•  

     

    Mon village au clair de Lune ...

     

    Le soir tombe sur le pays vendéen. Une cloche sonne dans le lointain. Ce son grêle porté par le vent est là pour rappeler au vieux pays quelle est son identité et quels sont les fondements de toute notre civilisation. Oh ! bien sûr, dans ce village, il n'y a pas grand chose à voir, mais attendez donc que je vous en parle un petit peu.

    C'est tout d'abord une vieille église avec quelques chapiteaux et modillons grimaçants du XIIIème siècle auxquels personne ne fait jamais attention. Aucune valeur pour la pauvre église, refaite au XIXème siècle après les incendies et son clocher paraît bien anachronique. Pourtant il sonne, il marque la présence, l'âme du village autour duquel s'étaient groupées quelques maisons, avant que quelque hideux lotissement aux bâtisses blanchâtres ne sorte des champs pour justifier un soi-disant progrès, symbole même de l'inculture et de l'ignorance. Et pourtant, quand le soleil brille au-dehors, les vitraux de mon église resplendissent. Un Christ en gloire, un Saint-Hilaire aux traits sévères sur un fond de bleu profond, des couleurs si attrayantes que l'oeil ne peut s'en détacher comme un avant-goût des lumières divines. Et puis, il y a l'autre vitrail ... celui qui raconte. 93, Oh ! mon Dieu ... Rares sont les fidèles d'aujourd'hui qui le regardent encore et seuls quelques touristes à demi-égarés en prennent une photo vite oubliée au fond d'un tiroir. La République en repentance pour des femmes enceintes éventrées, pour des enfants embrochés ? Allons donc, bien naïfs sont ceux qui s'imaginent qu'elle va se remettre en question. Comment le ferait-elle d'ailleurs sans remettre en cause ses propres raisons d'exister ?

     

       Ah ! Oui, je vous parlais de mon village, quoi vous dire encore sur ce village tombé sous le joug du soir pendant que j'écris. Là-bas, au fond du chemin on dit qu'il y avait un prieuré. Les paysans ont cassé la salle capitulaire pour y mettre leurs récoltes et on peut trouver encore, à ce que l'on dit, un morceau de colonne du cloître quelque part dans une vieille grange à demi-écroulée. Comme c'est dommage, il ne reste que l'entrée ogivale de la maison qui rappelle la vocation première du lieu, à une époque où le village lui-même n'existait pas. Et le château ? Ah ! Oui, le château ... Le vieux manoir féodal sert aujourd'hui de dépendance pour la demeure actuelle. Des gloires incendiées du passé subsistent encore un bout d'escalier branlant et une cheminée suspendue au-dessus du vide, émergeant du lierre et de son étouffante étreinte. Mais vous savez les propriétaires ne sont pas souvent là, souvent partis à Paris pour leur travail ou leurs occupations. Et le dernier curé du village ? Enterré dans le cimetière, depuis bien longtemps ; à notre époque les villages n'ont plus besoin de prêtres. Ce qu'il leur faut, ce sont des trottoirs neufs, du béton et des pelleteuses. Cela donne une impression de vie et ça permet de liquider les budgets. Et puis quoi faire d'un prêtre dans une église où personne ne met jamais les pieds ? Ne vaut-il mieux pas entretenir le stade de foot pour la grande messe païenne du dimanche après-midi ? Oh ! non, monsieur, mon village ne draine pas les foules assoiffées de découvertes, mais pourtant je pourrais vous raconter l'histoire de chaque chemin et de chaque ferme. L'histoire du vieux chêne creux où le curé réfractaire disait la messe, de nuit, avant qu'il ne soit pris par les bleus et que plus personne n'entende jamais parler de lui. L'histoire de cette femme du bourg qui se trouva sur la route d'une colonne infernale, un matin neigeux de février 1794, avec son bébé dans les bras, sur le chemin, au bout, là-bas ... Et celle du meunier qui ne revint jamais de la "Virée de Galerne". Voyez les restes de son moulin ici, cachés dans la haie. C'est pourtant ici, sur cette hauteur, que les gens du village et des paroisses voisines essayèrent d'endiguer les horreurs révolutionnaires. Et puis, je pourrais vous parler des cloches de la petite chapelle Notre-Dame cachées au fond de la rivière pendant plus de cent ans. Et encore j'oublierais de vous raconter les bestiaux brûlés vifs avec la fermière, juste là, à la sortie du village ou les enfants jetés dans le puits de l'autre ferme, mais arrêtons là cette litanie, ce village que je vous décris et que j'aime tant n'est pas le mien et je vous ai menti. Ce village ou plutôt cette description que je vous ai faite est celle de n'importe quel village de Vendée. C'est mon village, c'est le vôtre, c'est le nôtre. C'est un village français tout simplement.

