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    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur...

     

     

    C'est un article inhabituellement long que nous vous proposons ce soir. En effet, les bulletins paroissiaux de Vendée sont souvent d'une grande richesse et il eut été dommage de passer à côté de certains détails en voulant trop résumer.

    L'amateur d'histoire retient la plupart du temps de Saint-Etienne-du-Bois le miracle de la chapelle de la Tullévrière qui échappa au passage des massacreurs de 1794. Nous verrons ici qu'il n'en fut pas de même, et loin s'en faut, du reste de la paroisse. Nous transcrivons ici les différents bulletins paroissiaux à la suite les uns des autres sans rien modifier. Il apparaîtra donc des répétitions concernant certains villages mais qui sont nécessaires afin d'être le plus complet possible.

     

    RL

    Août 2015

    SAINT-ETIENNE-DU-BOIS

    LES COLONNES INFERNALES

     

     

    ... Les colonnes infernales avaient pour mission de tout détruire par le fer et par le feu dans la Vendée. La paroisse de Saint-Etienne-du-Bois dans toute son étendue n'échappa pas à leur vandalisme et leurs atrocités. D'après les renseignements recueillis vers 1884-85 par l'abbé Boutin, alors nouveau curé de Saint-Etienne, de la bouche des plus anciens du pays, dont les parents avaient vécu à cette terrible époque, tous les villages de la paroisse, sauf la Tulévrière, furent incendiés et en grande partie détruits par les bleus et les habitants qu'ils purent trouver furent cruellement massacrés. On a pu estimer à 350 les victimes, hommes, femmes, enfants, tués pendant ces années.

    Parmi les villages, deux eurent particulièrement à souffrir ainsi que les villages avoisinants. Ce furent la Chambaudière et le Chiron, parce que, situés sur des hauteurs, ils furent choisis par les révolutionnaires pour établir des camps chargés de surveiller la grande route et les alentours.

    A la Chambaudière, le camp était établi dans un champ derrière la maison située au sommet de la côte. Les habitants effrayés de ce voisinage s'enfuirent chercher abris et cachettes ailleurs. Toutes les maisons furent saccagées et incendiées. Cela, au dire de Vincent Loizeau qui habitait là, comme ses descendants actuels. 

     

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

    La Glossetière, qui touche, ne fut pas mieux traitée. Tout y fut brûlé et du haut de la Chambaudière les bleus tiraient sur les habitants qu'ils voyaient y revenir. On trouva dans la suite un nombre considérable de balles dans le village et les alentours. Un jour, les bleus alignèrent le long d'un mur les personnes qu'ils purent saisir : vieillards, femmes, enfants, et les égorgèrent sans pitié et sans pudeur. Ils suspendirent même au branches des pommiers du village des cadavres de femmes pour épouvanter les Vendéens.

     

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

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    La Chênelière, voisine de la Chambaudière et de Legé, où les bleus ont souvent campé, eut le même sort que la Chambaudière et la Glossetière. Plusieurs personnes furent jetées dans un puits situé au bas du village. Les habitants de la Chênelière, de même que ceux de l'Aubier, cherchèrent refuge dans la forêt de Grand'Landes. Ils y transportèrent des provisions de vivres, des instruments de cuisine. Mais les bleus les y découvrirent et mirent le feu à la lisière de la forêt qui porta le nom de "le brûlé". Tous les hommes de la Chênelière s'étaient enrôlés dans l'armée vendéenne. Ces souvenirs ont été rapportés par une femme Mandin et par Pierre Musseau.

    Cet homme disait aussi que le curé des Lucs, M. Barbedette, qu'on surnommait "le curé grand-bot", aurait séjourné quelque temps à la Chênelière. Il était renommé pour son habileté à déjouer les recherches des révolutionnaires. Il se déguisait en tous genres de costumes et changeait souvent de résidence, soit dans sa paroisse du Grand-Luc, soit dans d'autres, si bien qu'il ne fut jamais pris par les ennemis de la Religion.

     

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

    Comme la Chambaudière, le Chiron fut occupé militairement et sans doute tour à tour selon qu'ils étaient les maîtres de la contrée, par les bleus et par les Vendéens. Le Chiron en effet est un point stratégique plus encore que la Chambaudière, car de là on peut surveiller les alentours et plusieurs routes ou chemins suivis par les troupes adverses. Le centre du cantonnement était la maison située sur le point le plus élevé, avec des dépendances importantes. A cause de cette destination on lui donna le nom de "Quartier", qu'elle conserva depuis. Le champ qui est derrière servait de champ de manoeuvre et de tir et il reçut à cause de cela le nom de "Parc", et le champ suivant servait à enterrer les morts des environs et il prit le nom de "Cimetière".

     

    Le Chiron et les villages situés sur la crête, Rotelière, Lande, Fontenet, Embardières, furent incendiés et un grand nombre de leurs habitants furent tués ou plutôt sauvagement massacrés. Le moulin des Embardières fut incendié, mais on le reconstruisit plus tard. Il y en avait un aussi à la Rotelière, juste dans l'emplacement de la croix de la Mission de 1945. Sans doute servait-il de poste d'observation. Aussi fut-il entièrement détruit après avoir été incendié. En déblayant le tertre du moulin pour y établir les assises de la croix, on y découvrit des traces d'incendie.

     

    Le moulin de la Rotelière sur le cadastre de 1833

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

     

    Le grand village des Embardières attira particulièrement l'attention des incendiaires et des massacreurs, qui y firent de nombreuses visites à la recherche de cachettes dans cet entassement de bâtiments de toutes sortes, surtout après qu'il fut devenu un amas de ruines. De fait en découvrirent-ils et tuèrent-ils beaucoup de monde, surtout les 8, 11 et 12 février 1794. Peut-être ces tueries furent-elles accomplies par une des "colonnes infernales" qui durent traverser le pays vers ces dates. Une des plus fructueuses fut peut-être celle du 26 mars, où ils tuèrent 6 femmes cachées dans la maison habitée maintenant par la famille Erceau. Une d'elle avait dans ses bras une toute petite fille que les bleus se contentèrent de jeter à terre, où elle fut ramassée peu après et sauvée. Elle devint une femme Charrier, de la Lande.

    Les Embardières possédaient alors un grand calvaire dans le genre de celui du Côteau, avec une Pieta également. Les soldats bleus se préparaient à le démolir après avoir incendié le moulin, lorsqu'un de leurs officiers arriva et le leur défendit. Ce calvaire, situé un peu plus haut que le petit calvaire d'aujourd'hui, a été démoli en 1845 pour faire la route.

     

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

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    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

    Voici la liste des personnes tuées aux Embardières par "les ennemis de la Religion", dont les noms ont été conservés dans les archives :

     

    1) Louis Bignon, 32 ans, tué le 18 octobre 1793.

    2)Jean Orceau, meunier, 49 ans, tué le 18 octobre 1793.

    3) Marie Charrier, 48 ans, tuée le 29 janvier 1794.

    4)Marie Charrier, sa fille, 20 ans, tuée le 29 janvier 1794.

    5) Pierre Lachaise, 55 ans, tué le 8 février 1794.

    6) Jacques Lachaise, son frère, 48 ans, tué le 8 février 1794.

    7 )Gilles Barreteau, 72 ans, tué le 8 février 1794.

    8) Renée Perrocheau, femme de Pierre Orceau, tuée le 8 février 1794.

    9) Marie Perrocheau, Vve Barreteau, 48 ans, tuée le 11 février 1794.

    10) Marie-Anne Baudouin, femme Barreteau, 70 ans, tuée le 11 février 1794.

    11) Jeanne Grelier, épouse de Jacq. Charrier, 20 ans, tuée le 12 février 1794.

    12) Louise Guillet, épouse de Mathurin Poingt, 70 ans, tuée le 18 février 1794.

    13) Charles Pérocheau, veuf de Marie Dugast, tué le 21 février 1794.

    14 )Pierre Orceau, 70 ans, tué le 22 février 1794.

    15) Etienne Barré, tué le 27 février 1794.

    16) Jean Barré, son fils, 27 ans, tué le 27 février 1794.

    17 )André Potier, époux de Marie Nau, 69 ans, tué le 16 mars 1794.

    18) Pierre Yvernogeau, tué le 17 mars 1794.

    19) Pierre Goéchon, tué le 12 décembre 1795.

    20) Dans le même temps, le Fontenit eut :

    21) Jean Crété, 85 ans, tué le 13 février 1794.

    22) Jeanne Simonneau, tuée le 15 février 1794.

    23) Clément Bignon, 70 ans, tué le 18 février 1794.

    24) Pierre Péraudeau, 66 ans, tué le 22 février 1794.

    25) Charles Charrier, 23 ans, tué le 26 février 1794.

    26) Marie Charrier, sa soeur, 20 ans, tuée le 26 février 1794.

    Essayons de nous figurer l'effroi dans lequel vivaient les habitants de ces villages et bien d'autres, où se commettaient ces horribles tueries.

     

    LES HEURLIN

     

    Le chroniqueur des faits de l'époque révolutionnaire à Saint-Etienne-du-Bois cite à l'admiration de ses lecteurs Jacques Heurlin et son fils Martin, successivement sacristains de la paroisse en même temps que fossoyeurs, pour leur dévouement à enterrer les morts nombreux qu'on leur apportait ou qu'ils allaient eux-mêmes chercher, soit qu'ils fussent morts de leur bonne mort, soit qu'ils aient été tués par les Bleus, car le séjour ou le simple passage de ces cruels soldats révolutionnaires étaient toujours marqués par des massacres d'habitants. C'est ainsi qu'un soir, aidé d'un métayer des Emérillères, Jacques Heurlin alla chercher dans une charrette six femmes de ce village qui ne voulant pas dire où étaient leurs maris, avaient été emmenées et massacrées près du moulin de Rochequairie. Leurs cadavres étaient là depuis plusieurs jours et sentaient déjà mauvais. Il les enterra, non dans le cimetière où il n'y avait plus de place, mais dans le bas-jardin de la cure où il avait préparé une fosse. Mais une fois arrivés là ils s'aperçurent qu'il leur manquait un corps, qui était tombé de la charrette par suite des chaos du chemin. Ils retournèrent le chercher et le trouvèrent près du Rorthais.

