine, des représailles non moins terribles s'exécutaient aussi très fréquemment ; la haine des partis y était encore plus vive qu'en Vendée. Certains personnages républicains y avaient poussé la vengeance jusqu'aux dernières limites. Millière, commissaire du pouvoir exécutif à Morannes, s'était surtout distingué par une férocité incroyable envers les chouans.

      Malgré les diverses pacifications qui eurent lieu, il avait continué à dénoncer non seulement ceux qui avaient pris les armes, mais aussi leurs parents, leurs amis, leurs sœur, jusqu'aux blessés et aux suspects qui se tenaient cachés. 

      A Daumeray, il avait fait massacrer par les soldats bleus plusieurs jeunes gens dans les bras de leurs mères, et il avait présidé à la mort de plus de quatre vingt habitants de cette paroisse. Les chouans, poussé à bout par ses cruelles exécutions jurèrent enfin sa perte. Guittet, dit Saint-Martin, qui commandait le canton de Morannes, fut chargé de lui infliger le châtiment mérité par tant d'atrocités. Mais il était difficile d'approcher du féroce révolutionnaire ; Millière ne sortait jamais de Morannes, il s'y faisait garder par une escorte de quatre cent hommes, et pour prévenir toute surprise, il avait fait élever des barricades dans toutes les rues. Malgré toutes ces difficultés, le 15 mai 1799, Saint-Martin, accompagné de quatre de ses soldats, parut à l'entrée dudit bourg, à onze heures et demie du matin, au moment où les soldats bleus prenaient leur repas ; il a fait prendre à ses quatre hommes des uniformes républicains, et lui même a revêtu celui d'un sergent. Le fusil au bras droit et tenant à la main un billet cacheté, Saint-Martin se présenta à la garde comme une ordonnance du général commandant la division, et demanda la demeure du citoyen Commissaire. Il y parvint sans exciter le moindre soupçon. Il frappe. La citoyenne Millière le reçoit. Saint-Martin lui dit : '' Une ordonnance du général pour le Commissaire du Directoire.'' Cette femme veut la porter elle-même. Le chouan déclare qu'il a l'ordre de la remettre en mains propres. Après de nouvelles hésitations de la citoyenne Millière, Saint-Martin triomphe de cette méfiance instinctive. Il laisse au bas de l'escalier ses quatre Royalistes, auxquels il a recommandé de fermer aussitôt la porte d'entrée et d'ouvrir celle qui donne sur le jardin pour se ménager une retraite. Arrivé dans la chambre où le Commissaire avait signé tant d'arrêts de mort, le Chouan passe rapidement son arme à gauche et remet à Millière le prétendu billet du général. Millière prend le papier. Au même instant  Saint-Martin tire un poignard qu'il a caché dans la manche de son habit, et il frappe au cœur le Révolutionnaire qui roule à ses pieds sans pousser un gémissement.

      ''A la vue de son mari expirant, la citoyenne Millière se jette sur Saint-Martin et appelle au secours. Le Royaliste cherche à se débarrasser de cette douleur dont l'éclat peut le perdre. Une lutte s'engage ; la femme est blessée à l'épaule et renversée. Saint-Martin descend rapidement l'escalier ; mais ses soldats effrayés du rassemblement que les cris de la citoyenne Millière ont provoqué, apprennent à leur chef qu'il leur a été impossible de s'assurer de l'issue du jardin. '' Eh bien ! Dit-il, risquons le tout pour le tout, j'ai fait un acte méritoire, payons d'audace.'' Il ouvre lui-même la porte de la rue, où la garnison et les habitants sont agglomérés ; et sortant de cette maison à la tête de ses quatre volontaires, la baïonnette en avant  : ''Place, s'écrit-il d'une voix éclatante, je viens de tuer le chien enragé : rentrez tous chez vous et laissez-moi passer : Je suis Saint-Martin''.

     

      '' A ces mots, la foule s'écarte, le peuple est interdit, les fantassins ne font aucun mouvement. L'audacieux sang-froid de cet homme, dont le nom a si souvent retenti à leurs oreilles, les fait tous pâlir de stupeur. Saint-Martin traverse au pas de charge le bourg de Morannes et les rangs pressés des Républicains sans qu'aucun coup de fusil soit tiré, sans qu'aucune parole de malédiction ou qu'un cri de vengeance vienne inquiéter sa marche''.

      Ces meurtres et d'autres plus ou moins semblables ne firent qu'envenimer avec le temps la haine réciproque qui existait entre les deux partis. Les gazettes et après elles les historiens révolutionnaires n'ont pas manqué de mettre à la charge des chefs royalistes toutes ces énormités. L'opinion égarée s'en révolta, mais on voit quelle en était la source etc...... »

     

      Sources: Archives Départementales de Maine-et-Loire, tous droits réservés. Les Affiches d'Angers – numéro 122, prairial 1799 – vue n°3/31 Quartidi 4 prairial an 7 de la République – Commune de Morannes – Acte de décès n°54, vue n° 275/461 Thomas Millière - Décès année 1810 de Marie-Françoise Le Maire – Histoire de la Guerre de la Vendée, Abbé Deniau, Siraudeau Editeur, Tome 5 - pages n°787,788,789- Archives départementales de la Sarthe, tous droits réservés, commune de Notre-Dame-du-Pé, vue n°300/312, 28 février 1741. - Photo de l'auteur. 

                                                              

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets. 


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