     

    Le soir est tombé et c'est désormais un clair de lune aux accents bleutés qui berce la campagne. Les chemins sont déserts et pourtant grouillants de fantômes. J'entends au loin, bien loin de ma fenêtre, le beuglement d'une vache quelque part qui, s'agite dans la nuit. Qu'a-t-elle vu ? Et ce chien qui aboie là-bas, qu'a-t-il senti ? Oh ! Rien sans doute, car c'est le son d'un camion qui passe sur la route, et puis plus rien ... Pourtant, j'habite la Vendée...

     

     

    RL

    Décembre 2007

    Repris mai 2012

     

    Mon village au clair de Lune....


      

      


    1 commentaire
  •  

     

       

    Les Lucs-sur-Boulogne…

     

    Le plus célèbre des villages disparus n’est-il pas celui du Petit-Luc ? 563 habitants fusillés dans leur église, dont 109 enfants de moins de 7 ans. Les ordures de la république feront écrouler l’édifice au canon sur leurs victimes. Leur pauvre vieux curé, l’abbé Voyneau qui était parti au devant des républicains pour les exhorter à ne pas tuer ses paroissiens sera attaché à un arbre, on lui arrachera la langue, on lui plantera une pince dans la poitrine de manière à lui extraire le cœur que l’on écrasera à coup de talons sur les pierres du chemin.

     

                                                                                     RL

     Mai 2012

     

     

     

     Les Lucs-sur-Boulogne....

     

     

     

    Silence… Printemps et chants d’oiseaux…

     

    Les Lucs-sur-Boulogne....

     

    Les Lucs-sur-Boulogne....

     

    Presbytère de l’abbé Voyneau…

     

    Les Lucs-sur-Boulogne....

     

    Stèle sur le lieu de la mort de l’abbé Voyneau…

     

    Les Lucs-sur-Boulogne....

     

    Les Lucs-sur-Boulogne....

    Les Lucs-sur-Boulogne....

    Les Lucs-sur-Boulogne....

    Les Lucs-sur-Boulogne....

     

     Les Lucs-sur-Boulogne....

    Chapelle du XIX° siècle construite sur les ruines de l’église…

      Les Lucs-sur-Boulogne....

    Les Lucs-sur-Boulogne....

    Les Lucs-sur-Boulogne....

    L’ancien cimetière du Petit-Luc…

     Les Lucs-sur-Boulogne....

    Chemin creux…

     

    Les Lucs-sur-Boulogne....

     

    Vestiges du tout premier presbytère…

     

    Les Lucs-sur-Boulogne....

     

    Le vieux puits… Qui comme dans bien des villages, connaît tous les secrets du passé…

    Les Lucs-sur-Boulogne....

    La Sainte-Vierge du Petit-Luc…

     

     

     


    votre commentaire
  • Belleville-sur-Vie....

    Vestiges de la façade de l’ancienne église. C’est à cette porte que fut massacré l’abbé Servant.

    Belleville-sur-Vie....

     

    Mess des officiers de Charette.

     

    Belleville-sur-Vie....