    Une autre fois c'est entre la Savarière et la Chiffaudière que Jacques Heurlin alla avec une charrette à boeufs chercher les corps de 15 femmes qui y avaient été tuées. Il devait les enterrer dans un champ qui servait lui aussi de cimetière de secours et qui touche au petit pré où se trouve la "Vieille Croix" encore debout près de la Bagatelle. Mais en route il fut averti qu'un commandant républicain se trouvait avec sa troupe près de cet endroit et lui barrait le passage. Heurlin, ne pensant qu'à l'accomplissement de sa bonne oeuvre, va le trouver et lui demande la permission de faire passer sa charrette et de mettre en terre les cadavres qu'elle contenait. Le chef trouva sa démarche légitime et lui donna même quatre soldats pour l'aider dans sa triste besogne et, comme marque de satisfaction, lui offrit une prise de tabac dans une belle tabatière en or. - Ces détails ont été racontés à M. le Curé Boutin par Angélique Heurlin, veuve Foucaud, petite-fille de Jacq. Heurlin, âgée de 86 ans.

     

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

    Quelques personnes ayant exprimé le désir de connaître les détails historiques recueillis et écrits par M. le Curé Boutin sur les villages de Saint-Etienne, et survenus surtout en fin d'année 1793 et début de 1794, je vais les reproduire dans le Bulletin. Ces notes ont dû être prises et consignées dans le registre de la chronique paroissiale au hasard des sorties de M. Boutin dans la campagne, car on ne peut pas dire qu'il y suit un ordre quelconque. Je le suivrai cependant tel quel.

    Le Bulletin a déjà donné des faits concernant certains villages, en particulier à propos des camps de la Chambaudière et du Chiron.

    Je rappelle que M. le Curé Boutin recueillit les faits qu'il note de la bouche des anciens des villages. Il les nomme habituellement. Mais c'était il y a environ 70 ans ; ces vieux sont morts il y a longtemps et même on ne trouve plus trace de leurs noms dans les villages, ordinairement. Certaines personnes d'aujourd'hui pourront sans doute quand même y reconnaître le nom de leurs ancêtres paternels ou maternels.

     

    "Les vieillards que j'ai interrogés, dit M. Boutin, touchant le sort de leurs villages à cette époque, m'ont presque tous répondu par ce mot laconique et tristement révélateur : il a été brûlé ! ..."

     

    LA LARDIERE

     

    Mes renseignements sur la Lardière viennent d'un habitant de ce village, Jean Loizeau, âgé de 77 ans. Il m'a affirmé que toutes les maisons de la Lardière furent brûlées, à l'exception d'une seule, qui sert actuellement (il y a 70 ans) de boulangerie à sa famille et dans laquelle se voit un vieux pétrin d'un seul morceau, creusé dans un tronc d'arbre. Un certain nombre de femmes et d'enfants y furent massacrés.

    Un jour une femme revenait de la fontaine. Des bleus qui la rencontrèrent se saisirent de sa cruche et l'en frappèrent si rudement à la tête qu'elle tomba sans mouvement sur le terrain. Elle n'était heureusement qu'étourdie par le coup. - Un autre jour ils réquisitionnèrent plusieurs femmes, parmi lesquelles se trouvait la future mère dudit Loizeau, pour aller conduire un chargement de vin à Legé. Quand elles y furent arrivées, on voulut tuer leurs boeufs pour les manger. "Mais, citoyens, dit l'une d'elles avec beaucoup de sang-froid et d'à-propos : si vous mangez nos boeufs, nous ne pourrons plus vous amener de vin !" Cette réplique fut trouvée de bon goût, car les citoyens épargnèrent les boeufs et poussèrent même l'amabilité jusqu'à offrir à boire à ces paysannes dans une belle coupe en argent. De retour chez elles ces femmes étaient tellement effrayées qu'elles ne voulurent plus rester dans leurs maisons dans la crainte de recevoir de nouveau la visite des bleus. Elles abandonnèrent tout pour aller se cacher dans les champs. Pour ceux-ci ne trouvant plus personne dans le village lorsqu'ils y passèrent de nouveau, ils mirent le feu aux maisons. - Jean Loizeau tenait ces détails de son père François Loizeau, qui avait suivi Charette, Savin et Lecouvreur, et avait participé à 52 combats sans recevoir de blessure. Les bleus passaient souvent à la Lardière comme ils avaient un camp non loin de là, à la Chambaudière.

     

    CHENELIERE ET AUBIER

     

    Presque toutes les maisons de ces villages furent brûlées, celle des Mandin entre autres. Des massacres y furent commis et plusieurs personnes furent jetées dans le puits situé dans un pré en bas du village. Une grand'mère Mandin surprise près de sa maison fut massacrée sans pitié. Tous les habitants de la Chênelière et de l'Aubier avaient coutume de se cacher dans la forêt de Grand'Landes. Ils y avaient emporté tous les ustensiles nécessaires pour cuisiner. Ils y moulaient même du blé au moyen de petits moulins à bras. Mais les bleus les y découvrirent et mirent le feu à ce côté de la forêt qui a gardé le nom de "Brûlé".

    Tous les hommes de la Chênelière et de l'Aubier prirent part à l'insurrection et s'enrôlèrent dans l'armée de Charette. Quand les bleus occupaient leur camp de la Chambaudière, ils avaient des sentinelles dans toutes les directions, afin de n'être pas surpris par l'armée de Charette ; et le soir, on entendait les sentinelles se passer ce mot : "Sentinelles, garde à vous ! Charette marche sur vous !" Mais un soir qu'il y avait liesse au camp républicain à la suite d'une bonne affaire contre les Vendéens, on entendit cette variante ironique : "Sentinelles, garde à vous ! Charette n'a plus qu'une roue !"

     

    Tous ces renseignements sur la Chênelière et l'Aubier m'ont été fournis par une femme Mandin et le nommé Pierre Musseau, âgé de 69 ans et très instruit de toutes ces choses. D'après lui, M. Barbedette, curé du Grand Luc, surnommé "le curé Grand-Bot", aurait séjourné quelque temps à la Chênelière. Il était très populaire dans les alentours et avait une renommée légendaire à cause de son habileté à déjoué les recherches des révolutionnaires. On lui prêtait même un pouvoir mystérieux sur ce point. En voici un exemple rapporté à M. Boutin par Augustin Boilève, du Marché-Nouveau. (Il tient plus de la légende que de l'histoire).

     

    Un jour que le curé Grand-Bot traversait les Landes de la Loubisse, ceux qui l'accompagnaient lui signalèrent une bande de républicains qui marchaient sur lui à pas précipités. Nullement déconcerté à cette vue, il planta son bâton au milieu de la route et continua son chemin. Les bleus arrivés à l'endroit où se trouvait le bâton furent pris soudain comme d'un accès de folie et se mirent à danser autour. Pendant ce temps le curé Grand-Bot, évidemment, disparaissait dans le bocage.

     

    LES EMBARDIERES

     

    On a déjà vu (bulletin de décembre 1955) que le village des Embardières avait été souvent visité par les troupes révolutionnaires, que toutes les maisons avaient été incendiées et qu'un grand nombre de personnes avaient été massacrées. Les Embardières eurent cependant l'avantage de posséder dans leurs murs pendant un temps relativement long, un prêtre, M. Thouret, natif du diocèse d'Angers. Il dut y venir après ces massacres et y resta jusqu'à 1797. Il habitait tantôt aux Embardières, tantôt au Fontenit. Il descendait aussi au bourg où il aurait fait au moins un baptême dans la famille du sacristain Heurlin, à la Poissonnière, dans la maison possédée depuis par Erceau. Les archives de la mairie conservent quelques notes de lui concernant le massacre de plusieurs hommes des Embardières en 1794 et 1795.

     

    AU FONTENIT

    Toutes les maisons furent également brûlées.

     

    LE MARCHÉ-NOUVEAU ET LE RORTHAIS eurent le même sort que les autres villages. Les moulins des Emérillères furent incendiés. On a déjà vu que les bleus y prirent et les tuèrent au moulin de Rochequairie six femmes qui ne voulaient pas dire où étaient leurs maris. M. le Curé des Lucs, le curé Grand-Bot, dont on a déjà parlé a demeuré entre autres lieux dans le voisinage des Emérillères et de la Renardière. Il aurait dit la messe dans un champ appelé les Grandes Landes, aux environs de la Renardière et du Marché-Gantreau.

     

    A la Chiffaudière et à la Savarière, les bleus se signalèrent par les mêmes cruautés. Quinze femmes cachées dans cette vaste campagne inhabitée, entre ces deux villages, y furent fusillées. Le sacristain Heurlin les amena en charrette, enterrer près de la Bagatelle, comme on l'a déjà vu. Un nommé Thomas Paudeau faillit faire partie des victimes de cette tuerie. Il avait dans ce coin de campagne creusé une grande excavation en terre et l'avait recouverte d'un tas de fagots de bois. Il y cachait ses enfants et leur portait à manger. C'est le fils d'un de ces enfants qui a rapporté le fait à M. le Curé Boutin. Comme quoi les pauvres habitants usaient de toutes sortes de moyens pour échapper et faire échapper les leurs à la mort dont ils étaient toujours menacés.

     

    LES FOUGERES, au rapport de la veuve Morandeau, eut moins à souffrir que les autres villages. A quoi dut-il sa tranquillité relative ? On ne sait. Il aurait été un des refuges du curé Grand-Bot du Grand-Luc.

     

    A LA BERSAUDIERE, on trouve un autre expédient bien imprévu pour échapper au massacre. Le village bien qu'incendié abritait quelques habitants. Un jour ils virent tout à coup des bleus dans le voisinage. Epouvantés, ne sachant que devenir, ils entrèrent pêle-mêle dans la boulangerie et sans plus réfléchir, voyant la gueule du four ouverte, les femmes et les enfants s'y entassèrent et deux hommes en fermèrent l'entrée et se sauvèrent précipitamment. Les bleus qui les virent sortir et qui entrèrent dans la boulangerie pour voir s'il en restait d'autres, n'eurent pas l'idée d'ouvrir la porte du four, mais n'eurent d'autre souci que de se mettre à la poursuite des deux hommes. C'est ainsi que les femmes et les enfants des villages furent sauvés. Mais l'un des deux hommes fut atteint et tué par les bleus.