     

    Le « Palais Royal » construit dans le but d’accueillir Louis XVII.

     

    Belleville-sur-Vie....

     

    Quartier général de Charette…. Une ombre ne vient elle pas de se faufiler dans l’escalier ?

     

    Belleville-sur-Vie....

     

    Belleville-sur-Vie....

     

    RL

     

    Mai 2012

     

     


    votre commentaire
  •  

    Un soldat de colonne infernale…

     

    Un texte particulièrement intéressant qui nous livre avec pudeur, le dégoût d’un soldat de colonne infernale pour la tâche qu’on lui demande d’effectuer. Intéressant, car il montre bien que l’une des thèses des négationnistes, considérant les massacres comme les résultats d’une guerre civile, s’effondre immédiatement. Dans ce témoignage, le soldat réquisitionné répugne devant les horreurs qu’il a ordre de commettre. On se demandera bien pourquoi les Robespierre, Carnot, Barras, Saint-Just et autres ne vont pas sur le terrain eux même au lieu de jouer les dandys dans les salons parisiens. 

    RL et son épouse,

    Mai 2012 

     

     

    UNE COLONNE INFERNALE 

    EN GERMINAL ET FLOREAL AN II  

     

    Extrait du Cahier manuscrit de Pierre-Louis Cailleux, récit fait par lui-même des Campagnes d'un soldat de l'an II.  

     

    Né à Borest (Oise), Cailleux fut incorporé dans le bataillon de réquisition du district de Senlis le 4 septembre 1793 ; il ne revint à son village natal, ayant obtenu un congé de réforme (il était alors sergent à la 6e compagnie du 3e bataillon de la 2e Légère), que le 15 prairial an XI (4 juin 1803), après avoir servi successivement aux armées de l'Ouest, de la Moselle, de Sambre-et-Meuse, d'Italie et d'Orient. Il avait pu, au cours d'une carrière militaire fort mouvementée, traverser bien des pays et observer bien des peuples, des bords de la Loire à ceux du Jourdain, des rives du Rhin à celles du Nil.

     

    Dans les premières pages de son cahier, Cailleux raconte comment après trois mois d'exercices à Senlis, son bataillon fut envoyé à l'armée de l'Ouest et bientôt dirigé vers Saumur ; en germinal et floréal an II, il fit partie d'une colonne infernale qui parcourut le pays au sud de la Loire, de Doué à Nantes, en exécutant le plan d'extermination ordonné par le général en chef Turreau. Le récit de Cailleux montre de façon très vive quels sentiments de répugnance et d'effroi inspirait aux réquisitionnaires du bataillon de Senlis la guerre d'incendies et de meurtres, d'embuscades et de chemins creux, qu'est alors la Vendée.

     

     

    ... Je suis parti de Borest, département de l'Oise, lieu de ma naissance, le 4 septembre 1793, pour me rendre à Senlis, où était le District et où le bataillon fut organisé ... On nous a fait faire l'exercice et monter la garde pour nous apprendre à connaître l'état militaire ; mais nous étions une foule de jeunes gens qui connaissions si peu le service militaire que nous étions les maîtres ; nous allions à l'exercice quand nous voulions ; en un mot, c'était le soldat qui commandait aux supérieurs.

     

    Le 20 frimaire an II (10 décembre 1793) les ordres sont venus pour partir le 22 dudit mois et se rendre à Blois. Moi, me trouvant de garde ce jour là, j'ai commencé par abandonner le corps de garde pour m'en aller avec tous mes camarades du même endroit faire mes adieux à toute ma famille, et en même temps prendre le butin qui m'était nécessaire, parce que nous sommes partis de notre district sans être habillés.

     

    Le 21 (11 décembre) j'ai fait mes adieux à ma mère et à mes parents. C'est dans ce moment que j'ai connu l'amitié qu'une tendre mère a pour ses enfants. Enfin, après avoir versé beaucoup de larmes de part et d'autre, il fallu néanmoins se quitter le 22 au matin, deux heures avant le jour, et retourner à Senlis, distant d'une lieue et demie de mon endroit, où le bataillon était déjà assemblé pour partir quand nous sommes arrivés.