     

    LA BOUTIERE

     

    Gilles Guillet, vieillard de 93 ans, très bien conservé, qui a toujours habité la Boutière, a dit qu'à l'époque révolutionnaire tout le village avait été brûlé, que les murs seuls restaient. Il a souvent entendu raconter par sa mère que la veille de sa naissance elle monta elle-même sur le faite d'une maison pour éteindre le feu. Le village étant placé près de la route de Palluau à Legé, dut recevoir souvent la visite des bleus. Aussi les habitants avaient-ils abandonné leurs maisons. Gilles Guillet racontait que dès le matin son père liait ses boeufs et emmenait toute sa famille dans les champs à l'écart. Le dit Guillet a été baptisé à la Boutière même par M. Guillon, aumônier des armées catholiques. L'acte de ce baptême se trouve à la mairie de Saint-Etienne.

     

    LA MARTINIERE eut le même sort que la Boutière. Toutes les maisons furent brûlées à part une seule, qui servait jadis de gerberie à un cultivateur nommé Perdriau, au bas du village. Les bleus y firent de nombreuses victimes dont les corps furent enterrés dans un pré voisin appelé le pré de la Martinière. Anne-Marie Angibaud, veuve Loué, disait que sa grand-mère paternelle avait été du nombre des victimes. Et sa mère lui avait souvent raconté que pour échapper à la mort, elle et ses parents allaient se cacher dans une gîte. Comme alors on était sans cesse sur le qui-vive à cause des alertes fréquentes, plusieurs préférèrent quitter le village et suivre l'armée de Charette.

     

    LA SALLE

     

    Au rapport de Pierre Erceau, charpentier, âgé de 57 ans, le village de la Salle, que son grand-père habitait, fut entièrement incendié, à l'exception d'une maison, propriété d'une famille Gillaizeau. Quand les bleus approchaient du village les habitants se sauvaient dans les bois de Chantebusain. Les hommes montaient dans les grands arbres pour surveiller les allées et venues des Républicains, qui avaient un camp dans les vignes proches du bourg de Palluau, appelées depuis "Vignes du Camp". Une fois cependant on fut surpris. On venait de mettre le pain au four et au moment où il était cuit les bleus vinrent et s'emparèrent du pain frais.

     

    LA MARCHEZIERE

     

    Située dans ces mêmes parages voisins de Palluau, la Marchezière fut souvent traversée par les soldats républicains qui l'incendièrent et la pillèrent totalement. Un nommé Jean Fisson, de ce village, âgé de 69 ans, racontait que la belle-mère de sa femme parlait souvent de nombreuses apparitions des bleus dans le village, et que les habitants étaient obligés de se sauver et de se cacher dans un champ d'ajoncs très écarté et très fourré, où ses parents avaient emporté les ustensiles de cuisine et même un lit dans lequel elle avait elle-même couchée. C'était près d'un grand arbre du haut duquel les hommes surveillaient les mouvements des révolutionnaires.

     

    PISSOT, BEL-AIR, LA MALADRIE

     

    Situés encore plus près de Palluau, ces trois villages étaient journellement sous les menaces et les méfaits des républicains et n'avaient de tranquillité que lorsque ceux-ci étaient tenus à distance par les armées vendéennes. Un nommé François Laucoin, 70 ans, dont la famille habitait alors à Bel-Air et où il est né lui-même, a raconté ces choses qu'il tenait de sa mère lors du fait suivant : Les habitants de Bel-Air étaient tous partis assister à une messe célébrée aux Embardières par M. Thouret, dont on a parlé précédemment. Seuls restaient au village les vieillards et les enfants au nombre de dix ; encore s'étaient-ils cachés dans une vigne voisine. Ils y furent surpris par une troupe de bleus qui les massacrèrent tous. Il y avait entre autres victime la grand'mère de Laucoin que l'on enterra avec les autres sans doute à l'endroit du massacre. Tous les ans la mère de Laucoin allait le soir de la Toussaint réciter son chapelet dans cet endroit. Un jour que les habitants de Pissot avaient pétri du pain et se préparaient à le mettre au four, les bleus les surprirent. Ils n'eurent que le temps de se sauver, abandonnant la pâte aux républicains. Ceux-ci furieux d'avoir manqué les habitants, et pour qu'ils ne retrouvent pas leur pâte, la répandirent de tous côtés aux alentours. Cependant, tellement la nourriture était rare, lorsque les habitants revinrent, ils prirent la peine de recueillir ce qu'ils purent de cette précieuse pâte et la firent cuire.

     

    LA GRANDE-VILLENEUVE, LE RONDAIS

     

    Voici ce que relate M. Boutin touchant ces villages : "Le village de la Grande-Villeneuve reçut souvent la visite des bleus qui marquèrent leur passage par le pillage et l'incendie. Les maisons devinrent la proie des flammes. Seul un hangar qui sert actuellement (il y a 70 ans) d'atelier à Beaugé, charpentier, échappa à la destruction générale. Ce hangar présente une forme de construction inconnue dans nos contrées : il ressemble comme genre aux maisons en bois de nos anciennes villes. Voici à quelles circonstances il doit d'avoir échappé à l'incendie : un certain nombre de personnes du village, surprises sans doute par l'arrivée imprévue des bleus, s'y étaient cachées et avaient fermé la porte sur elles. Pendant ce temps les bleus incendiaient le village, et ces personnes craignant avec juste raison qu'ils ne vinrent mettre le feu au hangar, employèrent la ruse suivante pour détourner leur attention ; elles mirent elles-mêmes le feu à la porte du hangar, de sorte que, quand les bleus passèrent devant ils se figurèrent que ce feu avait déjà été allumé par un des leurs et portèrent plus loin les fagots qui sans cette ruse auraient probablement servi à incendier le hangar. Puis à peine les bleus s'étaient-ils éloignés que les personnes enfermées dans ce lieu s'empressèrent d'éteindre le feu qu'elles avaient elles-mêmes allumé. Néanmoins, malgré tous leurs soins, le hangar courut de grands dangers puisque plusieurs pièces de bois qui servent de montants dans les murs ont été léchés et noircis par les flammes. Je tiens ces détails de Pierre Beaugé lui-même".

     

    Au témoignage de Pierre Pérocheau, du même village, la fureur des républicains se porta surtout sur les moulins de la Grande-Villeneuve et sur ceux du Rondais. La Grande-Villeneuve avait alors trois moulins et c'est même sous le nom de "village des trois moulins" qu'on le désignait dans le pays. Ces moulins et ceux du Rondais furent incendiés à plusieurs reprises, mais d'abord sans succès, car les femmes de ces villages, une fois les bleus partis, accouraient bien vite et éteignaient le feu. Quelques-unes d'entr'elles ayant été surprises un jour dans l'acte d'un tel crime, furent immédiatement arrêtées. On fouilla tous les alentours de la Grande-Villeneuve et du Rondais et les femmes qu'on y trouva furent amenées sous un cerisier dans un champ proche des maisons de la Grande-Villeneuve, puis massacrées sans pitié. On incendia ensuite les moulins, qui brûlèrent entièrement.

    Les habitants de ces deux villages allaient se cacher dans un bois près de la Jaubretière. On y avait porté un nombre considérable de lits.

     

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

    LA SEILLERIE, bien que située dans un épais bocage peu accessible fut comme les autres villages visité, pillé et incendié par les révolutionnaires. Les habitants se sauvaient dans la direction de la forêt de Grand'Landes, mais n'y entraient que si des hommes montés sur de grands arbres signalaient l'approche des bleus. Si au contraire ces hommes signalaient le départ de l'ennemi, les habitants rentraient vite combattre l'incendie de leurs demeures. Malgré ces précautions plusieurs personnes ne purent échapper au massacre.

     

    C'est toujours la même répétition à mesure que l'on parcourt les villages de la paroisse, puisque tous ont été incendiés et pillés et la plupart plusieurs fois.

     

    Ainsi LA GROLLE, bien que écartée des grands chemins, fut plusieurs fois victime de la visite des bleus. Au dire de Gabriel Fillâtre, 84 ans, dont la famille habitait ce village, les habitants durent fuir bien souvent les meurtriers, et se cacher même la nuit dans les champs. Il en fut de même du village et des habitants de l'YVERNOGERE, où tout passa par les flammes. On rapporte en particulier que la famille Musseau dut enfouir au pied d'un arbre pour les sauver ses papiers de famille.

     

    Un nommé Jean Trichet, du village de LA RIVIERE, a raconté à M. le Curé Boutin que l'incendie n'épargna aucune maison de ce village, qui alors en comptait une dizaine. Ses parents n'osaient rester dans leur maison en ruines que la nuit. De jour ils allaient se cacher dans le bois de Rochequairie qui était très fourré.

     

    LE PATIS et LA VIEILLE ROCHE eurent le même sort d'après le dit Trichet. Au rapport de Gilles Guittet, de la Boutière, un prêtre dont on n'a pas retenu le nom, aurait été caché à la Vieille-Roche chez la famille Guillon. Au Pâtis, une ou deux maisons auraient échappé à l'incendie. Une veuve Rambaud a raconté à M. Boutin que sa grand'mère avait été tuée dans la partie du village appelée la Barretière. Surprise par les bleus elle eut cependant le temps de cacher ses enfants, encore tout petits dans un mauvais toit à cochons. Les bleus la sachant fortunée lui demandèrent de l'argent ; sur son refus, ils se mirent à piller la maison. Or ils trouvèrent dans un meuble une cocarde blanche (insigne des combattants vendéens). C'en fut assez pour mériter la mort, et aussitôt d'un coup de fusil ils la tuèrent. Puis, quand les meurtriers furent partis, les enfants sortirent de leur cachette et allèrent à la recherche de leur mère qu'ils trouvèrent étendue, sans vie, au milieu de la maison. Parmi eux était, âgée de cinq ans, la future mère de la ci-dessus veuve Rambaud.

     

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

    Dans ces mêmes parages, ROCHEQUAIRIE, LA THIBAUDIERE et LA BOULOGNE subirent les mêmes ravages à l'exception toutefois du vieux château de Rochequairie, où un petit bâtiment seulement fut incendié, d'après Henri Chabot, dont la famille habitait et cultivait la métairie du château dès avant la révolution. - Au dire d'une femme Guittet, de la Thibaudière, un prêtre se cacha quelque temps dans ce village, et y dit la messe dans le grenier d'une maison située au bord de la route. - D'après Louis Rabaud, de la Boutière, dont les ancêtres habitèrent La Boulogne, ce village fut incendié et pillé comme les autres.

     

    LE GUÉ-AU-CHAUD, LA CROIX-BLANCHE, LA PÉCOULTIERE, qui forment, on peut dire, une seule et même agglomération, étaient bien placés sur le bord de la grand'route pour recevoir la visite des révolutionnaires et subir leurs méfaits. La proximité du camp des bleus, dans les vignes de Palluau, comme les allées et venues des troupes entre Legé et Palluau, firent que les incendies et les massacres y furent souvent répétés. Le Gué-au-Chaud fut même le théâtre d'un des premiers combats entre partisans de la Révolution et défenseurs de la religion. Ce fut le 12 mars 1793. Il y eut des morts. On connaît les noms d'une dizaine, tant de Saint-Etienne que de Palluau et de Legé. Ce combat était la suite de ceux qui avaient eu lieu les jours précédents à Legé et Palluau.

    Une femme âgée, Marie Péraudeau, Vve Lancoin, dont la famille habita la Pécoultière, a raconté qu'un certain nombre de personnes furent trouvées par les bleus enfermées dans une petite maison de la Pécoultière et qu'elles y furent brûlées vives. Sa mère avait vu les ossements calcinés des victimes. Son grand'père paternel, soldat dans l'armée de Charette, portait le drapeau orné de l'image du Sacré-Coeur dans une bataille près de St-Laurent-sur-Sèvre et y reçut une blessure mortelle.

     

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

    LA MERCERIE si près du bourg de Saint-Etienne, suivit à peu près le sort de celui-ci, c'est-à-dire qu'il subit maintes fois incendies et tueries. Elle fut entièrement brûlée, écrit M. Boutin, et une guerre à mort fut déclarée aux habitants, même les plus inoffensifs. Il cite plusieurs faits. Un jour les bleus surprirent une femme enfermée dans une maison avec ses jeunes enfants. Ils les fusillèrent. Cependant la mère échappa à la mort parce que, dès la première détonation, étant tombée comme morte de frayeur, les soldats la crurent réellement morte et la laissèrent. Après leur départ elle revint à elle et se releva couverte du sang de ses enfants. Un autre jour c'est une vieille femme très sourde qui, malgré les avertissements de ses voisins, suivait un sentier par lequel venaient des bleus, qui la tuèrent. Une autre fois, les bleus fusillèrent une femme, laissant deux orphelins : une fille de 7 ans et un petit garçon de 2 ans, qui ne se trouvaient pas avec elle. Mais la fille, voyant les massacreurs venir vers elle, prit son frère, le jeta dans le coin d'une masure découverte, pleine de grandes herbes, où il s'endormit, tandis qu'elle-même alla se cacher ailleurs. Après le passage des malfaiteurs, elle retrouva son frère. Ces renseignements et d'autres ont été donnés par Virginie Pénisson, femme Péraudeau, dont la famille habitait depuis longtemps la Mercerie. Elle dit aussi que le moulin de la Mercerie et le village des Vergnes furent incendiés.

     

    Ici s'arrêtera ce récit pitoyable de la vie à Saint-Etienne-du-Bois pendant les années révolutionnaires. Et ce ne sont là que quelques épisodes entre beaucoup d'autres, qui ont été oubliés ou n'ont pas été recueillis à temps. Si quelques petits villages n'ont pas été cités, cela ne veut pas dire qu'ils ont échappé au sort des autres, puisque c'est un point certain et historique que le bourg et tous les villages de St-Etienne-du-Bois ont été incendiés maintes fois et ont subi des massacres de leurs habitants, sauf la Tullévrière, qui bénéficia, peut-on croire, d'une protection spéciale, due à sa chapelle dédiée à la Sainte Vierge.

     

    Voici une liste longue, bien qu'incomplète, de personnes en majorité de Saint-Etienne, mises à mort, souvent cruellement massacrées au cours des années de la Révolution française : 1793 et suivantes. On peut considérer comme certain qu'un grand nombre d'entre elles ont été tuées parce que restées attachées à la Religion et sont entrées au Ciel comme martyrs, mais nous ne les connaissons pas :

     

    Louise Fleury, veuve Tardy, 40 ans, et Marie Thibault, veuve Lhéritaud, 40 ans. Toutes deux emmenées à Paris pour y être jugées, en même temps qu'un grand nombre de femmes de Palluau, Grand'Landes, Beaufou, Legé. Elles y furent condamnées à mort pour avoir été "les instruments et les complices des prêtres" (25 juin 1794).

     

    27) Pierre Traineau, 62 ans, laboureur, condamné à mort à Nantes, 6 janvier 1794, avec 200 autres.

    28) Louis Martineau, dit "Saint-Louis" sacristain, condamné et exécuté à Nantes le 24 août 1794.

    29) Jean Bayé, condamné à mort à Châteaubriant : 1er janvier 1794.

    30) Guillaume Julien, Alexandre Massé, 33 ans, Louis Jouheneau, 38 ans.

    31) Lachaize, notaire, les deux pères de cinq enfants, tous tués à Palluau les 11 et 12 mars 1793.

    32) Marie-Madeleine Delaunay, épouse de Jean Bossis, 60 ans, massacrée devant le portail de sa maison (maison Chaignon actuellement) au moment où elle s'échappait.

    33) Charles Leroy, 50 ans, "mort martyr pour la Religion", le 25 mars 1793, à la Mercerie

    34) Louis Bignon et Jean Orceau (32 et 40 ans), des Embardières, "tués le 18 octobre 1793 par les ennemis de la Religion".

    35) François Mignon, 36 ans, de la Renardière, tué le 23 avril 1793 à la Vivantière.

    36) Etienne Chabot, 6 septembre 1793.

    37) Jean Vincent, de la Mercerie, tué le 25 septembre 1795 à St-Cyr-en-Talmondais.

    38) Pierre Goëchon, tué aux Embardières, le 12 décembre 1795.

    39) Marie Charrier, mère, âgée de 48 ans, tuée aux Embardières

    40) Marie Charrier, fille, âgée de 20 ans, les deux tuées le 29 janvier 1795.

    41) Pierre Lachaize, 55 ans, et Pierre Lachaize, 48 ans, frères, tués aux Embardières le 8 février 1794.

    42) Marie-Anne Baudouin, épouse Barreteau, 70 ans, tuée aux Embardières le même jour.

    43) Jeanne Grelier, épouse Charrier, 20 ans, tuée aux Embardières le 12 février 1794.

    44) Jean Crété, 85 ans, tué au Fontenit le 13 février 1794.

    45) Jeanne Simonneau, tuée le 15 février 1794.

    46) Clément Bignon, 70 ans, tué au Fontenit le 18 février 1794.

    47) Louise Guillet, épouse de Mathurin Poingt, 70 ans, tuée aux Embardières le 18 février.

    48) Charles Pérocheau, tué le 21 février 1794 (veuf de Renée Pérocheau, tuée le 8).

    49) Pierre Péraudeau, 66 ans, tué le 22 février 1794 au Fontenit.

    50) Marie Babinot, veuve de Pierre Charrier, 72 ans, tuée au Chiron le 22 février 1794.

    51) Etienne Barré, charpentier, tué aux Embardières le 27 février 1794.

    52) Jean Barré, charpentier, tué aux Embardières le 27 février 1794

    53) Jean Péraudeau, 50 ans, tué à la Lande, le 3 mars 1794.

    54) Julien Royer, tué au bourg le 6 mars 1794.

    55) Jeanne Savariau, tuée à la Rotelière le 5 mars 1794.

    56) Françoise Rousseau, 62 ans, tuée le 9 mars 1794.

    57) Jacques Montassier, 60 ans, tué au bourg, même jour.

    58) Même jour, Marie-Anne Montassier, 22 ans

    59) Jean Musseau, 30 ans, tué le 6 mars 1794.

    60) André Potier, 60 ans, tué aux Embardières le 16 mars 1794.

    61) Pierre Yvernogeau, tué le 17 mars 1794.

    62) Marie Charrier, du Fontenit, tuée aux Embardières, le 23 mars 1794 avec 5 autres femmes

    63) Charles Charrier, son frère, 23 ans, tué au Fontenit le même jour.

    Six femmes, prises entre les Emérillères et le Rorthais, fusillées au pied du Moulin de Rochequairie.

    64) Femme Perrocheau, massacrée à la Grande-Villeneuve

    65 & 66) Femmes Angibaud et Alain massacrées à la Martinière.

    67) Femme Pénisson, massacrée à la Mercerie.

    68) Femme Rambaud, massacrée au Pâtis.

    69 ) Femme Lancoin, massacrée à Bel-Air.

    70 à 78) Neuf autres femmes de Bel-Air, massacrées un dimanche dans une vigne voisine.

     

    Enfin voici la liste de 22 personnes du village de la Tullévrière qui, prétendant fuir les bleus qui, croyait-on, venaient incendier le village, tombèrent entre leurs mains et furent massacrées à la Croisée des Mathes et enterrées au même lieu :

     

    79 & 80) Jacques Barré et Jeanne Vincent, sa femme.

    81 à 84) Marie et Marie-Anne Barré, leurs filles.

    85) Jeanne Pénisson, leur bru.

    86 & 87)Pierre Barré et Jean Barré, leurs fils.

    88 & 89) deux enfants Barré-Pénisson

    90) Marie Orceau, leur servante, âgée de 16 ans.

    91) Anne Braud, femme de Jean Prineau, 48 ans.

    92) René Devineau, 50 ans.

    93) Jeanne-Catherine Prineau, âgée de 7 ans.

    94) Jeanne Prineau, fille de Pierre Prineau et Jeanne Braud, âgée de 55 ans.

    95) Marie-Anne Tulièvre, âgée de 30 ans.

    96) Marie Boucard, veuve de Pierre Braud, 50 ans.

    97) Joseph Braud, époux de Anne Prineau, âgé de 45 ans.

    98 à 102) François Ballays, Jacques Orceau, François Tulièvre, Jeanne Gareau, Etienne Piberne.