     

    Le 22 frimaire (12 décembre) nous avons été loger à Saint-Denis-en-France, ville célèbre par le tombeau de nos ci-devant Rois et par le magnifique trésor qui se voit dans cette abbaye, la plus illustre de la république. Nous avons fait onze lieues cette journée-là, ce qui nous a paru très pénible, principalement pour des jeunes gens qui n'étaient point accoutumés à la marche. Le 23 (13 décembre) nous allâmes à Versailles, ville renommée par la résidence de nos ci-devant Rois et par sa situation et ses promenades délicieuses. Toutes les rues sont très larges et bien alignées ...

     

    Le 2 nivôse (22 décembre 1793) nous sommes arrivés à Blois, lieu de notre destination. Nous avons logé chez le bourgeois où nous étions très bien. Mais nous nous sommes bien aperçus que nous n'étions plus dans nos foyers ; nos supérieurs se faisaient respecter et il fallait obéir, sinon on nous faisait manger de la prison plus que nous ne voulions ... Durant notre séjour à Blois, nos habillements sont venus de notre District, parce que c'était la ville de Senlis qui devait nous habiller ; alors nous avons été habillés entièrement et on nous a donné des armes.

     

    Après avoir séjourné près de trois mois à Blois, nous avons reçu des ordres de partir pour nous rendre à Doué en Anjou. Nous n'avons plus eu aucun doute pour savoir que nous allions bientôt nous battre contre les brigands de Vendée. Nous sommes partis de Blois le 28 ventôse (18 mars 1794), pour aller loger à Amboise ... Le 29 (19 mars) nous allâmes à Tours en Touraine ... Le 2 germinal (22 mars) à Saumur ville assez belle et commerçante, très bien bâtie, les brigands en ont été maîtres pendant l'espace de 15 jours, et ils ont été forcés par l'armée républicaine à l'abandonner.

     

    Le 3 (23mars) à Doué en Anjou. Dans cette ville nous avons commencé à concevoir ce que c'était que les horreurs de la guerre. Toutes les maisons étaient dévastées et pillées par les deux armées ; cette ville a été prise par trois fois sur les brigands. Le 12 (1er avril 1794), nous sommes partis pour nous rendre à Concourson, dernier village républicain situé à 3 lieues de Doué ; c'est à cet endroit que j'ai couché à la belle étoile pour la première fois et je puis assurer que je n'ai pas eu chaud, car nous étions si novices dans l'état militaire qu'à peine osions nous aller chercher du bois pour faire du feu pour nous chauffer ; mais nous n'avons pas tardé longtemps à nous mettre au-dessus de ces préjugés et à faire comme les autres. Nous sommes restés trois jours dans cet endroit pour assembler notre colonne qui pouvait être de 6 000 hommes, commandée par le général Dusirat, faisant partie de l'Armée de l'Ouest ; on nous a distribué des cartouches et le 16 (5 avril) nous nous sommes mis en marche pour aller nous battre contre l'armée royale.

     