    103) Pierre Braud, fils de Pierre Braud et de Marie Charrier, 60 ans, tué au mois de juillet.

    104 & 105) Puis deux officiers de l'Armée Vendéenne : Louis-Marc-Antoine Savin du Parc, officier vendéen, fusillé à Noirmoutier avec le général d'Elbée, âgé de 25 ans.

    106) Jean-René-François Savin, général divisionnaire de l'armée de Charette, pris à la Sauzais des Lucs et fusillé à Montaigu, comme on l'a vu dans le numéro de mars de ce bulletin.

     

    INCENDIE DE L'ÉGLISE

     

    Nous avons déjà vu que la paroisse de Saint-Etienne-du-Bois fut très éprouvée pendant les années de guerre de Vendée 1793-1794. Pour tout résumer en peu de mots : tous les villages, sauf celui de la Tullévrière, furent saccagés et incendiés et leurs habitants qui y furent trouvés vieillards, femmes, enfants, furent ou tués par les armes à feu, ou massacrés à coups de sabres, ou brûlés vifs dans leurs maisons ou leurs fours. Monsieur le chanoine Boutin, qui fut curé de Saint-Etienne depuis 1883 jusqu'à 1913, a fait dès le début de son pastorat une enquête dans tous les villages, interrogé tous les anciens de 60 à 80 ans, fils ou filles de ceux qui avaient été témoins de ces lugubres événements et a relaté dans la chronique paroissiale les détails recueillis sur chaque village. Cela remplit 20 grandes pages de 34 sur 22. Le bulletin en aurait pour toute une année à reproduire tout cela. Si je savais que cette publication ferait plaisir à beaucoup de lecteurs, je le ferais quand même.

     

    Pour aujourd'hui, je vais du moins donner, en le résumant, ce qui regarde le bourg. Les bleus y firent de nombreuses apparitions, bien que souvent la présence de la Division de Savin les protégeât. Ici comme ailleurs ils marquaient leur passage par des incendies et des tueries. Lorsque leur approche était signalée un même cri lugubre se répétait le long des rues : "Les bleus ! les bleus ! Tout le monde aux Tabarits !" "Les Tabarits" est le nom d'un lieu situé derrière la Renardière. A ce cri d'alarme les vieillards, les femmes, les enfants s'enfuyaient au plus vite au milieu des gémissements des uns et des pleurs des autres. Et au retour, après l'alerte, quel chagrin de trouver sa demeure saccagée, incendiée, quelques personnes qui n'avaient pas pu ou pas voulu partir, massacrées.

     

    Cependant les incendiaires furent assez longtemps sans s'attaquer à l'église paroissiale, faute de temps peut-être. Et pourtant toutes les églises des environs avaient été incendiées. Mais ce que les bleus n'avaient pas fait un habitant de St-Etienne même s'en chargea. Un jour, on n'a pas conservé la date, on vit le nommé D...., avec plusieurs soldats révolutionnaires, transporter tout un tas de fagots de fourmille vers l'église et l'introduire dans le clocher. Peu après on vit la fumée, puis les flammes sortir par les ouvertures du clocher. On entendit la charpente s'écrouler, puis du beffroi brûlé les cloches tomber et se briser avec fracas. La flèche en feu en s'affaissant sur la toiture de l'église communiqua l'incendie à tout l'édifice. Si bien qu'il ne resta de l'église que les murs. Et cet état de choses dura une dizaine d'années. Quand la paix fut revenue on recouvrit le choeur pour pouvoir y dire la messe, mais les fidèles y assistaient dans la nef à ciel ouvert. On n'avait pas le moyen d'en faire davantage.

     

    L'incendiaire était évidemment satisfait du résultat obtenu. Il voulut pourtant faire encore plus. Il y avait en-dessus la Violière, en la place où s'élève maintenant le calvaire de granit, une chapelle très ancienne dédiée à Notre-Dame de Belle-Croix, et qui, le 8 septembre de chaque année, était le but d'un pèlerinage très fréquenté. La chapelle de la Ste Vierge ne trouva pas plus que l'église grâce devant l'impie D.... Par le même moyen qu'à l'église, il y mit le feu. De la chapelle il ne resta que quatre murs qui, non restaurés pendant de longues années, s'écroulèrent peu à peu. Les derniers pans de murs qui restaient encore en 1841 furent démolis pour servir à construire les murs du nouveau cimetière.

     

    La chapelle de la Violière sur le cadastre de 1833

    Saint-Etienne-du-Bois dans l'horreur....

     

     

    AD85, Bulletins paroissiaux

    Saint-Etienne-du-Bois

    1955-1956-1957-1958

     


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    Le massacre des Landes-Génusson...

     

    Le blog de la "Maraîchine Normande" avait déjà évoqué ici l'histoire du curé Retailleau et récemment, celui de "Vendéens et Chouans" était revenu sur cette histoire.

     

    En complément de ces articles, nous diffusons ici quelques images d'un lieu méconnu, la croix du Massacre. Le 7 février 1794, la colonne infernale de Cordelier passe le pont de Chambrette et tombe sur 200 vendéens qui leur tirent dessus avant de prendre la fuite. Le lendemain, Cordelier fait son rapport à Turreau :

     

    " ... De mon côté j'ai été inquiété hier par deux cents brigands ; j'ai envoyé contre eux un bataillon d'infanterie et vingt chasseurs qui en ont tué une partie et fait fuir l'autre jusqu'à Bazoges.

    Ce bataillon s'est fort bien acquitté de sa mission ; il a incendié le bourg des Landes Génusson et ses dépendances, sans oublier le château, et a fusillé tous les hommes, femmes et enfans qui y étaient restés..." (Savary, t. III, p. 165).

     

    Cordelier va donc ramasser une centaine d'habitants, essentiellement des femmes et des enfants, dans le bourg et les pousser à coup de crosse jusqu'à l'entrée d'un champ le long de ce qui était à l'époque la route de Tiffauges. Douze personnes parviendront à s'échapper, les quatre-vingt-huit autres seront massacrées. Le bourg des Landes-Génusson sera bien entendu incendié comme on l'a vu avec le rapport de Cordelier.

     

    Plus tard, des ossements seront retrouvés et une croix sera élevée en mémoire des victimes. Pour plus de détails, voir l'article publié par la Maraîchine Normande ici.

     

    RL

    Août 2015

     

    L'IGN : la croix du Massacre indiquée par une flèche et l'ancienne route de Tiffauges surlignée. Il s'agit aujourd'hui d'un chemin sur sa plus grande partie.

     

    Le massacre des Landes-Génusson....

     

    Le massacre des Landes-Génusson....

     

    Erreur sur la plaque qui parle de la bataille de Fontenay...

     

    Le massacre des Landes-Génusson....

     

    Peut-être quelques morceaux de crânes sous ce verger...

     

    Le massacre des Landes-Génusson....

     

     

    Le massacre des Landes-Génusson....

     

     

    Les Landes-Génusson, en parcourant les registres d'état civil... 

     

     

    Mathurin Guicheteau s'est marié aux Landes-Génusson en 1785 avec Marie Roi, «  Il a passé la Loire avec l'armée Vendéenne au mois d'octobre 1793 et il a péri de l'autre côté de la Loire  »... ( vue n°18/31)

     

    André Bousseau, s'est marié aux Landes-Génusson en 1791 avec Marie Brochouère (Brochoir), «  Il a été tué à la bataille de Cholet en octobre 1793 en combattant dans l'armée Vendéenne ». ( vue n°18/31).

      Déclaration du 8 juin 1818 – 10 heures du matin.

     

    Le massacre des Landes-Génusson....

     

     

    Sources : Archives départementales de la Vendée, tous droits réservés, commune des Landes-Génusson , reconstitution d'actes (N,M,D, 1770, 1791 6 1815).

     

    Xavier Paquereau

    Janvier 2017

     

     


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    Jacques Brossier, François Siché et Claude Thévenon de Gesté (Maine et Loire) tués à la bataille de Rocheservière le 20 juin 1815

     

     

    Jacques Brossier, François Siché et Claude Thévenon, 1815....Jacques Brossier est né le 28 avril 1776 à Gesté. Il est le fils de Joseph Brossier, journalier et de Perrine Guérin et exerce la profession de charpentier au bourg de Gesté. Il épouse le premier juillet 1811 à Gesté, Marie Poilâne née le 25 mars 1779 à la Boissière du Doré. Son acte de décès est enregistré le 4 septembre 1815 à la mairie de Gesté.

     

    '' Le quatre du mois de septembre mil huit cent quinze par devant nous, Adjoint soussigné fesant les fonctions d'Officier de l'état civil de la commune de Gesté, canton et arrondissement de Beaupréau, département de Maine et Loire avons fait conformément à la loi la transcription de l'extrait mortuaire dont la teneur suit : Au nom des otorités civile de Rocheservière, je certifie que le nommé Charles Ardouin, journalier, âgé de trente et un an et Pierre Aireau, journalier, âgé de trente ans les deux demeurant au dit bourg de Rocheservière lesquels ont afirmé avec sincéritée en ma présence qu'ils avoient enterré eux-mêmes le nommé Jacques Brossier, charpentier âgé d'environ trente neuf ans, demeurant de son vivant au bourgt de Gesté qui a été tué à la bataile qui a u lieu dans le bourg le vingt du présent mois de juin dont les habillements ont été reconnu par le nommé Louis Brossier frère du défunt c'est pour quoi je certifie les faire cinsères et véritable, les témoins ont déclaré ne savoir signer à Rocheservière le 29 juin 1815, Artel présent pour le maire pour copie conforme. ''

     

    signé Lamprière adjoint

     

    Jacques Brossier, François Siché et Claude Thévenon, 1815....

     

    François Siché est né le 5 mars 1792 à Gesté. Il est le fils de Jacques Siché décédé le 10 thermidor de l'an 12 et de Marie Ménard. Il exerce la profession de fabricant-tisserand. Il épouse le 13 janvier 1813 à Gesté Jeanne Guérin, née le 7 janvier 1795, fille de Joseph Guérin tailleur d'habits et de Marie Anne Coiffard décédée le 20 pluviôse de l'an 11. Son acte de décès est enregistré à la mairie de Gesté le 4 septembre 1815.