    Le lecteur n'ignorera pas sans doute quelle fut ma surprise, lorsqu'en entrant dans le bourg de Vihiers, le premier objet qui frappa ma vue fut des cadavres d'hommes, femmes et enfants, qui étaient massacrés et jonchés par les rues et dans les décombres fumants des maisons qui ont été consumées par le feu. J'avoue avec franchise que j'ai frémi et tressailli de l'horreur d'un tel spectacle ; si j'avais été libre, je serais retourné sur mes pas, et jamais de ma vie je n'aurais voulu être présent à un si affreux carnage ; mais enfin les circonstances l'exigeaient, et il fallait bien absolument s'y accoutumer. Nous continuâmes notre marche, et en passant par Coron et Saint-Pierre Chemillé, nous avons eu quelques petites escarmouches ; mais c'était bien peu de chose. Ils fuyaient devant nous, et il s'en trouvait toujours quelques-uns de massacrés, et toutes les villes, bourgs et villages étaient mis à feu et à sang. Enfin le 25 (14 avril) nous nous sommes battus rangés en ordre de bataille à quinze pas l'un de l'autre ; après avoir tiré chacun cinq à six coups de fusil, la victoire fut à nous. Nos ennemis ont battu en retraite, avec une perte de trois cents hommes et nous cent hommes hors de combat. Nos blessés furent pansés et mis dans des chariots pour les transporter à Nantes ; mais comme l'escorte qu'on leur avait donnée était peu considérable, les brigands ont tombé dessus le convoi avec une telle impétuosité qu'ils ont massacré tous nos pauvres blessés ; il n'y eut que ceux qui avaient bonne jambe qui se sont sauvés et qui ont rejoint notre colonne.

     

    Le 29 (18 avril) nous allâmes camper sur les hauteurs de Chaudron pour attendre notre ennemi que l'on savait n'être pas beaucoup éloigné. Sur les midi, ils sont venus nous attaquer sur trois colonnes et nous ont mis en pleine déroute. Nous avons été obligés de passer une rivière très rapide à la nage, par trois fois, par rapport aux grands détours que cette rivière faisait ; j'ai eu la pensée plusieurs fois de me noyer, mais, grâce à Dieu, le courage m'a surmonté, et je suis passé heureusement à l'endroit le plus profond sur une planche, où il s'en noyait autant comme il en passait à cause de la foule de monde qui se poussait l'un l'autre et se faisait tomber dans l'eau. Enfin nous avons perdu cent hommes de notre bataillon tant tués que noyés. Nous nous sommes retirés sur Saint-Florent, ville située sur le bord de la Loire où nous avons bivaqué trois jours.

     

    Le 2 floréal (21 avril 1794), nous sommes passés dans la ville de Cholet, ville assez considérable qui a été réduite en cendres. Tous les jours dans la marche on en massacrait quelqu'un, de manière que les routes par où nous passions étaient jalonnées de corps morts. Nous avons été jusqu'à trois lieues de Nantes en Bretagne, où nous sommes restés au bivac trois jours ; rien ne manquait au camp, soit pain, vin, volailles, tout était à nous. Nous sommes retournés ensuite à Concourson par une autre route, comme si nous étions à la chasse, tuant tout ce que l'on trouvait sur la route et dans les villages, même jusqu'aux chiens. Enfin tous les décombres qu'il y a dans toutes les villes, bourgs et villages attesteront les ravages d'une guerre terrible et cependant nécessaire. Ces contrées qui sont des plus belles de la république sont fertiles en grains, vins, fruits ; il y a une grande quantité de bestiaux et de volailles, il se fait beaucoup d'élèves. Les femmes sont très propres pour leur ménage et entretiennent leurs meubles dans la plus grande propreté ; on se voyait dans les meubles presque aussi bien comme dans un miroir ; c'était bien dommage de brûler de si beaux meubles et de si jolis linges.

     

    En arrivant à Concourson nous avons formé un camp bien en règles ; nous avions de bonnes tentes pour coucher, et puis c'était la belle saison. Nous nous sommes reposés un peu dans ce camp des fatigues que nous venions d'essuyer dans notre voyage. Nous y étions très bien ; les vivres ne nous manquaient pas, particulièrement la viande, que nous allions chercher nous-mêmes dans le pays rebelle. Nous ne manquions de rien ; au surplus le peu d'argent que l'on avait n'était point épargné, car l'on s'attendait de jour en jour à retourner se battre, et que l'on finirait pas laisser ses os dans le département de la Vendée.