     

    '' Le quatre du mois de septembre mil huit cent quinze par devant nous, Adjoint soussigné fesant les fonctions d'officier de l'état civil de la commune de Gesté, canton et arrondissement de Beaupréau département de Maine et Loire avons fait conformément à la loi la transcription dont la tenue suit : Au nom des ottoritées civile de la commune de Rocheservière, je certifie que le nommé René Hervé, journalier âgé de 49 ans et le nommé Mathurin Boucherau, journalier âgé de 55 ans les deux demeurant au dit bourgt de Rocheservière ont affirmé avec sincéritée en ma présence qu'ils avoient enterré eux mêmes le nommé François Siché tisserand âgé d'environ 24 ans demeurant de son vivant au bourgt de Gesté qui avoit étté tué à la bataille qui a eu lieu dans ce bourgt le vingt du présent mois de juin dont les habillements ont été reconnu par Pierre Jamin tisserand demeurant au bourg de Gesté beau frère du défunt, c'est pour quoi je certifie les déclarations cincère et véritable les deux témoins ont déclaré ne savoir signer. À Rocheservière le 29 juin 1815. Artel présent pour le maire pour copie conforme''

    Signé Lamprière adjoint.

     

    Jacques Brossier, François Siché et Claude Thévenon, 1815....

     

    Claude Thévenon-Tévenon, charpentier, âgé de 40 ans et un témoin, Victor Thévenon son frère. Un problème pour identifier Claude Thévenon car cette famille est inconnue à Gesté et ce nom de famille n'est pas de consonance locale. C'est une famille de scieurs de long originaire de la région de Cheverny dans le Loir et Cher.

     

    En effet, Victor-Jean Thévenon se marie à Tillières le 25 janvier 1810 où il exerce la profession de scieur de long-routier. Il est né à Cellettes le 28 juillet 1784 et est domicilié à Gesté. Il est le fils d'Etienne Thévenon, scieur de long, et de Anne Bara décédée à Cellettes le 17 novembre 1807. Est présent à son mariage Claude Thévenon, 34 ans, domicilié à Gesté et également scieur de long, frère de l'époux. Claude Thévenon est né le 19 juillet 1775 à Cellettes (Archives Départementales du Loir et Cher).

     

    '' Le quatre du mois de septembre mil huit cent quinze par devant nous adjoint soussigné fesant la fonction d'officier de l' état Civil de la commune de Gesté canton et arrondissement de Beaupréau departement de maine et Loire avons fait conformément à la loi la transcrition de l'extrait mortuaire dont la tenu suit, Au nom des ottoritées civil de la commune de Rocheservière, je certifi que le nommée Mathurin Banchereau journalier âgé de 50 ans et de Charle Ardouin journalier âgé de 31 ans, les deux demeurant au bourg de Rocheservière lesquels ont affirmé avec cinsérité qu'ils avoient eux même enterré le nommé Claude Tevenon charpentier âgé d'environ quarante ans demeurant de son vivant au bourg de Gesté qui a été tuer dans ce bourg le 20 du mois de juin dernier à la bataille qui a u lieu au dit bourg de Rocheservière dont les habillements ont été reconnu par le nommé Victor Tévenon frère du défunt, C'est pourquoi je certifie les déclarations cinsère et véritable les témoins ont déclaré ne savoir signer à Rocheservière ce 29 juin 1815. Artel présent pour le maire pour copie conforme.

     

    Signé Lamprière adjoint.

     

    Jacques Brossier, François Siché et Claude Thévenon, 1815....

     

    Sources : Archives Départementales du Maine et Loire – commune de Gesté (vues 32 et 33).

     

    Xavier Paquereau pour Chemins secrets

     

     

     


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    Pierre Rué, vicaire de Saint Germain de Bourgueil

     

    Prêtre réfractaire guillotiné à Poitiers 14 nivôse de l'an II

     

    Sa déclaration au District de Loudun

     

     

     

    Jugement de l'abbé Rué....«  Le dix-neuf frimaire, l'an deuxième de la République française, une et indivisible, a comparu au district de Loudun le citoyen Pierre-Jean-Gabriel-Toussaint Rué, prêtre natif de la communauté de La Chapelle-Blanche, district de Langeais, département d'Indre et Loire, fils de Pierre Rué, boulanger et de Louise Morand, de la commune de la Chapelle-Blanche,âgé de trente neuf ans, de la taille de cinq pieds deux pouces, cheveux et sourcils châtains, les yeux bleus, nez aquilin, bouche moyenne, menton rond, visage ovale et plein, barbe châtaine mêlée de gris. Lequel adit qu'à l'époque de mil sept cent quatre vingt neuf, il étoit vicaire de la paroisse de Saint-Germain de Bourgueil, canton de Bourgueil, district de Langeais, département d'Indre-et-Loire ; que, n'ayant prêté aucun des serments requis par les lois, il s'est retiré depuis le huit may mil sept cent quatre-vingt-onze jusqu'au douze août mil sept cent quatre-vingt-douze dans les districts de Langeais et Chinon, et depuis le douze août dans ce district où il s'est tenu caché jusqu'à ce jour. Qu'ayant appris qu'il existe un décret rendu par la convention nationale les vingt-neuf et trente de vendémiaire qui porte (art 10) que les ci-devant évecques, vicaires, etc..., qui n'auront pas prêté le serment prescrit par l'article 39 du décret du 24 juillet 1790, et réglé par les articles 21 et 38 de celui du 12 du même mois et par l'article 2 de la loi du 29 novembre de la même année, sont déclarés sujet à la déportation, jugés et punis comme tels, et (art 14) que les écclésiastiques mentionnés en l'article.10 qui, cachés en France, n'ont point été embarqués pour la Guianne française, seront tenus, dans la décade de la publication du présent décret, de se rendre auprès de l'administration de leurs départements respectifs qui prendront les mesures nécessaires pour leur arrestation, embarquement et déportation, et désirant obéir à cette loi, il se présente à cet effet à cette administration, dont acte, et a signé, Signé : P. Rué, prêtre.

     

    Demandé au comparant chez qui il a demeuré, chez qui il s'est retiré dans le district de Langeais.

     

    A déclaré qu'il a demeuré chez le citoyen Rué, son père, boulanger, à la Chapelle-Blanche, jusqu'à l'époque du dix-sept février mil sept cent quatre-vingt-douze, qu'à cette époque il se rendit en la commune de Chinon chez l'abbé Micheau, chez lequel il est resté jusqu'au cinq mars mil sept cent quatre-vingt-douze, que de là il se rendit dans la commune de Faye-La-Vineuse, district de Chinon, chez l'abbé Mottet, ex-chanoine dudit lieu, jusqu'au douze août mil sept cent quatre-vingt-douze, époque à laquelle il est venu en ce district.

     

    A lui demandé dans quelles maisons et chez quels citoyens il a demeuré jusqu'à ce jour.

     

    A répondu qu'il ne peut être le dénonciateur de ceux qui ont eu des bontés pour lui.

     

    A lui demandé pourquoi il a préféré de venir en ce district plutôt que de se rendre dans le département d'Indre et loire ou dans celui de la Vienne.

     

    A répondu que c'est qu'il étoit en ce district lors de la publication de la loi des 29 et 30 vendémiaire.

     

    Lecture faite au dit Rué de ses différentes réponses, a déclaré icelles contenir la vérité, ni vouloir ajouter excepté que, lors de la publication du décret du 26 Août relatif à la déportation des prêtres insermentés, il fit demander par un de ses frères, le treize septembre mil sept cent quatre-vingt-douze, à la municipalité de Faye-La-Vineuse, district de Chinon, un passeport pour se rendre au chef-lieu du district et exécuter les dispositions de la loi susdattée. Lequel passeport lui a été refusé, ainsi qu'il le justifie par une lettre sans date qu'à écrite le citoyen Guist, procureur de la commune de Faye, au citoyen Martin, habitant du dit Faye. Laquelle lettre il a représentée, et lui a été remise après avoir été paraphé et nevarietur par le citoyen Canuel et a le dit citoyen Rué signé : P,Rué, prêtre.

     

    Vu les comparutions et déclarations cy-dessus ; considérant que les réponses du dit Rué et de son refus formel à déclarer les personnes chez lesquelles il a été caché depuis le 12 août 1792, on peut en inférer qu'il est rentré sur le territoire de la République après en être sorti, et que par là il se trouverait dans l'application de l'article 5 de la loi du 29 et 30 vendémière, l'administration arrête qu'il sera consigné dans la maison d'arrêt de cette commune, pour être dès demain conduit de brigade en brigade en la maison de justice du tribunal criminel de Poitiers, auquel sera adressé copie du présent, ainsi qu'au département d'Indre et Loire, afin qu'il conoisse les personnes qui ont donné refuge au dit Rué.

     

    A Loudun, le dit jour dix-neuf frimaire, l'an 2 de la République française une et indivisible.

     

    Les administrateurs du district de Loudun. Signé :en la minutte : Canuel, Bertheault, Debreou, Tardiveau et Cabri.

     

    Pour copie conforme : Cavri (sic)

     

    Vu au district de Loudun, le 20 frimaire, l'an II de la République française une et indivisible.

     

    Canuel Ernault

     

    ( sceau du district) Par les citoyens administrateurs :

    Cavri (sic)

     

     

    Avis donné de Loudun, le 20 frimaire an II au président du tribunal criminel de Poitiers que Rué est conduit par des gendarmes dans la maison de justice de ce tribunal où on fera statuer à son égard ce qu'il appartiendra.

     

    (Archives départementales de la Vienne, Tribunal criminel. Liass

     

    Jugement du Tribunal criminel de la Vienne

     

    Sentence de Mort

     

     

    Du 14e jour de nivôse, an second de la République française.

     

    Au nom de la République française une et indivisible.

     

    Le tribunal criminel du département de la Vienne.