     

    Notre attente fut cependant trompée, sans en avoir eu aucun regret ; car après avoir séjourné deux mois au camp, les ordres nous sont venus de partir le 5 messidor (23 juin 1794) pour nous rendre à Tours en Touraine. Notre joie n'était pas encore parfaite parce que chaque soldat contait sa fable ; l'un disait que c'était pour incorporer notre bataillon et que nous retournerions ensuite dans la Vendée, les autres en contaient d'une autre manière ; pour moi, rien que le nom de Vendée me faisait frémir d'horreur. Sans cesse je me représentais devant les yeux tout le carnage et les cruautés que je sortais de voir et j'aurais bien désiré partir sur-le-champ sitôt que l'ordre nous a été déclaré. Nous avions encore cinq jours à attendre pour notre départ ; la crainte de quelque contre-ordre nous faisait trembler d'avance. Enfin ce jour tant désiré arrivé.

     

    Nous partîmes du camp le 5 messidor (23 juin 1794) en repassant par la même route que nous étions venus de Blois. En arrivant à Tours, le général commandant la ville nous passa en revue le lendemain, et le commissaire des guerres fit la lecture de l'ordre de route que nous tiendrions pour nous rendre à Châlons-sur-Marne. C'est alors que notre joie fut parfaite, n'ayant plus aucune crainte de retourner d'où nous sortions."

     

     

    Les atrocités des colonnes infernales au printemps de l'année 1794, tel fut donc le premier contact de Pierre-Louis Cailleux avec les dures réalités de la guerre ; et l'on voit avec quelle éloquence, dans son style pourtant gauche et fruste, ce jeune villageois du district de Senlis sait rendre l'horreur et l'épouvante que lui inspirèrent de tels spectacles. Il semble bien que cette première expérience, acquise dans la "Vendée souffrante", ait provoqué chez notre homme une impression profonde et durable ; dans les autres passages de son cahier où il est question des combats auxquels il a pris part, on ne trouve guère trace chez lui d'enthousiasme belliqueux. Il n'est pas de ceux qui jugent la guerre une opération fraîche et joyeuse ; tout en combattant vigoureusement à sa place et à son rang ; il ressent fortement les horreurs et les misères.

     

    Source : M. Mitard, Bulletin de la Société Archéologique et Historique de Nantes et de la Loire-Inférieure, 1930.

     

     

    Un soldat de colonne infernale....

     

     


    1 commentaire
  •  

     

    Des chiffres…

     

    Afin de donner une idée des ravages dus à la révolution dans les villages vendéens, je me permets de publier quelques chiffres issus de recensements trouvés aux archives départementales. Selon la « Statistique ou description générale du département de la Vendée », 1844,  par Jean-Alexandre Cavoleau, peu suspect de « royalisme », nous annonce que les pertes s’estiment respectivement pour les quatre départements concernés, de cette manière :

     

    -Vendée : 45 000 morts.

    -Loire-Atlantique : 50 000 morts.

    -Maine-et-Loire : 50 000 morts.

    -Deux-Sèvres : 33 000 morts.

     

    Nous allons voir également que le fameux préfet Dupin n’a pas du tout les mêmes chiffres que ceux  découverts par nos soins.

    ADDS, L 2° supplément M11 pour 1792. ADDS, 7 M 4/1 pour 1806.

     

     

    Allez, place aux chiffres, nous commençons par les Deux-Sèvres (1). Nous y plaçons entre parenthèses les chiffres du préfet Dupin pour certains villages. On notera des valeurs qui me paraissent être un brin farfelues. Même si les recensements de cette époque sont très sujets  à caution car difficiles à réaliser sur une population qui craint les réquisitions, il me semble toutefois que l’on peut accorder une bonne crédibilité à ceux découverts aux ADDS.

     

     

    Paroisse

    1792 (1790)

    1806 (1800)

    Argenton-Château

    830

    415

    Boësse

    415

    281

    Etusson

    498

    355

    Genneton

    653

    472

    La Chapelle-Gaudin

    456

    ?