     

    Vu le procès-verbal de la déclaration du nommé Rué, en date du dix-neuf frimaire dernier, faite aux administrateurs du district de Loudun, et joint l'interrogatoire du dit Rué, pris sur les dits administrateurs le même jour, en bas duquel est le mandat d'arrêt prononcé contre le dit Rué par les mêmes ;

     

    Vu pareillement la lettre des membres composant la dite administration adressée au citoyen accusateur public du tribunal en date du vingt-quatre frimaire dernier

     

    Attendu qu'il résulte de la déclaration du dit Rué qu'il étoit vicaire de la cy-devant paroisse de Saint-Germain de Bourgueil, canton de Bourgueil, district de Langeais, département d'Indre et Loire, qu'il n'a pas prêté le serment prescrit par l'article trente-neuf du décret du vingt-quatre juillet mil sept cent quatre-vingt-dix et réglé par les articles vingt et un et trente-huit de celui du douze du même mois et par l'article deux de la loi du vingt-cinq novembre de la même année, ni celui de la Liberté et Egalité prescrit par les lois du quatorze août mil sept cent-quatre-vingt-douze et vingt-un avril dernier :

     

    Que, compris dans l'article six du décret des vingt-neuvième et trentième jour du premier mois de l'an second de la République, il ne s'est pas présenté dans la décade de la publication du dit décret à l'administration de son département.

     

    Que, sur le refus qu'il a fait d'énoncer le lieu de sa résidence depuis le douze du mois d'août mil sept cent quatre-vingt-douze jusqu'au dix-neuf frimaire dernier, il est fortement soupçonné d'avoir résidé avec les brigands de la Vendée.

     

    Le tribunal :

     

    Après avoir entendu l'accusateur public dans ses conditions et déclaré que le dit Rué est convaincu d'avoir été sujet à la déportation ;

     

    Ordonne, conformément à l'article cinq de la loi des vingt-neuf et trentième jour du premier mois de l'an second de la République, que Pierre-Jean-Gabriel-Toussaint Rué, natif de la commune de La Chapelle-Blanche, district de Langeais, département d'Indre et Loire, vicaire de Saint-Germain de Bourgueil des sus dits district et département, sera dans les vingt-quatre-heures livré à l'exécution des jugements criminels et mis à mort (1)

     

    (1) Le nommé Pierre Delourme, journalier, fut condamné avec lui, ce même jour)

     

    Ordonne que, conformément à l'article seize de la même loi, les biens du dit Rué sont et demeurent acqui au profit de la République.

     

    Ordonne enfin que le présent jugement sera exécuté à la diligence de l'accusateur public près le tribunal ; au surplus imprimé au nombre de cent cinquante exemplaires, affiché dans tous les chefs-lieux de district et de canton de ce département.

     

    Fait et prononcé en la salle d'audience publique du tribunal criminel du département de la Vienne par nous Pierre-Jean Planier, président, en présence du citoyen Etienne-Hilaire Morlon, juge au tribunal du district de Poitiers, Pierre-Alexis-Auguste Durand, juge au tribunal du district de Loudun, Alexis-Jean Bigommier, juge au tribunal du district de Poitiers, faisant pour le citoyen Jean-Hilaire Papillault, juge au tribunal du district de Châtellerault, détenu au lit pour cause de maladie grave, les deux premiers juges ci-dessus dénommés juges en ce tribunal pendant le présent trimestre de nivôse, en encore en présence du citoyen Joseph Molet, accusateur public, qui ont soussigné la minute du présent jugement, à Poitiers, le quatorzième jour de nivôse, seconde année de la République française une et indivisible, la première de la mort du tyran, sur l'heure de midi.

     

    (Archives du greffe de la cour d'appel de Poitiers)

     

     

    sources : Les fastes de Bourgueil ses gloires de Georges Coupard – collection dirigée par M. G Micberth – 2008 – Crédit photo – Autel de l'église Saint Germain de Bourgueil -blogue « Gardien du Passé ».

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets.

     

    Eglise Saint-Germain de Bourgueil, gardienne du passé

     

    Jugement de l'abbé Rué....


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  • Pierre Rué, vicaire de Saint Germain de Bourgueil

     

    Prêtre réfractaire guillotiné à Poitiers 14 nivôse de l'an II

     

     

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....Pierre-Jean-Gabriel-Toussaint Rué est né à la Chapelle Blanche, aujourd'hui la Chapelle sur Loire (Indre et Loire). Il est le fils du sieur Pierre Rué, marchand boulanger et de demoiselle Gabrielle-Louise Morand sa légitime épouse, Il est baptisé le 31 octobre 1754 et a pour parrain le sieur Jean-Louis Morand maître chirurgien, son oncle et pour marraine demoiselle Gallois, sa grand-mère, épouse de sieur Pierre Morand, maître chirurgien.

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    En 1791, il ne prête pas le serment constitutionnel. « Le clergé Angevin s'étant déclaré de façon unanime contre la constitution civile et le serment exigé par la constituante, qui, oublieuse de sa proclamation touchant la liberté de conscience, traita avec rigueur les prêtre fidèles à leur foi et les persécuta. L'abbé Rué est donc réduit à chercher asile dans les familles chrétiennes du pays après la publication de la loi de déportation. Nous aimerions connaître tous les noms de ces nobles familles pour vanter leur mérite, car en dehors des tracas que suscite la crainte, la peine de mort étant de par la loi le châtiment réservé à quiconque abritait un prêtre sous son toit.

    En décembre 1793, les persécuteurs de la Religion font rechercher les prêtres réfractaires avec promesse de récompense (cent francs par tête) pour les dénonciateurs. Craignant toujours non pas pour lui, mais pour les personnes chez qui il résidait, les suites d'une dénonciation, il obéit au décret des 29 et 30 vendémiaire, et se présenta au district de Loudun où il subit un interrogatoire. Décrété d'arrestation, il fut conduit sans retard à Poitiers, où, suivant en cela les procédés expéditifs du Tribunal révolutionnaire de Paris, le Tribunal criminel de Poitiers condamna le prêtre fidèle, coupable d'avoir rempli son ministère, selon sa conscience, à la peine de mort le 14 nivôse de l'an II, sentence qui fut exécutée dans les vingt-quatre heures (3 janvier 1794) ».

     

    Avant de suivre les pas de Monsieur L'abbé Rué vers la ''grotte'' du Moulin de Gravot où il célébra la messe ; nous devons souligner que jusqu'au jour où il quitta la paroisse Saint Germain de Bourgueil, il exerça en secret les fonctions de son ministère. «  Il consacrait et rompait le pain, catéchisait, baptisait, entendait les confessions, bénissait les unions, consolait les mourants et la nuit se rendait bénir les tombes. D'après le témoignage de personnes vénérables pendant la révolution on célébra les Saints Mystères aux Averries dans la maison occupée alors par Mr Amirault-Rigault, au Sablon chez Mr Jean Mary, et dans la maison dite « La paternelle » située dans le bas de Pavée appartenant à Mr Pierre Moisy, tisserand, surnommé ''Trividi'', au lieu-dit la Guerrière et aussi dans une grotte située non loin du Moulin de Gravot où l'on a cru reconnaître la place de l'autel et où comme au temps de la primitive église les chrétiens se rendaient en cachette dans le plus grand silence.

     

    Nous voudrions avoir plus à dire sur ce Martyr de la foi, dont la présence à Bourgueil durant les mauvais jours était pour les fidèles un puissant réconfort et dont le dernier supplice causa dans leurs rangs une profonde émotion.

     

    Disons tout de suite à la louange des habitants de Bourgueil qu'ils étaient peu enthousiastes pour les idées religieuses nouvelles et que le curé constitutionnel avait peu de succès, L'évêque intrus d'Indre et Loire n'en eut pas davantage lorsqu'il vint pour donner la confirmation : on ne voulait pas recevoir ce sacrement des mains d'un évêque schismatique et lui-même se plaignit de la froideur avec laquelle il avait été accueilli, Au point de vue civil, les habitants négligeaient de porter la cocarde et un ordre parut invitant les autorités à réprimer ''ce genre de brigandage''. Il est dit aussi que par force l'on emmenait les gens adorer la déesse raison. Ce genre de culte fondé par Chaumette, enrayé par Robespierre qui était déiste, s'était établi ici vers la mi-novembre 1793 et fut le signal d'une ardente persécution.

     

    L'abbé Rué a laissé un testament d'une piété touchante et on ne peut le lire sans en éprouver quelque émotion, Les dernières paroles de ce digne prêtre, de ce Martyr sont une preuve de l'attachement que Bourgueil avait et continue d'avoir pour ses pasteurs, en même temps que ses suprêmes conseils et ses suprêmes espoirs attestent sa grande affection pour la paroisse de Bourgueil ».

     

    Le testament de M, Pierre-Gabriel-Toussaint Rué, prêtre, vicaire de Bourgueil

     

    '' Au nom du père, du fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

    Aujourd'hui, vingt sixième jour d'octobre mil sept cents quatre vingt treize. Craignant d'être surpris par la mort, qui dans ces jours de désolation menace plus particulièrement les prêtres qui persistent à conserver la Foi et la Communion de l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, soumis à la juridiction spirituelle de ses Pasteurs légitimes et spécialement de son Chef, vicaire de Notre Seigneur Jésus-Christ en terre ; j'ai résolu de laisser par écrit mes dispositions envers Dieu, mes supérieurs, mes parents, mes amis et mes ennemis.

     

    I. Envers Dieu. Je renouvelle les promesses qu'on a fait pour moi à mon baptême et que j'ai ratifiées bien des fois dans ma vie. Je renouvelle aussi celles que j'ai fait à mon entrée dans la cléricature, de le choisir pour mon héritage et de me dévouer au service de son Eglise ; je le prie instamment de me pardonner toutes les fautes que j'ai commises dans les différents états par lesquels sa providence m'a fait passer ; celles qui pressent le plus ma conscience c'est d'avoir assisté à la fédération du 14 juillet 1790, et d'avoir publié quelques décrets injustes et impies.

    Quoique mes péchés deveraient éloigner de moi toute miséricorde, j'espère néanmoins que Dieu voudra bien avoir pitié de moi et me recevoir dans son saint Paradis, par les mérites de mon Sauveur Jésus-Christ, par l'intercession de sa Bienheureuse Mère, la très Sainte-Vierge Marie, et par celles de mes Saints Patrons et de tous les Saints. Je demande encore à Dieu quelqu'indigne que j'en sois, toutes les grâces dont j'aurai besoin pendant le reste de ma vie, et surtout celle de mourir dans son amour, en scellant de mon sang mon attachement à sa loi, si sa providence daigne mettre ma fidélité à cette épreuve.

     

    II. Envers mes supérieurs écclésiastiques. Je déclare que je veux être jusqu'à mon dernier soupir soumis à leur autorité, reconnaissant dans le Souverain Pontife la primauté d'honneur et de juridiction qui est de droit divin, et que le schisme de nos jour voudrait en vain lui ravir. Je reçois et je respecte tous les Brefs, Bulles et Constitutions qui viennent de lui et dont l'authenticité ne m'est nullement suspecte. Je renouvelle la promesse d'obéissance, de respect à mon Evêque légitime (aujourd'hui M. Couet du Viviers de l'Orris) ; en cas de vacance, au chapitre de sa cathédrale et à ses successeurs légitimes institués.

     

    III. Envers mes parents. Je désire bien sincèrement avoir la consolation d'embrasser mon cher père et ma chère mère, avant de mourir ; quelque pénible que la vie puisse être pour moi , je désire que Dieu me la prolonge jusqu'après leur décès , afin qu'ils n'ayent pas encore le chagrin que leur causeroit ma mort ; c'est bien trop de les avoir tant et si souvent contristés dans le cours de ma vie, surtout mon cher père, à qui je me reproche d'avoir quelquefois parlé durement pour lui représenter des torts que mon orgueil seul me faisait appercevoir en lui ; s'ils ont eu assez de bonté pour me pardonner à l'instant même que je les ai affligés, je me crois encore assez assuré de leur tendresse pour croire que je n'ai pas perdu leur amour ; je les en remercie et les prie de me le conserver. Il y a deux circonstances dans ma vie dont le souvenir ne m'a jamais quitté pour bien longtemps ; la première est une méchanceté noire que je me suis permise envers mon frère Honoré en le frappant bien durement lorsqu'il n'avait guère plus de quatre ou cinq ans. La bonté avec laquelle il me pardonna sur le champ fut un trait bien propre à me faire sentir la noirceur et la honte de mon procédé ; c'est aussi ce qui depuis ce tems là a souvent excité ma confusion et mon repentir. La seconde est d'avoir, par dépit et par vengeance, fait faire à pied une longue route à mon frère Brice à l'âge de quinze ans. Je les prie tous deux de ne se souvenir de ces fautes que pour être sensibles à la peine que j'en ressens, et me les pardonner . Je ne me rappelle rien de semblable à l'égard de mes autres frères et sœurs ; j'ai pu souvent les humilier par des reproches trop durs (surtout à mon frère André) ; je les prie tous de croire que je n'ai jamais été animé que du désir de leur bonheur ; si je me suis trompé dans le choix des moyens, mes motifs ont toujours été purs. Je prie Dieu qu'il leur donne des jours paisibles et qu'il les préserve des malheurs du schisme. Je les invite eux-mêmes à s'en rendre dignes, surtout les deux que j'ai tenu sur les fonts du baptême. L'amour particulier que j'ai toujours eu pour mon cher Joseph n'a jamais porté préjudice aux autres ; je désire qu'il se tienne en garde contre l'entêtement, auquel il me semble qu'il a du penchant, et le prie de ne pas s'offenser de ce petit avis, qui sera le dernier que je lui donne.

     

    IV. Envers mes amis. En commençant cet article, une foule de noms se présente à mon esprit, c'est ici une de mes peines de ne pouvoir les mettre sur le papier, je me refuse ce plaisir pour leur épargner les disgrâces qui pourraient leur arriver si mes sentiments étaient connus. Je désire qu'ils me tiennent compte de ce motif, et qu'ils suppléent eux-mêmes à mon silence forcé. Je remercie bien sincèrement ceux qui ont eu des bontés pour moi, et je prie Dieu de les en récompenser.

     

    Pauvres enfants de Bourgueil, vous surtout qui m'avez donné des marques si touchantes de votre attachement, je ne puis finir sans vous dire un mot ; mon plus grand tourment est d'être séparé de vous ; quelques multipliés que soient les sujets de mes peines, je serois heureux, si je les souffrois au milieu de vous ; quelqu'affreuse que soit la destinée qui m'attend, elle m'effraie moins que les malheurs qui vous menacent ; si vous croyez que j'aie quelques droits à votre amour et à votre reconnaissance, vous y satisferez dans la personne de vos pères et mères ; aimez-les parce que vous le devez, aimez-les encore pour me continuer votre amour, et pour m'acquitter envers eux de toutes les bontés qu'ils ont eues pour moi ; puisse l'esprit en paix, d'union et piété régner toujours parmi vous ! Puisse le schisme ne jamais vous séparer du troupeau de Jésus-Christ ! Puisse toute la paroisse conserver le Foi et en remplir les œuvres ! Voilà mes derniers vœux pour vous, ils seront dans mon cœur à l'instant ou j'expirerai et ils m'accompagneront jusque devant le trône de l'Eternel, si j'ai le bonheur d'y avoir place ; je ne crois pas vous avoir jamais enseigné autre chose que la vérité ; vous pouvez donc en toute confiance vous en tenir aux avis que je vous ai donnés.

     

    Je n'ai pas les mêmes raisons de craindre de nommer ici mon curé et mon confrère ( Monsieur Benoît, curé et Pierre Abellard vicaire, avaient refusé de prêter le serment) ; j'ai pu leur faire quelquefois de la peine, je les prie de me pardonner ; je leur doit ce témoignage que je n'ai jamais éprouvé de disgrâce de leur part si ce n'est celles que je me suis attirées par mon orgueil, ou que des intentions si pures et amicales leur ont persuadé être avantageuses pour moi. Que la providence ne les perde jamais de vue, dans quelques endroits qu'ils soient ! Qu'après leur longue peine, ils retrouvent le repos et le bonheur dont ils sont dignes ! Que leur zèle déjà si grand s'accroisse encore dans la persécution et que les brebis que le Souverain Pasteur leur a confiées en éprouvent les heureux effets ! Je voudrois bien prolonger cet article, il faut me taire ; un plus long détail pourrait nuire à tous ceux qui m'ont accueilli, je désire au moins que tous sachent ma reconnaissance, et qu'ils me sachent gré de ne les pas nommer.

     

    V. Mes ennemis... En ai-je ? Je déclare que je ne conserve de ressentiment contre aucun de ceux qui m'ont nui ou qui m'ont voulu nuire. Je pardonne tous les procédés injustes qu'on s'est permis contre moi. La calomnie ne m'a pas épargné ; je prie Dieu de pardonner à ceux qui l'on inventée comme je leur pardonne moi-même, elle me pousuivera peut-être jusqu'au trépas ; je ne la crains que parce qu'elle pourroit nuire au salut de ceux qui la feroient ou de ceux qu'elle pourroit séduire. Pour obvier à ce malheur, je ne crois point déplacé de rendre compte des motifs qui m'ont empêché de faire le serment civique. L'âme déchirée de douleur à la vue des malheurs de ma Patrie, j'aurois fait tous les sacrifices pour les arrêter ou les diminuer ; c'est dans toute la sincérité de mon cœur que j'en fait la protestation, elle ne ressemble pas à toutes ces flagorneries qui font des dupes à la journée. Si le serment n'eût eu pour objet que des choses temporelles, ou que, dans les objets spirituels, il n'eût point été contraire à la foi, j'aurois fait le sacrifice de mes opinions particulières pour suivre le désir de mes concitoyens ; mais j'ai connu très clairement que le serment n'avait point ces conditions et je me suis vu forcé de le refuser. Je ne me suis jamais un seul instant repenti de ce refus, et j'espère que Dieu me fera la grâce d'y persister jusque sous le couteau des bourreaux ; je la demande instamment et j'invite tous mes amis à la demander pour moi. Si jamais la crainte ou la foiblesse me faisoient agir contre cette résolution, je déclare d'avance que ce changement ne deveroit point ébranler le courage de ceux qui se sont maintenus dans la communion de l'Eglise Catholique ; ils deveroient me plaindre et apprendre par mon exemple à se défier d'eux mêmes, mais j'espère que Dieu me préservera d'un si grand malheur.

     

    Je déplore bien sincèrement la chute d'un grand nombre de chrétiens que le schisme a séparés de nous ; puisse Madame Bonneau, en particulier, apprendre combien la sienne m'a causé de douleur ! Je lui pardonne de tout mon cœur ce qu'elle a dit et fait contre moi ; je pardonne de même à tous ceux qui ont déposé contre moi ; je les plains et je prie Dieu de leur faire miséricorde et de les ramener à l'unité.

     

    Je ne donne rien, parce que je n'ai rien tout ce qui est à ma disposition,ne m'appartient que pour l'usage.

     

    Je prie celui ou celle qui sera porteur de mon présent testament d'en donner connaissance à mes parents et aux habitants de la paroisse de Bourgueil aussitôt qu'il aura appris mon décès ou ma sortie de France pour la déportation en pays étranger. Que le Dieu tout-puissant bénisse la France, qu'il y ramène la paix et la religion ! Que tous les Français oublient leurs divisions ! Qu'ils ne fassent tous qu'une même famille de frères ! Ce sont mes vœux et mes espérances. Je ne suis pas digne de voir de si heureux changements ; mais, si je péris avant qu'ils soient arrivés, je mourerai dans la ferme confiance qu'ils arriveront après mon décès.

     

    Fait au diocèse de P.... le 26e jour d'octobre 1793. (signé) Pierre-Jean-Gabriel-Toussaint Rué, prêtre. *

     

    * Le testament olographe de Pierre Rué fut remis entre les mains de membres de sa famille, dans laquelle il resta jusqu'en 1908. Son arrière nièce Mademoiselle Lucie Sirotteau qui habitait la propriété de Monsieur E. Bienvenu, ancien hôtel de la Galère, décédée plus qu'octogénaire, le donna à Monsieur le Curé de Bourgueil ; il est maintenant conservé dans les archives paroissiales ».

     

     

    Sources : Archives Départementales d'Indre et Loire – Les fastes de Bourgueil ses gloires de Georges Coupard. Collection dirigée par M.G Micberth – MONOGRAPHIE DES VILLES ET VILLAGES DE FRANCE – 2008.

     

     

    Xavier Paquereau pour Chemins Secrets.

     

    Quelques lieux fréquentés par l'abbé Rué :

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil.... 

     

    Maison ayant appartenu à François Rabelais en face du moulin Gravot. Le Moulin Gravot est invisible de la route et du chemin.

     

    L'Abbé Rué, vicaire de Bourgueil....


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