    Breuil-sous-Argenton

    440

    310

    Massais

    650

    442

    Moutiers-sous-Argenton

    830

    644

    Sanzais

    495

    263

    Ulcot

    110

    59

    Châtillon-sur-Sèvre

    900

    568

    La Petite-Boissière

    358

    348

    Le Temple

    195

    169

    Rorthais

    265

    228

    Saint-Amand-sur-Sèvre

    1253 (1220)

    1066 (767)

    Saint-Aubin-de-Baubigné

    2000 (1200)

    1253 (786)

    Saint-Jouin-de-Marnes

    957

    689

    Bressuire

    1957  (3000)

    1033    (630)

    Beaulieu-sous-Bressuire

    344

    275

    Breuil-Chaussée

    552

    314

    Chambroutet

    233

    181

    Clazay

    347

    328

    Noirlieu

    303

    273

    Noirterre

    800

    760

    Saint-Porchaire

    700

    528

    Terves

    1000 (950)

    779 (651)

    Cerizay

    1600 (1800)

    899 (928)

    Brétignolles

    320

    309

    Cirières

    710 (600)

    523 (320)

    Combrand

    700 (900)

    595 (380)

    Le Pin

    1200 (800)

    569 (353)

    Montravers

    503

    135

    Chiché

    1175

    526

    Boismé

    1100

    718

    Faye-l’Abesse

    700

    464

    Saint-Sauveur-de-Givre-en-Mai

    355

    188

    Chanteloup

    953

    975

    La Forët-sur-Sèvre

    900

    466

    Courlay

    1627 (1800)

    1180 (807)

    La Ronde

    ?

    664

    Montigny

    483

    353

    Saint-André-sur-Sèvre

    915

    687

    Saint-Jouin-de-Milly

    393

    316

    Saint-Marceault (ou Saint-Marsault)

    805

    453

    Les Aubiers

    2200 (1900)

    1617 (1159)

    La Coudre

    200

    151

    Nueil-sous-les-Aubiers (Nueil-sur-Argent)

    1800 (1500)

    1531(812)

    Saint-Aubin-du-Plain

    250

    211

    Saint-Clémentin

    1200

    405

    Voultegon

    620

    352

     

    Recensement pour quelques villages du département de Vendée, déjà publiés par L’abbé Billaud dans « Histoire de la Petite-Eglise dans la Vendée et les Deux-Sèvres, (1800-1830) », 1962 et qui proviennent des ADV, 7 M 1.

     

    Population

    1790

    1800

    St-Mesmin

    1 208

    592

    La Pommeraye

    893

    312

    St-Michel-Mont-Mercure

    1 183

    330

    Les Landes-Génussons

    950

    447

    La Guyonnière

    856

    337

    La Flocellière

    1 239

    520

    Tiffauges

    627

    210

     

    Même si certains historiens prétendent qu’il y aurait eu un exode massif de non-combattants et de gens neutres d’opinion vers des parties de la région non exposées à la guerre, on trouvera sans doute étonnant que 14 années plus tard, ces paysans que l’on dit extrêmement attachés à leur terre, ne soient pas retournés vers les lieux qui les avaient vu naître. D’autre part, si un tel exode avait eu lieu, les populations des deux Charentes et de la Vienne notamment, auraient augmenté dans des proportions considérables. Gageons aussi qu’un tel afflux de miséreux aurait inévitablement suscité des conflits avec les populations locales, incapables d’absorber l’immigration de quasiment la moitié du territoire insurgé. S’il a bien existé un exode dans certains villages « frontaliers » de la part de gens terrorisés par la violence des combats, on peut dire que le centre du Bocage n’a certainement pas subi d’émigration massive. On y retrouve encore aujourd’hui la plupart des noms de famille figurant dans les registres paroissiaux d’avant 1793…

     

    RL

    Mai 2012

     Des chiffres....

    "La Déroute de Cholet".

     

     


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires